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Full text of "La France protestante"

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PROFESSOR J. S.WILL 



V. 



LA FRANCE 



PROTESTANTE 



GENEVE. — IMPBIMEHIE CHAELES SCHUCHARDT. 






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V.'.i^Jsi^ 



LA FRANCE 



PROTESTANTE 



MM. EUGÈNE ET EMILE HAAG 



DEUXIEME EDITION 

sous LA lilRKCTIOX 

DE M. HEXRI BORDIEK 



TOiME CINQUIÈME 




PARIS 



LIBRAIRIE FISCHBACHER 

SOCrÉTÉ ASOMIME 
33, RUE DE SEINE, 33 

1886 






SX 

■t. 6 







LA FRANCE 



PROTESTANTE 



DAAGE (Marc), « natifz de la parroice 
de Beauvillé dioc. de Chartres, » reçu ha- 
bitant de Genève, septemb. 13o4. — Loys 
fils de Jehan Dage de Torny près La Roche, 
id. mai 1539. — Estienne Dages, « du Lyon- 
nois, mercier, » id. IG septemb. 1572. — 
(Jean), de ïrouillas, assisté en passant à 
Genève, 1684. 

DABBADIE [Haag, IV 173] ou d'Ab- 
badie (Roger), membre de l'une de ces 
nombreuses familles du Béarn que nous 
avons énumérées au tome le' (col. 8 à 17) 
était prêtre catholique et fut nommé, eu 
1369, curé de Saint- Vincent de Salliès,en 
remplacement de Martin Pruer, qui avait 
abjuré la religion catholique et venai t d'être 
tué au siège d'Oleron. Dabbadie ne tarda 
pas à suivre l'exemple de son prédécesseur. 
Dès 1370, il prolesta solennellement du 
haut de sa chaire contre » l'idolâtrie de 
Rome » et par cet acte, diclé peut-être 
moins par la conviction que par la politi- 
que, il mérita, lit-on dans Poeydavant, la 
faveur de Jeanne d'Albret, qui le nomma 
son procureur particulier, charge dont 
Pruer avait été revêtu avant lui. Peu de 
temps après, Dabbadie se maria publique- 
ment dans l'église de Salliès. « L'exemple 
de ces deux pasteurs, continue le même 
écrivain, entraîna presque tous les peuples 
de cette église à leur parti. » Cela étant, il 
.semble tout naturel que Dabbadie ait voulu, 
comme Borden, Saint-Garci et beaucoup 
d'autres prêtres convertis, conserver la 
jouissance des revenus de sa cure, et l'on 
ne peut qu'approuver l'arrêt du Conseil 
qui lui donna gain de cause contre les 
curés catholiques; mais s'il est vrai, comme 
l'affirme l'historien du Béarn, que le môme 
arrêt lui accorda le droit de participer aux 



obits, on doit reconnaître que les conseil- 
lers de la reine de Navarre se laissèrent 
égarer par le désir de favoriser les conver- 
sions, puisque, en sa qualité de ministre 
protestant, Dabbadie restait complètement 
étranger aux services pour le repos des 
âmes. — Voy. Abbadie. 

DABAUSENS (Pierre de), ministre 
d'OIoron, 1675 (Tt 235). 

DABILLON (Charles), seigneur de Port- 
neuf, habitait le château de Bonnetière, 
dans la famille de sa femme, Suzanne 
Voyer. Il avait deux filles qui en 1698 pu- 
rent se soustraire à la persécution dont 
leur famille fut frappée et passèrent en 
Angleterre; elles y trouvèrent la paix re- 
ligieuse mais peu des autres biens ; car on 
a publié (Bull. IX, 225 et suiv.) diverses 
lettres d'elles, écrites de 1717 à 1721, à 
leurs parents convertis et oublieux, qui 
montrent que pendant tout le cours de 
leur long exil elles subsistèrent dans un 
état de dénuement qui ne les mettait pas 
beaucoup au-dessus des malheureux sus- 
tentés au delà de la Manche par la charité 
publique. 

Dabra, voy. Abra (t. I col. 158-161) et 
Raconis. 

1. DACIER [Haag, IV174], famille lan- 
guedocienne qui professait le protestan- 
tisme dès les premiers temps de la Réforme. 
En 137:2, on trouve cité dans les Actes du 
synode national de Nîmes, un Dacier à 
qui ce synode confia le soin de traduire en 
français une Histoire des Albigeois (Conf. 
t. II col. 726) écrite en langue d'oc et dont 
Comérard, de Toulouse, possédait un ma- 
nuscrit ; mais nous ignorons si ce projet 
fut mis à exécution. Un Jean Dacier, qui 
peut-être est le même, était pasteur de 

V. 1 



DACIER 



Vabres (Albigeois) en 1603 [X 272], et 
mourut le 13 octob. 1629 dans cette ville, 
où il eut pour successeur le pasteur Louis 
Oulès. Il avait épousé Anne de Mascarenc 
qui lui donna, en 1611, à Vabres, un fils 
prénommé comme lui, Jean, qui devint 
docteur en droit et avocat à la chambre de 
l'édit, à Castres. Jean Dacier eut de sa 
femme, Suzanne Falguerolles, 6 avril 1631, 
un fils, André, protestant infidèle, comme 
nous l'allonsvoir, mais qui se rendit célè- 
bre dans la carrière des lettres. L'année 
même où ce fils naquit, le père avait pré- 
sidé en qualité de commissaire du roi, le 
synode du haut Languedoc dont il avait 
fait l'ouverture par un discours plein de 
sagesse et de modération. C'était donc un 
homme considérable. Cependant trente et 
quelques années plus tard, lorsqu'il avait 
atteint l'âge de 73 ans, en 1684, il fut mis 
en jugement parce que dans un acte qu'il 
avait adressé l'année précédente au par- 
lera, de Toulouse au nom des Réformés de 
Castres il avait osé dire : « Qu'il se voyoit 
« clairement qu'on travailloit à détruire 
« les édits quoique perpétuels et irrévoca- 
« blés,... que les nouvelles déclarations 
« quelque sévères qu'elles fussent étoient 
« encore aggravées et étendues par les gens 
de justice,... qu'il étoit inutile de se 
défendre puisque toute défense étoit 
« un moyen sûr et commode d'opprimer 
• sous prétexte de justice, qu'ils s'aban- 
« donnoient donc à la discrétion des juges 
« et de leurs concitoyens, se contentant 
Il de protester contre le renversement des 
« édits... y> (Archiv. nat. M 670). 

Son fils, André Dacier, fit ses études au 
collège de Castres jusqu'en 1664. Les Jé- 
suites s'étant emparés de cet établissement 
il alla les continuer à Puylaurens et en- 
suite à Saumur où enseignait entre autres 
professeurs distingués Tanneguy Le Fèvre 
qui le prit en pension. Le maître fut si 
charmé de son application et de ses progrès 
qu'ayant dû congédier tous ses élèves, une 
année environ avant sa mort, il le garda seul 
auprès de lui. L'intimité dans laquelle le 
jeune Dacier vécut ainsi pendant plusieurs 
années avec son professeur, et une savante 
fille qu'il avait, joint a la conformité de 
leurs goûts et de leurs études, de leur âge 
et de leur religion, fit naître entre les deux 
jeunes gens une tendresse profonde qui 
dura autant que leur vie. 



La mort de Le Fèvre cependant força 
Dacier de renoncer à ses douces habitudes 
et de retourner dans sa famille^ 1672. 
Après un court séjour à Castres, comptant, 
comme tant d'autres garçons de son âge, 
sur son mérite pour conquérir une place 
dans la république des lettres, il vint à 
Paris, se berçant des plus belles espéran- 
ces. Il ne tarda pas à reconnaître que ses 
connaissances philologiques, fort capables 
de lui gagner l'estime des savants, lui 
procureraient difficilement les moyens d'y 
vivre. Il retourna donc dans sa ville natale; 
mais nourrissant encore des illusions qu'il 
lui était permis, à lui huguenot moins qu'à 
tout autre, de conserver, il revint bientôt 
à Paris, et cette fois, il fut mieux servi 
par les circonstances. Le duc de Montau- 
sier, à qui il fut présenté, l'inscrivit sur la 
liste des érudits occupés à commenter les 
auteurs anciens ad usum delphini, et le 
chargea de travailler sur Pompéius Festus. 
C'était mettre son érudition à une épreuve 
délicate, mais il s'en tira à son honneur, 
et se crut sur la route de la gloire et de la 
fortune. C'est alors qu'il épousa sa bien - 
aimée Anne Le Fèvre, 1683 '. C'était hélas, 
la faim et la soif se mettant en ménage, 
comme le disait plaisamment le duc d'Or- 
léans. Leur misère était extrême et Dacier 
dut reconnaître que sa religion opposait 
un invincible obstacle au succès de ses 
efforts. Il résolut donc de se convertir et 
s'en ouvrit à Bossuet, qui ne put qu'ap- 
plaudir à son dessein. 

C'était cependant à celte époque même 
que son vieux père, resté à Castres, luttait 
courageusement pour la foi, comme nous 
l'avons dit. 

A la fin de 1684, le fils de cet honnête 
homme partit pour Castres, sous le prétexte 
de présenter sa femme à sa famille. De 
Boze, dans l'Éloge de Dacier, prétend qu'il 
entreprit ce voyage, « pour ne pas jetter 
un air de vanité sur le théâtre de leur 
conversion, et pour toucher davantage, 
par cet exemple domestique, ceux de leurs 
parens ou de leurs amis qui de plus loin 
auroient pu croire que des vues de fortune 
avoiént déterminé leurs sentimens. » Le 

' Le pasteur Allix les maria non pas à Cha- 
renton, mais à Paris, à cause d'une indisposition 
de l'épouse. Témoins Jean Jacolé sieur de Fré- 
mont d'Ablancourt et François Janiçon sieur de 
Marsin. (Rég. de Cbarenton.) 



DACIER 



6 



panégyriste, selon l'usage, dissimule la 
vérité; mais Dacier va nous la révéler lui- 
même. On lit, en effet, dans une lettre qu'il 
écrivit de Castres à un ami, le 25 sept. 
1685, et qui a été inconsidérément publiée 
dans le Mercure galant (octobre 1685, 
pag. 279): 

Ma femme et moy sommes très-bons 
catholiques. Nous le serions il y a plus de 
quatre mois, si nous n'eussions ménagé les 
choses pour rendre notre conversion plus 
agréable à Dieu et au roy, et plus utile à 
nostre pays. Cela nous a heui'eusement 
réussy. En nous déclarant, nous avons obligé 
la plus grande partie de la ville à nous sui- 
vre. Jeudy dernier, nous leur fismes signer 
une délibération très-conforme à la volonté 
du roy. Cela entraîne tout le reste, et tout 
Castres sera catholique dans quatre jours ; 
l'on a sujet d'espérer que ce bon exemple 
servira d'instruction aux villes voisines et 
peut-estre mesme à tout le Languedoc. 

N'est-il pas clair que la Cour voulait 
que cette conversion eût du retentissement, 
et que Dacier, acceptant le rôle peu hono- 
rable qu'on lui imposait, partit de Paris, 
non pas, ainsi que le dit de Boze, afin de 
ne pas jeter un air de vanité sur sa con- 
version, ni comme il l'écrivait lui-même 
à son père « pour fuir un apast qu'il croioit 
empoisonné », mais avec la mission d'y 
ruiner l'Église protestante? » Le roi, lit-on 
dans les Mémoires de Dangeau, sous la 
date du 2 oct. 1685, eut nouvelle à son 
lever que toute la ville de Castres s'étoit 
convertie. » Dacier méritait bien une ré- 
compense. Aussi le monarque lui fit ex- 
pédier, dès le mois de décembre, deux 
Ijrevets de pension, l'un de 1500 livres 
pour lui, l'autre de 500 pour sa femme, et 
il ne cessa depuis de le combler de fa- 
veurs. Deux autres habitants de Castres qui 
l'avaient sans doute aidé dans son œuvre 
de propagande, Romain et Dumas, en reçu- 
rent une en même temps, le premier de 
1500 et le second de 1000 livres (Tt 252). 

En 1695, Dacier fut nommé membre de 
l'acad. des inscriptions et de l'acad. fran- 
çaise. Peu de temps après, Louis XIV le 
gratifia d'une nouvelle pension de 2000 li- 
vres. En 1702, il le nomma garde des li- 
vres du cabinet du Louvre, par brevet de 
retenue du 22 mars (E 3388). En 1713, 
l'acad. française le choisit pour secrétaire 
perpétuel. Enfin, vers la fin de 1717, il 



obtint un brevet de retenue de 10,000 li - 
vres sur sa charge de garde des livres du 
cabinet, et lorsque cette charge fut réimie, 
en 1720, à celle de bibliothécaire, non- 
seulement il fut maintenu dans les préro- 
gatives de son emploi, mais par une faveur 
sans exemple, la survivance en fut accor- 
dée à sa femme. La mort de Mme Dacier, 
qui arriva en 1720, lui causa une vive dou- 
leur. Que ce fût la suite du chagrin ou de 
la vieillesse, il ne fit plus que languir. Ce- 
pendant dans les derniers mois de sa vie 
défaillante, le temps ayant produit son 
effet ordinaire, d'effacer la douleur, il 
songeait à se remarier avec M^e de Launay, 
célèbre depuis sous le nom de Mme de 
Staal, lorsqu'un ulcère de la gorge amena 
sa mort, 18 sept. 1722, à l'âge de 71 ans. 
Dacier avait le visage long et sec, la 
taille au-dessous de la moyenne. Son abord 
était froid; sa conversation, lourde et pe- 
sante, ne s'animait que quand il s'agissait 
de défendre les auteurs anciens pour qui il 
professait une espèce de culte voisin du 
ridicule. Il était, au reste, extrêmement 
laborieux, et ce qui lui manquait du côte 
du génie, il le remplaçait par le travail. 
Son style est diffus, terne, sans chaleur. 
On a dit avec esprit qu'il connaissait tout 
des anciens, hors la grâce et la finesse. 
Boileau a eu raison, dans sa Préface sur 
Longin, de vanter « la très- grande érudi- 
tion » de Dacier ; mais louer « sa critique 
très-fine, » c'était pure flatterie. Voici la 
liste de ses ouvrages. 

I. Sexti Pompeii Festi et Marci Verrii 
Flacci de verborum signifîcatione lib. XX, 
cum notis et emendationibus, Paris, 1681, 
in-4o; Amst., 1699, in-4o. On préfère celte 
dernière édit. qui est enrichie des notes 
de Scaliger', d'Ursinus et d'Antoine-Au- 
gustin et de nouveaux fragments de Festus. 
Les annotations de Dacier sont judicieuses 
et ses additions considérables. 

II. Œuvres d'Horace en latin et en fran- 
çais, avec des remarques critiques et histo- 
riques, F ^vh, 1681-1689, 10 vol. in-12; 
nouv. édit., corrigée et augm., Paris, 1709, 
10 vol. in-12. La meilleure édit. est celle 
d'Amst., 1726, 10 vol. in-12, avec de nou- 
velles corrections et additions. — On ne 
peut refuser à Dacier le mérite d'avoir 
éciairci quelques passages d'Horace ; mais 
d'un autre côté, on doit avouer qu'il n'a 
pas toujours bien saisi le sens du poète, et 



/ 



DACIER 



l'on chercherait vainement dans la trad. 
quelque chose de cette grâce, de cette élé- 
gance qui fait le charme de l'original. En 
revanche, l'érudition abonde ; mais on se- 
rait curieux souvent d'apprendre où Dacier 
a puisé des histoires dont on ne trouve de 
trace que dans ses écrits. Jean Masson, 
ministre, réfugié en Angleterre, ayant cri- 
tiqué quelques-unes de ses notes dans sa 
Vie d'Horace (Leyde, 1708, in-8o), il lui 
répondit avec emportement dans une Let- 
tre contenant quelques nouveaux éclaircis- 
semens sur les œuvres d'Horace, Paris, 
1708, in-12. 

III. S. Anastasii Sinaïtœ anagogicarum 
contemplaiionum in hexahemeron liber XII 
hacteniis desideratus, gnvcè et latine ex 
versione et cum notis A. Dacerii ; cui prœ- 
missa est Expostulatio de S. Joannis Chry- 
sostomi epistold ad Cresarium monachum 
adv. Apollinarii lueresiin, à Parisiensibus 
aliquot theologis non itàpridem suppressa, 
Lond , 1682, in-4o. — Nous avons éclairci 
ailleurs (t. I col. 149) l'histoire de cette 
lettre célèbre. 

IV. Réflexions morales de l'empereur 
Marc-Antonin avec des remarques, Paris, 
1691, 2 vol. in-12; Paris 1742, in-12. — 
Mme Dacier eut part à cet ouvrage. 

V. La poétique d'Arislote, trad. en franc, 
avec remarques critiques sur tout l'ouvrage, 
Paris, 1692, in-4o et in-î2; réimp. en 
Hollande, in-12. — On regarde cette trad. 
comme le chef-d'œuvre de Dacier ; celle 
de l'abbé Balteux ne l'a pas surpassée, 

VI. L'Œdipe et l'Electre de Sophocle, 
tragédies grecques trad. en franc, avec des 
remarques, Paris, 1692, in-12. — Dans 
ses recherches sur le théâtre franc.. Beau- 
champs attribue à M'"** Dacier celte trad. 
qui n'eut aucun succès. 

VII. Vies des hommes illustres de Plu- 
tarque, trad. en franc., avec des remar- 
ques, tome I, Paris, 1694, in-8o. — Ce 
vol. qui ne contient que cinq vies, fut 
lancé comme essai de la publication indi- 
quée au no XIII. 

VIII. Les œuvres d'Hippocrate, trad. en 
franc, avec des remarques, et conférées sur 
les mss. de la Bibl. du roi, Paris, 1697, 2 
vol. in-12. — Trad. claire et fidèle du 
traité De aère, aquis et locis, du Jusjuran- 
dura et de deux opuscules apocryphes. 

IX. Leso'uvres de Platon, trad. en franc, 
avec des remarques, et la vie de ce philo- 



sophe avec l'exposition des principaux dog- 
mes de la philosophie, Paris, 1699, 2 vol. 
in-12; trad. en anglais, Lond., 1722, in- 
8o. — Cette trad. de quelques-uns des dia- 
logues de Platon attira à Dacier de vives 
attaques de la part du P. Balthus et du P. 
Laubrussel, indignés de ce qu'il avait osé 
trouver des analogies entre la philosophie 
platonicienne et la théologie chrétienne. 

X. La vie de Pijthagore, ses symboles, ses 
vers dorez. La vie d'Hiéroclès et son com- 
mentaire sur les vers dorez, Paris, 1706, 
2 vol. in-12; trad. en angl., Lond. 1707, 
in-8o. 

XI. Le Manuel d'Épiciéte, avec cinq 
traitez de Simplicius sur des sujets impor- 
tans pour les mœurs et la religion, trad. en 
franc, avec des remarques, Paris, 1715, 2 
vol. in-12. 

XII. Réponse aux critiques que l'on a in- 
sérées dans l'Europe savante sur la trad. des 
vies de Plutarque, publ. dans le Journal 
des savans, 1718. 

Xlil. Vies des hommes illustres de Plu- 
tarque revues sur les mss. et trad. en franc., 
avec des remarques historiques et critiques, 
et le supplément des comparaisons qui ont 
été perdues, Paris, 1721, 8 vol. in-4o ; 
Amst., 1723, 9 vol. in-8o; Amst., 1735, 
10 vol. in-8o, le dixième vol. contenant 
les Vies écrites par Rewe et trad. de l'an- 
glais par l'abbé Bellanger. — M^e Dacier 
a eu part à cette trad. plus fidèle, mais 
moins recherchée que celle cVAmyot. 

Dacier a écrit, en outre, en collabora- 
tion avec le marquis de Sévigné, une Dis- 
sert, critique sur l'Art poétique d'Horace. 
Paris, 1698, in-12 ; réimp. dans le 8^ vol. 
des Lettres de M'ue de Sévigné, Paris, 
1806, in-8o; — un Discours prononcé à 
l'Acad. franc., lorsqu'il y fut reçu à la place 
de M. Harlay, et des Réponses aux discours 
de M. Cousin et de M. de Boze, ins. dans 
les Recueils de l'acad. française; — un 
Discours sur la satire et un Discours sur le 
chœur de l'OEdipe de Sophocle, publ. dans les 
Mémoires de l'acad. des inscriptions; — 
des Notes sur Longin, jointes par Boileau 
à celles qu'il a publiées sur le même au- 
teur. Il a ti'availlé aussi aux explications 
historiques des Médailles sur les principaux 
événemens du régne de Louis XIV (Paris, 
1702, in-fol.), et à la 3e édit. du Diction- 
naire de l'académie. Dans ses remarques 
sur Horace, il fait mention d'un Commen- 



9 



DACIER — DADE 



10 



taire sur Théocrite qui n'a jamais vu le 
jour, et qui s'est probablement perdu; 
mais on trouve de lui aux mss. de la Bibl. 
nationale deux copies d'une espèce de dis- 
sertation polémique dans laquelle il rend 
compte à son père des motifs de sa conver- 
sion (Jacobins St-Honoré, no 30;. C'est là, 
selon toute vraisemblance le petit Traité 
sur la religion que signale Nicéron, et dont 
il se servait, disent ses biographes, pour 
lever les scrupules de ceux qui s'adres- 
saient à lui. Il faut avouer que les gens qui 
se laissaient convertir par la lecture de cet 
opuscule, ne demandaient pas mieux que de 
renier leur foi. Dacier y passe successive- 
ment en revue les points controversés 
entre les deux Églises. Il veut prouver 
d'abord la nécessité de la succession apos- 
tolique, et son raisonnement se réduit à 
ceci : Jésus a promis à ses apôtres d'être 
avec eux jusqu'à la fin du monde; donc il 
est avec le clergé romain et il n'est pas 
avec les ministres réformés. Selon lui, le 
culte des Saints ne consiste qu'en un tribut 
d'amour, de respect et de vénération ; il 
n'a rien que d'innocent, et d'ailleurs il 
n'est pas commandé par le concile de 
Trente. Le culte des images n'a rien d'ido- 
lâtrique, et la raison, c'est que le même 
concile « a défendu d'y croire aucune di- 
vinité. » La vénération des reliques, elle 
aussi, n'a rien que de juste et de saint, 
« le Saint-Esprit résidant dans les osse- 
raens de ceux qui sont morts dans la grâce 
de Dieu. » Y a-t-il dans tout cela la moin- 
dre cause légitime pour un schisme ? Quant 
à la doctrine de la prédestination, seule, 
l'Église catholique a trouvé le moyen 
d'accorder la grâc3 et le libre arbitre, et ce 
moyen, le voici ; nous citons textuelle- 
ment: « Elle enseigne que nos actions 
sont nôtres à cause du libre arbitre qui les 
produit, et que Dieu nous fait faire ce qu'il 
lai plaît, en nous faisant vouloir ce que 
nous pourrions ne pas vouloir. » Gela bien 
compris, quoi de plus légitime et de plus 
naturel que les satisfactio)is, les indulgen- 
ces, le purgatoire? On dispute sur le nom- 
bre des sacrements? C'est une chose indif- 
férente. La confession, comme partie de la 
pénitence, ne saurait être condamnée sans 
témérité. Rien de plus curieux cependant 
que la preuve apportée par Dacier à l'appui 
du dogme de la présence réelle: c'est que 
l'état des Chrétiens tient le milieu entre 



celui des bienheureux qui possèdent J.-Ch. 
dans le ciel sans voile, et celui des Juifs 
qui ne l'ont possédé sur la terre qu'en fi- 
gure. « Cela ne vous inspirera- 1- il pas de 
l'horreur, mon cher père, s'écrie-t-il, pour 
la fausse doctrine de vos conducteurs, qui 
vous réduisent malheureusement à la con- 
dition des Juifs? Car quel avantage avez- 
vous sur eux, si J.-Ch. n'est pas réellement 
dans l'eucharistie, et si vous ne le mangez 
que par la foy? » Le retranchement de la 
coupe, est chose indifférente. Le sacrifice 
de la messe n'est pas proprement un sacri- 
fice. La même force de raisonnement ré- 
gnait dans tout cet opuscule de Dacier ; 
nous comprenons que ses amis l'aient dis- 
suadé de le faire imprimer. — Voy. Anne 
Le Fèvre. 

2. Dacier (Pierre), de Montauban, reçu 
à la paix de l'Église, c'est-à-dire relevé de 
son abjuration, à Lausanne, 4 avril 1760. 
— Une D'ie Elisabeth Dacier, âgée de 16 
ans et enfermée, en 1781, aux Nouvelles 
catholiques deCaen. 

DADÉ [Haag, IV 178], souvent écrit 
Dade, d'Adde, Adde, Dado7i, Dado et Da- 
dou. C'est un lieu situé dans la paroisse 
de la Tête-de-Buch (Gironde) et qui, avec 
le château de La Harie situé un peu au 
sud (parr. d'Onesse, Landes), étaient, au 
temps de la Réforme, les principaux fiefs 
d'une famille de Caumond ou Camon ' très 
vaillante et très dévouée au protestantisme. 
Deux arrêts du parlera, de Bordeaux, des 
6 avril 1569 et lOjanv. 1570, condamnent 
à mort, comme huguenots rebelles, d'abord 
• Pierre de Camon * sieur de Dado », puis 
« Pierre et Guillaume Dadon frères. » Ce 
fut, sinon l'un de ces deux (Pierre) au 
moins un de leurs proches, qui compte 
sous le nom de Adde parmi les 38 braves 
auxquels se rendit, sans coup férir, en 
1373, le château d'Hagetrnau, fait d'armes 
que d'Aubigné a très hautement célébré *. 
(il'est sur son indication que nous avons 
nous-même inscrit cet Adde ci-dessus au 
t. I col. 33. 

D'Aubigné fit d'autant plus volontiers 
l'éloge du sieur d'Adde, dans son Histoire 
universelle (pub. en 1618), que leurs deux 

1 Peut être Camon près Mirepoix, Ariège. 

2 Et non Cumon, comme il a été imprimé ci- 
dessus (I, col. 660) par suite d'une mauvaise lec- 
ture. 

s Voy. notre t. I, col. 394. 



11 



DADE 



12 



familles s'étaient récemment alliées. On a 
le contrat de mariage, passé à Maillezais, 
le 5 décemb. 1613, de * Josué de Caumont, 
seigneur d'Adon, fds de feu haut et puis- 
sant messire Pierre de Caumont chevalier, 
baron de La Harye, gouverneur de Mont - 
de-Marsan et de dame Roquette de Marsan 
sa veuve, avec d"e Marie d'Aubigné ' ». 
Josué, courageux soldat, rendit d'éminents 
services à son beau-père, non seulement les 
armes à la main (t. I col. 518) mais comme 
second protecteur de la famille, et tous 
deux restèrent étroitement unis. 

Voici une pièce qui rappelle ces liens et 
qui établit officiellement les noms et titres 
de ce gendre de d'Aubigné ; elle est signée 
de sa main : 

Par devant les notaires du Roy nostre 
sire en sa ville et ressort de Nyort soubzsi- 
gnez fut présent en sa personne Josué de 
Caumond seigneur de Dadou et de Laber- 
landière, demeurant en la maison noble de 
Surimeau, paroisse de S'^ Pezenne, au nom 
et comme père et loyal administrateur de 
ses entrants et de deffunte Marie d'Aubigné 
sa première femme, lequel ... a faict et con- 
stitué son procureur gênerai et spécial le 
s' Claude Mériandeau auq. il a baillé pou- 
voir et puissance de faire recherche et per- 
quisition des meubles et utancilles délaissez 
par le décèz de deffunct hault et puissant 
seigneur messire Théodore Agrippa d'Aubi- 
gné vivant chevalier seigneur des Landes et 
antres places... fév. 1631, Josué de Caumond. 
(Melch. Pinault, not. à Genève, XVI, 17.) 

De son premier mariage naquirent seule- 
ment deux filles (t. I col. 518 note). 

Un autre des Dadé '■*, Jacques, également 
baron de la Harie [IV 178] servait dans 
les troupes du roi de Navarre, lorsqu'une 
blessure qu'il reçut à la cuisse pendant le 
siège de Mont -de-Marsan par Poyane, 
1580, et dont il resta estropié, l'obligea de 
prendre sa retraite. On ignore en quelle 
année il fut nommé gouverneur de Tartas. 
Il occupait ce poste lorsqu'il fut député, en 
1601, par la hasse Guienne ta l'assemblée 
politique de Sainte-Foy (t. III col. 991); 
il l'occupait encore, en 1615, lorsqu'il s'a- 
dressa à l'assemblée de Grenoble, pour 

^ Bib. nat., Carrés d'Hozier; voy. ci-dessus 
t. I, col. 574. 

2 Voy. aussi David Adde s' du Mesnil époux, 
vers 1020, de Marie d'Angoulins, t. II, col. 385. 



être indemnisé des dépenses qu'il avait 
faites ; mais l'année suivante, il fut chassé 
de son gouvernement par les catholiques, 
malgré la trêve conclue pendant les confé- 
rences de Loudun, violence dont il obtint 
réparation après la conclusion de la paix. 
Quand la guerre se ralluma, en 1620, il 
envoya à la Rochelle son fils • Dadou » 
pour représenter à l'assemblée qu'il ne 
pouvait répondre plus longtemps d-^ la 
conservation de ïartas, et l'assemblée 
écrivit à La Force et à Bénac pour les in- 
viter à traiter avec lui de son gouverne- 
ment {mss de Brienne, n^ 225). 

Ce fils, dont nous venons de parler, 
avait d'abord porté les armes en Hollande, 
et l'on doit croire qu'il y avait acquis une 
certaine réputation, pour que Bohan son- 
geât à lui confier le poste important de 
sergent de bataille pendant le siège de 
Montauban. Dadé montra d'abord une 
grande énergie; mais quelque méconten- 
tement, qu'il reçut, refroidit singulièrement 
son zèle, en sorte que, dès le mois de sep- 
tembre, il fut d'avis de capituler (t. III 
col. 880). Cet acte de faiblesse inquiéta le 
Conseil qui, suspectant dès lors sa fidélité, 
chercha une occasion de l'éloigner, et le 
chargea d'une mission auprès de Rohan, 
en lui adjoignant Noaillan. Dadé s'acquitta 
loyalement de celte commission ; mais peu 
de temps après son retour, il sortit de 
Montauban, fit sa soumission au roi, et, 
en vrai traître, il eut l'infamie d'indiquer 
aux généraux catholiques les endroits fai- 
bles de la place ; toutefois sa trahison ne 
servit de rien aux assiégeants, et les hé- 
roïques défenseurs de Montauban repous- 
sèrent toutes les attaques. 

Cependant la maison des Dadé ou Dadou 
persévéra dans ses principes. L'on a un 
testament en date de l'an 1679 (Arch. des 
B.-Pyr. E 1392) par lequel Jean de Dadou, 
seigneur de Camon et de Séméac ' laisse 
300 liv. de rente au temple de Lembeye 
pour l'entretien d'un ministre « et en cas 
que la R. P. R. viene a estre suprimée du 
dit lieu de Lembeye, ce que a Dieu ne 
plaise, il veut et entend que ce legs soit 
transporté à quelle autre église plus proche 
ou l'exercice de la R. P. R. se fera • ; il 
laisse en outre 100 liv. aux pauvres pro- 

' Séméacq-Blachon, arr. de Pau, cant. de Lem- 
beye; 588 bab. 



13 



DADE 



DAGNAN 



14 



testants et nomme ses exécuteurs testa- 
mentaires : Pierre d'Abbadie et Pierre du 
Pic baron d'Urgons. 

DADE (Marie), assistée à Genève, 1692- 
1698. 

DAGALIÉ, de Maçon en Bresse, et Ju- 
dith Batheliard sa femme, assistés à Lau- 
sanne, 1689. — David, son frère, du Pont- 
de-Velle, id. 1689-97. — Jean Dagalier ou 
Deigalier, laboureur au Pont-de-Velle, 
vieillard infirme, et sa femme, id. 1690. 
— Jean Dagallier et Marie Journay sa 
femme, deS.-Jean en Bresse, id. 1690-1715. 
D'autres membres de la même famille sont 
encore portés sur les Manuaux de Lau- 
sanne comme réfugiés, en 1740. 

Dagard, voyez Agard. 

DAGAUD (Vidal), ministre de Cour- 
nonsec (Hérault), en mai 1562 (regist. de 
l'égl. de Montpellier). 

DAGEBBILLE (Guillaume), ministre 
de Vésenobres, 1568-1874 {Bull. XXI. 
130). 

DAGEZ (ou d'AoEz ', comme nous l'a- 
vons inscrit au 1. 1 col. 50) est le nom d'une 
très ancienne maison du pays d'Albret. 
Le fief de qui elle le lient avec le titre de 
baronie, est situé entre Tartas et Mont de- 
Marsan. = Armes : d'azur à une dague ou 
épée d'argent, tantôt en pal, tantôt en barre. 
En 1524 Pierre d'Ages, écuyer, seigneur 
de S. -Magne, Villagrain, La Mothe, S.-Sul- 
piceetThouarsen Bordelais était capitaine 
de la ville de S. Macaire pour le roi ; en 
1527 il fut l'un des gentilshommes dési- 
gnés par François Jor pour aller en Es- 
pagne chercher les jeunes princes restés 
en otage, et en 1533 il devint deuxième 
maire de Bordeaux. Sa femme, Philippa 
de S. Gelais, de la maison de Lusignan, 
lui donna entre autres enfants 1° une fille, 
Benée, qui épousa, 22 janv. 1535, Jean 
de Jousseron, seigneur de Layre ; 2o un fils, 
qui fut : Bené d'Agés, chevalier, seigneur 
baron de S. -Magne et de Thouars, conseil- 
ler et maître d'hôtel du roi. Il épousa en 
1549 Catherine de Segur-Cabanac * avec 
laquelle il résidait habituellement à 
Thouars, d'où il pouvait ainsi que son 
père s'occuper aisément des affaires de 
Bordeaux, cette résidence étant très proche 

* Dayès est la véritable forme de ce nom, nous 
affirme l'archiviste de Bordeaux, M. Gatjllieur. 
2 Cabanac, château à 10 kilom. de Thouars. 



de la ville. Le père et le fils étaient hugue- 
nots; ils appartenaient à la maison de Bè- 
gles, l'une de celles où la Béforme comp- 
tait le plus d'adhérents, et Bené d'Agés 
était un des plus fervents d'entre eux. 
Dans une enquête instituée entre lui et 
Jean de Pontac, greffier du parlement, da- 
tée du 17 août 1568, il récuse les avocats 
(de Termes d'Arche le jeune et de Bais) par 
la raison ♦ qu'ils ont tous deux ensemble, 
estant grands et intimes amis, poursuivi 
contre iceluy seigneur d'Agés pour avoir 
fait prêcher en son château de Thouars. » 
Cependant le prêche du château n'aurait 
été transporté qu'en 1605 dans un temple 
que les réformés de la contrée obtinrent 
alors la permission de construire et qui 
fut démoli à la Bévocation ; mais le lieu 
où il était situé est encore appelé Le 
Temple. 

Bené d'Agés mourut avant 1590 et sa 
femme en 1612. Ils laissèrent une fille et 
deux fils : 1» François, baron de S. Magne 
et de Thouars qui épousa Suzanne, fille de 
Pierre-Charles de la Vergne, vicomte de 
Guilleragues, laquelle était, en 1615, veuve 
sans enfants ; 2° Antoine, seigneur de La 
Mothe qui épousa Philippa Duchemin, 
dame de Boursand, Gharlusac et Tugiras, 
devenue veuve en septembre 162-j. De cette 
dernière union naquirent : François d'A- 
gés, baron de S. -Magne et de Thouars, 
marié, 2 juin 1637, à Clauda, fille de feu 
Isaac de La Bochefoucauld baron de Bois 
sac; 2» Charles, seig"" de Château-Gail- 
lard ; 3» autre François, prêtre; 4° Jeanne ; 
5oGabrielle femme d'Anne deBeaumont. 

Deux fils naquirent du mariage de Fran- 
çois d'Agés et Clauda de La Bochefoucauld, 
savoir : Éléonor d'Agés, qui eut pour par- 
rain Éléonor de La Bochefoucauld-Mon- 
tendre son oncle et Jean -Louis d'Agés, 
docteur en théologie, qui était doyen du 
chapitre de Taillebourg en 1693. — Sa fa- 
mille n'avait pas attendu la révocation 
pour retourner au calholicisme. (Ober- 

KAMPFF) 

Archives du château de S'-Magne et de la ville 
de Bordeaux. 

DAGNAN ou d'Agnan (M^e), veuve, 
réfugiée h Lausanne, lègue 90 liv. aux 
pauvres réfugiés dans cette ville, à payer 
par M™e de Lestrade son héritière, 30 janv. 
1694. 



15 



DAGNEAU — DAGONEAU 



16 



DAGNEAU (Suzanne), dame noble des 
environs de Bayeux, 66 ans, assistée à 
Londres (20 liv.) avec ses deux fdles, 1702 ; 
l'est encore en 17dO. — (J.), pasteur connu 
seulement [Haag, IV 179] comme auteur 
d'un sermon sur Ezéchiel, XXXIII 11, qu'il 
prêche, 11 oct. 1723, à Londres dans 
l'église française de la Patente, Soho- 
square, dont il était un des ministres titu- 
laires. Ce sermon intitulé Le devoir de la 
conversion fut imprimé à Londres, 1723, 
in-12. 

DAGNÈS (Pierre), « musicien, natif de 
Montacoux en Quercy », reçu habitant de 
Genève, 2 décemb. 1535. 

Dagnon, Danion, voyez Bourgoing (t. II 
col. 1127). 

DAGONEAU, famille de riches bour- 
geois de Cluny et de Maçon [Haag, IV 179]. 
Ils s'étaient dès longtemps enrichis dans le 
commerce des vins du Maçonnais et te- 
naient un rang considérable dans le pays 
lorsque la Réforme commença de s'y ré- 
pandre. Le chef de la maison était alors 
Estienne Dagoneau, « lieutenant général 
et particulier es juridictions de l'abbaye 
de Cluny », qui probablement avait adopté 
les nouveaux principes, car sa femme et 
ses quatre fds Olivier, Gabriel, Toussaint 
et Jean, se montrèrent de zélés huguenots 
qui ne craignirent pas de souffrir pour leur 
foi. Olivier était receveur des deniers du roi 
à Mâcon, Toussaint grenetier du grenier 
à sel de Beaucaire et Jean banquier à Cluny, 
« le seigneur Jean Dagoneau, personnage 
qui pour sa preudhomie et bonne con- 
versation était tellement aimé des gentils- 
hommes du pays, de tous autres, même 
du clergé, que grands et petits le respec- 
toient et lui portoient une alîection sin- 
gulière » {Lég. de dom Claude, p. 134). 
Ils étaient riches tous les quatre, ainsi que 
leurs oncles Jean Pennet et Claude Dre- 
vet, et tous jouissaient d'une grande con- 
sidération. 

Théod. de Beze nous apprend {Hist. 
eccl. I 214) que l'église de Mâcon fut éta- 
blie seulement en 1560. Son premier pas- 
teur fut Antoine Bonnet ou Bouvet qui y 
arriva au mois de novemb. 1561 et fut 
cruellement martyrisé un an après (t. II 
col. 242). Ce ministre admirable avait été 
envoyé de Genève sur la demande adres- 
sée à la vén. Compte des pasteurs de cette 
ville par ceux de Mascon. le 11 oct. 1561. 



La lettre ne porte pas d'autre signature * ; 
mais elle est écrite de la même main que 
la suivante - : 

Messieurs, Nous vous envolons l'un des 
anciens de nostre église expressément pour 
vous faire entendre la nécessité trèsgrande 
en quoy elle est de ministre et pour vous 
suplier très humblement de nous en vouloir 
secourir d'un, vous assurant que quant ver- 
rez les dons et liberté qu'il a pieu a ce bon 
Dieu desploier à son église, la docilité du 
peuple et silence admirable de noz adver- 
saires, feriez que l'un de vous viendroit ic\ 
pour tel temps que regarderiez afin de tous- 
jours mieux enrichir nostre église. De vray, 
mons'' Pasquier nostre pasteur s'acquitte 
fidèlement bien de sa charge ; mais ce qu'il 
est seul et qu'il ne peult tousjours estre 
bandé soit a prêcher, cathéchiser, respondre 
dheure a auti*e à plusieurs personnes qui se 
présentent a luy, que ceste ville est la capi- 
tale de la province, tout cela mérite bien 
qu'il soit secondé; aussi que le continuel 
travail luy a tellement indisposé et l'esto- 
mac et la parole qu'il ne peult parler qu'à 
bien grande dificulté, qui faict espérer a ceux 
qui nous contrarient que de binef son reuhme 
et catharre luy pourront interdire le parler: 
qui seroit asseurement le comble de leurs 
pernicieux désirs, regret et pitié a tous ceux 
de notre pouvre église; Qui vous suplient 
en considération de toutes ces choses getter 
l'œil sur la nécessité en quoy nous sommes. 
Et nous envoler ung ministre actendant que 
le personnage qu'envoions estudier de de là 
puisse servir au ministère. Messieurs, nous 
supllons le créateur vous donner en parfaite 
santé très heureuse vie. A Mascon ce 
19 lObre 1561. Voz humbles et obelssans 
serviteurs. Olivier Dagoneau pour toute 
la compagnie de Ma(scon). 

Olivier, fils aîné d'Etienne, était donc 
à la tête du mouvement religieux de la 
contrée. L'église de Mâcon avait dès lors 
dans son sein les premiers citoyens de la 
ville, comme Henri de Mars trésorier du 
chapitre, les élus Touillon, Brunet, Bros- 
sette, Bernard, Chenoux. Genève lui en- 
voya Jacques Solte pour aider le ministre 
Pasquier succombant sous le poids de sa 
tâche. 

» Elle est publiée dans le JBull. XIV 326 et 
dans le Thésaurus epistolicus {Opéra Calvini 
Brunsw.) n" 3567. 

* Ces deux lettres sont en original à la Biblioth. 
de Genève, mss 197 aa cart. 1. 



17 



DAGONEAU 



18 



Survinrent les événements de 1562. A 
la levée de boucliers du prince de Condé, 
les huguenots de Mâcon se rendirent maî- 
tres de la ville sans résistance et tout y 
resta tranquille ; mais bientôt le gouver- 
neur de la province, Tavannes, la leur 
enleva par un stratagème qu'aurait facile- 
ment déjoué, s'il n'y eut eu incurie ou 
trahison, François Albing que les hugue- 
nots de Tournus, instruits des préparatifs 
du gouverneur, avaient envoyé aux Ma- 
çonnais pour les inviter à se tenir sur 
leurs gardes. On a vu (à l'article Bonnet) 
quelles cruelles représailles les catholiques 
exercèrent sur les personnes pour se ven- 
ger du pillage des couvents et du brise- 
ment des images. Dans l'espoir de délivrer 
ses coreligionnaires de l'oppression, un 
gentilhomme du pays, nommé de Loxjse, 
aidé du capitaine C/jm^ré^ ancien chanoine 
de S. -Vincent de Màcon, tentèrent, pour 
reprendre la ville, une entreprise qui réus- 
sit, mais ils furent expulsés de nouveau. 
C'est alors que les Dagonneau, avec une 
foule d'autres, furent dispersés ou empri- 
sonnés. Olivier subit une longue détention 
dans les prisons de Mâcon, puis dans celles 
de Dijon où il fut transféré par ordre de 
Tavannes, tandis que le reste de la maison 
paraît s'être enfui à Genève. La mère de 
famille, Marie Permet veuve d'Etienne, se 
trouve à Genève en 1568, donnant procu- 
ration (21 janv.) à Gilbert Regnauld, sei- 
gneur de Vaux ', pour s'opposer à la vente 
judiciaire d'un immeuble situé en Maçon- 
nais et appartenant à son fds Toussaint ; 
et, le 10 septemb. de la même année, dic- 
tant à un notaire genevois (J. Ragueau, 
X 374) son testament par lequel elle par- 
tage son bien entre ses quatre fdles : Fran- 
çoise; Claude « femme de sire Loys Lam- 
bert bourgeois et marchant de Cluny; 
Catherine femme de sire Pierre du Mex 
bourgeois et marchant de Tornu ; Jehanne 
femme de sire Hugues Corlier bourgeois 
et marchant de Mascon. » Le 23 septembre 
suivant est inscrit parmi les décès, la 
mort d'un enfant nouveau-né de Jean Da- 
goneau « habitant de Genève. » Olivier, 
rendu à la liberté, s'était retiré dans le 
pays de Vaud. A la nouvelle de la paix 
accordée par le roi avec Coligny et signée 

* Village à une lieue de Màcon; ce seigneur y 
avait établi un prêche. 



le 20 août 1570 (ci -dessus t. IV col. 195), 
les exilés ne pensèrent qu'au retour. On 
lit dans les Manuanx de Lausanne à la date 
du o seplemi). 1570 (voy. Bull. XXI 472) : 

Phisieurs seigneurs de France se sont 
pi'ésentés devant nos dits seig. pour autant 
quilz ont entendu publication de la paix 
avoir esté partout en L^rance fîiicte, se veuil- 
lans retirer en leurs maisons : prenans, 
causant ce, congié. Des quels sont ici es- 
criptz, assavoir : 

Monsieur maistre Pierre de la llamée 
lecteur du roy à Paris, appelé mcyisieur 
Ramus. — Monsieur maistre François 
Moissonnier advocat, de Mascon. — Jac- 
ques Pellisson. de Laval en Bretaigae. — 
Anthoine Rambert, de Cusset en Bourbon- 
nois. — Jacques Dojvneaulx', d'Amboise en 
Touraine. — Clément Gaultier, marchand 
et bourgeois de liVon. — Alexandre Gossier, 
de Picardie. — Paul du Bousquet eschol- 
lier, de Bagnolz en Languedoc. — M. Jehan 
Massot. Grenetier de Beaune. — M. maistre 
Jacques Massot lieutenant gén. du d. lieu. 
— Pierre Massot û\z du d. s' grenetier. — 
Olivier Bxgonean, R,eceveur du roy en 
Masconnoys. Etc. 

Ils revinrent donc; mais en 1572, à la 
Sainl-Barthélemy, ils faillirent tous être 
massacrés et n'eurent la vie sauve que 
parce qu'on espérait tirer d'eux de fortes 
rançons. Ils furent enfermés dans les ca- 
chots de Màcon avec Moissonnier, Porcher, 
Crespin, lecapitaine Gris, bien d'autres en- 
core, et comme ils n'olfraient nas assez pour 
être libérés, le gouverneur La Guiche ol)- 
tint, 14 septembre, un ordre du roi nour 
les retenir en prison (B. nat. Coll. Fon- 
tanien, n» 324). Toussaint seul s'échappa, 
gagna Genève et y fut admis en qualité 
d'habitant, un mois après le massacre, le 
29 septembre 1572. Quelques semaines 
plus tard, il épousa Marthe Bourgoing 
déjà veuve de deux maris et dont nous 
avons parlé plus haut '. Il avait exercé 
les fonctions de notaire à Mâcon, et eut 
l'autorisation de les continuer à Genève 
dont il acquit la bourgeoisie en 1583; on 
possède encore ses minutes depuis l'an 
1589 (mais elles commençaient bien avant) 
jusqu'en 1596. Il devint membre du Con- 
seil en 1591 et vécut jusqu'en 1601. 

' Au t. II col. 114. Elle était alors âgée de 
29 ans et mourut, à 70 ans, le 12 juin 1613. 



19 



DAGONEAU 



20 



Son frère Olivier le rejoignit à Genève 
(il y plaidait en 1579 contre Marthe Dufeu 
mère de sa femme ', et y fut également 
notaire ; on a ses minutes depuis 1591 jus- 
qu'à 1610. C'est en 1591 seulement qu'il 
devint bourgeois de Genève. Il avait perdu 
sa première femme, Jeanne des Rippes, 
née en 1538, morte le 13 juin 1588 et se 
remaria, 23 nov. 1592, avec une dame 
Michelle Nicod, veuve du libraire Jehan 
Durand, laquelle continuait avec activité 
l'exploitation d'un fonds de livres desti- 
nés à la propagande protestante ^. Il n'eut 
pas ou ne conserva pas d'enfant de ce der- 
nier mariage; mais il avait eu du précédent 
quatre fds dont un seul, Israël, subsistait 
encore en 1602. Le 10 juin 1602 il lui fit 
donation de la moitié de tous ses biens 
« tant es pais de Bresse, bai liage de Ma- 
connois que ailleurs de quelque nature et 
qualité que puissent estre lesd. biens tant 
en seigneuries, pensions, terres, prés, vi- 
gnes, estangs, bois que autres possessions. . . 
Leditprécipat et avantage failz aud. Israël 
premièrement parce qu'il est son fils lequel 
outre l'obéissance quil luy a toujours fidè- 
lement rendue a secouru et preste à son 
père de grandes et notables sommes de de- 
niers mesmes durant les troubles... » (F. 
Rivilliod not. m, 20). Dans son contrat 
de mariage et dans l'inscription de son dé- 
cès, il est qualifié : noble Olivier Dagon- 
neau. Il mourut à Genève, âgé de 89 ans. 
en 1611. 

Nous ne savons rien de Gabriel. Le der- 
nier frère, Jean, resté à Cluny y trouva une 
triste fin. Emprisonné comme les autres 
après la S^-Barthélemy, il fut plus parti- 

1 Voy. Reg. du Conseil, 25 fév. 1579. 

2 Par devant nous (Et Bon not. I, 272) s'est 
personnelleni. estably noble Piramus de Candolles 
[imprimenr] leq. vend a dame Michèle Nicole 
femme d'égrège Olivier Dagonneau notaire juré... 
la quantité de 125 bibles in fol. de l'impression 
des spectables ministres de ceste cité à raison de 
10 florins pièce, plus 225 autres bibles in 4° à 
5 fl. pièce, plus 145 autres bibles in 8° â raison 
de 30 sols monoye de Savoye pièce, item 225 
pseaumes in-32 fin papier a 4 sols pièce, plus 
22 ") autres pseaumes in 32 a 3 s. pièce le tout net 
et sans aucun rabais revenant 'à 2868 fl. 9 sols... 
de la q. somme le dit noble de Candolle a pré- 
sentement receu 508 fl. 9 s. des q. il s'en con- 
tente et les quitte et au regard des 2360 fl. res- 
tants la d. dame promet iceux payer au d. noble 
de Candolle dans six foires de Francfort, scavoir 
a chacune foire 392 fl. 4 sols; etc.. 



culièrement victime de la rapacité du pré- 
lat qui gouvernait alors l'abbaye de Cluny. 
C'était Claude de Guise, abbé de S.-Nicaise 
de Reims, frère bâtard du cardinal Charles 
de Lorraine. Celui-ci était l'abbé en titre 
et l'avait choisi pour coadjuteur k Cluny, 
c'est-à-dire pour agent chargé de pressurer 
le plus énergiquement possible tous les 
membres et tous les ressortissants, tenan- 
ciers, censitaires et sujets de cette magni- 
fique abbaye qui formait une souveraineté 
à peu près absolue comptant 472 prieurés 
sous sa dépendance. A la mort du cardinal, 
il succéda au titre et fut abbé de Cluny de 
1574 à 1612, date de sa mort. Il était né 
vers 1547. Jean Dagonneau fut une bonne 
proie pour cet homme, qui ne lui rendit 
la liberté qu'après lui avoir fait payer 
comptant ou signer pour l'avenir des en- 
gagements ruineux, comme fermier de 
l'abbaye, et ne cessa de le tondre peu à 
peu, par la ruse ou par la force, jusqu'à 
son lit de mort. Le malheureux vécut huit 
à neuf ans sous cette tyrannie et mourut 
en 1580, persuadé qu'il était empoisonné 
et peut-être de la main de sa propre femme, 
Jeanne Du Mex, qu'un acolyte du coadju- 
teur avait débauchée de toute façon et en- 
traînée au catholicisme pendant qu'il était 
en prison. On a une lettre de dix pages 
écrite par lui le 15 janvier 1580 à ses frè- 
res, à Genève, peu de temps avant sa mort 
el dans laquelle il demande leur pardon 
de ne pas être allé les rejoindre; il leur re- 
commande ses enfants en résumant l'his- 
toire de ses malheurs ' avec une touchante 
modération et une vraie piété. 

Il y a tout lieu de croire à l'authenticité 
de cette lettre ; son style seul en prouve- 
rait la sincérité; mais elle nous a été con- 
servée seulement dans un pamphlet que le 
P. Lelong annonce (Bibliothèq. hist. de la 
France, n» 18245) par les mots « Ce livre 

1 Vers la fin : «... Je ne sçay sur qui rejeter le 
morceau mortel qui m'a esté donné : Si c'est luy 
[M. de Cluny], si c'est S. Barthélémy [principal 
sicaire de l'abbé], ou son secrétaire, voire si c'est 
ma femme Dieu veuille le leur pardonner : pour 
le moins ne sauroyent ils dire que je leur aye 
jamais fait desplaisir que je sache. Bien scay je 
que je pouvois bien me passer d'avoir aflaire à, 
eux et mon devoir me commandoit de faire quel- 
que honneste retraite, sans me pesleraesler parmy 
les prophanes : j'eusse par ce moyen conservé 
nostre fraternité en l'entière et parfaite amitié 
qu'elle s'estoit auparavant entretenue... » 



21 



DAGONEAU 



22 



ou plutôt ce roman », et qui est une satyre 
violente contre l'abbé Claude. Les princi- 
paux faits prétendus par l'auteur sont pre- 
mièrement qne le duc Claude de Guise, 
gouverneur de la Bourgogne, avait été 
trompé lorsqu'il s'était attribué la pater- 
nité de cet enfant qu'il aurait eu à Dijon, 
d'une demoiselle de Serres {Lèg. de dom 
Claude, p. 2, 7, etc.) fille d'un président 
au parlement ', tandis que le père vérita- 
ble était un jeune palefrenier de la maison ; 
et ensuite que l'enfant, devenu grand, pour 
étouffer la vérité et se conserver les bon- 
nes grâces du cardinal de Guise, qui se 
croyait son oncle, aurait empoisonné son 
propre père et continué longtemps, par lui 
même ou par ses agents, une série indéfinie 
d'empoisonnements et de meurtres, habi- 
tués qu'ils étaient à se débarrasser des gens 
qui mettaient obstacle à leur rapacité ef- 
frénée. Ainsi ce serait lui, aidé du s^deS. 
Barthélémy ci-dessus nommé (col. 20, note), 
qui aurait empoisonné Jeanne d'Albret, le 
prince dePorcien, le cardinal de Guise lui- 
même afin de lui succéder plus vite, enfin le 
roi Charles IX . Ces in vcntions qui se réfutent 
d'elles-mêmes par leur énormité sont bien 
du pur roman, mais les faits de rapine, de 
concussion et de cruauté commis à l'égard 
de petits particuliers des environs de l'ab- 
baye de Ciuny et spécifiés en détail, avec 
les noms des victimes, comme celles des 
Dagonneau et de leurs parents ou amis, 
sont vraisemblablement exacts. Le critique 
dijonnais le plus autorisé, l'abbé Papillon 
(Biblioth. des auteurs de Bourgogne, 1742) 
dit lui-même : « Il fimt avouer que la tra- 
« dition du monastère et de tout le pays 
« confirme assez ce qui est rapporté dans 
« cette Légende. » 

De Thou et d'Aubigné mentionnent cet 
écrit comme étant intitulé La légende de 
Saint Nicaise et comme ayant été imprimé 
en 1574 ; mais on n'en connaît pas d'exem- 
plaire et aucun bibliographe ne l'a vu, 
ou du moins ne l'a cité de visu. La pre- 
mière édition que l'on connaisse, très rare 
d'ailleurs, porte ce titre : Légende de domp 
Claude de Guyse, abbe de Cluny. Contenant 
ses faits et gestes, depuis sa nativité jus- 
ques a la mort du Cardinal de Lorraine : 

1 Bénigne de Serres président depuis l'an 1535. 
La mère, remariée sans doute, qui aurait été de 
connivence avec le cardinal est appelée, dans la 
Légende, la présidente Des Barres. 



et des moyens tenus pour faire mourir le 
Roy Charles neufieme, ensemble plusieurs 
Princes, grands Seigneurs et autres, durant 
le dit temps. M.D.LXXXI. (in-8o sans nom 
de lieu ni d'imprimeur). Dix feuill. prélim. 
contenant la table et une épitre dédica- 
toire (a très illustre prince Henry de Lor- 
raine duc de Guyse, pair et Grand Maistre 
de France..., son Seigneur très clément, 
V.T.N. salut.) datée du 1er juin 1581, et 
256 pages. Une seconde édition en a été 
donnée par l'abbé Lenglet du Fresnoy dans 
le volume (t. VI) qu'il a publié en supplé- 
ment aux Mémoires de Condé (La Haye, 
1744in-4o). Jusque là on avait généralement 
attribué ce pamphlet à Jean Dagoneau; 
Lenglet cherche à démontrer, dans l'Aver- 
tissement de son édition, que c'est Gilbert 
Regnault (col.l7).LeP. Lelong,en rappor- 
tant les avis, conclut ainsi : « L'auteur de 
« cet ouvrage est véritablement Dagoneau, 
« calviniste, né dans le Charollois, ayeul 
« de MM. Dagoneau de Marcilly, conseil- 
« 1ers au parlem. de Dijon. » — L'une et 
l'autre attribution est également inaccep- 
table. Jean Dagoneau et Gilbert Regnault 
jouent tous deux un rôle dans l'ouvrage, 
leur histoire et leur nom y occupent un 
grand nombre de pages; il est évident que 
l'auteur d'un libelle aussi outrageant pour 
la maison de Guiso, s'est caché avec soin 
bien loin de s'aller mettre lui-même en 
scène. Le nom de Dagoneau retenu par la 
tradition pourrait faire penser qne l'auteur 
est un des Dagoneau de Genève^ Olivier 
par exemple; cependant le volume a été 
imprimé en Savoie ou en Bresse, si l'on 
s'en rapporte à une lettre initiale par la- 
quelle il commence et qui représente un écu 
à la croix de Savoie soutenu par deux lions. 
2. DAGONEAU (Anthoine), fils de feu 
Girard, « horologeur d'Issoire en Auvergne, 
se met et afferme avec Ant. Artaud mar- 
chand maistre horologeur de Genève pour 
le temps et terme d'un an entier et conti- 
nuel... pendant lequel le dit S^ Arlaud 
sera tenu de luy monstrer et de tout son pou- 
voir faire apprendre a faire les horologes, et 
horologes a resveille matin, comme aussi les 
mouvements célestes... % 30 juin 1626. 
— Marie Dagonau, petite fille venue de 
Bourgogne et assistée à Genève, 15 mars 
1692. — La veuve de Philibert Dagonneau, 
de Paray-le-monial et son fils, id. 1699- 
1703. 



23 



DAGUERRE — DAILLE 



24 



DAGUERRE (J. D.), avocat au parle- 
ment, ancien de l'église de Pau, député 
pour le Béarn au XXIIe synode général, 
1617. 

1. DAGUIN (Claude), « natif de la ville 
de Poitiers en France », admis à l'habita- 
tion à Genève, 28 septemb. 1536. 

2. DAGUIN (Jehan) et Isabeau Brassard, 
sa femme, font baptiser dans l'un des tem- 
ples de La Rochelle, 1585, leur fils Isaac 
lequel épousa Jeanne /rawwmM^ dont il eut 
Pierre (1610), Jehan (1615). A la même 
famille appartient probablement Jacques- 
Augu.stin Daguin, éeuyer, s»" de La Vallée 
(parr. de Dompierre), gendarme de la 
garde du roi, marié, 25 oct. 1773, à Franc. 
Angélique Guillotin, sa cousine germaine, 
et qui convoqué comme seigneur de La 
Vallée en 1789, à l'assemblée de la no- 
blesse d'Auuis, n'y comparut pas (Riche- 
mond) . 

DAGULLES (René de) ou d'Aguilles, 
gentilhomme provençal, porté sous l'un ou 
l'autre de ces deux noms sur les registres 
de la Bourse françoise de Genève pendant 
les années 1552 à 1555. On lit sur ces re- 
gistres plusieurs mentions de recette com- 
me celles-ci: « De la part de eeulx de Pro- 
vence par les mains de M. René » et, au 
mois de juillet 1551 : « Le jeudi 5e du dit 
rnoys, lacompaignie estant assemblée chez 
Mons"". Calvin, aprez avoir invocqué le 
nom de Dieu, furent eleuz Diacres pour 
l'administration du bien des pauvres Mons"". 
de St-Jérémie, Mons"". René, Mons"". de La 
Touche, et moy confirmé comme aupara- 
vant ». Ce dernier, secrétaire de la Bourse, 
est un de Budé, comme nous l'avons vu 
ci-dessus, t. IV col. 327, lig. 32. 

Daigoin, voy. t. IV col. 1030-31. 

DAIGUEBERT (Jean), de Mauvesin, 52 
ans, marchand de toile^ assisté à Londres 
avec sa femme et 6 enfants, 1702; l'est 
encore en 1710. 

DAIGUIER (Jacques) de Meaux en Brie, 
drapier, reçu habitant de Genève, 4 nov. 
1572. 

DAILLÉ (Jean), savant critique et pré- 
dicateur éloquent, né à Châtelleraut, le 6 
janvier 1594 [Haag, IV 180]. Son père, 
receveur des consignations à Poitiers, était 
un prolestant fervent et avait beaucoup 
souffert pour la religion, durant les guer- 
res civiles; sa mère était une d'ie Berthon 
« dont la famille est grande et considé- 



rée ' » à Châtelleraut. Il était l'aîné de 
leurs enfants et les perdit tous deux de 
bonne heure. A l'âge de onze ans il fut 
envoyé par son tuteur à St-Maixent. sous 
un régent, nommé Hévin, pour s'initier 
aux premiers rudiments des lettres; puis il 
poursuivit ses études tant à Châtelleraut 
qu'à Poitiers et alla faire sa philosophie à 
Saumur où il fut l'élève de Duncan et 
passa ensuite, 1612, en théologie. Vers la 
fin de l'année (oetob.) \e cé\èhre. Du Plessis- 
Mornay, gouverneur de la ville^ le prit 
chez lui en qualité de précepteur de deux 
de ses petits-tils, Philippe-Samson de St- 
Germain, né du mariage de Jacques de St- 
Germain, s"" de Fonlenay-Husson avec 
Elisabeth de Mornay, 1601; l'autre Phi- 
lippe de Ste-Hermine, iils de Jacques des 
Nouhes, autre gendre de Du Plessis [IV 
266]. 

Il passa sept années entières dans cette 
famille illustre qui conçut pour lui une 
grande estime, et sut profiter de son séjour 
à Saumur pour se lier d'une étroite amitié 
avec Gomar et Caméron, savants profes- 
seurs de l'académie, avec Cappel, Amyraut 
et de U Angle, ministres déjà connus par 
leur savoir. 

En 1619, Daillé partit avec ses élèves 
pour l'Italie. Ayant en le malheur de per- 
dre dans ce voyage le jeune Saint-Ger- 
main, qui mourut à Padoue, le 31 mai 
1620, ce ne fut pas sans beaucoup de 
peine qu'il parvint à soustraire le cadavre 
aux outrages de l'Inquisition ; il dut l'en- 
voyer en France comme ballot de mar- 
chandises, sous la garde de deux domesti- 
ques. Ce devoir rempli, il se rendit à Ve- 
nise, qu'il quitta bientôt malgré les efforts 
de Fra Paolo Sarpi et du médecin français 
Asselineau pour l'y retenir. Il parcourut 
la Suisse, l'Allemagne, les Pays-Bas, la 
Hollande, l'Angleterre, et rentra en France 
à la fin de l'année 1621, n'ayant retiré, 
disait- il, de ses voyages qu'un seul profit, 
l'amitié du célèbre historien du concile de 
Trente. 

Daillé reprit avec une nouvelle ardeur 
ses études théologiques, et en 1623, il se 
fit recevoir ministre. « Vous aurez sceu, 
écrivait Du Plessis à Bouchereau, sous la 
date du 20 fév., comme M. Daillé a esté 
examiné et receu au colloque de Bas Poi- 

' Vie de M. DaiUé, par son fils. 



25 



DAILLE 



26 



tou, sauf l'imposition des mains réservée 
en ce lieu. Tout s'y ost passé à son hon- 
neur et au contentement de la Compagnie. " 
Du Plessis l'ayant obtenu pour pasteur, 
Daillé commença l'exercice de ses fonc- 
tions au château de La Forêt-sur-Sèvre ; 
mais au bout de peu de mois, il eut la 
douleur de voir expirer son bienfaiteur 
entre ses bras. La mort de l'homme ver- 
tueux est toujours féconde en enseigne- 
ments. Il était bon de raconter à la posté- 
rité les Dernières heures de Mornay ; 
c'était un service à rendre à la cause pro- 
testante, c'était en même temps une dette 
de reconnaissance à payer à sa mémoire. 
Nul ne pouvait mieux que Daillé remplir 
ce double devoir, et il n'eut garde de le 
négliger. L'écrit qu'il composa à cette oc- 
casion a été réimprimé à la suite delà Vie 
de Mornay, par Licques. 

Daillé resta encore près d'un an à La 
Forêt-sur-Sèvre, occupé à classer les ma- 
tériaux des Mémoires de Du Plessis-Mor- 
nay. Ce travail terminé, il partit pour 
Saumur où il était appelé comme pasteur. 
Il s'y maria, mai 1623, avec Susanne Ar- 
ribat qui ne lui donna qu'un fds et mou- 
rut en 1631. Son installation n'eut pas lieu 
immédiatement à cause de chicanes dont il 
fut fait justice au Conseil du roi. Ce fut 
seulement au bout de quelques mois qu'il 
put prendre possession de sa chaire et il 
ne la garda pas longtemps, car dès l'année 
suivante, le consistoire de Paris le choisit 
pour remplacer Durant. Sauf de courtes 
absences, il ne cessa pendant quarante - 
quatre ans d'édifier l'église de Charenton 
par son éloquente parole, et de défendre la 
religion réformée contre les attaques de 
ses ennemis dans des ouvrages dont les 
catholiques eux-mêmes reconnaissent le 
mérite. 

Député par l'Isie-de-France au synode 
national d'Alençon, en 1637, Daillé le fut 
encore à celui de Loudun, 16o9, le dernier 
que les Réformés aient tenu avec la permis- 
sion du gouvernement. Il en fut élu mo- 
dérateur. C'est en cette qualité qu'il ré- 
pondit au commissaire La Madelaine 
(voy. t. IV col. 510). Après avoir témoi- 
gné la gratitude de l'Église envers le roi 
qui avait convoqué l'assemblée par une 
î faveur singulière, pur effet de sa grâce 
et de sa clémence, » le président de l'as- 
semblée s'étendit longuement sur le devoir 



de l'obéissance passive ; puis, arrivant 
aux injonctions de la Cour il promit de 
s'y soumettre avec respect, tout en espé- 
rant qu'elles seraient adoucies à certains 
égards. Rien de plus humble jusque-là que 
cette harangue; Daillé ne retrouva un peu 
d'énergie qu'en abordant la question dog- 
matique. Il déclara que, loin de renoncer 
aux expressions d'Antéchrist, d'idolâtrie, 
de tromperies de Satan, qu'on leur défen- 
dait d'employer, les ministres prolestants 
les conserveraient fidèlement et inviola - 
blement jusqu'au dernier soupir. On doit 
aussi louer la force pleine de dignité avec 
laquelle il repoussa les accusations portées 
contre ses coreligionnaires, et la prudence 
avec laquelle, usant de récriminations — 
et certes la matière ne lui faisait pas défauî, 
— il prouva que les torts sérieux étaient 
du côté de leurs adversaires. 

Dépouillé du droit de nommer les dé- 
putés généraux des églises, le synode ap- 
prouva le choix fait par le roi du marquis 
de Ruvigny en remplacement du marquis 
ù'Arzilliers, et il chargea le pasteur Eus- 
tache avec Jacques à'Arlande, sieur de Mi- 
raiiel, d'aller en son nom remercier Louis 
XIV de la convocation de l'assemblée. Il 
procéda ensuite, du consentement du com- 
missaire, à la nomination de trois candidats 
à la députation pour le Tiers. La majorité 
des voies se réunit sur Loride avocat au 
Conseil et au parlement, Jaussaud avocat 
à la Chambre mi -partie de Castres, et Des 
Forges-Le Coq conseiller et secrétaire du 
roi. 

Par une exception assez rare, le synode 
n'apporta aucun nouveau changement à la 
Confession de foi ni à la Discipline qu'il 
recommanda d'observer plus strictement. 
Il recommanda aussi aux familles et aux 
églises de donner le plus grand soin à 
l'instruction religieuse de la jeunesse, dût- 
on y employer quelques-unes des heures 
consacrées à la prédication. Comme la 
plupart des synodes précédents, celui de 
Loudun porta son attention sur la correc- 
tion des éditions de la Bible, du catéchis- 
me, des psaumes et de la liturgie. Il or- 
donna de tenir note des variantes et 
nomma, pour surveiller la revision, un 
comité composé de Bochart, Jean -Louis 
Jaussaud de Castres, Amédée deChoudens, 
Amyraut, Blondel, David, Euslache, Taby, 
de Velaux, Bernard, Baudan, Le Bloy, J. 



27 



DAILLE 



28 



Guitton, Comarc, d'Yze, Ricottier, Casa- 
major et Homel. Sa principale occupation, 
toutefois, fut de juger une foule de con- 
testations, la plupart sans importance. 
N'était-il pas ridicule de porter jusqu'au 
synode national une misérable querelle sou- 
levée par le syndic Pierre Caffarel et Jean 
Gaillar'd, contre les demoiselles Colombe 
et Esther Thalodières de Degan pour la 
possession d'un banc dans l'église de Mont- 
pellier? Tous les appels, il est vrai, n'é- 
taient pas aussi futiles. Ainsi, ce n'était 
pas sans apparence de raison que Ferrand, 
ministre de Bordeaux, se plaignait du sy- 
node de sa province qui, après l'avoir 
choisi pour député à Loudun, lui avait 
préféré un autre représentant; ce n'était 
pas non plus sans motif que Plassay, mi- 
nistre de Niort, accusait d'injustice le sy- 
node de Poitou qui l'avait enlevé à son 
église et à l'affection de son troupeau, 
bien qu'on n'eût aucun grief à alléguer 
contre lui, comme le prouvèrent Belesbat 
et Tristan, ses défenseurs ; ce n'était pas 
enfin sans cause valable que d'Huisseau, 
appuyé par d'Haumont, Benoit et Faure, 
chefs de famille de Saumur, demandait à 
être confirmé dans son ministère pour 
l'église de cette ville, et se plaignait d'une 
cabale à la tête de laquelle, on regrette de 
le dire, se trouvait Ainyraut, qui s'était 
sans doute laissé entraîner hors de sa mo- 
dération habituelle par les libelles calom- 
nieux de Niotte, d'Haumont, deBouchereau 
et d'autres. 

Après avoir arrêté les comptes de Du 
Candal, trésorier des églises, et réparti 
entre les députés la somme de 1600 livres, 
accordée par le roi pour les frais du 
synode, l'assemblée se sépara en prescri- 
vant un jeûne général. 

Simple et uniforme, la vie de Daillé 
n'offre plus de particularités saillantes ; il 
mourut le i5 avril 1670, à l'âge de 76 ans 
et fut enterré le 17 au cimetière de Cha- 
renton. 

« Il étoit, lit-on dans Nicéron, d'un na- 
turel ouvert et incapable de déguisement ; 
ses amis lui trouvoient même un peu trop 
de franchise. Son entretien était doux et 
aisé, il s'accomodoit à la portée de tout le 
monde, et les personnes du commun trou- 
voient leur compte avec lui. de même que 
les plus savans. Comme il avoit beaucoup 
de lecture, il fournissoit à toute sorte de 



conversation, et sur quelque sujet qu'on 
le mît, il avoit toujours de quoi satisfaire 
la compagnie. Il n'étoit pas comme beau- 
coup de savans à qui l'étude inspire une 
humeur mélancolique et chagrine ; les plus 
fortes méditations ne lui otoient rien de 
sa gayeté naturelle ; il laissoit en sortant 
de son cabinet toute son austérité et sa 
mélancolie parmi ses papiers. Quand il se 
sentoit l'esprit fatigué pour avoir lu ou 
étudié des matières relevées ou attachantes, 
il se délassoit par la lecture de quelque 
auteur qui demandoit moins d'application. 
Il étoit d'un tempérament robuste, et jus- 
que dans sa vieillesse il n'eut rien qui se 
sentit du déclin de son âge. » 

Les écrits de ce célèbre pasteur sont 
nombreux. Selon un Journal écrit de sa 
propre main, il avait composé, depuis sa 
vocation à Charenton, 724 sermons. On en 
a publié plus de 20 volumes. Au jugement 
de Dreux du Radier, ils réunissent toutes 
les grâces du grand orateur. Le style en 
est toujours clair, l'expression noble et 
majestueuse, l'éloquence douce et facile, 
qualités que Daillé devait peut-être à ses 
intimes liaisons avec Conrart; mais ils 
manquent généralement de chaleur. La 
pureté du style n'est pas moins remarqua- 
ble dans ses ouvrages latins. 

Terminons par le témoignage de Guy 
Patin qui écrivait à l'un de ses correspon- 
dants (8 oct. 1666) : 

« Pour les livres qui regardent votre 
religion, je les aime, car il y a à y ap- 
prendre, principalement quand ils sont du 
mérite de ceux de M. Daillé. Tous ces bons 
livres-là tiennent bien leur place dans une 
bibliothèque. Un honnête homme a tou- 
jours bonne grâce d'apprendre la vérité et 
de se détromper et même délivrer de la 
bigoterie du siècle et de se garantir des 
impositions des fraudes et de la cabale des 
catfards » . 

Voici la liste des livres publiés par 
Daillé : 

I. Sermon de la vocation des fidèles à la 
foy et au salut (llom. 9. 16), fait à Cha- 
renton le 10 juillet 1631 ; Charent., Pierre 
des Hayes, 1633, in-12o de44 p.; Charent., 
1645, in- 12 de S8 pages. 

II. Traicté de l'employ des Saincts Pères 
pour le jugement des différends qui sont 
aujourd'huy en la religion ; Genève, 1632, 
in-8 de ix f. prél. et 535 pag., dédié à 



29 



DAILLE 



30 



Anne de Mornay. — Daillé établit que les 
Pères ne peuvent être acceptés pour juges 
des controverses entre l'Église protestante 
et l'Église romaine, parée qu'il est très 
difficile, sinon impossible, de savoir au 
juste leur opinion sur les matières contro- 
versées, et que, la connût-on, on ne pour- 
rait y attacher une autorité décisive, les 
docteurs de la primitive Église n'étant pas 
plus infaillibles que les docteurs de nos 
jours. Cet ouvrage, que Bayle qualifie de 
chef-d'œuvre, fut vigoureusement attaqué 
par Serivenerius, Beveridge, Cave,Worton 
et tous les partisans du système épiscopal; 
mais il trouva un habile défenseur en 
Whitby. /. Mettayer, ministre de Saint - 
Quentin, en fit une trad. latine préférable 
à l'original, parce qu'elle a été revue par 
Daillé qui y a ajouté des remarques. Elle 
a été publiée sous le titre : J. Dallœi libri 
duo de usu Patrum ad ea definienda reli- 
qionis capita, quœ sunt hodiè controversa, 
latine è gallico nunc primùm redditi, ab 
authore recogniti, aucti et emendati, Gen., 
1636, in-4o de viii f. prél. et 367 pages ; 
réimp. Genève, 1655 et 1686, in-4°; Lon- 
dres, 1675, in-4''. Il en a paru aussi une 
trad. anglaise à Lond., 1651, in-4oet in-8°, 
selon Watt. On a fait de cet ouvrage un 
abrégé intitulé : /. Dallsei de vero usu Pa- 
trum tractatus in epitome exhibiius, opéra 
M. A. D. E. E. M., Tubingœ, 1692, in-12 
(voy. Nicéron, X, 130). 

III. Le sacrifice des chréstiens, sermon 
fait à Charenton le 2 de l'an 1633, jour de 
Cène sur le 12e chap. de l'Ép. aux Rom. ; 
(Charenton, Mie. Mondière, 1645, in-12 
de 58 pages. 

IV. Christ mort et ressuscité pour nous, 
Rom. IF 25; sermon fait à Charenton le 
jour de Pasques de l'année 1633; Charent., 
Melchior Mondière, 1639, in-12, 60 pag. 

V. Sermon de M. Daillé, de la Charité 
chrestienne sur Romains, XII 9, 10, fait à 
Charento7i, le 22 mai 1633; Charent., Mon- 
dière, 1633, in-12 de 69 pag. 

VI. Apologie des Églises réformées où 
est monstrée la nécessité de leur sépara- 
tion d'avec l'Église romaine contre ceux qui 
les accusent de faire schisme en la Chres- 
tienté [le p. Coton], Charenton, Melchior 
Mondière, 1633, in-8o; autre édition (Cha- 
renton, Mondière) 1641, dédiée à la maré- 
chale de Thémines, o f. prél. et 178 p. in-S»; 
autre, Charent., Louis Vendosme, 1647, 



in-8o de vii f. prélim. et 178 p.; trad. en 
anglais par ïh. Smith avec une préface, 
London (et Cambridge), 1653, in-S», et 
en latin par Daillé lui-même, avec quel- 
ques additions, sous le titre : Apologia pro 
ecclesiis reformatis, in quâ demonstratur 
eas falsè et inique schismatis idcirco accu- 
sari, quod à papte romani communione se- 
cesserint; cum appendice de fidei demons- 
tratione ex Scripturis adversiis novam me- 
thodum, et altéra ex Theodoreti, Cyri 
episcopi, opusculis, Amst., 1652, in-S" ; 
2e édit. augm., Gen., 1677 ; in -8°. 

VII. Lettre de J. Daillé à M. de Monglat 
où il respond aux remarques faites sur son 
Apologie par M. J. de Chaumont, conseiller 
du roy en son c. d'État et garde des livres 
du cabinet de S. M. ; Charent., L. Vendosme, 
1633, in-8o; Charenton, Nie. Bourdin et 
Louis Périer, 1634, pet. in-8o de 74 pages. 
Seconde édition, revue, corrigée et aug- 
mentée par l'auteur; Charenton, Sam. 
Périer, 1661, in-8o de 224 pages. Elle est 
dédiée à Franc. Vallée, seig'". de Chenail- 
les, président du Bureau des trésoriers de 
France. — La réplique de Chaumont occa- 
sionna l'ouvrage qui suit. 

VIII. Considérations sur le Discours pa- 
cifique de M. Chaumont, Sedan, 1634, in-12 
— Chaumont fit une duplique à laquelle 
Daillé se hâta d'opposer une réponse qu'on 
ne jugea pas à propos de laisser paraître. 
L'Apologie trouva d'autres adversaires. 
Le plus redoutable fut l'Assemblée du 
clergé de France, qui la dénonça au roi 
comme séditieuse. C'est pour répondre à 
cette accusation que Daillé publia: 

IX. Sermon sur la Ire épitre de St 
Pierre, I vers. 12 ; fait le dimanche 9 de 
sept. 1635, jour de Cène, après-midi; Cha- 
renton, Mondière, 1636, in-12 de 47 p. 

X. Sermon sur la Ire épitre de St 
Pierre, I vers. 22, 23, 24. Prononcé à 
Cliarenton, te., [sic]; Charent., Louis de 
Vendosme, 1636, in 12 de 43 p. 

XI. Lettre à un sien ami sur les plaintes 
faites contre luy et ses collègues; Charent., 
1636, in-8» de 38 pages. 

XII. La foy fondée sur les Saintes Écri- 
tures contre les notiveaux Méthodistes; 
Charent., Samuel Petit, 1634, in-8°; 2e 
édition revue, corrigée et augmentée par 
l'auteur; Sam. Périer, 1661, in -8° de xvi 
f. prél. et 224 p.; trad. en latin par l'au- 
teur et publié à la suite de V Apologia, puis 



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DAILLE 



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séparément sous le titre Disputatio de fidei 
ex Scripturii demonstratione adv. novani 
quorumdam Latinorum methodum; adjecti 
sunt de simili argumento duo insignes 
Theodoretisermones sive libelli, Gen., Sam. 
de Tournes^ 1660, ia-8o, de vii f. prél. 
249 p. et iii f. d'index; réimp. Gen., 1677, 
in -8°. — Daillé donne le nom de nou- 
veaux méttiodistes à des controversistes 
catholiques qui prétendnient que les pro- 
testants devaient produire des textes de la 
Sainte Écriture, non seulement pour prou- 
ver leurs doctrines, mais encore pour ré- 
futer directement les croyances qu'ils re- 
poussaient, par exemple des textes décla- 
rant que les indulgences n'ont pas de va- 
leur, que le pape n'est pas infaillible, etc. 

XIII. Sermon pour le jeusne célébré à 
Charenton, le jeudi 21 aoust 1636; Cha- 
rent, Mondière, 1638, in-12 de 51 p. 

XIV. Examen de l'avis de M. de La Mil- 
letière sur l'accommodement des différends 
de la religion, Charent., 1637, in-8o; publ. 
en latin, même année et même format, 
sous le titre : Adversùs Milleterianam de 
conciliandis religionibus sententiam dispu- 
tatio, divisa in partes duas; qiiarum prior 
est de primatu, de eucharistiâ, justifica- 
tione sanctorum, invocatione et precibus 
pro mortuis; altéra de naturd et gratiâ, 
et œternd prxdestinatione. 

XV. De la créance des Pères sur le fait 
des images, Gen., J. de Tournes, 1641, 
in-8o de 20 pag. prélim. et o96 p. de 
texte; trad. en latin par l'auteur, sous le 
Vilre : De imaginibus lib. IV, Lugd. Bat., 
1642, in-8o. 

XVI. Deux sermons sur le 1er cliap. de 
l'épistre aux Colossiens, vers. 12, 13, 14; 
Charenton, Mondière, 1643, in-12 de 
102 p. 

XVII. Quatre sermons sur divers textes 
prononcés à Chai'enton, Charent.. Jacq. 
Auvray, 1644, in-12. — Avec une épître 
dédicatoire à M^e de La Jurie, datée du 
dernier jour de déc. 1643. 

XVIII. Exposition sur la diviiie épitre de 
S. Paul aux Filippiens en XXIX sermons 
prononcez à Charenton l'an 1639-42 ; 2 vol. 
in-12o, Charent., 1644. Réimpr. plusieurs 
fois, sous des titres plus ou moins diffé- 
rents : Exposition des 3e et 4e chapitres de 
l'épUre de l'apôtre S. Paul aux Philippiens 
en 13 sermons prononcés à Charenton; 
Charent., Melc. Mondières, 1647, in-8o 



de iij feuill. prél. et 5o2 p. ; suivie d'une : 
Seconde partie dont nous connaissons 
seulement une 2e édition, revue et corri- 
gée par l'auteur, Genève, P. Chouël, 1660, 
in-8o de vj f. prél. et 546 p. Les deux par- 
ties furent réimpr. ensemble en 2 volumes. 

XIX. Serinons sur l' Epître aux Colossiens, 
Charent., L. Vendosme, 1648, 3 vol. in-8«; 
Gen., P. Chouët, 1662, 3 vol. in-8o; trad. 
en anglais, Lond., 1672, in-fol. 

XX. Sermon sur le Ps. LXXIV 16, 17, 
prononcé à Charenton le 1er jojtr de l'an, 
Charent., L. Vendosme, 1648, in-8o. 

XXI. De pœnis et satisfactionibus huma- 
nis lib. VII; Amst., J. Blœu, 1649, in-4o 
de iv f. prél. et 720 pages. — Opinions 
des Pères des trois premiers siècles sur ces 
dogmes. 

XXII. Sermon sur Jean I 29; Charent., 
1649, in-8o. — Deux sermons prononcez a 
Charenton, les deux dimanchee 5 et 12 
septemb. 1649; Charent. 1649 in -8°. 

XXIII. Sermons de la naissance, de la 
mort, deN. S. /.-C/i., Charent., 1651, in-8o; 
2e édit. Sermons de la naissance, etc. et de 
la descente du S. Esprit sur les apôtres, 
Gen., 1664 (quelques exempt. 1665), in-8o 
de vij f. prél. et 582 p. 

XXIV. Deux sermons de la passion de 
N. Seigneur, sur le 53e chap. d'Esaye. Pro- 
noncé à Charenton: Charent., Samuel Pé- 
rier. 1653, in-8o de 78 p. 

XXV. Sermon sur le 2e chap. de l'épis- 
tre de S. Paul à Tite, vers. 11, 12, 13; 
prononcé à Charenton le dimanche 6e jour 
d'avril 1653; Charent., Périer, in-8 de 
38 p. 

XXVI. De pseudepigraphis apostolicis seu 
libris octo Constitutionum apostolicarum 
apocryphis libri III ; Ilardev., V. Tollius, 
1653, in-8° de viij f. prél. et 727 p.; dé- 
dié à L. Cappel. — L'auteur prouve, contre 
le jésuite Turrianus, que les Constitutions 
apostoliques ne sont pas authentiques. 

XXVII. Vingt sermons en des jours de 
Cène, Gen., 1653, in-8. 

XXVIII. De jejuniis et quadragesimd 
liber, ï)a.\ent., 1654, in-8o de viij f. prél. et 
776 p. ; 1657, in-8o. — Opinions des Pè- 
res des quatre premiers siècles sur ces 
matières. 

XXIX. Sermon sur l'épistre de S. Paul 
à Tite, chap. IX, v. 8, prononcé à Cha- 
renton le 1er diyn. de février 1654; Char., 
Périer, 1654, in-8o de 38 p. 



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DAILLE 



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XXX. Sermon de J. Baillé sur la 
Ire épistre de S. Paul à Timothée, I, 3 et 
4 ; prononcé à Charenton le 23e jour d'aoust 
1654; Char., Périer, 16o4; in-8o. 36 p. 

XXXI. Exposition de V épistre de S. Paul 
à Tite en iS Sermons prononcez à Charen- 
ton l'an 16o2, 1633 et 1654; Charent., 
1655, in-8o. 

XXXII. Quinze sermons du voyage de La 
Rochelle; Saumur, 1655, in-8o; Gen. 1669, 
in-8. 

XXXIII. Apologiaprodîiabus ecclesiarum 
in Galliâ protestantium synodis nationali- 
bus ; Amst., 1655, 2 vol. iii-8o. — On sait 
que les synodes d'Alençon et de Charen- 
ton, appelés à se prononcer sur la doctrine 
de l'universalisme hypothétique, avaient 
refusé de la condamner dans la personne 
(\'Amy7-aut (Voy. I.col. 188). Cette absten- 
tion fut regardée comme un crime par les 
calvinistes rigides, nommément par Span- 
heim. Daillé entreprit de défendre les sy- 
nodes contre leurs attaques, et composa 
cet ouvrage où il se posa en champion de 
la grâce universelle. Blondel, h qui il l'a- 
vait confié, l'ayant communiqué à Cour- 
celles, celui-ci, n'écoutant que l'intérêt de 
son parti, le livra à l'impression sans l'aveu 
de l'auteur. Samuel Des Marets le réfuta 
avec violence, et Du Moulin, dans un 
Avant-Propos déplacé qu'il mit en tête de 
son Ministère ecclésiastique, accabla Daillé 
d'injures. Daillé leur répondit à l'un et 
à l'autre dans : 

XXXIV. Vindiciœ Apologiie etc.,adver- 
sùs Epicritam ; Amst. , IQ^l , 2 vol. in-8o. — 
Des Âlarets et le pasteur de Charenton ne 
tardèrent pas àse réconcilier; mais on peut 
soupçonner ce dernier d'avoir gardé plus 
longtemps rancune k Du Moulin. Watt lui 
attribue il lively picture of Leivis Du Mou- 
lin drawn by the incomparable hand of M. 
Daillé late minister of Charenton, Lond., 
1680, in-4o. Ne serait-ce pas une satire? 

XXXV. Vint sermons sur certains jours 
et certains tems de l'année, Gen., P. Chouët, 
1657, in-8; Gen., Chouët, 1658, in-8o, 6 
feuill. prélim. et 841 pages; avec dédicace 
à la veuve de M. Marbaut seigr de S. Lau- 
rens sur Gorre. 

XXXVI. Sermon de Jean Daillé sur 
l'Apocalypse, ch. 11, v. 5, prononcé à Cha- 
renton le vendredy 19e d'avril 1658; Cha- 
renton, 5 fév. 1658, in-8o de 40 p. 

XXXVII. Mélange de sermons, Amst., 



1658, 2 vol. in-8; Gen., 1658-1666, 2 vol. 
in-8o. 

XXXVIII. Disputatio de duobus Latino- 
rum ex unctione sacramentis, confirmatione 
et extremà unctione, Gen., 1659, in-4o. — 
Ce livre fut mis à l'index à Rome. 

XXXIX. Exposition de la /Je Epître 
de S. Paul à Timothée en 35 sermons; Gen., 
1659,2 vol. in-8. 

XL. Lettre à M. de La Talonnière [Le 
Coq] sur le changement du sieur Cotti- 
by, 1660, in -8°. — On peut regarder cet 
écrit comme un petit traité contre la con- 
fession auriculaire et le jeûne du carême. 
Cottiby répondit et Daillé répliqua par 
l'écrit ci-dessous n» XLIII. 

XLI. Exposition de la Ire Epître de S. 
Paul à Timothée en 48 sermons: Gen., de 
Tournes, 1661, 2 vol. in-8o; Charent., 
Jacq. de Varennes, 1692, in-8°. 

XLII. Disputatio de sacramentali sive 
auriculari Latinorum confessione ; Gen., 
Sam. de Tournes, 1661, in-4. 

XLIII. Réplique aux deux livres de MM. 
Adam et Cottiby, Gen., 1662, 2 vol. in-4o; 
2e édit., 1669. 

LXIV. Sermon de Jean Daillé sur la 
Ire épistre de S. Pierre, ch. I, v. 3, prononcé 
à Charenton le jour de Pasques 1662 ; Cha- 
renton, Charles du Pin, 1662, in-8o de 
40 p. 

XLV. Sermon de Jean Daillé sur l'é- 
pistre aux Hébreux, Ch. XII, v. 7-11, 
prononcé à Charenton le jeudy 22 juin 
I66i jour de jeusne ; Charenton, Daniel du 
Fresne, in-8o de 43 p. 

XLVI. Sermon sur Héb. XXII, 7-11, 
Charent., 1662, in-8o. 

XLVII. Advershs Latinorum de cultûs 
religiosi objecto traditionem, disputatio 
quâ demonstralur vetustissimis ad A. D. 
ccc Christianis ignotos et inusitatos fuisse 
eos cultus quos nunc in romand communione 
soient eucharistiœ, sanctis, reliquiis, imagi- 
nibus et crucibus déferre; Gen., 1664, 
1665, in-4o. — Le titre fait sulfisamment 
connaître le but de cet ouvrage, qui est 
rempli d'érudition. 

XLVIII. Exposition de l'institution de 
la Sainte-Cène rapportée par S. Paul en sa 
Ire Ep. aux Corinthiens, en XIX sermons 
prononcez à Charenton par J. Daillé. Aux- 
quels on a ajouté pour la conformité du 
sujet un sermon du mesme, de la présence 
du Seigneur avec les Fidèles; sur S. Jean 



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DAILLE 



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XH, 8 ; Genève, de Tournes, 1663, in-S» ; 
id. 1664; i(Z. 1666. 

XLIX. Explication du chap. III de 
l'Evangile selon saint Jean, en onze ser- 
mons; Gen., 1665, in-8o. 

L. Sermons sur le III^ chap. de la Jre 
Epitre de saint Jean; Gen., de Tournes, 
1666, in-8o. 

LI. De scriptis qux sub Dionysii Areo- 
pagitse et Sancti Ignatii Antiocheni no- 
minibus circumferuntur ; Gen., 1666, 
in-4o. — Il rejette l'authenticité de ces 
livres. 

LU. Vingt et un sermons sur le X^ 
chap. de la /re Epître aux Corinthiens, 
Gen., 1667, in-8o. 

LUI. Quinze sermons prononcez en 
divers lieux; Genève, 1669, in-8o. 

LIV. Les deux derniers sermons de J. 
Daillé, prononcez à Charenton le jour 
de Pâques, 6 avril 1670, et le jeudy sui- 
vant, avec un abrégé de sa vie; Char., Sam. 
Périer, 1670, in-8o ; Gen., 1671, in-8°. 

LV. De cultibus religiosis Latinorum 
lib. IX ; primus de baptismi cxremoniis, 
serundus de confirmatione, reliqui de eucha- 
ristise ritibus ; opus posthumum cum cata- 
logo scriptorum Dallsei; Gen., Sam. de 
Tournes, 1671, in-4o. 

LVI. Sermons sur le XII^ chap. de 
l'épître aux Hébreux; Gen., 1672, in -8°. 
— Cité dans le Gat. de la Bihlioth. du 
docteur Williams. 

LVII. De auctore confessionis fidei Al- 
cuini nomine à P. -F. Chifjletio editse, dis- 
sertatio ;Y\othom., 1673, in-4o. — Daillé 
s'ins -rit en faux contre cette confession. 

LVIII. Sermons de J. Daillé sur le ca- 
téchisme des églises réformées, avec quel- 
ques sermons de J. Mestrezat ; Gen., 1701, 
3 vol. in-8. 

LIX. On connaît encore d'autres ser- 
mons de Daillé publiés séparément, sur 
Luc*KXII, 15 et 16 (Char., 1651, in-8o), 
sur Jean III, 25 et suiv. (Char., 1652, 
in-12), sur I Tim. I. 18, 19 (Charent., 
1655, in-8°), sur I Cor. XI, 32 (Char., 
1653, in-8o),sur la paix (Char. 1653 in 8); 
il est probable qu'ils ont été insérés dans 
les recueils de sermons que notre liste 
mentionne. 

LX. BruneaUj dans son Traité des 
Criées, attribue encore à Daillé un Eloge 
du P. Sirmond. 

En 1629, Daillé avait composé un Traité 



de l'eucharistie; mais l'apparition presque 
simultanée des traités de Le Faucheur et 
d'Aubertin sur le même sujet, le décida à 
le garder en portefeuille. En 1634, il com- 
posa un traité latin sur la réunion des 
deux communions réformées, que des rai- 
sons particulières l'engagèrent à ne pas li- 
vrer à l'impression. En 1637, il écrivit 
une Apologie contre La Milletière qu'il 
ne mit pas non plus au jour. Indépendam- 
ment de ces ouvrages presque achevés, il 
laissa manuscrits un grand nombre de ser- 
mons, de dissertations et de traités plus 
ou moins avancés : une Réponse aux re- 
marques du P. Desmares sur un de ses ser- 
mons où il expliquait ces paroles : Ceci est 
mon sang; — une Réponse en forme d'ob- 
servations sur un ouvrage d'un illmlre 
prédicateur (Bossuet) ; — des Remarques 
fort amples sur le livre de la perpétuité de 
la foi touchant l'eucharistie, avec une cri- 
tique contre M. de Moréa qui attribuait à 
Jean Scot le traité De corpore et sanguine 
Christi ; — un Recueil de passages des Pé- 
rès grecs et latins sur le sujet de l'eucha- 
ristie, avec des inductions tendant à prou- 
ver que la foi des premiers docteurs de 
l'Église était la même que celle des Protes- 
tants ; — un Traité sur l'instruction d'un 
enfant qu'on veut nourrir dans les belles- 
lettres; un Discours contre les Nicodémites; 
— l'Explication de la I^e épit7-e de S. 
Pierre; — Celle de Vépître aux Romains 
depuis le chap. VI; — de nombreux Ser- 
mons sur les psaumes; — un recueil de 
Passages de l'Écriture sainte prouvant 
l'universalité de la grâce de Dieu; — enfin 
des Lettres nombreuses, notamment 71 
lettres à André Rivet qui se trouvent au- 
jourd'hui, à La Haye, dans les archives de 
l'État. 

Daillé avait perdu sa femme le 31 mai 
1631, et bien qu'il n'eût que 37 ans, il 
n'avait jamais voulu se remarier. Le seul 
fruit de cette union était un fils, né le 
31 oct. 1628 dans l'hôtel de l'ambassa- 
deur de Hollande, où M^e .Daillé s'était 
réfugiée dans la crainte que la nouvelle de 
la prise de La Rochelle n'excitât une 
émeute à Paris. Ce fils, nommé Jean, fut 
reçu ministre en 1653, et la même année, 
sur la recommandation de Drelincourt, il 
fut demandé pour pasteur par le consis- 
toire de La Rochelle. Son père ne consen- 
tit pas sans peine k se séparer de lui, et 



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DAILLE 



BAILLON 



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pour éloigner au moins de quelques jours 
des adieux pénibles, il voulut aller l'instal- 
ler lui même. Quatre ans après, J. Mestre- 
zat étant mort, le consistoire de (]haren- 
ton fit offrir sa chaire au jeune Daillé par 
Turpin, secrétaire du roi et ancien de l'é- 
glise de Paris; en sorte que le père et le 
tils eurent la joie de se trouver réunis. A 
la révocation de l'édit de Nantes, Daillé 
fils se retira, en 1683, à Zurich où il 
mourut, en 1690, ayant eu de son ma- 
riage avec Anne Falaiseau, célébré à 
Charenton en 1659, plusieurs enfants : 
An\e, baptisée le 9 août 1665 ; Jean, 
né en 1666; Joseph, bnpt. le 8 déc. 1672, 
mort en 1673; Anne-Susanne, bapt. le 
14 juin 1676; autre Joseph, mort enfant 
en 1672; autre Anne, morte enfant en 
1671. Sa fille aînée le suivit dans son exil 
avec sa belle -mère, que les mss. de Berne 
(Hist. helv. VII, 9) appellent Mme Valles- 
cean. Ses biens, confisqués, furent donnés 
par Louis XV à Raehel- Marguerite Brisse- 
teau, nouvelle catholique, en 1726 (E. 
3412), et ceux de sa fille au sieur de 
Bnisse, sous-lieutenant aux gardes, sincè- 
rement converti, en 1727 (E 3413 et Tt 
121, 122). Daillé fils est auteur d'une Ab- 
brégé de la Vie de M. Daillé, ministre à 
Charenton; Paris, Sam. Périer, 1670, 64p. 
in-12'J, imprimé aussi avec les Deux der- 
niers sermons de son père. La Monnoye 
lui attribue l'édit. du Perroniana, parue à 
Rouen en 1669. On trouve aussi dans la 
Collection Conrart, outre deux ou trois 
lettres sans importance, un Sermon de 
Daillé fils, sur Job, V, 17, prononcé à 
Charenton le 10 janv. 1659, et des Remar- 
ques sur divers passages de l'Écriture. 
Nous avons mentionné ailleurs (t. IV, col. 
579), une édit. revue du N. T. qu'il pu- 
blia avec Conrart. 

2. D'autres Daillé, réformés aussi et 
peut-être parents des précédents, vivaient 
à la même époque à Ghâtelleraut et à Sau- 
mur. Daniel Daillé, né à Saumur en 1700, 
abjure dans cette ville en 1722 (Biblioth. 
d'Angers, mss. 879, dossier 70; Cél. Port). 
Un Paul Daillé, établi en Hollande, avait 
pour frère Pierre Daillé, professeur à l'aca- 
démie de Saumur, qui en 1682, avait re- 
joint son frère dans l'exil. Un pasteur hol- 
landais, Henry Selyns, avait été appelé à 
New York en 1682 pour prendre la direc- 
tion de l'église wallonne de cette ville et 



Pierre Daillé s'était rendu à l'invitation 
qui lui avait été faite devenir aider Selyns 
en prêchant aux réfugiés français. Selyns 
écrivait, 18 mai 1683 : « Je serais seul ici 
à diriger cette église et les églises voisines 
si je n'avais pour collaborateur le révér. 
Pierre Daillé, chassé de France par la per- 
sécution » ; et le 31 octobre : « J'ai pour 
collègue maître Pierre Daillé, ancien pro- 
fesseur de Saumur. C'est un homme rempli 
de zèle, de piété, de savoir, qui, banni pour 
la religion, soutient la cause de Jésus-Christ 
avec une ardeur infatigable. » Le nouveau 
pasteur, alors âgé de 35 ans, remplit ses fonc- 
tions avec honneur non seulement dans 
l'église de la ville où affluaient les fugitifs 
arrivant de France ', mais aux environs 
et particulièrement au village de New- 
Faltz, composé de huguenots français * 
auprès desquels il se rendait régulièrement 
deux fois l'an en remontant la rivière de 
Hudson. Il quitta la chaire de New- York 
pour celle de Boston, à laquelle il fut ap- 
pelé en 1696. Il fut marié trois fois, mais 
à ce qu'il paraît sans laisser d'enfant, car 
il légua par son testament un modeste do- 
maine qu'il possédait à son « bien aimé 
frère Paul Daillé, en Hollande, et à ses 
héritiers. Il mourut à Boston le 23 mai 
1715. Son inscription sur le registre mor- 
tuaire est suivie de ces mots : « C'était un 
homme de grande piété et charité, affable 
et courtois, de vie et mœurs exemplaires. 
Aussi a-t-il laissé de vifs regrets à tous 
et particulièrement aux membres de son 
troupeau. » 

Ch.-W. Baird, article du Magazine oj Ameri- 
can history, traduit dans le Bull. XXXI, 529. 

DAILLON (Jacques de), né dans l'An- 
jou en 1634 *, fit probablement ses études 
à Saumur et embrassa la profession du 
ministère évangéliqae [Haag, IV 186], 
mais se retira en Angleterre un peu avant 
la fin du règne de Charles II (mort en fév. 

* M. Baird nomme : Paul Richard, Gabriel 
MinvifVe. Nicolas Du Puis, Samuel Du Fuert, 
Bayard, Montagne, D'honneur, Rambout, déjà 
établis à New-York antérieurement. 

2 Du Bois, Hasbroucq, Bevier, Doyau, Frère, 
Guimar (Baird). 

s Le fief, hameau et moulin de Daillon, mal 
appelé aujourd'hui Daillou par le Dictionn. des 
postes, est un hameau de 'A2 habit, avec château, 
dans la commune de Cergneux près Maulevrier, 
cant. de Chollet, Maine-et-Loire. 



39 



DAILLOX 



40 



I680). II fut pourvu d'un bénélice dans le 
comté de Buckingham. Imbu à ce qu'il pa- 
raît des idées de l'obéissance passive due à 
la légitimité et imbu probablement aussi 
de reconnaissance pour le roi Charles II 
ou son frère Jacques II de l'un desquels il 
tenait son bénéfice, il prêcha un jour (i20 
août 1693) dans une église de Londres sur 
le mot de Jésus rapporté par St Jean : 
« Mon royaume n'est pas de ce monde », 
de manière à soulever contre lui les amis 
du gouvernement de Guillaume III qui avait 
renversé Jacques. On se saisit de lui, on 
lui retira sa charge et on l'emprisonna 
comme coupable de haute trahison ; mois 
le jury l'acquitta, 20 fév. 1694. Il se retira 
alors à Londres où il mourut en 1724 
ayant dépassé sa 90e année. 

On a de lui deux ouvrages écrits avec 
un feu qui révèle l'ardeur et la vivacité 
de son caractère. 

I. The ax to the root of popery (La co- 
gnée mise k la racine du papisme), Lond., 
1721, in-12. — Réfutation de la profession 
de foi envoyée par Pie IV, en 1545, au 
concile de Trente. 

II. Aaïu-ovoXofta, or a treat7'ise on Spirits, 
Lond., 1723, in-S». — Il défend et déve- 
loppe dans cet ouvrage l'opinion de son 
frère sur l'unité du diable et sur les démo- 
niaques, qu'il regarde aussi comme des ma- 
lades. De plus il s'élève contre la croyance 
à la magie, à la sorcellerie, aux appari- 
tions. 

Ce frère, Benjamin de Daillon, était son 
aîné, ayant pris naissance en 1630. Il avait 
fait sa théologie à Saumur vers 1650 [VI 
311 a] et il était pasteur à la Rochefoucauld 
lorsqu'en 1684 il fut mis en accusation sous 
le prétexte élastique et commode d'avoir 
reçu des relaps dans son église. En vain 
représenta- 1- il que l'abjuration de ces 
prétendus relaps n'avait pas été signifiée 
au Consistoire ; on fabriqua des faux ex- 
ploits sur le vu desquels il fut condamné 
au tribunal d'Angoulême et frappé d'une 
amende de 3000 livres, qu'il ne put proba- 
blement pas payer autrement qu'en gar- 
dant la prison; il était enfermé à la con- 
ciergerie de Paris en avril 1685. A cette 
date cependant, le parlera, de Paris lui 
donna raison et lui rendit la liberté ; mais 
le temple de La Rochefoucauld n'en fut pas 
moins condamné et démoli. Benjamin de 
Daillon se retira en Angleterre où son 



frère était déjà. Sa sortie du royaume fut 
l'occasion d'une enquête contre lui et les 
sieurs Duroc, Villemondy et Alberon qui 
l'avaient accompagné (M 665). Non pas 
cependant qu'il eût été obligé de sortir 
clandestinement; c'est ce que montrent 
ces deux lettres que nous avons en original 
sous les yeux : 

Le Roi à M. de Gourgues Intendant de 
Limoges, 20 juill. 1685 : M'' de Gourgues, 
le s'' de Daillon cy devant ministre de la 
R. P. R. à la Rochefoucault, m'a fait repré- 
senter que depuis l'intei'diction du temple 
du d. lieu et pour obéir à mes ordres, il se 
seroit retiré a six lieues de la d. ville, mais 
que sa femme en son absence ayant fait 
emballer ses livres pour les lui envoyer et 
vendu quelques gros meubles qui n'estoient 
pas portatifs, le lieutenant général d'Angou 
lesme auroit fait saisir le tout ainsy qu'il 
est plus au long expliqué par le mémoire 
cy joint ; Et comme il prétend n'avoir rien 
fait en cela de contraire à mes Edits, décla- 
rations et arrests, et qu'il m'a très humble- 
ment supplié de luy vouloir permettre de 
transporter ou vendre ses d. livres et meu- 
bles, je vous escris cette lettre pour vous 
dire que mon intention est que vous m'en- 
voiez les motifs de la saisie que le d. lieuten. 
gén. a fait faire des dits livres et meubles 
avec vostre avis, pour estre ensuite par 
moy ordonné ce qu'il appartiendra, vous 
pei'mettant mesme de faire donner la main 
levée que le suppliant demande si son ex- 
posé est véritable. Et la présente n'estant k 
autre tin, je prie Dieu qu'il vous ayt, 
M. de G., en sa sainte garde. Escrit à Ver- 
sailles le 20'' jour de juillet- 1685. 

Mignon, premier commis de M. de Torcy, 
au même Intendant (2 septemb. 1685) : ... 
Le dit sieur de Ruvigny se plaint encore de 
ce que vous avez fait saisir les livres du 
ministre de la Rochefoucault nommé de 
Daillon et je me suis chargé de me donner 
l'honneur de vous en écrire. Comme le Roy 
ne refuse aucunes permissions aux minis- 
tres de se retirer dans les pays estrangers 
et d'y emporter leurs livres et meubles, il 
semble que cette saisie est reconnue assez 
inutile a l'esgard d'un ministre, puisque bien 
loin de les vouloir retenir dans le Royaume, 
on est bien aise qu'ils en sortent. 

Benjamin de Daillon se retira donc pai- 
siblement en Angleterre et bientôt il y 
fonda, avec plusieurs de ses collègues 
(voy. t. I col. 708) l'église de La Patente 



I 



41 



DAILLON 



42 



en Spital-Fields ou de la Nouvelle-Patente, 
église longtemps nombreuse et florissante 
qui subsista jusqu'en 1786, où elle fut 
reunie à l'église wallonne par un accord 
conclu entre le pasteur François Gauterel, 
qii la desservait depuis 1753, les anciens 
j. Le Souef, Pierre Merzeau, Luc Passa- 
vant et George Hébert, d'une part, et le 
consistoire de l'église wallonne de l'autre ^ 
Les lettres -patentes, accordées aux dix 
pasteurs réfugiés par le roi Jacques II, le 
4 sept. 1689, leur permettaient « de s'esta- 
blir en forme de corporation, prendre à 
louage k Londres, ou y bastir un ou plu- 
sieurs temples pour eux et leurs succes- 
seurs au ministère, afin d'y prescher selon 
la manière, la liturgie et la discipline des 
églises réformées de France. > Ils en pro- 
fitèrent pour fonder, la même année, l'é- 
glise de Soho ou de La Patente, que trois 
d'entre eux. Forant, Malide et Bardon se 
chargèrent de desservir avec Daillon. Ce 
dernier songea à passer en Irlande où lord 
Galloway lui destinait la direction d'un 
Collège protestant, à Kilkenny; mais il 
devint en 1698 pasteur de l'église française 
de Portarlington dans les registres de la- 
quelle on lit que de sa femme Pauline Ni- 
colas, il eut deux filles: Pauline, mariée à 
Jean 'Posquet, écuyer, sr de la Boissière, et 
A.\NE, femme de John Grosvener, cornette 



* Selon M. Burn, cette église fut il§;gservie par 
Antoine Blanc (1692), de' Farcy (1689), Noël 
Valut Duval (1691), Jacq. Cartaid (1696), 
J. Baron (1699), J de la Salle et Jean Balgue- 
rie (1700), Jacob Gillet et F. Rkoltier (1701), 
Amaury Fleury, Bourgeois et Casamajor (1705), 
P. Forestier (1708), P. BarbauU (1709), 
J.-J. Favre et /. Delpeeh (1711), F.-D.Crégut 
(1712), J. Jamblin (1718), mort le 26 déc. 1727 ; 
Da Plessis (1716), Michel Colombe (1718), reçu 
ministre au synode de Bois-Ie-Duc en 1713 ; Jean 
Balguerie (1725), ministre de la chapelle de 
Wheler-Street, mort en 1753; Daniel de Beaufort 
(1728), Jacques Laborie, qui retourna en France 
et adjura à l'exemple de Basset, Faiigeron et 
Parvisol, ministre de Greenwich en 1709; ce 
dernier obtint une pension de 400 liv. (Arch. E. 
3400); Charles Barbe (1729), J Manuel (1730), 
qui mourut en 1754; Phil. Ma&son (174J), minis- 
tre de Wheler-Street; Jean-François Btllamy 
(1754), que sa mauvaise santé força â se retirer 
dés l'année suivante, et qui eut pour successeur 
Samuel Javan, ministre de Saint-Jean; Samuel 
BemeviUe, Jean-Gaspard Mieg et F. Gauterel. 

Il est bon de noter que les listes de Burn, 
dressées un peu la légère, ne sont pas avares 
d'inexactitudes. 



aux dragons d'Essex. Il y fut remplacé, 3 
oct. 1702, par le past. Ant. Ligonier, 
et passa en Irlande comme pasteur de la 
petite ville de Carlow ou Catterlough 
du comté de Leinsler. Il y mourut, trois 
jours après sa femme, le 3 janv. 1710. 

Le rév. Dav. Agnew (Protestant exiles 
from France, 1871 ; II, lOo) nous apprend 
que ce pasteur était ainsi qualifié: t Ben- 
jamin de Daillon, escuyer, sieur de la Le- 
vrie. » Il était donc d'une famille noble. 
Mais il ajoute, comme MM. Haag. qu'il 
appartenait à l'illustre famille des sires de 
Daillon, comtes du Lude. C'est une pré- 
tention peu admissible. La famille de ces 
pasteurs était sans doute originaire du ha- 
meau de Daillon, et en avait pris le nom 
tandis que ces très hauts seigneurs ange- 
vins qui jouissaient déjà de toute la faveur 
royale du temps de Charles VII et que 
Brantôme appelle « ces grands MM. du 
Lude » en étaient les seigneurs. C'est 
l'obstiné trompe-l'œil où se plaisent les 
usurpateurs. Mais il n'y a pas ici la moin- 
dre intention usurpatrice. M. Agnew 
donne lui-même un inscription tumulaire 
relevée dans l'église de Carlow et dans la- 
quelle les héritiers du pasteur font son 
éloge sans mentionner le nom du Lude. 

Hic situs est Beujaminus Daillon gallus 
britami, generosâ familiâ ortus, ecclesiae 
reformatse presbytei' eriiditus, diu ob reli- 
gionem incarceratus et demum relegatus, 
qui post LXXIX annos studio pietate et 
labore evaugelico magno ex parte dimensos 
quatriduopost obitum Paulinse, uxoris hic 
iahumatse, animam puram exhalavit... 

Il a laissé les ouvrages dont voici la 
liste, à laquelle nous ajouterons qu'on 
peut voir une lettre autogr. de lui h Paul 
Ferry, 18 mai 16oo, à laBiblioth. du Pro- 
test, fr.; elle est signée « Benj. d'Aillon » 
et sans cachet. 

I. Défense de la i^eligion de J.-Ch. injus- 
tement accusée de nouveauté, d'hérésie et 
de schisme, sermon pour la décision de 
toutes les controverses prononcé à Marennes, 
le jeudy 11 d'oct. 1674, en présence du sy- 
node de la Province, par Benj. de Daillon; 
La Roch., 1675, in-S^J de 64 pag. — Dans 
ce sermon, le pasteur expose les reproches 
adressés par les païens et les juifs aux 
premiers Chrétiens, et fait voir, sans le 
dire ouvertement, que ce sont les mêmes 
qu'on adressait alors aux Réformés. 



I 



43 



BAILLON — BAISSE 



44 



II. Lettre à M. de Lortie sur un écrit 
imprimé à Angoulême contre le sermon 
prononcé à Marennes, le 11 oct. 1674, 
dans laquelle les derniers retranchemens 
des missionnaires sont détruits, et les égli- 
ses protestantes complètement justifiées de 
nouveauté, d'hérésie et de schisme ; Gen., 
1677. 

III. Examen du principal prétexte de 
l'oppression des réformés en France, pour 
justifier l'innocence de leur religion ; Amst., 
1687, in-12 de 347 p.; 2e édit. augm., 
Amst., 1691, in-12. — Ce petit écrit est 
suivi, pp. 47-104, d'un Sermon sur I Tim. 
IV, 1, prononcé, le 1er sept. 1678, dans 
un synode provincial. L'auteur fait remar- 
quer que Saint Paul parle des démons dans 
le sens des païens qui les regardaient 
comme des esprits d'un ordre inférieur, 
intermédiaires entre les dieux et les hom- 
mes, et il établit que l'apôtre a voulu dire 
qu'il y aurait des peuples qui, abandon- 
nant la doctrine de l'Évangile, embrasse- 
raient les croyances des païens touchant 
les démons et prendraient comme eux 
d'autres objets de leur culte que Dieu et 
Jésus ; dans son opinion, il existe un dia- 
ble, mais un seul, et si l'Évangile parle de 
démons chassés par J.-Ch., il désigne sous 
ce nom des infirmités purement corporel- 
les. Cette exégèse un peu h.irdie scanda- 
lisa Jiirieu, l'intrépide champion de l'or- 
thodoxie, et Daillon se crut obligé de don- 
ner des explications. On trouve donc à la 
suite du sermon en question, intitulé : La 
révolte de la foi ou la doctrine des démons 
opposée à celle de la foi, ses Réponses à di- 
verses difficultez touchant l'explication du 
passage I Tim. IV, i, réponses qui ne sa- 
tisfirent pas Jnrieu et ses adhérents. Pour 
éviter de nouvelles tracasseries, Daillon 
consentit à publier une Déclaration, repro- 
duite dans le Dict. de Chautfepié, où il fit 
connaître qu'il n'avait eu d'autre but que 
de proposer un problème « innocent », 
propre à détruire les idées superstitieuses 
du vulgaire sur les esprits malins. La 4e 
et dernière pièce du volume, pp. 203 à 
347, est une Lettre aux fîdelles des pro- 
vinces d'Angoumois, de Saintonge et d'Au- 
nix, dans laquelle l'Église romaine est con- 
vaincue d'avoir établi dans ses dogmes et 
dans ses cultes la doctrine des démons pré- 
dite par St Paul. Ce sermon, qu'il avait 
prononcé dans un synode provincial, il 



n'avait pas osé le faire imprimer plus tôt, 
de peur de s'attirer à lui et à son église de 
fâcheuses affaires. En le publiant alors 
pour la première fois, il y joignit une ré- 
futation des prétextes dont les protestants 
restés en France couvraient leur apostasie, 
sans excuse devant Dieu; une défense des 
pasteurs sortis du royaume, et des exhor- 
tations aux Réfugiés. 

Benjamin de Daillon eut un fils qui était 
à Utrecht en 1691, et qui mourut avant. 
1726 sans laisser de postérité. 

DAIRE (Moïse), de Clérac, cordonnier, 
arrêté fuyant du royaume et condamné aux 
galères ; on le trouve en 1702, 46 ans, as- 
sisté à Londres, avec femme et enfant; ils 
le sont encore en 1710. — (Marie), arrêtée 
fuyant, 24 ans, près de Sarlat., rasée, enfer- 
mée (Tt 242) — (....) prédicant camisard, 
un des lieutenants de Cavalier, martyrisé 
à Montpellier en 1703. — « Joannes Darius, 
tholosanus », étudiant à Genève, 15o9. — 
« Le docteur Dayre », ministre à Mont de- 
Marsan, lo61 (Épist. Calv. XIX 83). 

DAIRON (Mlle), « sœur de M. de Meja- 
nes, ministre, lègue 50 liv. aux pauvres 
réfugiés, » 19 avril 1692. (Reg. de Lau- 
sanne). — Il faut lire d'Airon. 

DAISSE (Pierre), gouverneur d'Aigues- 
Mortes en 1560 [Haag, IV 188]. Sectaieur 
zélé de la Réforme, Daissj ne négligeait 
rien pour la répandre dans la ville où il 
commandait. Il faisait prêcher publique- 
ment Elie Du Bosquet, appelé j)ar d'autres 
Hélie de Laval-Boisset, natif de Périguenx, 
et l'église s'accroissait chaque jour, lorsque 
Villars arriva dans le Languedoc avec la 
mission d'exterminer les huguenots. Il 
manda près de lui, sous un prétexte spé- 
cieux, le gouverneur d'Aigues-Mortes, le 
fit arrêter et donna ordre à Joyeuse de 
partir sur le champ avec un corps de ca- 
valerie pour se saisir de la ville. Du Bos- 
quet surpris dans son logis, fut enfermé 
avec le maître d'école et quelques autres 
dans la grosse tour d'Aigues-Mortes. Averti 
de cette capture, Villars ordonna au grand 
prévôt de les pendre sans autre forme de 
procès; mais l'officier reculant devant 
cette violation de la loi, refusa son minis- 
tère et écrivit en Cour d'où il reçut, peu 
de temps après, des lettres-patentes con- 
damnant à mort les prisonniers. Il n'hésita 
plus à exécuter la sentence. Selon Crespin, 
le ministre, vieillard de 55 à 60 ans, fut 



45 



BAISSE 



DALBENQUE 



46 



pendu, le 14 nov. 1560, devant le temple 
d'Aigues-Mortes, et on força sa femme et 
ses enfants d'assister à son supplice, bar- 
barie dont s'émurent les États du Langue- 
doc eux-mêmes. D'Aigrefeuille, au con- 
traire, raconte que Du Bosquet, conduit 
dans les prisons de Montpellier, fut pendu 
et brûlé le 11 nov. Un historien a prétendu 
que Baisse fut aussi exécuté; mais c'est 
une erreur. En 1562, il était à Orléans, 
auprès de Condé qui l'envoya à Lyon 
pour soulever les protestants de cette 
ville. Cet ordre exécuté. Baisse passa 
dans le Languedoc et fut chargé avec 
Grille de se saisir d'Aigues-Mortes. Pen- 
dant qu'il pressait le siège, il fut surpris 
par les catholiques et tué, ainsi que Claude 
Rey, guidon de Bouillargues, aussi vaillant 
et aussi hardi que lui. A l'époque du siège 
de Montpellier, il avait rempli dans l'ar- 
mée protestante les fonctions de mestre- 
de-camp. — Voy. Tauriac. 

DAITS BE MEMY (Jean), seigneur de 
La Bochelie [Haag, IV 189], gentilhomme 
du Poitou, est connu pour la part fort 
active qu'il prit, en 1669, au projet de 
réunion des'deax Églises. Le Tellier, à qui 
il s'en ouvrit, ayant approuvé son plan et 
lui ayant promis, s'il réussissait, d'appeler 
la faveur royale sur ses neveux, La Bo- 
chelie se mit à l'œuvre avec un zèle ai- 
guillonné par l'ambition ; mais, malgré 
ses efforts, il ne put faire entrer dans ses 
vues que le minisire de Tonnai-Bouton ne, 
nommé Offre, qui mourut même peu de 
temps après. Jamais échec ne fut plus 
complet. Bésespéré de ne pouvoir tenir 
ses promesses, il fut atteint d'une maladie 
qui le conduisit au tombeau. Avant de 
mourir, il avait fait seul ce qu'il avait 
espéré ne faire qu'en nombreuse compa- 
gnie; il s'était converti. Be ses enfants, on 
ne connaît que ses deux filles, la marquise 
de La Guillottière qui, sans abjurer elle- 
même, laissait élever ses enfants dans la 
religion catholique, et Mme deChatelaillon. 
Celle-ci, nommée Judith-Isabeau, avait 
épousé, le 28 mars 1663, Pharamond Green 
de Saint-Marsault. Voy. Gillier et Green. 

BALALN ou Ballain (Bavid), de St-Lô, 
31 ans, aveugle, confesseur, assisté avec 
sa femme et 2 enfants h Southampton, 
1702, l'est encore en 1710. — (Paul), de 
Saintongc, 57 ans, assisté à Londres, avec 
femme et enfants, 1705. 



BALANCÉ (Louis), professeur de théo- 
logie à Sedan [Haag, IV 189], a publié 
Thèses theologicx, variis temporibus in 
academia Sedanensi éditée et ad dispulan- 
dum propositx, Londini, 1675, in-fol. 
Adelung semble disposé à le regarder aussi 
comme l'auleur d'un Traité de l'aimant, 
Amst., 1687, in-12, d'un Traité des baro- 
mètres, thermomètres et notiomètres ou k>j- 
gromètres, Amst., 1688, in-12; 1707, in-12, 
et des Curiosités mathématiques nouvelle- 
ment découvertes, dont il mentionne une 
trad. allem. impr. à Mayence en 161)7, 
in-8°, sans nom d'auteur. Barbier attribue, 
en outre, à un Balancé une Relation ou 
Journal d'un voyage aux Indes Orientales, 
Paris, 1677, in-12, sans dire s'il entend 
parler du professeur de Sedan. Il s'agit 
probablement d'écrivains différents. 

BALANBUY (Christophe), seigneur de 
BoHAM [Uaag, IV 189] second lils de Bo- 
bert Dala7iduy et de Jeanne de Lizaine. 
Cornette au régiment de cavalerie de Lan- 
çon le 10 déc. 1673, Christophe Balanduy 
se trouva à la bataille de Senef, en 1674. 
Il obtint une lieutenance l'année suivante, 
et servit aux sièges de Binant, de Huy et 
de Limbourg; puis il passa en Allemagne, 
combattit à Consarbriick et contribua à la 
défense de Trêves. Nommé capitaine, 7 
janv. 1677, il assista aux sièges de Valen- 
ciennes et de Bouehain, à la bataille de 
Cassel, à la prise de Saint-Omer. Louis XIV 
ayant résolu d'envoyer du secours à Té- 
kély, choisit Boham pour l'y conduire. Il 
le créa brigadier et lui donna une commis- 
sion pour lever un régiment de cavalerie 
de son nom. Les Impériaux voulurent 
s'opposer à sa jonction avec les insurgés 
hongrois, mais Boham les battit complè- 
tement près du château de INialap, en 
1677. A son retour en France, il fut 
nommé maréchal de camp. Quelque temps 
après, il quitta sa patrie pour entrer au 
service de la Pologne. 

Christophe Balanduy avait trois frères. 
L'aîné, Jean, sieur du Champ et de La 
Grange en Champagne, épousa Guillemette 
Divory. Le sort des deux autres nous est 
inconnu. 

BALAVY DE MoMMiLLE (Mme), de Cas- 
tres, nouvelle convertie morte relapse, 24 
avril 1704; les biens qu'elle laissait sont 
confisqués (Tt 121, 122). 

BALBENQUE, anc. de Mauvesin, secré- 



47 



DALBENQUE — DALBUS 



48 



taire du synode de Réalmont, 1659 (Tt 
2o8). 

Dalbiac, voy. Albiac. 

DALBIS ou d'Albis, famille du Rouer- 
gue dont le chef, Pierre Dalbis, épousa en 
lo80 Marthe de Pomarède, dame de Gis- 
sae. Il mourut dans la religion réformée, 
31 janv. 1619, laissant tous ses biens, faute 
d'enfant, à son frère Laurent d'Albis, 
docteur es droits, seigneur de Gissac, Bous- 
sac et coseigneur de St-Affrique, époux de 
Guyanne de Pomarède, sœur de Marthe. 
Leur descendance, encore existante en 
Rouergue et en Languedoc, rentra dans le 
catholicisme. Un troisième frère, Jean 
d'Albis, habitant deMilhau, serait, cjmme 
il paraît ressortir d'une délibération con- 
tenue au 3me registre de l'hôtel de ville de 
Milhau, la souche d'une branche demeurée 
protestante et encore représentée aujour- 
d'hui à Milhau, Montpellier et Lyon. A 
cette branche appartiennent, croyons-nous : 
François d'Albis de Vignoles, né à Milhau 
en 1770, qui fut maire de cette ville et y 
mourut le 7 janv. 1832. Il avait épousé 
Pauline-Victoire Liquier, née à Naples en 
1769, fille d'Ant. Liquier, consul général 
de Hollande à Naples et de Marie de Caze- 
nove. De cette union naquirent 9 enfants 
dont l'avant-dernier Adrien-Franç.-Hypp. 
d'Albis, né le 12 mars 1803, officier au ré- 
giment suisse de Snlis, de la garde royale, 
épousa à Lyon, 1836, Glarice Bontoux, 
qui lui donna trois enfants : Henriette, 
Pauline et F'ernand né près Lausanne, 
6 mai 18i8 (Gazalis). 

DALBON, gentilhomme de Montaren, 
dioc. d'Uzès, nouvellement converti en 
1686. « Fait très mal son devoir de catholi- 
que, ainsi que sa femme. » {Bull. XXIX, 
351.) Conf. Albon, ci-dessus t. I, col. 93. 

DALBRICI, pasteur de Meaux, 1661. 

DALBUS ou Albus. Ge nom est déjà 
inscrit sous sa deuxième forme, ci-dessus 
t. I, col. 116, où il a été dit que Pierre 
Albus, admis au ministère évangélique en 
1675, avait accepté l'office de ministre de 
la maison du président de Vignolles. On 
lit dans le Bulletin de la commission pour 
l'hist. des égl. wallonnes, t. I, p. 100, que 
les autorités hollandaises le nommèrent en 
1683 pasteur à Paramaribo en Guyane, 
mais qu'il mourut sur mer en s'y rendant. 
Nous n'en donnerons pas moins l'article 
suivant. 



En 1682 et 1683 plusieurs centaines de 
personnes, entre lesquelles se trouvait un 
très grand nombre de protestants français, 
partirent des ports de la Hollande pour la 
colonie de Surinam (Guyane hollandaise). 
Le gouverneur de la colonie, van Aersen 
van Sommelsdyk, marquis de Ghatillon, 
baron de Bernière en Basois etc., qui en 
1664 avait épousé Marguerite du Puy de 
S^ - André - Montbrun (fille d'Alexandre 
marquis de S'-André-Montbrun, le défen- 
seur de Candie) avait surtout attiré ces 
émigrants. Parmi eux étaient des maçons, 
des charpentiers, des forgerons et autres 
artisans; il y avait aussi des agriculteurs. 
Le gouverneur qui depuis 1683 était, pour 
un tiers, propriétaire de la colonie, leur fit 
distribuer des terrains. En 1686 un nouvel 
envoi de ces exilés volontaires, accompa- 
gnés de leurs femmes et de leurs enfants, 
arriva par le navire « le Prophète Samuel »; 
enfin quelques années plus tard la foule 
des réfugiés s'accrut de nouveau. Le nom- 
bre des plantations à sucre était en 1683, 
d'environ 50; dans le court espace de trois 
ans il s'éleva à 130, dont une trentaine 
appartenaient à des Français. Parmi les 
plus anciens propriétaires on rencontre 
un bon nombre de noms français, comme 
ceux de Calison, Tisson, Faux, La Croix, 
L'Isle-de-Vaux, Métrie et autres; quelques 
années plus tard apparaissent De Rarjne- 
val, Bonnet, Pichot, Breton, Giraudet et 
Nepveu. Au commencement du xviiiroe 
siècle on trouve De la Bassecour, Élie de 
Valenciennes, Jacques Boulé, R. D. de Gen- 
nes, Fizeaux, Colier, De la Sablonnière, 
Cuvillier et Vernesobre; plusieurs acqui- 
rent par la suite de grandes fortunes. Les 
noms également français que portaient 
dans cette colonie hollandaise un grand 
nombrede planta lions, pour la plupart aban- 
données actuellement, dénotent combien 
nos réfugiés avaient étendu leurs cultures. 
Nous trouvons sur la rivière de Surinam : 
la Providence, Remoncourt, la Diligence, 
la Confiance, la Simplicité, la Liberté, la 
Rencontre, Ghatillon, Merveille, ïout-lui- 
faut, etc. ; — sur le bord de la crique 
« Paulus » : Bel-à-voir; — sur la rivière 
« Para » : la Bonne amitié. Gage d'amour, 
l'Inquiétude, la Prospérité, etc. ; aux alen- 
tours de la ville de Paramaribo : Ma 
Retraite, Tour tonne, Peu-et- content, 
Mon didertissement, etc. ; sur les riviè- 



I 



49 



DALBUS 



50 



res Commewine et Cottica : la Jalou- 
sie, Bergerac, le Mât rouge, Mon Trésor, 
Bellevue, Picardie, Ponthieu, la Singula- 
rité, Mon Souci, à-la-Bonne-heure, la Paix, 
et beaucoup d'autres. Dans aucune partie 
de la colonie on ne trouvait, sur une éten- 
due de quelque peu d'heures, autant de 
noms français que sur lesbords delà crique 
appelée « Orléans » ; c'étaient Thyronne, 
St-Germain, Mon affaire. Ma Retraite, 
Sans Souci, Montpellier, Languedoc, Mont- 
auban. Argent court, Vide- bouteille, la 
Campagne, la Sangsue, et Vas-comme-je 
te-pousse. 

Le gouverneur van Sonimelsdyk fut obli- 
gé dès son arrivée de pourvoir au rem- 
placement de Pierre Albus pour desservir 
l'église qui dans la petite ville de Para- 
maribo avait été b.îtie pour les protestants 
hollandais, et mise aussi à la disposition 
des français. Le 5 septembre 1684 un sieur 
Flournois de Toulouse qui, pendant huit 
ans, avait é!é ministre à l'hôpital de Ge- 
nève, vint à Amsterdam solliciter une 
place de maître d'école, lecteur et consola- 
teur des malades à Surinam. Arrivé dans 
la colonie il fut chargé des fonctions de 
ministre, mais déjà quelques semaines 
après il était mort. Ce ne fut néanmoins 
que deux années plus tard que la place va- 
cante put être régulièrement remplie: Jean 
Briffauld, ministre réfugié de Castillon en 
basse Guienne, fut nommé par le synode 
de Rotterdam, le 25 mars 1686, pour trois 
ans, aux appointements de mille florins 
l'an. Le o janvier 1688 le gouverneur dé- 
créta que le service divin à l'église qui 
avait été construite au confluent des riviè- 
res Périca et Cottica, serait fait régulière- 
ment par les ministres de la ville de Para- 
maribo. Une autre église, fondée plus tard 
dans le haut de la rivière Commewine, ser- 
vit aussi aux réfugiés. Briffauld mourut en 
1696, et dans cette même année arriva le 
ministre Pierre Terson qui déjà, en 1697, 
quittait prématurément ce monde. Il fut 
bientôt remplacé par Pierre Saurin [IX, 
173], qui en 1697 quitta sa place paisible 
de ministre de l'église wallonne à Bois-le- 
Diic, pour travailler à la conversion des 
aborigènes de la Guyane, œuvre déjà com- 
mencée par ses prédécesseurs. Ils apprirent 
la langue de ces sauvages et leur ensei- 
gnèrent les écritures saintes; le synode 
des églises wallonnes des Pays-Bas alloua. 



en 1700, une indemnité pécuniaire à ces 
vaillants missionnaires. Le ministre Jus- 
tus Fauvarque, arrivé au mois de déc. 
1708, pour remplacer Saurin mort en 1707, 
se joignit à cette œuvre de conversion, 
mais lui aussi succomba prématurément 
(septemb. 1709), comme tant d'autres qui 
l'avaient précédé dans cette tâche ingrate 
accomplie sous la zone torride. 

Les ministres David Estor etPetrus Yver 
desservirent l'église française; le premier, 
du mois de nov. 1712 au mois d'oct. 1731 ; 
le second, consacré au mois de juillet 1732, 
donna sa démission en janvier 1753. L'u- 
sage de la langue française se perdant de 
plus en plus parmi les descendants des ré- 
fugiés, le ministre Élie-Pierre-Louis Royère 
(apparemment un fds de Pierre Royère, 
ministre réfugié de Coutras, attaché à l'é- 
glise wallonne à Amsterdam) passa en 
1765 de l'église française à l'église hollan- 
daise; en 1767 il demanda et obtint sa 
retraite. Enfin lorsqu'en 1783 le pasteur 
J. H. Grob demanda d'être déchargé de son 
ministère, sa place ne fut plus remplie et 
l'église française dans la colonie se confon- 
dit avec l'église hollandaise. 

Beaucoup de réfugiés français ou leurs 
descendants ont occupé des places dans la 
magistrature de la colonie. Parmi les gou- 
verneurs nous Irou vous : François Anthony 
de Rayneval, commandeur en 1703, gou- 
verneur par intérim 1707-1727 ; Jean 
Courtier, 1718-1721 ; KarelEmilius Henry 
de Cheusses, 1728-173i; Jacob Alexander 
Henry de Cheusses, frère du précédent, 
1734-1735; Wigbold C?'omme/tn, comman- 
deur en 1748, gouverneur général 1757- 
1768, il était né à Harlem de parents ré- 
fugiés; Jean Nepveu, gouverneur par in- 
térim 1756-1770, gouverneur général 1770- 
1779; Bernard Texler et Pierre Béranger, 
deux noms qui nous rappellent une ori- 
gine française. On rencontre encore Ste- 
phen Hendrik de la Sahlonnière, gouver- 
neur de la colonie hollandaise de Berbice 
en 1768. 

Philippe Chambrier et Charles Egon de 
Langes de Beauvesen, commandeur à Suri- 
nam en 1742 et 1757; on donnait le titre 
de commandeur au commandant des trou- 
pes quand il était en même temps premier 
membre du conseil colonial. 

Parmi les conseillers de la cour de police 
(conseil colonial) : G. Bion et J. Labadie 



51 



DALBUS 



DALEXÇON 



52 



1733, J. duPeyrou 1738, D. de L'hleilfkï, 
Salomon Duplessis 1745^ Jean André Tottr- 
ton 1745, Louis Chardavoine 1746. G. P. 
Benelte 1735, F. des Losges 1756, A. Nep- 
veu 1757, J. Roux 1758, D. F. Dandiran 
1758, J. Planteau 1760, J. J. Rouleau 1765, 
N. 0. Pèlichet 1776, J. F. de Rayneval 
1779, J. Rocheteau 1785, J. A. Frouin 
1787, J. G. de Cazenabe 1789, etc. Parmi 
les secrétaires du gouvernement : J. F. du 
Fay 1749, et Albert de Milly 1768. 

Parmi les membres de la cour de justice 
civile : François L'Espinasse 1719, Pierre 
Juran 1733/Paul Taunayil'-kl, J. D. Cel- 
lier 1745, Etienne Couderc 1746, Gharles 
Icard et Pierre des Mazures 1747, Jean 
Fontane 1755, J. W. Pichet 1760, F. L. 
C/iaiZ/ef 1764, E. Penard 1777, J. G. Can- 
canas 1780, etc. (Landré) '. 

DALEGHAMP (Galeb), natif de Sedan 
[Haag, IV 1869], recteur de l'église de 
Ferribv dans le comté de Lincoln, a pu- 
blié : " 

L Vindiciœ Salomonh, sive disputatio 
de lapsu statuque leterno régis Saloinonis ; 
Lond., 1622, in-4o. 

IL Exercitationes duœ de usu exoticorum 
scriptorum in theologiâ et artis poeticœ 
prœstantid; Lond., 1624, in-4o. 

III. Votum Davidis, seu officium boni 
magistratûs et patris-familids, septuaginta 
duobus distichis delineatum ; Lond., 1624, 
in-4o. 

IV. Harrisonus honoratus. A funeral 
sermon for M. Harrison ; Gantabbriga;, 
1632, in-4o. 

V. A treatise of hospitality on Romans 
XII, 13. Cum vitâ et obitu D. Harrisoni; 
Gambriga), 1632, iu-4°. 

VI. Hivreseologia tripartita vel de per- 
nicie, necessitate et utilitate hseresium in 
ecclesiâ. Concio ad clerum habita Canta- 
brigiœ 21 junii 1633 pro gradu bacca- 
laureatus in theologiâ; Gantab., 1636, 
in-4°. 

Jehan Dalichain « tanneur, natifz de Jen- 
ville sur Marne, » reçu habitant de Genè- 
ve, avril 1559. Le même (Dalichent, de 
Joinville en Ghampaigne) id. h Lausanne, 
novemb. 1563. 



1 M. le docteur Charles Landré, descendant 
de réfugiés français, né à Amsterdam en 1805, 
a de 1840 à 1862, exercé la profession médicale 
à Surinam. 



DALENÇON (Pierre), de Metz», épou- 
sa, 10 mai 1579, Anne, fdle du pasteur de 
La Chasse. En 1667, Elisabeth, fille, âgée 
de 12 ans, de l'un de ses petits-fils, Pierre, 
marchand à Francfort et de Suzanne Cor- 
nuel, étant à Metz chez des parents fut rn- 
levée et mise au couvent de la Propagation 
de la foi. David Gornuel son tuteur la ré- 
clama auprès des députés commis pour 
l'exécution des édit>, et l'ordre fut donné 
de la rendre à sa famille sous peine de 
mille hvres d'amende. Mais on lui opposa 
un acte d'abjuration signé par l'enfant. 
L'exempt de la maréchaussée se présenta 
devant la supérieure qui refusa d'obéir et 
la jeune Elisabeth ne quitta la maison (jue 
pour épouser, en 1675, un catholique (Ar- 
chiv. de la Moselle). 

Jacques neveu de Pierre Dalençon, 
aman (notaire) à Metz mort en 1681 avait 
épousé Eslher Toussaint morte à Berlin, 
1714. à 88 ans. Ils eurent pour enfants : 

1 Jacques, né en 1648 qui épousa, 1677, 
Marie lille du docteur Massouverain ; — 

2 Jean, marchand à Metz, qui fut arrêté 
sortant du royaume et conduit dans les 
prisons de Luxembourg. Louvois écrit au 
marquis deLambertlel3 nov. 1685(Minist. 
de la guerre, dossier 757) qu'on lui rendra 
la liberté s'il apostasie ; il apostasie en ef- 
fet, mais court se réfugier à Berlin, où il 
meurt en 1692; — 3 Esther, femme, en 
1667, de Samuel Baudesson marchand à 
Metz, et en 1669 de Jacques Dubois mar- 
chand, qui s'enfuit avec elle à Berlin où il 
devient secrétaire du roi et inspecteur aux 
assises ; — 4 Isaac fabricant de bas, mort 
à Berlin, 1740, commissaire du commerce 
et conseiller; il avait épousé Marie de C/ia- 
tillon, de Ste-Menehould; — 5 Louis, né 
en 1652, marchand droguiste, condamne 
aux galères et à la confiscation comme fu- 
gitif, parle Bailliage de Metz, 1 mai 1702 ; 
il avait épousé, 1677, Anne fille de Fran- 
çois Mangin et d'Anne de S^-Aubin. L'un 
de leurs lils, Jacques, né à Metz, 27 déc. 
1680, fut capitaine de cavalerie au service 
de Saxe; il épousa k Berlin Suzanne Per- 
rin, de Vitry. G'est lui sans doute qui de- 
vint sous-gouverneur du jeune Maurice 
fils nature] du roi de Pologne Frédéric - 
Auguste et d'Aurore de Kœnigsmark, jeu- 

1 Voyez ci-dessus Alançon et Alençon, t. I, 
col. 70 et 132. 



1 



53 



DALENÇON — DALGUE 



54 



ne homme qui devint le maréchal de 
Saxe. 

Les registres de l'état civil de Berlin 
mentionnent encore: Jean Dalançon, de 
Rouen, écuyer, sr de Mirville,1698 ; — Su- 
zanne Dalençon, née à Metz, institutrice à 
Berlin où ellemouruten 1724; — Catherine, 
veuve de Pierre Viger écuyer, morte à Berlin 
en 1702; — Louise, née en 1692 morte en 
17o2, femme d'Ammon Bernard, conseil- 
ler du roi de Pologne, juge de la colonie 
de Halberstadt, dont la lille épousa Antoi- 
ne-Chrétien-Louis de Marteville, aide de 
camp du général de Ginkel au service des 
Provinces -Unies ; — enfin Jacques Dalen- 
çon, premier juge de la colonie française 
de Prenslow (Cuvier). 

DALEYRAt^, notaire, ancien de l'église 
de Nîmes, 1666-1668. — (Samuel) de Mon- 
chnc en Languedoc, manufacturier, réf. à 
Berlin, 1700. 

DALGAS, famille de St-Jean de Gardo- 
nenque. réfugiée à Lausanne à l'époque de 
la Révocation. Jean-Marc Dalgas, né dans 
cette dernière ville en 1 7o2, fut appelé en Da- 
nemark comme pasteur de l'église française 
de Frédericia en mai 1783.11 eut. en 1787, un 
fils, Charles- Frédéric -Isaac, célèbre agro- 
nome danois, mort en 1870, laissant un 
grand nombre d'écrits fort estimés relatifs 
à l'agriculture. On a, du père [Haag, IV 
190] un Tableau historique et statistique de 
l'établissement [en 1720] des réformés à 
Fridericia en Jutland ; Kopenhague, 1797, 
64 p. in-8o. L'auteur de cette très instruc- 
tive brochure donne la liste 1° des pasteurs 
de Frédericia, savoir : Jean Martin, fils 
de David Martin réfugié de Languedoc en 
Hollande; il la desservit de 1720 à 1728, 
et exerçait en même temps les fonctions 
de Commissaire royal pour la Colonie avec 
l'habit rouge et l'épôe au côté; il mourut, 
à o9 ans, pasteur à Holtzapfel en West- 
phalie, 6 fév. 1730. David Montoux, 
1728-33. Jaques Bouvet, 1733-40, appelé 
ensuite à l'église de Parstein en Brande- 
bourg. Moi&e Hollard, natif d'Orbe, 1740- 
82, mort à. Frédericia, sans enfants, et en- 
terré dans son église ; — 2» de ses princi- 
paux bienfaiteurs après les rois de Dane- 
mark : J. H. Huguetan baron d'Odyk, 
Antoine comte d'Aldenbourg, J. Henni 
Demercières originaire de Lyon, Etienne 
Pesché ancien de l'église, Suzanne Martin 
veuve du pasteur Dav. de la Tour d'Aliès, 



René Franc. Bretonville, Suzanne Mariot, 
Jacques Fleut planteur et plusieurs mem- 
bres des familles Hollard et Eyinar. 

DALGUE ou d'Algue, nom déjà inscrit 
ci-dessus (t. I col. 136, article Algue) et 
qui appartint à diverses familles que nous 
ne parvenons pas à bien distinguer '. 

Au commencement du XVII'ne siècle, on 
trouve à S'-Hippolyte-du-fort trois d'Al- 
gue protestants : Pierre, notaire de 1607 à 
1631, premier consul de la ville en 1613 ; 
Paul docteur en droit, et Isaac. Un antre, 
Pierre d'Algue, époux de Drive Durant est 
porté en 1687 sur la liste des nouveaux 
convertis de St-Hyppolyte; ilsavaienttrois 
filles : Marie épouse, 18 août 1681, de Jean 
de Quatrefages, morte en 1728 ; Marguerite 
épouse de Vierre Mezelet ; et Suzanneépou- 
se d'Antoine Claris. 

Autre branche : Jean d'Algue, docteur 
en droit et avocat, se fixa à Anduze à la 
suite de son mariage avec Jeanne de Bo- 
quette dont il eut 5 enfants baptisés dans 
l'église réformée d' Anduze. Il fit enregis- 
trer au bureau d'Alais en 1699 ses Armes 
= d'azur à un sautoir d'or. Son fils aîné, 
Paul, naquit en avril 1668. Le second, Jean 
d'Algue écuyer, avocat, fut forcé d'abju- 
rer à la Révocation, et mourut en 1748 à 
l'âge de 77 ans. En 1714 l'Intendant du 
Languedoc étant venu visiter Anduze ce 
fut d'Algue que la communauté chargea de 
le complimenter en son nom. Peu après 
l'Intendant écrivit pour faire élire l'orateur 
à la charge de 1er consul; ce qui fut fait. 
Il désigna en même temps trois antres 
consuls 4 de bon exemple pour la reli- 
gion. » 

Autre ; Louis d'Algue de Croye, né le 
20 déc. 1681, baptisé dans l'église réfor- 
mée, mais rentré dans le catholicisme, car 
il devint capitaine au régiment de Hainaut- 
infanterie, épousa Anne Fontane dont il 
eut un fils, mort jeune, et une fille. Nous 
ignorons à quel degré se rattache à lui An- 
toine d'Algue de Croye seigr de Grive, ha- 
bitant de S'-Hippolyte, qui assista comme 
délégué de la noblesse à l'assemblée protes- 
tante tenue à Lunel en 1613 et à celle de 
Nîmes du 10 septemb. 1627; il avait épou- 
sé Isabeau Durand de Vibrac, dont il eut : 
Alexandre qui vivait à. S*-Hippolyte avec 
sa mère en 1661, et qui est porté en 1687 

* Notes de M. Cazalis de Fondouce. 



55 



DALGUE — DALLAIN 



56 



comme veuf, avec 3 filles, sur la liste des 
nouveaux convertis de S<-Hippolyte. 

Manuel d'Algues, de la Salle, né en 1653 
et qui devint pasteur du désert, doit peut- 
être s'écrire Manoël, comme appartenant 
à la famille de ce dernier nom qui acheta 
dans la première moitié du XYII^ siècle le 
château d'Algue situé dans la commune de 
La Salle (Gard) . La famille de Manoël existe 
encore dans ce lieu. 

Ce fut dès la révocation de l'édit de Nan- 
tes [Haag, IV 190] que Manuel ou Manoël 
d'Algue se voua au service des églises sous 
la croix. Il courait de lieu en lieu, conso- 
lant ses frères et tenant de nombreuses 
assemblées qui suppléaient autant que pos- 
sible à l'absence du culte public. Dans une 
d'elles qui fut surprise, avril 1686, il fail- 
lit perdre la vie, mais comme si le danger 
n'avait fait qu'enflammer sou ardeur il 
continua son périlleux ministère jusqu'en 
1688 (mss de Court n° 39). Arrêté en (in et 
conduit à Nîmes, il fut condanjué par l'In- 
tendant Basville à être pendu. On lui of- 
frit sa grâce s'il voulait abjurer; il refusa 
de racheter sa vie par une apostasie et 
mourut en priant pour ses bourreaux et en 
exhortant ses juges à « ne plus faire la guerre 
à Dieu. » 

Ce martyr parait avoir été le principal 
auteur d'une Déclaration que les pasteurs 
du désert faisaient signer aux protestants 
convertis par la force et qui était formulée 
en ces termes : 

Nous soussignés, souhaitans réparer, au- 
tant qu'il nous sera possible, le scandale 
que nous avons donné à L'Eglise de Dieu 
par nos faiblesses passées, et nous relever 
de la malheureuse signature que la violence 
nous a arrachée, déclarons aujourd'huy de 
bonne foy et sans être forcez, que nous 
n'avons jamais aprouvé et que nous n'aprou- 
verons jamais les sentimens de l'Eglise ro- 
maine, dans laquelle on nous a contraints 
d'entrer; que la doctiùne de l'Eglise que 
nous prétendons être conforme à la Parole 
de Dieu a toujours été et sera toujours la 
nôtre; que nous protestons contre tout ce 
que nous avons pu faire, dire ou penser 
jusques ici de contraire à la Déclaration 
présente, comme contre tous les sujets fu- 
nestes de faiblesse et les erreurs que la vio- 
lence de la persécution a fait naître en 
nous; que nous détestons toutes les lâches 
complaisances que nous avons eues pour 



une religion dans laquelle nous ne croyions 
pas faire notre salut ; que nous faisons la 
résolution de glorifier Dieu de tout notre 
cœur, qu'il lui plaise nous donner la force 
faire ce que nous reconnaissons être d'un 
devoir indispensable, qui est de ne croire 
pas seulement de cœur à justice, mais de 
faire aussi confession de bouche à salut, 
selon le précepte de l'apôtre. Et afin que les 
auteurs de tous les maux que nous avons 
soufferts, qui n'oublient rien pour nous dé- 
crier, n'ayent aucun prétexte de noircir no- 
tre Déclaration présente, comme si elle étoit 
conçue dans un esprit de x'ébellion contre 
notre roi, nous protestons, comme devant 
Dieu, de notre fidélité pour lui ; que nous le 
regardons comme notre unique et légitime 
souverain sur la terre, auquel nous nous 
ferons toujours un devoir indispensable 
d'obéir en toutes choses, où le service de 
Dieu, le roi des rois, ne sera pas blessé. Or 
c'est ce que nous signons aujourd'huy de 
bonne foy et sans violence, et que nous 
consentons qu'il soit rendu public, quand 
cela pourra être utile à la gloire de Dieu et 
h l'avancement de son règne. 

DALIBERT (Geneviève), massacrée à 
Meaux, 1572 (Crespin). — (Giles), d'Or- 
léans, marchand, reçu habitant de Genève, 
1 déc. 1372. — (....) ancien de Chateau- 
dun au synode de Gergeau 6 oct. 1594 
(Tt 238). — (Gilles) fils de Gilles et de 
(lame Marie Du Temps, baptisé au temple 
de Blois, 2 mai 1638; présenté par noble 
homme Henry Papin s^ de la Robinière et 
Françoise Le Coq femme de nob. homme 
Daniel Bothereau sr de Lormoy naguères 
trésorier provincial des guerres en Bre- 
tagne. 

Daliès, voyez Aliès et t. III col. 899. 

DALÏSANT (Dame Claude), auteur d'un 
livre sur la Prédestination [Haag, IV 191], 
qu'elle présenta, en 1392, comme le ra- 
conte Florimond de Rœmond, à Catherine 
de Navarre, dans l'espoir que cette prin- 
cesse le ferait imprimer, honneur dont il 
ne fut probablement pas jugé digne. Flo- 
rimond en possédait la copie originale. 
S'il faut en croire le même écrivain, Claude 
Dalissant remplissait parfois l'office de 
diacre dans l'église de Mont-de-Marsan, 
rivalisant de zèle avec la femme de Biaise 
de Brahenne, nommée Quiteyre, qui mon- 
tait en chaire et lisait la Bible en atten- 
dant l'arrivée du ministre. 

DALLAIN ou D'Allain, sieur de Damon- 



n 



57 



DALLAIN 



DAMONT 



58 



laville-Fonlenay, enfermé aux Carmes de 
Caen, 1686(M664). 

M. de Chasteauneuf à l'Inteadant de Caen; 
Versailles, 27 fév. 1688 : « M^ Le sieur 
Damoulaville, qui est dans le couvent des 
Carmes de Caen, demandant quil plaise au 
Roy luy accorder la liberté d'en sortir et 
assurant qu'il se conduii-a d'une manière 
dont on sera très satisfait, vous prendrez 
s'il vous plait la peine de me mander s'il y 
y auroit de l'inconvénient de luy accorder 
présentement sa demande, à la charge de se 
comporter si sagement qu'il en puisse estre 
rendu des témoignages advantageux. » — 
Conf. Alein, t. I, col. 129. 

Dallamont ou Dallemont, voy. Alamont, 
1. 1 col. 70 et ci-après col. 

DALLIN (Jacques), libraire, fils de Remy 
Dallin imprimeur et de Marguerite Bro- 
chart, épouse au temple de Charenton, 
mars 1634, d'ie Suzanne Masson. 

DALMAS (Marc) et sa femme, de Cas- 
tagnole en Cévennes, assistés à Genève 
pour les aider à passer en Angleterre, 1703. 

— (Jean), de Die, assisté à Genève, 1704. 

— (Marianne, 10 ans, Jean-Jacques, Eli- 
sabeth, enfants dont le père est officier en 
Hollande et dont la mère vient de mourir, 
recueillis et assistés à Londres, 1703. 

Dalmeras, voy. Aimeras. 

DALVERT [Haag, IV 191], normand et 
« soldat marinier » comme l'appelle La 
Popelinière. En 1569, avec dix matelots 
déguisés en pêcheurs et montés sur deux 
barques, ce hardi marin entra dans le port 
du Èrouage, tua les soldats qui gardaient 
une caraque conquise depuis peu sur les 
Rochellois par la tlotte catholique, y mit 
le feu à la vue de l'ennemi qui ne put s'y 
opposer, et regagna heureusement La Ro- 
chelle. 

DAMALVY (David), ou Amalvy, pas- 
teur à Négrepelisse, 1670-76, dont nous 
avons parlé t. I col. 165 et t. II col. 792. 

DAMREL ou d'Ambel (Mr), du Dau- 
phiné, et sa femme « étant dans une grande 
nécessité, demandent à la Bourse française 
de Genève d'être assistés par mois » ; ré- 
pondu qu'on ne le peut t vu la qualité et 
les conséquences, » mais on leur donne 2 
pistoles pour une fois, 1690. — Mme veuve 
de Dambel, dont le mari est mort depuis 
peu, assistée de 5 éeus pour une fois; Ge- 
nève, 1692. Ces deux personnes sont pro- 
bablement les mêmes que signalent les 



actes suivants des notaires de Genève : 
1° A la requête de noble François Didier 
Dambel seigr de Maille en Dauphiné, plu- 
sieurs horlogers et fabricants de rasoirs ou 
de limes déclarent qu'il leur a délivré pour 
travailler à son compte durant les années 
précédentes « de l'acier sortant de ses cais- 
ses » qui s'est trouvé parfaitement bon, 
dont acte signé par les déclarants et par 
■t Ambel • 9 fév. 1688 (J. Fornet I 122). 
2o Psob. Fr. Didier d'Ambel seigr de Maille 
et Louise de Lamorte sa femme se recon- 
naissent débiteurs de 814 flor. pour leur 
logement et nourriture, 1690 (Id. VII 319). 
— Nie. Chorier inscrit la famille d'Ambel 
parmi les illustres du Dauphiné. 

DAMBERBOS ou d'Amberbos. Marie - 
Magdeleine-Rachel, fille de Jean Damber- 
bos, de Rouen, était sur le point d'être 
enfermée pour cause de religion (comme 
déjà l'avait été sa sœur qu'on avait jetée 
dans un couvent) lorsqu'elle parvint à fuir; 
en 1737. Elle put gagner la Hollande et 
se retirer à la Haye. Plus tard (21 mai 
1745) elle épousa dans cette ville Louis de 
Joncourt, de S*-Quentin, également fugitif 
pour cause de religion. De ce mariage na- 
quit, le 22 juillet 1747, Marie de Joncourt 
qui fut mariée, 7 janv. 1770 à Frédéric de 
Coninck, dont une fille. Philippine de Co- 
ninck, née le 25 déc. 1775, épousa Mr Jean 
Monod, [tasteur de l'église réformée de 
Paris. 

DAMIANS, ministre de Cornus en 1616 
(Reg. des baptêmes de S^-Jean du Bruel). 

DAMIGRAND, pasteur dans le Béarn ; 
abjure en 1685. 

DAMOIN (Antoine), « gentilhomme de 
Bruniguel en Guienne, » assisté de 4 écus 
en passant à Genève pour se rendre en 
Brandebourg, 1700. — (M">e veuve) et ses 
deux filles, de Montauban, assistée plu- 
sieurs fois à Genève, 1704. 

DAMONT (Charles), de Nevers, précé- 
demment professeur à Orléans, fut nommé 
principal du collège de Rive à Genève en 
juillet 1544, à la place de Sébast. Chastil- 
lon. Au bout d'une année environ, ne pou- 
vant s'accorder avec ses bacheliers, il de- 
manda son congé et se retira dans le Pays 
de Vaud avec le dessein de se vouer au 
saint-ministère. Après avoir séjourné quel- 
ques mois à Lausanne, au bénéfice d'une 
pension des seigneurs de Berne, il fut 
admis au sein de la « classe » de Gex et 



59 



DAMONT 



DAMPMARTIN 



60 



nommé', au commencement de 1546, pas- 
teur de l'une des églises de ce bailliage. 
Damont faisait cause commune avec les 
adversaires des ministres de Genève. S'il 
faut en croire Farel, sa conduite n'aurait 
pas laissé moins à désirer que sa doctrine. 
Entre autres choses « horribles, » il lui 
serait arrivé de dire, in saciHs prœter fa- 
bulas nihil esse. Pour lui et ses pareils — 
toujours au rapport du fougueux pasteur 
de Neuchâtel — Christ n'aurait guère été 
plus que ce que Mahomet est pour les 
Arabes. Aussi Farel les dénonce-t-il à 
Viret, demandant que « ces monstres » 
fussent soumis par le prochain synode de 
Berne à une sévère enquête; janv. 1549; 
Calv. Op. XIII 139 (H. Vuilleumier). 

Damours; voy. Amours, t. I col. 179. 

DAMPIERRE ( de), gentilhomme 

picard, attaché à la personne de l'amiral 
de Coligny [Haag, IV 191]. Envoyé à 
Bourges avec Ivoy, ce Dampierre, après la 
reddition de cette place importante, rega- 
gna Orléans avec quelques soldats qui ne 
voulurent pas plus que lui accepter une 
honteuse capitulation. Peu de temps après 
son retour, il fut chargé de châtier les 
moines de Fontaine-Jean près de Châlillon- 
sur-Loing, lesquels, oubliant les devoirs 
de leur profession, avaient pris les armes 
et pillaient les environs. Dampierre se pré- 
senta devant le couvent ; mais il fut reçu 
à coups d'arquebuse, et il lui fallut l'enle- 
ver d'assaut. Tous les moines furent passés 
au fil de l'épée, sauf quelques-uns qui, reti- 
rés dans le clocher, continuèrent à com- 
battre bravement jusqu'à ce que la tour, 
dévorée par les flammes, les ensevelit sous 
ses décombres. Après cette sanglante exé- 
cution, Dampierre regagna Orléans; mais 
toujours infatigable, peu de jours se pas- 
saient sans qu'il montât à cheval pour cou- 
rir la campagne en quête d'aventures. 
Dans une de ces courses, il rencontra un 
équipage magnifique qui appartenait au 
légat du pape et l'enleva. Le légat en porta 
plainte auprès de Condé. Le prince lui 
répondit qu'un train aussi magnifique ne 
convenait nullement à un successeur de 
saint Pierre, mais plutôt à des hommes 
nourris au métier des armes et combattant 
pour la religion ; que toutefois il ne refu- 
serait pas de lui restituer ses chevaux et 
ses mules, si de son côté, il se faisait ren- 
dre par les triumvirs l'argent qu'il leur 



avait apporté, et s'il rappelait en Italie les 
troupes que le pape leur avait envoyées. 
Après la bataille de Dreux, Dampierre 
s'empara de la ville de Snlly-sur-Loire 
avec La Rochefoucauld, mais il échoua dans 
une tentative sur Gien. Dès lors, il dispa- 
raît de l'histoire de nos guerres civiles. — 
Peut être est-ce à la même famille qu'ap- 
partiennent : lo Jean de Dampierre sieur 
de Jonquières, fils d'Anne de D. et d'Anne 
de Hénault, marié au temple de Charenton, 
juin. 1632, avec Marie fille de Jacques 
Conrart et de Perronne Targer ; 2° Marie 
de Dampierre, fille de Jacques de Dam- 
pierre et de Catherine Muyson, baptisée au 
même temple le 19 fév. 1668. — Mme de 
Dampierre, enfermée aux Ursulines de 
Clermont en Boauvaisis, 1686. — Noble 
Antoine de Dampierre de Ste-Agathe, ré- 
fugié de Normandie à Stargarde avec sa 
femme et un fils, 1698. On compte en- 
core dans le Refuge : Marie de S^e Hélène, 
veuve du lieutenant-colonel de Dampierre, 
originaire d'Abbeville en Picardie, morte 
à Berlin à l'âge de 94 ans. Un capi- 
taine de Dampierre assistait aux funé- 
railles du grand Électeur, 1713 {Erman, 
IX 87). 

DAMPMARTIN (Pierre de), gentil- 
homme natif du Languedoc [Haag, IV 192] 
et attaché à la maison de Navarre. Jeanne 
d'Albret lui confia diverses missions et l'en- 
voya notamment en Angleterre. Après la 
mort de cette princesse, il passa au service 
du duc d'Alençon dont il devint procu- 
reur général et fut nommé en 1585 « gou- 
verneur de la justice » à Montpellier c'est- 
à-dire Sénéchal, office qu'il résigna en 
faveur de Guillaume Hébrard écuyer, le 
19 déc. 1600. Il avait pour femme Violane 
des Urcières et il ne vivait déjà plus à 
l'époque du mariage de leur fille, Margue- 
rite, avec Jean de Lacger conseiller à la 
chambre de l'édit de Languedoc, en 1602. 
Dampmartin avait été non moins curieux 
des lettres que des affaires administratives 
et il a publié : 

I. Du bonheur de la Cour et vraie féli- 
cité de l'homme, Anv., 1502, in-12; réimp. 
sous le titre de La fortune de la Cour ou 
Discours curieux entre les sieurs Bussy 
d'Amboise et La Neuville, sur le bonheur 
ou le malheur des favoris, Paris, 1642 et 
1644 in-8°, et inséré par Godefroy à la 
suite des Mémoires de la reine Marguerite. 



61 



DAMPMARTIN 



DANEAU 



62 



— Cet écrit fui dédié par l'auteur à Châ- 
tillon, amiral de Guienne. 

II. Vies de cinquante personnes illustres, 
avec Ventre-deux des temps, Paris, 1599, 
in-4°. — On n'en a que le premier volume 
qni renferme les vies d'Auguste, Tibère, 
Vespasien, Nerva et des Antonins, liées 
entre elles par le récit des événements 
contemporains. Le temps manqua à Damp- 
mariin pour publier la suite de ces vies, 
ainsi qu'une relation d'un voyage qu'il 
avait fait en Angleterre par ordre de la 
reine de Navarre, et un ouvrage sur le 
Languedoc. — En 1685 les descendants de 
Pierre de Dampmartin jouissaient encore 
du droit d'exercice du culte protestant 
dans leur château de St-Hilaire (Tt 322). 

DANCÈ. Trois frères, de ce nom, étaient 
au nombre des protestants de la Saintonge 
peu de temps après la Révocation et tous 
trois émigrèrent sur la côte méridionale de 
l'Angleterre oii leur nom s'est changé en 
celui de Dansays. L'un, marchand à la 
Rochelle et conseiller du roi, avait deux 
fdles, Marie née en 1708 et Elisabeth en 
1711, avec lesquelles il quitta la France 
vers 172i ; l'ainée épousa, vers 1740, 
David Espinet ou Espenet, également ori- 
ginaire de Saintonge. Le deuxième frère, 
Pierre Dancé, eut un fils, William, qui 
devint « jurât » de la ville de Rye, comté 
de Sussex. Le troisième, François, fut ca- 
pitaine dans la marine royale d'Angleterre 
et promu, pour une action d'éclat, au 
poste de lieutenant-gouverneur de l'hôtel 
des invalides de Greenwich, le 16 décemb. 
1745. Il mourut dans l'exercice de ses 
fonctions, à Greenwich, 5 août 1754. 
(Cha vannes). — Dancey, personnage im- 
portant de la ville de Resançon, en 1538. 
{Thés, epist. Calvinianus no 128). — Fran- 
çois Danchet, de La Rochelle (peut être le 
même que François Dancé) est inscrit sur 
les registres de la Rourse françoise à Ge- 
nève comme ayant reçu un secours de 
3/4 d'écu à titre de viatique pour l'aider à 
gagner Londres. 

DANCEL (Pierre) « de Cherbou en 
Normandie, » ancien cordelier qui veut 
abjurer, reçoit à Genève un viatique pour 
l'Allemagne, 1702. 

DANCHERENC de la Conselière, sol- 
licite assistance des États gén. de Hollande 
pour lui, sa femme et leurs 5 enfants 
(regist. de 1701 et 1703). 



Dancourt, voy. Carton. 

DANDIGNÉ ou plutôt d'Andigné, voy. 
t. I col 236. Sont inscrits au Livre du 
recteur : Petrus Dandignseus andegavensis, 
juin 1584; — Petrus Dandignyus nobilis an- 
degavensis, 1685.— Conf. I col. 228 et 340. 

DANDOT (LouYs), . aagé de 80 ans, 
pris à une lieue près Forcalquier, le meur- 
trirent environ mille pas près la ville et 
l'enfouirent encores vif en la terre, ayant 
les bras rompus » (Crespin). 

DANEAU (Lambert) — il écrivait aussi 
son nom : Danneau, d'Anneau, en latin : 
Dannaeus et même d'Annaeus — né vers 
1530 à Reaugeney-sur-Loire, mort à Cas- 
tres, le 11 nov. 1595, [Haag, IV 192], un 
des théologiens réformés les plus laborieux 
et les plus distingués du xvie siècle, était 
fds de Lambert Daneau, sieur de la 
Grange, contrôleur des deniers de Reau- 
gency et d'Agnès Rrachet, son épouse. 

Pour un fait d'armes signalé, le tri- 
sayeul (?; de notre Lambert Daneau, Jean 
Danneau ou Dagneau, dit le capitaine 
Goujon, né à Marie en Thiérache, avait été 
anohli en 1438, ainsi que sa postérité 
masculine et féminine, par le roi Charles 
VIII. Il avait « fait prisonnier de guerre 
Jean de Talbot, l'un des plus renommés 
chefs de l'armée angloise en la bataille de 
Patay » (De La Roque, Traité de la No- 
blesse, éd. de Rouen, 1734 ; ch. xlviii. 
Ce chapitre tout entier est consacré à la 
famille.) — Armes : d'or au sanglier pas- 
sant et au chef d'azur à 3 molettes d'argent. 

Par sa mère, Daneau appartenait à l'une 
des meilleures familles bourgeoises d'Or- 
léans, et il n'est que juste de mentionner 
ici le nom d'Antoine Rrachet, sieur de la 
Roische, oncle maternel et plus tard l'un 
des tuteurs de notre théologien, homme 
d'une certaine valeur littéraire et qui fit 
donner une excellente instruction à son 
pupille. 

liambert Daneau, père, était mort avant 
1543. Il laissait 4 enfants à sa veuve: 
Lambert, dont nous allons parler ; — 
PmLippE, qui devint avocat, puis secrétaire 
du duc d'Alençon, enfin receveur général 
de Normandie et qui épousa Agnès Leroy, 
fille de .... Leroy, seigneur de Canon, lieu- 
tenant général de Caen; — Marie, femme 
de Jacques Masson, sgr du Taillenu, d'Or- 
léans; et Guillemette qui paraît être 
morte en bas âce. 



63 



D ANE AU 



64 



Lambert Daneau II (1330-1595) se ma- 
ria deux fois. Une première avec Jeanne 
Goudreceau, veuve de M. de Quincampoix, 
en 1562. C'est du moins ce qu'affirme, en 
même temps que beaucoup d'erreurs, un 
certain chantre de Ste- Croix, d'Orléans, 
nommé Masson, dont VÊcrit a été inséré 
par Dom Gérou dans son Recueil de noti- 
ces orléanaises (Msc. à la Bibl.publ. d'Or- 
léans.) De ce mariage parait être né au 
moins un fds^ nommé Jean. C'est du moins 
celte qualité que nous croyons devoir don- 
ner à un Jean Daneau « théologyen », dont, 
en mai 1586, le pasteur Sonis baptisait à 
Orlhez une fdie présentée par M. Soulet 
(Cholet?) et noble Marguerite de Spo7ide. 
Au reste, nous ignorons qui ce Jean Da- 
neau pouvait être (sinon un lils ou un 
neveu de Lambert) et ce qu'il devint. 

Le second mariage de notre théologien 
fut célébré à Genève, 3 mai 1573; par le 
ministre Perrot. Il épousait Claude Péguy, 
lille de Jean, prévôt des marchands d'Or- 
léans, réfugié et d'Anne-Mariette Jumeau. 
Elle lui survécut et se remaria même avec 
Bernard du Brail, médecin à Castres (if ém. 
de Gâches, édit. Pradel, p. 459). 

De ce second mariage naquirent six en- 
fants: Samuel, en 1574, à Genève; Marie, 
bapt. le 8 avril 1577, par Th. de Bèze, 
présentée par nob. Michel Rozet, conseil- 
ler, et qui épousa plus tard Daniel de la 
Borde, marchand à Orthez ; elle vivait 
encore en 1595; Anne, bapt. le 29 juin 
1579 par Th. de Bèze et présentée par 
spect. Jehan Salvard ; Suzanne, née à 
Leyde en 1581 (?); Théodore, bapt. le 6i 
mars 1585 par le ministre Solon, d'Orthez 
et présenté par son collègue, Sonis; Josias, 
bapt. le 7 déc. 1587 à Orthez par Sonis, 
présenté par nob. Armand de Verteuil et 
damiie Johanne dePourtau. Ce dernier est 
le seul des fds de Daneau qui ait réelle- 
ment continué la famille. Nous en parlons 
plus loin. 

Grâce à la possession d'une assez belle 
fortune et au zèle éclairé de son tuteur, 
Daneau reçut, nous l'avons dit, une édu- 
cation très soignée. Dès 1543, il étudiait 
dans les écoles alors célèbres d'Orléans. 
Vers 1547 ou 1548, il était envoyé à Paris, 
où auditeur zélé des cours du Collège 
Royal, il entendit Vatable, G. Postel, 
Oronce Finée et Turnèbe, avec lequel il 
conserva des relations. Il rentra à Orléans 



vers 1552 ou 1553 ; suivit durant quatre 
ans le cours d'Anne du Bourg, professeur 
dans « l'Université des loix d'Orléans » 
alors fort renommée (1553-1557) ; prit le 
grade de licencié es loix en 1557 et, après 
deux tentatives malheureuses pour devenir 
lui même professeur en droit à Orléans 
(1557 et 1558), il partit pour Bourges, où 
il reçut en 1559 le grade de docteur ; c'est 
là qu'il noua avec le professeur Hugues Do- 
neau, l'émule de Cujas, des relations qui 
devaient plus tard devenir intimes. 

Tandis qu'il était à Bourges, il apprit le 
supplice d'Anne du Bourg, le plus cher de 
tous ses maîtres. 

Depuis longtemps déjà il penchait vers 
la Réforme. A Paris, Turnèbe, que Daneau 
a toujours cru rattaché à la Réforme 
et, d'ailleurs, la plupart des professeurs 
du Collège Royal ; à Orléans, Anne du 
Bourg ; à Bourges, Duaren, Doneau, Cu- 
jas (car Daneau considérait Cujas comme 
protestant); partout, en un mot, les pro- 
fesseurs de Daneau l'avaient préparé, par 
leur enseignement et leur exemple, à em- 
brasser la Réforme. Le martyre d'Anne du 
Bourg le décida. 

Désireux de mieux connaître la doctrine 
nouvelle à laquelle il se rattachait ferme- 
ment désormais, Daneau se rendit à Ge- 
nève et y arriva le 24 avril 1560. Il y 
passa un peu moins d'une année et l'in- 
fluence de Calvin le décida à laisser le 
droit pour la théologie. 

C'était là une importante recrue. Daneau 
était déjà connu comme juriste et comme 
philologue. Aussi, lorsqu'il arriva à Ge- 
nève, jugea-t-on inutile d'inscrire son lieu 
d'origine sur le Registre des Réfugiés. On 
se borna à mettre son nom. 

Enseigna-t-il réellement la philosophie 
ou même le droit à Genève cette année-là? 
Nous l'ignorons. Toujours est-il que mal- 
gré son désir de se fixer à Genève, il dut 
déférer au vœu de l'église d'Orléans et 
rentrer en France. Il s'agissait de devenir 
pasteur à Gien, office que Pierre Baron 
remplissait alors par intérim. L'église 
d'Orléans avait dû le prêter et désirait le 
ravoir. En effet, dès avant Pâques 1561 
Daneau arrivait à Gien. Il devait y res- 
ter jusqu'à la St-Barthélemy et y subir 
toutes sortes de vicissitudes, qu'il résu- 
me ainsi dans une lettre du 23 noveni- 
bre 1576 à Jérôme Zanchi, le célèbre 




65 



DANEAU 



66 



théologien italien : « Et, pour dire quelque 
chose de moi-même, pendant les douze an- 
nées (1560 à 1572) que j'ai exercé le mi- 
nistère, j'ai été plus de sept fois chassé, 
rappelé, condamné, absous, errant... mais 
dans toutes ces calamités le Seigneur a été 
mon refuge. » Sans pouvoir indiquer l'é- 
poque exacte et la nature de ces diverses 
persécutions, nous dirons qu'en 1563 il 
dut se réfugier à Orléans, en 1568 à San- 
cerre (et probablement pas à Saumur), après 
avoir été mis en prison à Gien, par Sarra, 
comte de Marti nengo, gouverneur de cette 
ville ; qu'en 1568 et 1572 il perdit sa biblio- 
thèque et divers manuscrits ; enfin, qu'en 
1572 il dut se sauver à Genève. 

Daneau était à Genève dès le 10 oct. 
1572. A cette date, le Consistoire le nom- 
mait pasteur à Jussy, mais en exprimant le 
vœu, que M. Estienne Groz, pasteur à 
Vandœuvres, et lui pu ssentchanger de pa- 
roisse, afin que Daneau pût en même 
temps enseigner la théologie. Il ne fut 
toutefois nommé à Vandœuvres que le 25 
juin 1574 et n'y resta que quatre semaines, 
la mort du pasteur Gilles Chausses, de Ge- 
nève, ayant laissé dans la ville même une 
place vacante, dont il fut immédiatement 
pourvu (25 juin. 1574). 

On remarquera certainement la noto- 
riété que cette nomination suppose. Elle 
ressortira encore davantage si l'on songe 
au nombre de pasteurs réfugiés alors à 
Genève. Il est vrai que Daneau avait joui 
de la même estime en France. Ainsi le 
synode nat. de La Rochelle (1571) le met- 
tait au nombre des pasteurs désignés pour 
répondre aux livres des adversaires. 

Jusqu'au 8 février 1581, Daneau resta 
pasteur et professeur en théologie à Genève, 
entretenant les meilleures relations avec 
ses collègues et surtout avec Th. de Bèze, 
dont il était de longue date et resta tou- 
jours l'ami. Citons encore, parmi ses amis 
les plus particuliers, Michel Roset, un des 
hommes les plus remarquables de Genève, 
en même temps qu'un des plus habiles et 
des plus honnêtes diplomates du xvie siè- 
cle. Quant à ses cours, où il exposait « les 
livres de la saincte Escripture, » il les 
lisait. Ses gages s'élevaient à 400 florins, 
y compris le logis. C'était peu et il s'en 
plaint. Aussi avait -il chez lui des pension- 
naires. 

Le 16 janvier 1581, il était reçu gratis 



bourgeois de Genève. Quelques jours après 
il quittait cette ville pour n'y plus reve- 
nir. L'Université de Leyde, récemment 
fondée, cherchait des professeurs renom- 
més. Elle lui adressa vocation et il céda, 
non sans hésitation. 

Parti de Genève le 8 fév. 1581, il arri- 
vait, non sans encombre (notamment à 
Strasbourg, où les ubiquitaires, alors 
triomphants, lui causèrent quelques en- 
nuis) à Leyde, le 13 mars, avec sa famille. 
Il devait y çester un peu plus d'une année 
(jusqu'en mai 1582). Il avait reçu 400 fl. 
de Hollande pour son voyage et son trai- 
tement s'élevait à 800 florins. En outre, 
la ville contribuait à son entretien. 

A ses fonctions de professeur, Daneau 
joignait celles de pasteur de la commu- 
nauté wallonne de Leyde. 

Des difficultés ne tardèrent pas à s'élever 
entre le magistrat de Leyde et notre théo- 
logien. Daneau ne pouvait comprendre la 
tolérance relative dont on usait à Leyde 
et la supériorité que l'autorité civile s'at 
tribuait sur le gouvernement ecclésiastique. 
Il n'avait pas compris ou voulu compren- 
dre que la différence dans les causes du 
mouvement réformé en Hollande, par 
rapport à Genève, par exemple, avait 
amené aussi des difl'érences dans la manière 
de concevoir et d'organiser l'Église nou- 
velle. Aussi lorsque, dans son église wal- 
lonne, il voulut tout mettre sur le pied de 
Genève; lorsque, grâce à son influence, 
que tout le monde reconnaît avoir été 
considérable, il voulut faire triompher le 
système calviniste dans toute la Hollande, 
le pouvoir civil lui fit durement sentir 
qu'il n'entendait pas plus tolérer les em- 
piétements du pouvoir ecclésiastique que 
renoncer à ses propres empiétements. Un 
des membres du conseil de Leyde alla 
même jusqu'à dire qu'on ne résisterait pas 
moins à l'inquisition de Genève qu'à celle 
d'Espagne. Sur quoi Daneau déclara qu'il 
ne resterait pas un instant de plus dans 
une ville où la discipline de l'Église de 
Genève, discipline conforme à la Parole 
de Dieu, non seulement n'était pas obser- 
vée, mais encore était assimilée à l'inqui- 
sition espagnole. Il demanda immédiate- 
ment son congé et il fallut toutes les ins- 
tances du sénat académique et du Prince 
d'Orange lui-même pour qu'il consentit à 
rester quelques semaines de plus. 

V. 3 



I 



67 



D ANE AU 



68 



On voit que le départ de Daneau n'eut 
rien de commun, quoiqu'on l'ait cru, avec 
les troubles suscités par le comte de Lei- 
cester. Celui-ci ne commença ses menées 
qu'à la fin de 1S85, et ce fut Hugues Do- 
neau qu'elles finirent par obliger à partir 
(1587). Hugues Doneau, l'ancien profes- 
seur de Bourges avait été, en effet, sur la 
recommandation de Fr. Hotman, nommé 
professeur de droit à Leyde. Ajoutons que 
dans toutes les diflTicultés auxquelles nous 
venons de faire allusion, il avait soutenu 
L. Daneau. 

Les amis de Daneau (Helmichius, Th. 
Ganter, etc.) avaient voulu tâcher de le 
faire appeler à Utrecht. Ces efforts, proba- 
blement peu secondés par le principal in- 
téressé, auquel le climat de la Hollande 
ne convenait guère, n'aboutirent pas. Da- 
neau reprit le chemin de la France. Mais, 
arrivé à Gand, il céda aux instances des 
pasteurs et du magistrat de cette ville, 
alors sous l'influence protestante, et con- 
sentit à y passer une année (20 mai 1582- 
7 mai 1583). Comme à Leyde il y était à 
la fois pasteur et professeur. Son séjour y 
fut très calme, et bien loin d'avoir des 
difficultés avec le magistrat, celui-ci lui 
offrit, à son départ, et en outre de son 
traitement, une fort belle gratification. 

Nous avons dit que Daneau voulait ren- 
trer en France. Une vocation de l'acadé- 
mie protestante d'Orthez vint hâter son 
retour. Parti de Gand le 7 mai, il était à 
Blois le 1er août et l'année n'était sans 
doute pas terminée avant son arrivée à 
Orthez. Toutefois la première preuve po- 
sitive de sa présence dans cette ville est 
un baptême célébré par lui le 8 janv. 1584. 

Il reste de son séjour à Orthez une 
preuve bien manifeste du plaisir qu'on eut 
à l'entendre. C'est la lettre suivante, éma- 
née du roi Henri IV (Arch. des B. Pyr. B 
2648) : 

A maistre Estienne Cemetière, mon tréso- 
rier de Béarn. — Maistre Estienne Ceme- 
tière, J'ay ordonné de fère un présent au 
sieur Daneau, docteur et professeur en théo- 
logie en mon université d'Hortès, d'une 
aiguière d'argent pour servir à table, en la- 
quelle nous vous mandons d'employer jus- 
ques à la somme de vingt escuz, la faisant 
dorer par les bords ; et que ce soit le plus 
promptement que faire se pourra. La dicte 
despense vous sera allouée en la Despense 



de vos comptes par les auditeurs d'iceulx, 
ausquelz mandons ainsy le faire, sans diffi- 
culté. A tant vous prierons Dieu vous avoir 
en sa sainte garde. Escript à Bergerac le 
XV may 1585, Henry. — Lallier. 

En 1588, les États de Béarn, lui accor- 
dèrent un don de cent livres pour faire 
réimprimer son commentaire sur St Mat- 
thieu et lui recommandèrent de parler de 
leur « CourMajour ' » dans cet ouvrage qu'il 
aurait soin de traduire en langue vulgaire, 
c'est-à-dire en béarnais *. 

Un dernier éloge de Daneau nous est 
fourni par son appel à Castres. Cette im- 
portante église était alors troublée par 
Gaspard Oîaxe ou d'Olaxa et le consistoire 
de Castres, cherchant un homme d'une 
autorité suffisante pour mettre un terme 
au désordre, pensa à Daneau. On lui députa 
vers le mois de sept. 1593, Jacques BissoL 
avocat. Daneau était alors à Lescar, où il 
avait suivi (1591) l'université d'Orthez. Il 
accepta cette vocation, mais à la condition 
qu'Olaxe ne serait plus souffert dans la 
ville. Ce fut accordé et le 29 oct. 1593, Da- 
neau entrait à Castres. Il y resta jusqu'à sa 
mort, exerçant, comme d'ordinaire, les 
doubles fonctions de pasteur et de pro- 
fesseur. 

Le 11 novembre 1595, il mourut a fort 
regretté de tous, nous dit Gâches (Mémoi- 
res, p. 459), à cause de son mérite et des 
services qu'il avait rendus pour redresser 
et rétablir le bon ordre dans l'Église de 
Castres. » Jusqu'à la fin — son testament 
le prouve — il resta l'homme pieux et 
ferme que nous avons connu à Gien, à Ge- 
nève, en Hollande etc., le chrétien fervent, 
le calviniste logique et intrépide. 

En somme, Lambert Daneau est un de 
nos plus grands théologiens du xvie siècle. 
S'il ne doit pas être placé à côté d'un Cal- 
vin ou d'un Th. de Bèze, dont il s'honorait 
d'avoir été l'élève, il vient immédiatement 
après eux. Il est des premiers du second 
rang. Ainsi l'ont jugé ses contemporains. 

En 1560, il est déjà connu comme phi- 
lologue et comme juriste; en 1571, il est 
mis sur la liste des pasteurs chargés de 

1 " En parlan deus privilèges deu pays la Cort 
mayor et aussi que en Bearn no y pot haber 
Confiscation »... etc. 

* La province de Béara conserva son patois 
pour langue officielle jusqu'en 1789. (Notes de 
feu P. Raymond d'après les Arch. des B.-Pyr.) 



I 



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DANEAU 



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répondre aux contradicteurs; en 1572, 
à Genève, au lendemain de son arrivée, 
le consistoire lui demande de professer 
la théologie; en 1579 et en 1580, Leyde 
cherchant un professeur illustre s'adresse 
à lui ; en 1582, lorsqu'il quitte cette ville, 
le Prince d'Orange craint de voir déserter 
l'université par les théologiens et engage 
la ville, puis le sénat académique, à faire 
tous les efforts pour le garder; lorsqu'il passe 
à Gand, on se hâte de le retenir; là, on lui 
adresse vocation pour Orthez ; l'église de 
Castres, voulant un homme éminent pour 
rétablir l'ordre dans son sein, l'appelle; en- 
fin, après sa mort, Jean Gigord enseigne la 
théologie en exposant un de ses ouvrages 
(1596) ; Melchior Adam, Meursius, deThou 
et autres font son éloge et le synode nat. 
de Castres (1626) prend la décision sui- 
vante (Aymon, II, 389): « Ce Synode, 
honorant la mémoire de M. Daneau, ci- 
devant ministre de l'Évangile de N. S. 
J.-C, très fameux pasteur et professeur 
en théologie dans l'Église et l'Université 
de Bearn, et afin que ses savants ouvrages 
ne restassent pas dans l'oubli, il pria son 
digne fils de les ramasser en un volume 
et de les publier, et ce présent Synode se 
chargea de paieries frais de l'impression. » 
Daneau eut, il est vrai, des détracteurs. 
Son caractère, ses convictions absolues de- 
vaient lui en attirer. Ainsi, les luthé- 
riens allemands et d'autres encore. C'est 
le fait des hommes de valeur de provoquer 
des antipathies brûlantes aussi bien que 
de chaudes sympathies ; puis, au xvie 
siècle, on aimait, dans les controverses, à 
faire usage de personnalités blessantes. Il 
n'y a donc pas lieu de nous y arrêter. 
Seule, est à remarquer une observation de 
Sénebier (Hist. litt. de G., I, 313) « Daneau 
composa, dit -il, un très grand nombre 
d'ouvrages ; il eut la malheureuse facilité 
de la plupart des savans de son siècle, 
sans avoir leur génie et leur discernement: 
aussi la postérité a jugé ses travaux inu- 
tiles à l'instruction de ceux qui existent; 
elle a relégué ses nombreux volumes dans 
les coins poudreux des bibliothèques... » 
Évidemment Sénebier n'a jamais été les 
y chercher. Sans cela il aurait été à la fois 
moins sévère et plus juste. Sans doute, 
beaucoup d'ouvrages de Daneau ont vieilli. 
Mais il faut pour les apprécier sainement, 
voir lexîas qu'en ont fait les contempo- 



rains. A cet égard, le nombre des éditions 
et des traductions de certains ouvrages de 
Daneau répond victorieusement à la criti- 
que de Sénebier. A dire vrai, il est fort peu 
de ses ouvrages qui n'aient eu au moins 
deux éditions. Malgré cela, les ouvrages de 
Daneau sont rares; ceux qui sont écrits en 
français le sont excessivement; quelques- 
uns sont môme introuvables. En voici la 
liste aussi complète (jue nous avons pu la 
dresser. 

I. Deux traitiez de Florent Tertullian, 
docteur très ancien et voisin du temps des 
Apostres, environ CLXX après l'Incarna- 
tion de Jésus-Christ. L'un des Parures et 
ornemens: l'autre des habits et aecoustre- 
ments des femmes chrestiennes. Paris. [Per- 
rier?] 1565, 8'^; Gen., Jean de Laon, 
1580, 8°. — Il est, s'écrie le traducteur, 
merveilleusement scandaleux à toute l'é- 
glise des ildelles, que tant de pauvres 
gens, qui sont membres de Christ, ahan- 
nent et languissent et meurent de faim 
entre nous : et que ceux qui se disent 
leurs frères et sœurs, cependant ayent et 
portent telles superfluitez et suraptuositez, 
dépensants en choses inutiles et qui sont 
à leur condamnation, ce qu'ils devoyent 
donner et épargner pour les pauvres de 
Dieu et domestiques de la foy. 

II. Traité de S. Cyprian, jadis Evesque 
de Carthage ; Du mal qu'apporte l'Envie et 
Jalousie du bien d' autrui. Item, un autre 
Traité du mesme Cyprian touchant la di- 
scipline et les habits des filles. Le tout mis 
et traduict en François par L. Daneau, 
min. de la P. de Dieu à Gyan. [Orléans, 
Eloy Gibier] 1566, 8». 

Au vo de la dernière page, la marque 
d'Eloy Gibier, c'est-à-dire un bras faisant 
tourner la presse, avec la devise ; vesceris 
pane tuo in sudore vultus tui. Au-dessous : 
A Orléans, par Eloy Gibier, imprimeur 
de lad. ville. 

III. Deux traitez de S. C. Cyprian, jadis 
Evesque de Carthage. L'un contre les Jeux 
et les joueurs de cartes et de dez. L'autre, 
par lequel il monstre que l'homme Chres- 
tien ne doit voir ni assister à aucun Jeux 
de battelage, ni aux spectacles publics. Plus, 
une épistre du mesme autheur touchant ce 
mesme argument. Le tout mis en François 
par L. Daneau, s. 1. Imprimé nouvelle- 
ment, 1566, 8o. — Un seul ex. connu, au 
British Muséum. 



DANEAU 



IV. Methodus Sacrse Scripturse in pu- 
blicis tum prœlectionibus, tum concionibus 
utiliter atque intelligenter tractandse : quse 
praxi, id est, aliquot exemplis et perpétua in 
Epistolam Pauli ad Philemonem commenta- 
rio illustratur. Gen. 1570 (?) 8o; Gen. E. 
Vignon, 1579, 80; Gen. 1581 ; Gen. 1583 
(voy. ci-dessous, no uv). — La théologie 
devant être la simplex divinœ Scripturœ 
tractatio, il est important de savoir com- 
ment on doit l'étudier. Dans une première 
partie, Daneau pose les principes. Dans 
tous les livres ou textes de la Bible, qu'il 
veut expliquer, Daneau recherche ce qu'il 
appelle le lieu {locus) rhétorique, le lieu 
dialectique et le lieu théologique. Le pre- 
mier donne la connaissance des différentes 
parties du texte, de leur connexion, de 
leur lien entre elles. Le second permet de 
déterminer l'argumentation de l'auteur; 
le troisième, de faire ressortir le sens in- 
time, religieux et, à proprement parler 
théologique. — Puis il faut comparer avec 
les textes analogues, les textes contradic- 
toires, etc., etc. 

V. Les trois livres d'Hésiode appelés Les 
Œuvres et les jours. Traduicts de Grec en 
François par M. Lamb. D'Aneau. Dédiez à 
la Royne de Navarre. [Genève], pour An- 
toine Ghuppin, 1571, 8». Traduction en 
vers. 

VL Elenchi Hœreticorum, ubi facili et 
singulari methodo explicatur, qua ratione 
hsereticorum paralogismi deprehendi et 
solvi possint. Liber omnibus Evangelicse 
veritatis studiosis valde necessarius. Gen. 
Vignon, 1573; Gen. Vignon, 1580; Gen. 
1583 (voy. n° liv). Gen. 1592. C'est un 
des ouvrages les plus estimés de Daneau. 
Hoornbeck en faisait grand cas. Partant 
de ce principe que toutes les hérésies re- 
posent sur des interprétations sophistiques 
de la Bible, Daneau indique le moyen de 
les percer à jour et par conséquent de 
montrer l'erreur des hérétiques. Cette 
méthode supposait orthodoxes et héréti- 
ques également convaincus que l'Écriture 
Sainte est la règle de la vérité religieuse ; 
ce qui pouvait être vrai alors. Aujourd'hui, 
où cela même est contesté, la méthode de 
Daneau, si ingénieuse qu'elle soit, ne pa- 
raîtrait qu'une pétition de principes, 

VIL Harmonia, seu Tabulée in Prover- 
bia et Ecclesiasten. Imprimé avec l'ouvrage 
suivant de J. Mercier, édité par Th. de 



Bèze: Commentarii in Jobum et Salomonis 
Proverbia, Ecclesiasten, Canticum Canti- 
corum. Gen. E. Vignon, 1573. 

VIII. Les Sorciers. Dialogue très utile et 
nécessaire pour ce temps. Auquel ce qui se 
dispute aujourd'hui des Sorciers et Eriges 
est traité et bien amplement résolu ; s. I. 
[Gen.]. De l'Imprimerie de Jacques Bour- 
geois, 1574, 80. 2e éd. Deux traitez nou- 
veaux très utiles pour ce temps. Le pre- 
mier touchant les Sorciers, auquel ce qui 
se dispute aujourd'hui sur cette matière 
est bien amplement résolu et augmenté de 
deux procès extraicts des greffes pour 
l'esclaircissement et confirmation de cet 
argument. Le second contient une brève 
remonstrance sur les jeux de Cartes et de 
Dez. Reveu et augmenté par l'autheur, 
M. Lambert Daneau. S. 1. [Gen.] Par 
Jacques Baumet, 1579, 8». — En latin : 
De veneficis, quos olim sortilegos, nunc 
autem vulgo sortiarios vocant: Dialogue, 
in quo quse de hoc argumenta quseri so- 
ient, breviter et commode explicantur, etc. 
Gen., E. Vignon, 1574, 80; Col. Agripp. 
1575; Gen. 1581; Francf. ad M. 1581, à 
la suite du Flagellum hœreticorum de 
Nicolas Jacquier ; Gen. 1583 (v. n» liv); 
Col. Agripp. 1597. — En anglais: A dia- 
logue of ivitches in foretime named Lottel- 
lers and noiv commonly called Sorcer ers etc. 
S. L. 1575; trad. nouvelle par Th. Newton, 
Lond.j 1586. — En allemand : Von den 
Zauberen, Hexen und Unholden, etc., trad. 
par Jacq. Vallick et Ulrich Molitor (Mul- 
ler). Col., 1576; 2e trad. par Conrad Latt- 
<m6ac/i, Franf.-sur-le-M., 1576; 3e (?)trad. 
Francf .-sur-le-M., 1586. Daneau croit aux 
sorciers. On y croyait de son temps. Mais 
il blâme le recours à eux en cas de mala- 
die... Tout le monde n'en est pas encore 
là du nôtre. 

IX. Briève Remonstrance sur les jeux de 
sort ou de hazard et principalement de Dez 
et de Cartes. En laquelle le premier inven- 
teur desd. jeux et maux infinis qui en ad- 
viennent sont déclarez. Contre la disso- 
lution de ce temps, [Genève], Jacques 
Bourgeois, 1574, 80; Genève, 1579. — 
En latin ; De ludo aleae, etc. Gen. E. 
Vignon, 1579, 80; Gen. 1583 (v. no liv). 
— En anglais (voy. le n» xxv). — Da- 
neau condamne les jeux où la victoire dé- 
pend entièrement du sort. Il trouve en 
outre que gagner de l'argent au jeu « est 



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DANEAU 



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autant que desrober, » et il voudrait que 
les magistrats punissent les gagnants et 
les perdants. Toutefois il permet de jouer 
la consommation (comme on dit) pourvu 
qu'elle soit modérée. Il examine et réfute 
ensuite certaines objections et il ajoute: 
ï et pour conclure ceste remonstrance, je 
veux alléguer le dire de ce bon père saint 
Cyprian, qui en son livre contre ces jeux 
dit: Que le jeu de cartes est invention 
du diable: laquelle il inventa et forgea 
pour tousjours mieux mettre l'idolâtrie en 
plus grand usage et recommandation entre 
les hommes. Car les rois et images que 
nous voyons peints aujourd'hui dedans 
les cartes estoyent anciennement idoles et 
images d'idoles, que les hommes qui depuis 
se sont nommez Chrestiens ont changées 
et appelées Gharlemagne, Lancelot du Lac 
et d'autres noms semblables pour ne sem- 
bler ici estre idolâtres : retenant toutesfois 
le mesme jeu, » etc. 

X. D. Aurelii Augustini Enchiridion 
ad Laurentium, Sive Summa et pnecipua 
totius Christianœ religionis capita. Liber 
utilissimus Us omnibus qui brevissimam Au- 
gustinianœ doctrinse epitomen ex ipso 
Augustino, et quidem jam sene, habere 
desiderant, multis mendis et glossematis, 
quibus antea scatebat, ex veteri manus- 
cripto repurgatus et comme ntariis illustra- 
tus. Gen., E.Vignon, 1575, 8°; Gen., 1579; 
Gen., 1583 (v. n° liv). 

Un chapitre préliminaire (qui suit l'épî- 
tre dédicatoire) est intitulé : De methodo 
librorum Augustini et de eorum evolvendo- 
rum ratione. Il est intéressant à divers 
titres. Quant à l'ouvrage lui-même c'est 
un conimentaire calviniste d'une dogma- 
tique augustinienne. 

XI. [?] Pétri Fabri Responsio ad Pétri 
Carpentarii famelici Rabulie sacrum de 
retinendis armis et pace repudianda Con- 
siliuvi ad V. C. Lomanium Terridœ et 
Sereniaci Baronem. Neustadt, 1575. — En 
français : Traitté duquel on peut apprendre 
en quel cas il est permis à l'homme Chres- 
tien de porter les armes, et par lequel est 
répondu à Pierre Charpentier, tendant à 
fin d'empescher la paix et nous laisser la 
guerre ; par Pierre Fabre à Monsieur de 
Lomanie, baron de Terride et de Sériniac. 
1576.] Bayle trouvait cette réponse « bien 
verte > {D. H. éd. 1730, p. 2946). 

Nous attribuons cet écrit à L. Daneau 



parce que d'un côté Pierre Fabre est évi- 
demment opposé à Pierre Charpentier et 
parce que, de plus, nous savons par une 
lettre de Daneau à Josias Simier (du 23 
sept. 1575), qu'il fit imprimer à cette épo 
que une réponse à Charpentier. 

XII. Physica Christiana, sive de rerum 
creatarum cognitione et usu, disputatio e 
sacrx Scriptune fontibus hamta et de- 
cerpta. Lugd., ap. P. Santandreum, 1576, 
80 ; Gen., 1579-1580,'1583 (voy. lenOLiv); 
Gen., 1588, 1602, 1606. — En anglais: 
The wonderfull icorhnanship of the world 
ivherein is conte ined an excellent discourse 
of Christian naturàll Philosophie, etc., 
trad. par Thomas Twyne, Lond., 1578. 

De cet ouvrage, dont le titre seul suffit à 
indiquer la nature, comme l'époque oti il 
fut publié en explique le succès, nous rap- 
procherons le suivant, bien que, par sa 
date, il dût trouver place ailleurs. 

XIII. Physices Christianœ pars altéra, 
sive de Rerum Creatarum natura. Quee in 
sex tractatus pro dierum, quibus Deus ipse 
operatus est numéro dividitur. Gen., 1580, 
8°; Gen., 1582; Gen., 1583 (voy. n" liv); 
Gen., 1589; Gen. 1606. 

Tycho-Brahé parle avec éloge des ou- 
vrages de Daneau sur les questions de phy- 
sique. Nous n'avons pas ici, naturellement, 
à en discuter la méthode. Mais nous rap- 
pellerons qu'environ un siècle plus tard, 
le célèbre Sam. Bochart écrivait son Hie- 
rozoicon, où il prenait pour base les don- 
nées bibliques. Il avait été devancé dans 
cette voie par Daneau, qui n'a pas écrit 
moins de 53 chapitres sur la matière. 

XIV. Articuli de Cœna dominica, Mi- 
nistris Ecclesiarum et Scholarum Marchiti- 
carum, mandata ac jussu Illustriss. Prin- 
cipis ac Domini D. Joannis Georgii, Mar- 
chionis Brandeburg. Electoris etc. propo- 
nendi, ut fide cordis et oris confessione eos 
approbent, ac majoris confirmationis gratia 
manuum et subscriptione addant et ad 
eosdem brevis et necessaria piorum et or- 
thodoxorum virorum Responsio. Gen., 1576, 
8° ; Gen. 1583 (v. n" liv). — Cet ouvrage 
est le premier d'une assez nombreuse série 
d'écrits polémiques dirigés par Daneau 
soit contre le luthéranisme rigide et into- 
lérant d'alors, soit contre quelques-uns de 
ses défenseurs. 

XV. D. Aurelii Hippon. episc. liber de 
Hœresibus ad quodvultdeum. Lamberti 



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Danœi opéra emendatus et commentariis 
illustratiis, a quo eodem additfe sunt hœ- 
reses ab orbe condito ad constitutuin Papis- 
mum et Mahumetismum, etiam ese qux 

hic erant ab Augustino prœtermissce 

Gen., E. Vignon^ 1576; Gen., 1578; Gen., 
1583 (v. n° uv). — MM. Haag ajoutent 
deux édit. postérieures (1595 et 1678), 
mais il nous a été impossible de vérifier 
cette assertion. La confirmation en serait 
cependant d'autant plus intéressante qu'au- 
cun ouvrage de Daneau, à notre connais- 
sance, n'aurait eu de réimpression aussi 
tardive que celle de 1678. Ce qu'il y a de 
plus curieux dans cet ouvrage, d'ailleurs 
rempli d'érudition, comme tous les ouvra- 
ges de Daneau, c'est un arbre des hérésies: 
In calce operis addita est arbor heereseon, 
ex qua quomodo aliœ ex aliis natue sint 
et propagatœ, et ut sœpe una quœdam 
hydra plura capita p7'oduxerit pei^spicue 
docetur. — Enfin, à la suite de l'ou- 
vrage il y a un Tractatus de Ecclesia, 
ubi quibussensim gradibus illa tandem 
in Papisticam t^jrannidem inriderit, os- 
tenditur. Mais ce traité n'est pas de Da- 
neau. 

XVI. Tractatus de Antichristo : Recens 
editus, in quo Antichristiani regni locus, 
tempus, forma, ministri, fulcimenta, pro- 
gressio et tandem exitium et interilus ex 
Dei verbo demonstratur , ubi etiam aliquot 
difficiles antea et obscuri tum Danielis tum 
Apocalypseos loci perspicue jam explican- 
tur. Addidimus in calce operis qnœdam 
vetustissimorum Episcop. , Monach. et alior. 
scripta jampridem adversus Antichristi 
Romani tyrannidem édita. Gen., E. Vi- 
gnon, 1576, 8«; Gen., 1582; Gen., 158.3 
(v. n° Liv). — En français: Traité de 
l' Antéchrist, reveu et augmenté en plu- 
sieurs endroits en ceste trad^iction Françoise 
par l'advis de l'autheur. Auquel est mon- 
tré, etc. Composé premièrement en latin et 
traduit nouvellement J. F. S. M. (Jean- 
François Salvard, ministre?). Gen., E. 
Vignôn, 1577, 8°; 1579 (? Haag). — En 
anglais: A treatise touching Antichrist etc. 
Trad. pav John Sivan, Lond., 1589, 4°. — 
Daneau partageait au sujet de l'Antéchrist 
les idées de son temps. Nous rapproche- 
rons de cet ouvrage le suivant, indiqué 
par les MM. Hagg, mais que nous n'avons 
jamais rencontré nous-même. 

XVII. Explicatio aliquot locorum diffi- 



cilium Danielis in tractatu de Antichristo. 
Gen., 1578, 8°. 

XVIII. Ethices Christianœ libri très. — 
In qiiibus de veris humanarum actionum 
principiis agitur : atque etiam legis Divinœ 
sive Decalogi explicatio, illiusq. cum scrip- 
tis scholasticorum. Jure naturali sive phi- 
losophico, civili Romanorum et Canonico 
collatio continetur. Prœterca Virtutum et 
Vitiorum qutv passim vel in Sacra Scrip 
tura, vel alibi occurrunt quœque ad sin- 
gula legis Divime priecepta revocantur, 
definitiones. — Gen. E. Vignon, 1577; 
Gen., 1579; Gen., 1583 (v. n» liv); Gen., 
1588; Gen., 1601 ; Gen., 1614, 1640. 

Cet ouvrage de Daneau, premier essai 
d'un système de morale distinct de la dog- 
matique, est le seul qui ait été, dans les 
temps modernes, l'objet d'une étude spé- 
ciale (par Schweizer, dans les Stud. und 
Kritik. ar. 1850). — Le but de l'auteur 
était d'établir les vrais principes de la 
morale, en prenant pour guide le décalo- 
gue, qu'il tenait pour le résumé complet 
de tous les devoirs, et en le comparant 
avec les doctrines des scolastiques, le 
droit naturel ou philosophique, comme il 
l'appelle, le droit romain et le droit cano- 
nique. Il passe en revue les difïérentes 
définitions des vertus et des vices qui se 
rencontrent soit dans l'Écriture, soit ail- 
leurs, et fait ressortir la relation des vices 
et des vertus avec la loi divine. Tout ce 
qu'il expose, avec autant de clarté que de 
logique, sur les motifs des actions bonnes 
ou mauvaises, le libre arbitre, la vertu, 
prouve qu'il avait fait une étude approfon- 
die des écrits d'Aristote, d'Augustin et 
des principaux scolastiques. Zélé défen- 
seur du calvinisme pur, il s'efforce de 
mettre d'accord la prédestination absolue 
avec la morale, comme s'il eût eu princi- 
palement en vue de faire tomber le repro- 
che qu'on adressait dès lors à la doctrine 
de Calvin, de ruiner la morale. Il ne met 
pas moins de soin à distinguer la morale 
chrétienne de la morale philosophique et 
de la morale scolastique, et à faire ressor- 
tir la supériorité de la première. Selon lui, 
la morale philosophique, ne reconnaissant 
pas Dieu pour principe et fin des bonnes 
œuvras, n'estpropre qu'à nourrir l'égoïsme 
et la vanité. La morale scolastique, en 
enseignant qu'il peut y avoir de bonnes 
œuvres qui n'aient pas pour but l'honneur 



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de Dieu, et en mêlant ainsi le divin à l'hu- 
main, est encore fort imparfaite. La mo- 
rale chrétienne, au contraire, nous ap- 
prend que le but de toutes nos actions 
doit être la gloire de Dieu ; que l'amour 
est le sommaire de la loi, et que la loi de 
Dieu doit être la règle de toute notre con- 
duite. Moraliste sévère jusqu'à l'ascétisme, 
Daneau proscrit les jeux, les danses, les 
spectacles, les parures déshonnêtes, les 
festins somptueux; il s'étend longuement 
sur l'immoralité du mensonge et condamne 
même le mensonge officieux. Dieu étant 
vérité et Satan le père du mensonge; ce- 
pendant il admet le prêt à intérêt avec 
certaines restrictions. Gomme Calvin, 
comme Bèze et presque tous les réforma- 
teurs, il reconnaît au magistrat le droit de 
punir de mort les hérétiques. Enfm il ré- 
sout un grand nombre de cas de conscience 
avec beaucoup de sagacité et une érudition 
peu commune. 

XIX. In D. Pauli priorem Epistolam 
ad Timotheum Commentarius. In quo non 
solum ipsius Epistolœ doctrina et artifi- 
cium singulorumq. argumentorum loci ex- 
plicantur : sed etiam vera Disciplime 
EcclesiasticiV forma, tum ex Dei verbo, 
atque ex ipso Paulo, tum ex veter. Synodis 
repetita atque restituta est, ut légitima et 
Apostolica regendse Dei Ecclesix ratio et 
norma hodie in usum revocari possit. 
Gen., E. Vignon, 1577, 8°; Gen., 1583 
{n" Liv). — La dédicace (au Prince d'O- 
range) de cet ouvrage, dédicace fort longue, 
a été traduite en anglais. S. 1. n. d. 4° 
(Bibl. Bodl.). 

XX. In Pauli Epistolam ad Philemonem, 
Commentarius. Gen., E. Vignon, 1577, 
8°: Gen. 1583 (voy. n» iv). 

XXL Response chrestienne aux calom- 
nies et renouvellées faussetez de deux Apos- 
tats, Matthieu de Launoy, prestre, et 
Henry Pennetier, naguères ministres et 
maintenant retournez à leur vomissement... 
Gen., 1578, 8°; s. 1., 1580. 

Cet ouvrage de Daneau (lettre à Zanchi 
du 1er fév. 1578) est une réponse à la 
Défense de Launoy tant pour lui que pour 
Henri Pennetier contre les fausses accusa- 
tions et perverses calomnies des ministres 
(Paris, 1578). Il devait avoir une suite, 
niais nous ignorons s'il l'a eue. 

XXII. Paratitla in D. Aurelii Augtistini 
Tomos duos prœcipuos, 7iimirum sextum 



et septimum, in quibus illius contra Ma- 
nichxos, Priscillianislas, Arrianos, Jovi- 
nianistas, Donatistas et Pelagianos itoXejx-.jcà 

sive certamina continentur Gen., J. 

Stoer, 1578, 2 vol., 8°; Gen., 1583 (n° 
Liv). — Dédié à Edouard Bacon, fils du 
chancelier de la reine d'Angleterre, avec 
lequel Daneau avait eu et eut plus tard 
encore des relations amicales. 

XXIII. Commentarius in Joëlem, Amo- 
sum, Micheam, Nahumum, Habacukum, 
Sophoniam, Haggœum, Zachariam et Ma- 
lachiam. Gen., 1578, 8°, — Cet ouvrage 
fut complété plus tard et parut sous le titre 
suivant : Commentariorum in prophetas 
minores Tomus primus. Continet autem: 
Jonam, Amosum, Oseam, Micheam, Nahu- 
mum, Joélem. Gen., E. Vignon, 1586, 8°. 

— Commentariorum... Tomus secundus. 
Continet autem (le reste des petits prophè- 
tes). Gen., 1586, 8°. — Gen., 1594, 4». 

— En anglais : A fruitfull commentarie 
upon the ttvelve small Prophets, etc., trad. 
par John Stockwood. Imprimé par J. Le- 
gate, impr. de l'Université de Cambridge, 
1594, 4°. 

XXIV. Ad novas Guilelmi Genebrardi 
Doctoris Parisie^isis calumnias, quibus tum 
orthodoxam Evangelicorum omn. de S. 
Trinitate doctrinam traducit : tum etiam 
horrendum Valentini Gentilis errorem tue- 
tur, ac rénovât... Responsio. Gen., E. Vi- 
gnon, 1578, 8"; Gen., 1583 (n° liv). 

XXV. Tractatus de Amicitia Christiana. 
Ce court traité (28 p.) ne paraît pas avoir 
jamais été imprimé seul, mais avec le De 
ludo alex, sous le titre suivant : Tractatus 
duo. Primus... Secundus... Gen., E. Vi- 
gnon, 1579, 8°; Gen., 1583 (n» liv). — 
Les deux en anglais, Lond., A. Ucale, 
1586, 8°.— En allemand, Hanov., 1614, 8«. 

« Je vous envoie, écrit Daneau à Zanchi, 
21 mars, 1579, ma dissertation (disputatio) 
sur l'amitié chrétienne. C'est peu de chose, 
mais elle m'est d'autant plus chère, qu'elle 
est un témoignage de mes souffrances pour 
Christ. J'ai mis onze jours à l'écrire, tan- 
dis que, complètement dépourvu des li- 
vres, j'étais gardé très étroitement en pri- 
son par le commandement de votre com- 
patriote Martinengo, gouverneur pour le 
roi dans notre ville... » Ce traité avait 
donc été écrit à Gien, vers 1568.. 

XXVI. Traité des danses, auquel est 
amplement résolue la question, à savoir s'il 



79 



DANEAU 



80 



est permis aux Chrestiens de danser. Nou- 
vellement mis en lumière. [Gen.]. Fr, Es- 
tienne, 1579, 8° ; s. 1., 1580; 1582. — Le 
Traité des danses est précédé d'une dédi- 
cace très hardie au Roi de Navarre, signée : 
Vos très humbles et très obéissants servi- 
teurs N. N. Ministres du sainct Évangile 
es Églises Françoises Réformées. C'est un 
des ouvrages les plus curieux et les plus 
intéressants de Daneau. Inutile d'ajouter 
qu'il s'y montre, comme dans tous ses 
ouvrages extrêmement rigoriste. 

XXVII. Ad Nicolai Selnecceri librum, 
qui inscribitur : Necessaria et brevis repe- 
titio doctrinie de Cœna Domini, in quo 
Exegesis Saxonica oppugnatur: Brevis, 
modesta et necessaria Responsio. Gen., E. 
Vignon, 1579, 8°; Gen., 1583 (no liv). — 
Un des nombreux ouvrages de Daneau re- 
latif aux controverses entre Luthériens et 
Calvinistes sur la question de la Cène. 

XXVIII. Antiosiander, sive Apologia 
Christiana simul et necessaria, hi qua tum 
Helvetise Ecclesiœ et quœ cum iis in Fidei 
confessione consentiunt : etiam earum vera 
de S. Domini Nostri Jesu Christi Cœna 
sententia defenditur adversus injustam 
Lucse Osiandri condemnationem. Gen., E. 
Vignon, 1580, 8o; Gen. 1583 (no uv). — 
Une polémique s'étant soulevée entre 
Pappus de Strasbourg et son collègue 
Sturm, Luc Osiander s'y était mêlé contre 
Sturm. Daneau prit aussitôt la plume en 
faveur de la cause que Sturm soutenait. 

XXIX. Geographise Poeticse, Id est 
Universse Terrse descriptionis ex optimis 
ac vetustissimis quibusq . Latinis Poetis libri 
quatuor: Quorum, Primus, Europam; Se- 
cundus., Africam; Tertius, Asiam; Quar- 
tus. Mare universum et Maris Insulas con- 
tinet... [Gen.], J. Stoer, 1580, 8"; Gen., 
1589, à la suite de l'ouvrage de Pierre 
d'Airebaudouze : Orbis terrarum synoptica 
epitome una cum geographia poetica, etc. 
{Fr. Prot., 2e éd. I, 68). — Cet ouvrage 
est en vers. 

XXX. Traité de l'estat honneste des 
Chrestiens en leur accoustrement. Gen., 
Jean de Laon, 1580. 

Troisième et dernier ouvrage d'une série 
qui comprend la Briève remonstrance sur 
les jeux, etc. (n" ix) et le Traité des danses 
(n° xxvi). C'est le plus intéressant des 
trois. La troisième partie (il y en a 4) 
présente même un réel intérêt historique 



en ce qui concerne les modes et les costu- 
mes du xvie siècle. Il mériterait certaine- 
ment la réimpression. 

XXXI. Ad insidiosum Lucse Osiandri 
scriptum, quod Pia et fidelis ad Gallicas et 
Belgicas Ecclesias admonitio inscribitur... 
necessaria responsio et salutaris prsecautio 
ad easdem Gallicas et Belgicas Ecclesias. 
Gen., E. Vignon, 1580, 8°; Gen., 1583 
(n» liv). 

XXXII. In Pétri Lombardi Episcopi Pa- 
risiensis (qui Magister Sententiarum ap- 
j)ellatur) librum primum Sententiarum, 
qui est de vero Deo, essentia quidem uno, 
personis autem trino L. D. commentarius 
triplex. Gen., E. Vignon, 1580, 8°; Gen., 
1583 (n» UV). 

C'est à Daneau, qui est de tons les doc- 
teurs réformés celui qui paraît avoir le 
plus étudié et le mieux connu la scolasti- 
que, que remonte la division de la scolas- 
tique en trois périodes, et la caractéristi- 
que adoptée depuis pour chacune d'elles. 
Ace titre les Prolégomènes de ce com- 
mentaire présentent un grand intérêt. 
C'est là qu'il étudie la scolastique en gé- 
néral. 

XXXIII. — Synopsis sanse et veteris 
doctrinx de S. Trinitate ex orthodoxis 
symbolis et veteribus Synodis collecta, atq. 
primo Sententiarum P. Lombardi libro 
opposita. Gen., 1580, 8°. 

Extrait de l'ouvrage précédent, qui, 
d'après Walch (Bibl., Th. I, 239), aurait 
été publié à part. 

XXXIV. De tribus gravissimis et hoc 
tempore maxime vexatis qusestionibus. l. 
De S. Domini Cœna. II. De Majestate Ho- 
minis Christi. III. De non damnandis Dei 
Ecclesiis nec auditis, nec vocatis. Ad fra- 
tres Tubingenses et triplex eorum scriptum 
responsis triplex. Addita est ejusdem L. 
Dansei ad N. Selneccarum brevis epistola. 
Gen., E. Vignon, 1581, 8». Gen., 1583 
(n" liv). Cet écrit valut à Daneau une ré- 
ponse de St. Gerlach : Hyperaspites Anli 
Dansei, etc. 

XXXV. Ad Stephanum Gerlachium et 
illius Anti-Danseum necessaria responsio. 
Gen. 1581, 8°; Gen., 1581, avec les n»» 
XXXIV, XXXVI et XXXVIII ; Gen., 1583 (n» 
liv). — Comme Osiander, puis Daneau 
avaient pris part à la lutte entre Sturm et 
Pappus, ainsi Gerlach était entré dans la 
lice en publiant son Anti-Danseus. 



I 



I 



Il 



DANEAU 



82 



XXXVI. Encaustice et collustratio colo- 
rum, quibus injusta omn. orthodoxorum 
Ecclesiœ Dei pastorum condemnatio à L. 
Osiandro et aliis quibusdam facta, prius 
delineata tantum fuerat in L. Danœi An- 
tiosiandro, adversus Laonici seu Nicodemi 
Equitis a Sturmeneck inanem et ut ipse 
vocat quatriduanam Spongiam. Gen., 1581, 
80; Gen., 1583 (n» liv). — C'est une ré- 
ponse à un ouvrage d'Osiander, dont voici 
le titre : Spongia Laonici Antisturmii, a 
Sturmeneck equitis Germani, adv. Lam- 
berti Dansei, Calcinistœ, Gallicani Anti- 
osiandrum, pro Luca Osiandro D. — Stur- 
meneck était le pseudonyme d'Osiander. 

XXXVII. Ad Nicolaum Selneccerum de 
exegesi Saxonica brevis Epistola. Gen., 
1581, 80. Publiée avec le n» xxxiv. Gen., 
1583 (no liv). — Réplique à la réponse de 
Selneccer au n» xxvii. 

XXXVIII. Demonstratio antithesis, seu 
repugnantise Thesium repetitionis et doc- 
trinse Jacobi Andrese de persona Christi 
ex ipsismet illius thesibus collecta. Lugd. 
Batav., 1581, 8»; Gen., 1853 (no liv). 

XXXIX. Thèses de oratione Dominica, 
quse totius argumenti de bene precando 
àvàXudiv breviter ac methodice continent, 
sive ea quse sunt prsecationis oùaïu^'-n sive 
au|xêeêr,)to'Ta spectentur, Lugduni Batavo- 
rum partim disputatse, partim etiam dis- 
putandse. Lugd. Bat., 1581, 80. Première 
ébauche du no xlii ci-dessous. 

XL. Examen libri de duabus in Christo 
naturis, de earum hypostatica unione et 
varia quse ex illa unione sequitur, commu- 
nicatione, a Martino Kemnitio conscripti. . . 
Ouvrage dirigé contre la Formule de Con- 
corde. 

XLI. Physique Françoise, comprenant 
en treize livres ou traitez, assavoir l'un 
d'Aristote, onze de Basile et un de Jehan 
Damascene, le discours des choses naturelles 
tant Célestes, que Terrestres, selon que les 
Philosophes les ont descrites, et les plus 
anciens Pères ou Docteurs chrestiens les ont 
puis après considérées et mieux rapportées 
à leur vrai but. — Le tout nouvellement 
traduit de Grec en François... [Gen.], E. 
Vignon, 1581. — On peut juger par ce 
seul titre, dit iSliceron, que cette physique 
est fort peu de chose. 

XLII. Orationis Dominicse explicatio. 
Ejusdem Thèses, quibus tota de oratione 
doctrinacomprehenditur. Gen., E. Vignon, 



1582, 8»; Gen., 1583; Gen., 1583 (n»Liv). 
— Traité sur la prière dont l'explication 
de l'oraison dominicale est l'occasion et 
forme une partie. 

XLIII. Sophismatum Steph. Gerlachii 
Elenchus, sive adv. St. Gerlachii langui- 
dum, elumbem et caducum Hyper aspistem... 
Clibanarius tutissimus ac firmissimus. Gen . . 
1582, 8«; Gen., 1583 (n° liv). — D'où la 
réponse de Gerlach, intitulée : Decertatio 
cum Lamberti Danxi ^rofano milite, 
quem ille clibanarium vocat. 

XLIV. Antwoort Lamberti Dansei wij- 
len Professeur in de hooghe Schoole tôt 
Leyden, op drie voorghestelde vragen, no- 
pende het Ampt der Overheydt in de regee- 
ritighe der kercken : wat haer toe coemt, 
ofte niet toe coemt. Delft, 1613. — Com- 
posé par Daneau lors de son séjour à Leyde 
et à la fin de l'année 1581, cet opuscule 
(6 pages) fut traduit par les pasteurs d'Am- 
sterdam dans les premiers jours de janvier 
1582. La trad. porte la date du 4 janvier. 
C'est ce qui explique sa place dans notre 
liste. 

XLV. Ad libellum ab anonymo quodam 
libertino recens editum hoc titulo : De ex- 
terna seu visibili Dei Ecclesia, ubi illa 
reperiri possit et qusenam vera sit etc. ; 
seu potius adversus externam et visibilem 

Ecclesiam Lugd. Batav. 1582. — Cet 

ouvrage se rapporte, ainsi que le précé- 
dent et le n° xlviii, aux luttes que Daneau 
eut à soutenir à Leyde contre Coornhert et 
autres théologiens. Il avait d'abord paru 
en hollandais, en mars 1582. 

XL VI. Thèses de gêner ali catechismi 
Belgicarum Ecclesiarum partitione et ordi- 
nis, qui in eo servatur, ratione. — Item 
de prima ejusdem catechismi sectione, seu 
die Dominica, quse iisdem his thesibus 
explicatur. Lugd. Batav., A. Schouten, 
1582. 

XLVII. Thèses de prima parte catechismi 
Belgici, ubi de hominis miseria et ejus causa 
agitur. Quse disputatio sectione seu Domi- 
nica secunda nostri catechismi et deinceps 
continetur : hic autem ea tantum quse 
secunda sectio habet. Lugd. Batav., 1582. 

XLVIII. Calx viva, qua Theod. Coorn- 
hartii sapo facile consumitur et in fumos 
evanescit. Gen., 1583. — En même temps 
que l'écrit anonyme auquel répond le 
n° XLV, avait paru, mais à l'insu de son 
auteur, une lettre, anonyme également, de 



83 



DAXEAU 



84 



Th. Coornhert. La réponse de Daneau pro- 
voqua une réplique de ce dernier qu'il 
intitula : Zeepe (savon) opte vlecken hy 
Lamb. Dameus Doctor in Théologie tôt 
Leyden ghestroyt etc. — A ce savon, Da- 
aeau répliqua par sa Calx vioa, à laquelle 
Coornhert répondit également. 

XLIX. Apologia seu vera et orthodoxa 
orthodoxie Patrum sententife defensio ac 
interpretatio de Adoratione carnis Domini 
nostri Jesu Christi, Adv. blasphemam et 
oere idolatricam J. Smidelini, Andrese filii 
hœresin, et sententiam, in libro qui inscri- 
bitur Sodida admonitio ad Joannem Stur- 
mium nuper edito. Antwerpiœ, 1582, 8° ; 
Gen., 1583 (n" liv). — Naturellement, 
Smidelin (S. Andrese) écrivit une Refu- 
tatio. 

L. Traité contre les bacchanales et le 
mardy gras. s. 1. 1582. Paris, d'après Bru- 
net, Man. du lib. — Cet ouvrage, dont 
nous ne eonnai.ssons aucun exemplaire, 
est aussi attribué à Daneau, par de Bure. 

LI. Christianx Isagoges in Christiano- 
rum theologorum locos communes. Pars 1», 
Gen., E. Vignon, 1583; Gen., 1588; 
pars 2a avec la pars la, Gen., 1584; avec 
la pars 3a, Gen., 1584; Gen., 1587; pars 4a, 
Gen., 1586; Gen., 1591; pars 5a, Gen., 
1588. — C'est l'ouvrage le pins important 
de Daneau. Il forme en tout 5 vol. 8°. lès 
1564 il était en partie prêt. Une partie fut 
perdue en 1365. Mais on peut dire que 
Daneau y travailla pendant près de trente 
années. Comme il en publia un Compen- 
dium en 1595, nous y reporterons (voy. 
no Lxiv) nos observations. 

LU. Politicorum Aphorismorum Sylva, 
ex optimis quibusque tum Grsecis, tuni 
Latinis scriptoribus collecta. — Publiés 
sous deux titres différents et avec certai- 
nes augmentations, ces Aphorismes n'ont 
pas eu moins de 8 éditions en deux séries. 
— Ire série : Antw., 1583, 8°; Lugd. Bat., 
1591 ; ibid., 1612 ; ibid., 1620; 2me série, 
avec les additions de Bronchorst : Lugd. 
Batav., 1589; ibid., 1623; ibid., 1639; 
Llltraj., 1652. 

LIIL In Evangelium Domini nostri Jesu 
Christi secundum matthœum Commentàrii 
brevissimi (202 p.), in quibus tamen et 
doctrina et methodus hujus Evangelii, itemq. 
aliorum in eodem argumento perspicue tra- 

ditur et explicatur Gen., 1583, 8"; 

1593, 8". — C'est le premier des deux ou- 



vrages de Daneau sur l'Év. selon St Mat- 
thieu. 

LIV. Opuscula omnia Theologica ab ipso 
auctore recognita et in très classes divisa. 
Gen. 1583, fol. ; Gen., 1654, fol. — Les 
ouvrages contenus dans ce précieux volume 
de 1625 p. se divisent en trois classes, 
comme le titre l'indique. Les ouvrages 
didactiques (nos vi, viii (en latin), ix (en 
latin), XII, XIII, xviii, xxv); exégétiques 
(nos IV, x, XV, XIX, XX, XXII, xlii) ; polé- 
miques (n"« XIV, XVI, XXIV, XXVII, xxviii, 

XXXI-XXXVIII, XL, XLIII, XLV, XLVIII, XLIx). 

Entre les pages 1048 et 1049 se trouve 
un tableau généalogique des hérésies : Ar- 
bor hxreseon, qui est fort curieux. Satan 
est le père de toutes ; de lui, donc, elles 
descendent et vont aboutir aux deux héré 
sies .par excellence, le Papisme et le Ma- 
hométisme. Dans l'avis au lecteur, il est 
question de la publication d'un second 
tome in-fol. Nous ne pensons pas qu'il ait 
jamais été publié. Enfin le vol. s'ouvre 
par une Synopsis seu Tabula locorum S. Théo- 
logise communium, qui n'est autre que le 
plan du n° li, réduit à sa plus simple ex- 
pression. 

LV. Confirmatio verse et orthodoxse 
doctrinœ quod Christus sit verus Deus et 
Patri ô[i.ocûaicî et œqualis, contra Gene- 
brardum. Gen., E. Vignon 1583, 8°; ibid., 
1585. 

LVI. Commentarius in Joannis Evange- 
lium. Gen., 1585 (Walch, IV, 649). 

LVII. Assertio, quod humana Christi 
natwa neque in unione personali, neque 
per unionem personalem cum Deitate Xo-jfcu 
sit et evaserit Deus, contra postremum Jac. 
Smidelini scriptum de adoratione carnis 
Christi. Gen., E. Vignon, 1585. b«. 

LVIII. In très Divi Joannis Evangelis t 
et unicam Judae epistolam brevis commen- 
tarius.... Gen., E. Vignon, 1585, 8°. 

LIX. Symboli Apostolici explicatio.... 
Gen., E. Vignon, 1587, 8o; 2e éd. amen- 
datior, Gen., 1592, 8o. 

LX. Quiestionum in Evangelium Domi- 
ni Nostri Jesu Christi secundum Mathœum. 
Orthesii, Lud. Rabirius, 1588, 8». — Les 
États de Béarn votèrent une somme de 
cent livres pour l'impression de ce volume 
et ils demandèrent à Daneau de le faire 
traduire en langue béarnaise. Nous igno- 
rons si cette traduction fut réellement faite 
et imprimée. Voy. ci-dessus col. 68. 



85 



DANEAU 



86 



LXI. Deux Traitez. L'un de la Messe 
et de ses parties. L'autre de la Transsub- 
stantiation du pain et vin de la Messe. A 
Messieurs de La Rochelle. La Rochelle, 
1589, 80. 

2e éd. de la Préface seule, sous le titre : 
Epître à MM. les maires, échevins, pairs, 
bourgeois, manans et habitans de la ville 
de La Rochelle, contenant les principales 
antiquités et privilèges de lad. ville. La 
Roch., 1623, in-12o. 

LXn. Vetustissimarum primi mundi 
antiquitatuni sectiones, seu lib. III I, tum 
ex sacris, tum aliis autoribus. Orthesii, 
L. Rabirius, 1590, 8» ; Gen., J. le Preux, 
1596. 

LXin. Quœstionem et scholiorum in 
Evang. Domini Nostri J. - Christi secundum 
Marcum... [Gen.], J. le Preux, 1594, 8°. 

LXIV. Compendium sacrœ Theologiee 
seu erotemata Theologica, in quibus totius 
verie Theologise Christianse summa breviter 
comprehensa est. — Ad Eccl. Evangelicam 
Monspeliensem. Monsp., Joan. Giletus, 
1595, 4o. — Cet ouvrage est le résumé du 
no Li. On lit dans le procès-verbal du sy- 
node du bas Languedoc tenu à Montpel- 
lier en 1596, que Jean Gigord « à la solli- 
citation de l'Église et du colloque de Mont- 
pellier... a commencé à lire en théologie 
en exposant le Compendium theologicum 
de M. Daneau. » Il serait donc intéressant 
de l'étudier de près, comme étant, en quel- 
que sorte, l'expression des idées théolo- 
giques des Réformés à la fin du xvi^ siècle. 
Nous nous bornerons à quelques indica- 
tions générales. 

Le Compe7idium se divise en 6 livres : 
L de Deo ; IL de Angelis; III. de Homine ; 
IV. de Ecclesia ; V. de salutaribus Dei do- 
nis erga Ecclesiam ; VI. de vero Dei cultu. 

I. Si la théologie en tant que science 
est la S. Scripturx tractatio, en soi elle est 
la connaissance du vrai Dieu, tel que 
l'Écriture nous le révèle. Elle n'a donc 
d'autres fondements que la Parole de Dieu. 
Son but est double : d'un côté la gloire 
de Dieu; de l'autre, notre salut. Son objet 
étant la connaissance de Dieu, elle prime 
toutes les autres sciences ; mais, d'autre 
part, elle restera toujours en devenir, Dieu 
seul pouvant se connaître lui-même. 
L'Écriture nous révèle Dieu comme Père et 
Créateur, comme Fils et Rédempteur, 
comme S. Esprit opérateur et sanctifica- 



teur. JNon pas que chacune de ces trois 
personnes soit ce qu'elle est à l'exclusion 
des autres (privative) ; elle l'est seulement 
xar' eÇox,ïiv. Il y a donc unité de personne, 
activité commune ; mais chacun, dans cette 
activité, a sa fonction distincte. Dès lors 
la théologie doit étudier Dieu en ces trois 
personnes, dans ces trois fonctions, c. à d. 
comme Père, Fils et S. Esprit. Tel sera 
l'objet du livre I. 

Le livre II, sur les Anges, n'est qu'un 
recueil méthodique de tous les passages 
de l'Écriture sur ce point. Il précède le 
livre III, parce que, dans la création, les 
anges ont été faits supérieurs à l'homme. 

Liv. III. La théologie s'occupe de l'hom- 
me en tant qu'image de Dieu. Cette image, 
c'est son âme, une image corporelle ne 
pouvant représenter le Dieu esprit. Cette 
âme, créée de rien, en chaque homme, 
dès la conception est immortelle par un 
don de Dieu. Elle est une, simple, muable 
et douée de différentes facultés, dont les 
unes sont irrationnelles, les autres ration- 
nelles (ocÂû-^ci, Ào-v'.)ca(). Ces dernières sont 
l'intel'igence et la volonté. Daneau insiste 
longuement sur les unes et les autres, sur 
leur siège respectif, leur mode d'action^ 
leurs subdivisions, etc. Puis il examine ce 
qu'il appelle la nature instituée (état pri- 
mitif), destituée {?L])rii'i la chute) et restituée 
(régénération par Christ) de l'homme ; et 
à propos de cette dernière, il recherche ce 
que doit être la vie intérieure et extérieure 
du régénéré.... 

Avec le Ille livre finit l'étude de ce que 
la Création nous révèle sur Dieu. Nous 
avons maintenant à étudier les œuvres de 
la Rédemption, c'est-à-dire ce que nous 
révèlent de Dieu les moyens qu'il a em- 
ployés pour nous sauver. Le IV^ livre 
traitera donc de l'Église et le Ve des dons 
salutaires (donnant le salut) accordés aux 
fidèles. En effet, dans l'œuvre de la Ré- 
demption, il faut considérer d'un côté les 
personnes rachetées, ou l'Église et ses 
membres; de l'autre, les dons qui lui ou 
leur sont accordés. 

Enfin, comme le but de toute vraie con- 
naissance de Dieu sur la terre est de lui 
rendre le culte intérieur et extérieur au- 
quel il a droit, le Vie livre, le plus court 
de tous, sera consacré à étudier les exi- 
gences et les conditions du culte intérieur 
vrai — le plus important, puisque Dieu 



87 



DANEAU 



88 



est esprit — et du culte extérieur vrai; 
et cela tant en eux-mêmes que par l'exa- 
men de leurs contraires, c'est-à-dire la su- 
perstition et l'idolâtrie. (Pour de plus 
amples détails, voir l'analyse du Compen- 
dium dans notre ouvrage indiqué ci- 
dessous, col. 91.) 

LXV. D. Pauli vita ex Scriptura sacra 
excerpta. Gen., A p. Hsered. E. Vignon, 
1595, 8°. — En français : La vie de S. 
Paul. Recueillie tant de l'Escriture sainte, 
assavoir de ses Epistres et du livre des 
Actes des Apostres que des Pères anciens : 
qui est le propre miroir ou patron d'un 
vray et diligent Pasteur de l'Église de 
Dieu. [Gen.], par les héritiers d'E. Vi- 
gnon, 1595, 80. 

Un des bons ouvrages de Daneau et qui 
n'a pas encore été, que nous sachions, et 
toutes les réserves nécessaires étant faites, 
dépassé en français. 

LXVI. Ad. Roberti Bellarmini Disputa- 
tiones Theologicas De Rébus in Religione 
controversis L. D. Responsio. Gen., J. le 
Preux, 1596, 8». Tom. II (si Ton en croit 
Walch, Bihl. theol. I, 666), Ibid., 1598. 

LXVII. Politices Christianœ libri sep- 

tem In quibus ea ex Dei verbo primum, 

post autem ex aliis quoque scriptis collecta 
sunt, quse ad optimam Reipublicse admi- 

nistrationem pertinent [Gen.], Ap. 

hsered. E. Vignon, 1596, 8° ; (Gen.], Joan. 
Vignon, 1606, 8o. 

Ces deux derniers ouvrages parurent 
après la mort de leur auteur. 

A cette liste déjà si longue, nous devons 
ajouter le titre de quatre ouvrages de droit 
composés par Daneau et restés inédits. Le 
premier seul (pour autant que nous pou- 
vons le savoir) existe encore. Il est con- 
servé à Berne et porte le n» 284 de la Bi- 
bliotheca Bongarsiana. En voici le titre : 
De Jurisdictione omnium Judicum, autore 
Laberio Danseo J. C, dialogus. Il fut com- 
posé vers avril 1559, et devait être impri- 
mé en 1566 par Plantin. Mais les événe- 
ments dont les Pays-Bas furent le théâtre 
à cette époque, en empêchèrent l'impres- 
sion. On peut dire que ce dialogue est 
composé en l'honneur d'Anne du Bourg. 
Ajoutons que, pour obtenir le permis 
d'imprimer, Daneau avait dû soumettre 
son ouvrage à la censure. C'est ce qui ex- 
plique certaines ratures. Deux d'entre el- 
les sont particulièrement regrettables. Ce 



sont celles qui suivent le nom de Cujas, 
dans un endroit de son ouvrage où Da- 
neau caractérise certains juristes de son 
temps. Il est évident pour nous qu'elles 
auraient servi à éclairer la question tou- 
jours controversée de la religion de Cujas; 
et non moins évident qu'elles n'auraient 
pas été rayées si Cujas n'y avait pas été 
taxé d'appartenir à la Réforme. — Les 
trois autres traités de droit de Daneau 
avaient pour titre : De Fendis et Agro vec- 
tigali. De Locatione et conductione. De Re- 
pudio. 

En même temps qu'il s'occupait de droit, 
notre auteur s'occupait aussi de philolo- 
gie. Il avait composé des Annotations stir 
les Satires de Juvénal, son auteur favori ; 
des Annotations sur le Querolus. Il avait 
encore fait un Indice pour l'histoire d'Am- 
mien Marcellin, écrit des Notes sur le De 
mensuris et de ponderibus d'Épiphane et 
des Scholies sur les catégories de S^ Au- 
gustin. 

Enfin Daneau collabora à divers ouvra- 
ges, notamment pendant son séjour à Ge- 
nève, sans que mention ait été faite de son 
nom. C'est ainsi, par ex., qu'il fut avec de 
Bèze et de Chandieu, un des collaborateurs 
de Salvard dans VHarmonia Confessionum 
fidei, parue à Genève en 1581. 

Bien que Daneau ait entretenu une cor- 
respondance considérable avec la plupart 
des grands théologiens réformés de son 
temps et avec quelques juristes, le nombre 
des lettres connues de lui qui ont survécu 
est extrêmement restreint. Nous n'en avons 
trouvé que 67. Quelques-unes ligurent 
dans les Œuvres théologiques de Zanchius 
(3e vol. de l'éd. in-fol.) ; Th. Crenius {Ani- 
madv. philol. et hist. pars VIII) en a pu- 
blié une; nous avons nous-même publié 
toutes les autres moins une, qui faisait par- 
tie d'une collection particulière et ne nous 
a été connue que trop tard. Enfin, il existe 
quelques lettres à Daneau dans Zanchius, 
Burmann {Sylloge etc. vol. I ; elles sont de 
Juste-Lipse) et dans notre ouvrage. 

Il est permis de conclure du testament 
de Daneau, septemb. 1595, qu'à cette épo- 
que il ne lui restait plus quedeux enfants. 
Mahie, dont nous avons parlé plus haut et 
JosiAS. Josias Daneau avait été baptisé à 
Orthez le 7 déc. 1587. Nous n'avons au- 
cun détail sur la première partie de sa vie, 
ni sur ses études. Nous savons seulement 



I 



n 



89 



DANEAU 



90 



qu'il devint pasteur et docteur en théolo- 
gie. En i610, on le trouve à Saint-Rome ; 
en 1620, à Lombers; enfin, en i622, il de- 
vient pasteur et professeur en théologie à 
Castres, en remplacement de Philippe Du- 
pin, mort en 1621. Il y reste lui-même jus- 
qu'à sa mort en 1644. 

De son mariage avec Marie de Comte 
(1614), il eut au moins 4 enfants : David 
et Lambert, qui suivent : Marie, bapt. le 
30 mai 1625 par le pasteur Marmet, de 
l'église de la maison de Rohan, et dont le 
parrain futMoyse de Baux, pasteur à Maza- 
met ; elle épousa le 20 mars 1644, l'avocat 
J. G. Capelle de Montauban; Raymond, 
bapt. le 3 oct. 1627 et sur lequel nous ne 
possédons aucun renseignement; — enfin 
.losiAS, présenté au baptême, 3 sept. 1631, 
par son frère David. 

David Daneau porta les armes pendant 
sa jeunesse ; il devint ensuite avocat. Il 
habitait Castres et y mourut vers la fin du 
XVIIe siècle. De son mariage avec Renée 
de Cabrol naquirent 4 enfants : 1° Marie 
présentée au baptême par Lambert Daneau 
pasteur d'Uzès et par Marie du Po'ét, 12 déc. 
16ol ; mariée à Montauban par le min. 
Dartigues, le 2 févr. 1682, à Camille, fils 
d'Etienne Dupré de Dujau et d'Anne Dan- 
zac; — Marguerite présentée par Etien- 
ne Daneau et Marguerite de Cabrol femme 
du seigneur du Travet, 20 mai 1636; — 
Suzanne, présentée par nob. David De 
Jean sieur de Pratlong et par Suzanne de 
Ligonier veuve de Jean du Poucet sieur de 

Latrinque; mariée à Du Breuil de iS'é- 

rac ; — Louis^ mort à Castres, 20 septemb. 
1672. 

Lambert, frère de David, étudiait la théo- 
logie à Genève en 1640 (Les MM. Haag le 
disent ; le Livre du Recteur n'en dit rien). 
Il fut pasteur d'abord à Uzès, puis à Lyon 
de juillet 1652 à mai 1653, époque à la- 
quelle il fut appelé à Castres, où il resta 
jusqu'en 1663. En 1659, le 30 mai (le con- 
trat est du 31 mars), il se mariait avec 
Marie Dupré de Dujau, fille de Paul et 
d'Olympe de Cmistans et sœur d'Etienne, 
dont nous venons de parler. 

Le 2 avril 1663 Lambert était exilé de 
Castres avec ses quatre collègues : de Baux, 
de Jaussaud, Ladevèze et Lacaux. Envoyé 
à Caussade, tandis que le ministre deCaus- 
sade, Jean Boudet venait le remplacer, il 
y occupa la chaire jusqu'en 1669. 



En 1669, l'édit de bannissement avait 
été révoqué en faveur des seuls de 
Baux, Daneau et Lacaux. Il revint donc 
à Castres. Mais là, nous dit son beau- 
frère, Etienne Dupré de Dujau (au Jour- 
nal duquel beaucoup de ces renseigne- 
ments sont empruntés) « il se souleva con- 
tre luy une caballe. » Il y resta cependant 
— cela semble^ du moins, ressortir du 
Journal — jusqu'au mois de juin 1675, 
époque à laquelle Daneau paraît avoir 
quitté Castres, s'être rendu à Nérac, où 
demeurait (et demeure encore) la famille 
Dupré et de là être allé à Pau, où sa fem- 
me et sa belle-mère le rejoignirent le 
6 août. 

Daneau devait rester à Pau jusqu'à la 
Révocation. 

En 1681 il achetait dans les environs de 
Nérac la propriété de Poumarède. C'est là 
que l'ordre de partir lui fut donné, lors de 
l'édit de Révocation. Sa femme était mo- 
mentanément à Toulouse. Dès qu'elle fut 
de retour, ils partirent, se rendant à Bor- 
deaux, pour s'embarquer. Là, l'intendant, 
M. de Faucon de Ris, les fit arrêter et met- 
tre en prison dans l'hôtel de ville. Voyant 
qu'ils restaient inébranlables, « on les mit 
en liberté avec ordre de partir inconti- 
nent mais on fit perdre aud. S^ Daneau 

les livres qu'on lui avait pris, que les Jé- 
suites de Bordeaux ont eu depuis. » Re- 
marquons en passant que Daneau, docteur 
en théologie comme son père et son grand 
père, avait une fort belle bibliothèque. 
Etienne Dupré assure qu'elle valait 6000 
livres! Les Jésuites en jouirent jusqu'en 
1763. Daneau et sa femme se réfugièrent 
à Leeuwarden (Frise), où ils moururent, 
lui en 1699, elle en 1707. Avec eux s'étei- 
gnit la famille des Daneau protestants, car 
ils n'avaient point d'enfants et leur frère 
David point d'enfants mâles. 

Leurs biens passèrent à Camille Dupré, 
fils d'Etienne, allié à Marie Daneau, fille de 
David. C'est du reste Lambert Daneau qui 
avait provoqué cette union. Le contrat 
avait été signé à Poumarède le 20 janvier 
1682 et le mariage célébré à Montauban le 
2 févr. suivant, comme nous l'avons déjà 
dit. 

La famille des Dupré existe encore ; elle 
se glorifie de descendre par les femmes des 
Daneau de la Thiérache et de l'Orléanais, 
et c'est un usage déjà ancien, que chez les 



91 



DANEAU 



DANFRIE 



92 



Dupré de Pomarède (car la propriété ap- 
partient toujours à la famille) l'un des fils 
reçoive, comme prénom, le nom deDaneau. 

Sources imprimées : Jean Daneau, homme 
d'armes de la compagnie de Xaintrailles , par M. le 
chanoine Pelletier, d'Orléans. (Extrait du £uU. 
de la iS. archéol. et hist. de l'Orléanais, n" 95, 
1878). — Jules Doinel, Documents du XVI" siè- 
cle, tirés des Archives orléanaises. Orléans, Her- 
luison, 1876. • — W.-N. du Rieu, de Leyde, Lam- 
bert Daneau à Leyde. Leyde, 1881. (Une seconde 
éd. de cette brochure est annoncée. Peut-être 
même a-t-elle déjà paru.) — Paul de Félice, Lam- 
bert Daneau, de Beaugency sur Loire, pasteur et 
professeur en théologie. Sa vie, ses ouvrages, ses 
lettres inédites (Thèse de doctorat). Paris, un vol. 
in-So, Fischbacher, 1882. (de Fémce). 

2. DANEAU (Louis), de Paris, brodeur, 
reçu habitant de Genève, octob. 1387. — 
(Jacques), pasteur à Marchenoir, du 13déc. 
1643 au mois de mars 1646 (Bu//. XII 43). 
— (Benoît), pastaur à Clairae en 1659, 
puis à Montcrabeau près Aérac, fugitif 
à la Révocation (Tt 267). — Malthœus 
Dannseus pedemontanus, étud. à Genève, 
1657 (Liv. du Rect.). — Thitus Danyeau 
« natif du pays d'Anjours », reru habit, 
de Genève, août 1557. — Gabriel Da 
nau, marchand, natif de Montargis, habi- 
tant Lyon; son mariage, à Genève, avec 
Sara Flamant veuve de Christofle Huet, 
orfèvre à Lyon, 1570 (J. Jovenon not. I 
177). 

DANETONVILLE (Antoine), 66 ans, 
assisté à Londres, 1702. 

DANEY (Élie), avocat au parlem. de 
Bordeaux, nommé par le duc de La Force, 
en 1665, juge des terres et seigneuries de 
Caumont et Taillebourg. Il épousa Anne 
Bouet, dont il eut une fille, Anne, née à 
Caumont en 1669 et mariée, 6 mars 1698, 
à un anglais, John Grubb esq. (Agnew, II 
207). — (Deuxd'Jes), sœurs « de Caumont 
en Guyenne, » reçoivent à Genève diver- 
ses assistances, puis un viatique, 1700. — 
(Judith) de Guyenne, 20 ans, « fille de bour- 
geois », assistée à Londres (4 1. st.), 1705. 

DANEZAY (Mlle de), expulsée de France 
comme protestante incorrigible, 1697 {Ar- 
chiv. nat. E 3383). 

DANFRIE (Philippe), habile graveur né 
à Cornouailles en basse Bretagne, florissait 
sous les règnes de Henri III et Henri IV. 
« Il étoit, dit La Croix du Maine, tailleur 
général des effigies du roi pour les mon- 
noies de France, homme très excellent pour 



la gravure et le burin, fort grand ingénieur 
et inventeur de plusieurs beaux instru- 
ments mathématiques. » Il a gravé aussi, 
ajoute le même auteur, de beaux caractères 
d'imprimerie et publié divers ouvrages de 
science. De ces ouvrages nous ne connais 
sons que celui-ci : Déclaration de l'usage 
du graphomètre par la pratique duquel 
l'on peut mesurer toutes distances des cho- 
ses de remarque qui se pourront voir et 
discerner du lieu où, il sera posé, et pour 
arpenter terres, bois, prez et faire plans de 
villes, de forteresses, cartes géographiques 
et généralement tous les mesures visibles et 
sans reigle d'arithmétique, inventé nouvel- 
lement et mis en lumière par Philippe Dan- 
frie. A la fin de ceste déclaration est ad- 
jousté par le dict Danfrie, un traité à l'usa- 
ge du trigomètre, qui est un austre instru- 
ment ayant presque pareil usage, aussi sans 
règle d'arithmétique. Chez le dict Danfrie 
à Paris, rue des Carmes. 1597 in-8o ; très 
belle impression en caractère de civilité et 
18 planches très finement gravées. C'est, 
avec une médaille signée Danfr. qui re- 
présente Henri IV, le seul témoignage qui 
nous reste de la capacité de cet artiste. 

Il avait obtenu ses lettres de provision 
de « Tailleur général des effigies et poin- 
çons des mon noies de France » en 1581 et 
c'était assez tardivement, car son mariage 
(avec Jehanne Champagne) était antérieur 
à 155'i ; on trouve de nombreux enfants 
nés de cette union, inscrits sur les registres 
de baptême des églises de S''- Benoit et 
S^-Hilaire de Paris, depuis 1556 jusqu'en 
1573 (voy. Jal, Dictionn. critique). Lors- 
que Paris, en 1589, tomba au pouvoir de la 
Ligue, Danfrie se réfugia à Tours avec sa 
famille, notamment avec son plus jeune 
fils, Philippe, qu'il instruisait à la prati- 
que de son ai% et tous deux vécurent dans 
cette ville en faisant des portraits « d'après 
le vif, en cire. » Le père fut rétabli dans 
son emploi par Henri IV en 1594 et le fils 
admis à lui succéder en 1596, par lettres 
de provision, après une enquête ou plu- 
sieurs témoins attestèrent qu'il savait gra- 
ver des poinçons et cachets comme son père 
et faire en cire « des portraits bien excel- 
lens et beaucoup estimez, par ceux qui se 
cognoissent à la peinture. » Il n'entra ce- 
pendant en fonctions, par la retraite de son 
père, qu'en 1603, mais ce fut pour mourir 
environ une année après, au Louvre, le 



I 




93 



DANFRIE 



DANIEL 



94 



12 février 1604. Il avait épousé, 6 sep- 
tembre 1602, Marie Mangier, fille de no- 
ble homme Zacharie Maugier, avocat au 
conseil privé, et de dame Loyse deChenac. 
On l'enterra dans l'église S'-Hilaire. Son 
père lui survécut. On a le testament de ce 
dernier, reçu le 27 juin 1606, par deux no- 
taires au Châtelet et contenant cette clause ' : 
« Veult et ordonne que la part oti il décé- 
dera son corps soit inhumé et enterré au 
lieu le plus proche qu'il sera advisé par son 
exécuteur et destiné pour ceulx de la re- 
ligion réformée de laq. il fait profession, 
sans autres sollempnitez que ceulx que l'on 
a accoustumé de faire à ceulx de la dite re- 
ligion. » — Disons que le nom Danfrie 
n'est pas bien sûr, car dans un certain 
nombre d'actes officiels on le trouve écrit 
Anfrie, d'Anffraye et Dampfraie. 

DANGEARD (Bernard), ministre dans 
le Périgord, fugitif avec sa famille avant la 
Révocation (Tt 267). 

Dangeau, voy. Gourcillon. 

DANGER (Guillaume). Nous avons men- 
tionné ce nom [t. IV, col. 56] comme étant 
celui d'un habile horloger d'Uzès établi à 
Magdebourg après la Révocation. Nous de- 
vons ajouter cette inscription faite à Ge- 
nève sur le Livre du Recteur : Guillelmus 
Danger utieensis occitanus, philosophise 
studens, 8 junii 1685. 

DANGICOURT (Pierre), libraire à 
Rouen [Haag, IV 198] subit l'abjuration 
puis s'expatria lors de la Révocation et 
devint secrétaire du commerce à Berlin 
(t. m col. 401, 402). Son fils, Pierre, né à 
Rouen vers 1666 s'appliqua dès son enfance 
avec ardeur aux mathématiques et y fit de 
très grands progrès. Ayant suivi son père 
à Berlin, il y continua ses études favori- 
tes. Ses connaissances dans toutes les bran- 
ches des mathématiques le lièrent avec les 
plus habiles mathématiciens de son temps, 
entre autres, avec Leibnitz, qui l'honora 
d'une amitié particulière, et elles lui méri- 
tèrent, le 11 juin. 1701, une place à l'acad. 
des sciences de Berlin. Les ministres char- 
gés de l'administration des affaires des Ré- 
fugiés l'employèrent en diverses circons- 
tances, et le soin qu'il apporta aux mis- 
sions qui lui furent confiées l'ayant fait 
connaître au roi, ce prince le nomma con- 

1 Notes de M. J. Guiffrey, tirées des regist. 
des Insinuations, Arch. nat. Y. 



seiller du tribunal de revision français, le 
4 nov. 1722. Un des directeurs de l'acad. 
des sciences ayant perdu la vue en 1724, 
Dangicourt fut choisi pour le remplacer, 
et il acquit dans l'exercice de ses fonctions 
l'estime de tous ses collègues. Il mourut le 
12 mai 1727, selon la Biblioth. germani- 
que; le 12 fév., selon Moréri. Dangicourt 
n'a publié qu'un problème sur les sections 
coniques et, sous ce titre. De periodicis co- 
lumnarum in série numerorum pr ogres - 
sionis arithmeticse dyadicè expressorum, un 
article dans le 1. 1 des Miscellanées de Ber- 
lin, où il donne un tour singulier à l'arith- 
métique binaire inventée par Leibnitz. — 
Paul Dangicourt, de S^-Jean d'Angely, 
maître à écrire, 31 ans, et Clémence sa 
femme, assistés à Londres, 1705. 

DANGIRARD (P.) ancien du consistoire 
de La Rochelle, publia avec la collaboration 
de sa femme, M"e Rondeau, pour la partie 
musicale : Les pseaumes de David, mis en 
vers françois, l^e édit., avec 65 cantiques 
et des prières à l'usage des Protestants de 
France; 1768, in-12, 960 pages. Préface 
(45 p.) contenant l'historique des traduc- 
tions françaises du psautier avec dédicace 
.à J. Périnet de Châtelbon à Paris. 

DANGLADE (Pierre), ministre à Ey- 
nesse, 1580. — (Pierre), ministre à Sainte- 
Foy et aux Lanes, 1597, à Authé (bas 
Agenois) 1597-1603; à Eynesse, 1617-20. 
— (Elysée), pasteur et professeur à Nîmes, 
1603-07; pasteur à Pierremale, 1607; à 
Pomport, 1610-26. 

DANIEL (Pierre) naquit à Orléans, 
vers 1530, dans une vieille famille bour 
geoise adonnée à la jurisprudence et aux 
lettres. Son père François Daniel était avo- 
cat et bailli des domaines de la célèbre ab- 
baye de Fleuri-St-Benoit sur Loire qui ap- 
partenait au cardinal Odet de (jhâtillon^ 
office précédemment occupé par des mem- 
bres de sa famille et dont un de ses fils 
fut investi après lui. Pierre Daniel s'est 
rendu célèbre par le zèle avec lequel il 
sauva, en 1562, une partie de la biblio- 
thèque de l'abbaye de St-Benoît menacée 
de destruction par les huguenots victo- 
rieux. Serviteur de la maison de Coligny, 
compagnon d'études de Calvin aux écoles 
de droit d'Orléans, lié d'une étroite ami- 
tié avec le réformateur et plusieurs de ses 
amis, il a été souvent compté pour protes- 
tant (Bèzo, Hist. eccl., C. Brainne, Hom- 



95 



DANIEL 



96 



mes ill. de l'Orléan.; Biogr. gén. J.-Didot); 
mais on n'en a pas de preuve solide. 

Ce sont d'autres membres de la même 
famille qui ont donné leur adhésion à la 
Réforme. Au printemps de l'an 1559, deux 
jeunes Daniel, d'Orléans, cousins ger- 
mains S arrivèrent à Genève et s'y firent 
recevoir habitants; le premier, François, 
le 17 avril, et l'autre huit jours après, le 
24. Ce dernier s'appelait « Michel, fils de 
Claude bourgeois marchand d'Orléans. > 
Par une juste réciprocité^ Calvin qni avait 
été, trente ans auparavant, paternellement 
accueilli dans cette ville chez les Duche- 
min et les Daniel (conf. t. III, col. 514, 
note 2), rendit, à Genève, ses bons offices 
aux deux Orléanais, principalement à Fran- 
çois, à la naissance duquel il avait pres- 
que assisté *. C'est lui qui payait sa pen- 
sion mensuelle* et qui surveillait la con- 
duite et les études du nouveau venu avec 
d'autant plus de joie et de bienveillance 
que le jeune homme avait quitté sa patrie, 
malgré la volonté de son père demeuré très 
catholique, par goût pour les nouvelles 
idées religieuses. Au lieu de suivre les tra- 
ditions de sa famille et d'étudier les lois, 
il voulait s'adonner à la théologie. Calvin 
le prend sous sa protection et il ose écrire, 
15 juin. 1559, au père irrité* : 

Je ne doute pas que vous n'ayez été fâché 
de son partement, mais je vous prie de ne 
pas tellement lâcher la bride à vos passions 
que vous ne jugiez en équité [afin de] trou- 
ver bon ce qu'il a fait, — s'il est de Dieu. 
Si vous eussiez eu tel courage qu'il étoit 
bien requis de vous acquitter de votre de- 
voir, il y a longtemps que vous luy eussiez 
montré le chemin. Mais si vous êtes froid et 
tardif à sortir de i'abysme où vous êtes 
plongé, pour le moins ne portés pas envie 
h vos enfans si Dieu les en délivre... Ce qui 

* Patrudis, patrueles, est-il dit d'eux dans plu- 
sieurs des lettres que nous citons plus loin. 

'^ Opéra Cahini Brunsw. XVIII, 589, lig. 25. 
3 Ibid. XVII, 681, lig. 20. 

* Ibid. XVII, 585. La suscription de la lettre 
porte : « A monsieur et frère monsieur le balif 
de chapitre. » Est-ce bien le bailli de l'abbaye de 
S. Benoît qui est ainsi désigné? Ne devait-ce pas 
être celui de la cathédrale, Sainte-Croix? Les édi- 
teurs des Op. Calv. l'ont senti et disent (585, 
note 2) : « La mention d'un Chapitre indique 
qu'il avait l'administration des biens d'une collé- 
giale. » L'observation est corroborée par celle 
qui termine cet article. 



me fait juger que le jeune homme n'a eu 
autre regard que de servir purement à Dieu 
est qu'il se porte icy modestement et sans 
aucun signe que de droite chrestienté... Ce 
n'est pas comme s'il vous eût quicté a la 
façon des garçons desbauchés; mais puis- 
qu'il a eu zèle de suivre Dieu, vous avez 
bien à vous en contenter : de quoy je vous 
prie bien affectueusement. 

Dans une deuxième lettre, du 26 nov. 
suivant {Ihid. XVII, 680), Calvin remercie 
le père d'avoir accordé le pardon qu'il lui 
demandait et le rassure en lui promettant 
de tout faire pour que la jurisprudence, 
malgré l'aversion qu'elle inspire à l'étu- 
diant, ne cesse pas d'être l'objet principal 
de ses études. Seulement il ajoute : 

J'aurai soin qu'il s'adonne à cette science, 
toutefois en y mêlant concurremment 
l'étude de la théologie. Certes, il est surtout 
nécessaire, a quelque genre de vie que tu le 
destines, qu'il s'exerce consciencieusement 
dans la piété. Je ne vois donc pas jusqu'à 
présent en quoi son départ doit te chagri- 
ner, puisqu'il en ressort déjà un profit dont 
il n'y a pas h. se plaindre. Plût a Dieu que 
toi même tu te délivrasses un jour des liens 
qui t'enchaînent. 

Bientôt en effet le père écrit que son fils, 
de retour à Orléans se livre, avec son frère 
Pierre, à l'étude des lois et il écrit à Cal- 
vin, 1er juin 1560, pour lui exprimer sa 
reconnaissance. Cette correspondance se 
termine par deux lettres de respect et d'af- 
fection que le jeune homme adresse à son 
protecteur (5 avril et 2 août 1561). — Il 
n'y a qu'une objection à faire : c'est que 
les savants à qui l'on doit la connaissance 
de ces lettres donnent le père comme étant 
François Daniel bailli deSt-Benoît sur Loi- 
re, tandis que l'inscription du 14 avril 
1559 sur le registre des habitants de Genè- 
ve porte : « P^rançois Daniel escollier, fils 
de Jehan Daniel advocat en la ville d'Or- 
léans. » Sur le Livre du recteur, au mois 
de nov. 1559, il s'est seulement dit : 
« Franciscus Daniel aurelius. » Il se con- 
sacra définitivement au saint ministère; 
d'abord dans l'Anjou et en 1578 chez le 
prince de Condé; en 1603 il était pasteur 
à la Flotte et en 1617 à La Rochelle. 

Un Antoine et un Jacques Daniel, figu- 
rent sur la liste des Orléanais condam- 
nés à mort en 1562 [IX 310 b] par le par- 
lem. de Paris. 



I 



i 




97 



DANIEL — DANNHAUER 



98 



Herm. Hagen. Ber jurist und philolog Fêter 
Daniel aua Orléans; Bern, 1873, in-é" 37 p. — 
Réimpr. avec une étude sur Bongars; Berlin, 
1879, in-8o 318 p. — Traduction (Mude litt. et 
hist. sur Pierre Daniel) par Paul de Félice, pas- 
teur; Orléans, 1876, 58 p. — Reuss et Cunitz, 
Opéra Calvini; Thésaurus epist. n" 3089, 3138, 
3162,3206, 3368, 3165.— Jarry.Pierre Danielet 
les érudits de son temps; Orléans, 1876,8° 96 p. 

2. D'autres Daniel allèrent aussi cher- 
cher asile à Genève : (Pierre), de Har- 
fleur, 1555 ; — (Jean), de Quarantilly dioc. 
de Coutances, 1553; — (Robert), « de Bo- 
cachat près Rouen « (Bourg Aehard), 1559. 
— (Pierre), « natif d'Alès en Languedoc, » 
juillet 1559. — (Antoine) et sa femme, de 
Laon, 1708. 

3. DANIEL, ministre à Menglon, 1565- 

1566. — ( ) de Soissons, massacré à 

Lyon en 1572. — ( ), chapelain du 

prince de Condé 1578 [VII 295]. — Jo- 
hannes Daniel d'Orville, ma3no-franeofur- 
tensis, étudiant à Genève, 1671 . — Daniel, 
chef camisard, 1709 [VII 354]. — (Louis) 
pasteur à Zwolle, Hollande, 1723-67. — 
(David) pasteur, député des églises des 
basses Cévennes au synode provincial du 
bas Languedoc, 1774-76; pensionné par 
les églises, 1816-1830. 

DANxNHAUER (Jean -Conrad), né à 
Kundringen en Brisgau, le 24 mars 1603, 
et mort àStrasbourg, le 7 nov. 1666 [Haag, 
IV 198]. Sa famille était originaire de 
Strasbourg, et y avait conservé le droit de 
bourgeoisie. Fils d'un pasteur, il fut des- 
tiné à la carrière ecclésiastique. 

Ses éludes terminées, en 1625, il voya- 
gea en Allemagne, visitant les facultés de 
théologie et les théologiens célèbres, sé- 
journa surtout à Marbourg et Altdorf, puis 
rappelé k Strasbourg en 1628, il fut nommé 
« inspecteur du collège des prédicateurs. » 
Le 4 mars 1629, il obtint la chaire d'élo- 
quence. 

Dès lors, les dignités académiques et ec- 
clésiastiques lui furent prodiguées. Doc- 
teur en théologie en 1633, il obtint, l'an- 
née suivante, une chaire de théologie, et 
fut nommé presque en même temps cha- 
noine de Saint-Thomas. Plus tard, il fut 
appelé à remplir les fonctions de recteur 
de l'université, de bibliothécaire, de mi- 
nistre de la cathédrale, en 1658, de prési- 
dent du consistoire, de doyen du chapitre 
de Saint-Thomas, et il se montra digne de 
toutes ces fonctions. 



Dannhauer ne laissa pas d'enfant de sa 
femme, Salomé Hugwarth, veuve de Gas- 
pard Brulow, qu'il avait épousée en 1629. 

Il a publié beaucoup de livres. Ses ou- 
vrages ont en majeure partie un caractère 
polémique. Il a combattu les Catholiques, 
les Syncrétistes, les Calvinistes, les Qua- 
kers, et surtout Jean Dury, le malheureux 
promoteur du projet de réunion entre les 
deux communions réformées, 

I. Sylloge canonum, Marp., 1623, in-S». 

II. Decas diatribarum logicarum in sex 
syllogas distributa, in quibus canones logi- 
ci prœcipuam habentes difficuUatem potis- 
simùni ex Aristotele dijudicantur, enodun- 
tur, resolvuntur, Marp., 1626, in-8o; 4e 
édit., Francof., 1653, in-8o. 

III. Idea boni disputatoris et malitiosi 
sophistx, lenœ, 1629 ; Arg., 1632, 1648, 
1656, in-8o. — Méthode de polémique. 

IV. Idea boni interpretis et malitiosi ca- 
liimniatoris, Arg., 1630, in-8°; 5^ édit. 
Cui accessit Hermenosophia sive Hermenevr 
tica sacra, Arg., 1670, in-8o. 

V. Tractatus de syllogismo, ut vulgo di- 
citur infinito. In quo demonstratur hune : 
Quicunque non audit verbiim Dei, non esse 
ex Deo ; Judxus non audit verbum Dei ; er- 
go Judœus non est ex Deo, esse ex puris ne- 
gativis, nihilominus in forma bonum, Arg.. 
1630, in-8o. — Critique de la logique, qui 
de son temps encore n'était que l'art d'er- 
goter. Philosophe éclectique, Dannhauer 
ne se prononça d'une manière absolue ni 
pour Raimond Lulle, ni pour La Ramée. 

VI. Collegium psychologicum circà Aris- 
totelis très libros de anima. Argent., 1630, 
in-8o; 3e édit. augm., 1643, in-8o. — 
Cours fait à Altdorf par Dannhauer en 
1627. L'auteur en appelle à la théologie, 
comme au juge suprême, lorsque la spécu- 
lation lui fait défaut. 

VII. Junii Politicarum queestionum cen- 
tum et tredecim, edit. 4, cui nunc accessit 
Auctarium queestionum moralium, auct. 
J.-C. Dannhaivero, Arg. 1631, in-S». — 
Dans l'Auctarium, Dannhauer traite du 
souverain bien, qu'il faut chercher dans la 
paix de la conscience ; de la liberté reli- 
gieuse et de la conduite qu'on doit tenir 
envers les hétérodoxes. 

VIII. Apologia pro tractatu de Syllogis- 
mo infinito, Arg., 1632, in-8°. — Réponse 
aux disciples de Ramus. 

IX. Oratio panegyrica honori Gustavi 



99 



DANNHAUEE 



100 



Adolphi, Suecorum régis, dicata. Argent., 

1632, in-4°. 

X. De domino glorix crucifixo, Argent., 

1633, 1697, m-4o; réimp. dans les Dispu- 
tationes theologicse. 

XI. Disp. theologica Collegii ordinarii 
Paullini in cap. IX Epist. ad Rom., 1634, 
in-4o. 

XIÏ. Epitome dialectica, Arg., 1634, in- 
8" ; réimp. avec le suivant : 

XIII. Epitome dialecticse et rhetoricœ 
cum tractatu de memoriâ, Arg., 1635, in- 
8o; 2e édit., Arg., 1631, in-S». 

XIV. Christosophia seu sapientiarum sa- 
pientia, de salvatore Christo, ejus personâ, 
officio et beneficiis, Arg., 1638, in-8o. 

XV. Anti-Christosophia seu revelatio An- 
tichristianismi, Arg., 1640, in -8°. 

XVI. MijaTificuoo'.^tseudoctrinade sacra- 
mentis ecclesise ôerîxw; et àvTt-ôsTiy.w; irac- 
iata, Arg. 1642-1646, 8o. 

XVII. Christeis seu drama sacrum, in 
quo Ecclesise christianie militia primiim 
senigmaticè, post aperto commentario est 
exposita, Arg., 1646, in-4o ; Wittenb., 
1696, in-4o. — C'est une histoire des lut- 
tes que le christianisme eut à soutenir jus- 
qu'à Constantin. La mort empêcha Dann- 
hauer de la continuer. 

XVIII. Mysterium syncretismi detecti, 
proscripti et symphonismo compensati, Arg. , 
1648, in-4o; 1664, in-4o. 

XIX. De Gamaliele Hebrœo-Teutone, 
sanguistitii conciliatore, ancipitii sequestro, 
paris conso, Arg., 1648, in-4'*; 1665, in- 
4°; réimp. dans les Disput. theol. 

XX. Polemosophia seu dialectica sacra 
contra Walenburchios, Arg., 1648, in 8°. 
— Bebel a publié un ouvrage presque sous 
le même titre. 

XXI. Hodosophia christiana seu theolo- 
gia positiva in certain methodum redacta, 
Argent., 1649, in-8o; 1666, in-8o. —Dog- 
matique biblique indépendante, sauf en 
quelques parties où elle se prosterne devant 
les symboles oiEciels. 

XXII. Deliquia Walenburchiorum, 1650, 
in-8o ; réimp. dans le n" xxvii. 

XXIII. Christliche Friedens-Dank-Pre- 
digt, I. Thess. V., 3-6, Strasb., 1650, 
in-4o. 

XXIV. De hypopiasmo Paulino ex I Cor. 
IX, 27, Argent., 1650, in-4o; réimp. dans 
les Disput. theol. 

XXV. Sygalion sive dialogus apologeticus 



pro mysterio syncretismi detecti, Arg., 
1650, in- 4». 

XXVI. Meletema de miraculis veris fal- 
sisque, Arg., 1630, 1654, in-8o; réimp. 
dans les Disput. theol. 

XXVII . Onirocritarum Batavorum 
Adriani et Pétri de Walenburch deliquia; 
quibus accessêre Nuthetici Bartholdi Nihu- 
sii anoetica, Arg., 1650, in-8o. — Suite 
du n» XX. 

XXVIII. Hecdecas homiliarum seu ser- 
monum sacrorum diebus festis praemisso- 
rum, Francof. ad M., 1651, in-8o; 2e édit., 
Arg., 1670, in-8o. Pars secunda. Accessit 
mantissa aliarum orationum academica- 
rum, Argent., 1665, in-8°. 

XXIX. Dissertatio historico- theologica 
instituta ad Collationem Carthaginensem 
inter Catholicos et Donatistas, Arg., 1651, 
in-4o. — La dissertation se trouve insérée 
(sans le Sygalion) dans les Disput. theol. 

XXX. Gorgias. Leontinus sophista, in 
Valeriano Magno redivivus, sive analysis 
judicii de Acatholicorum et Catholicorum 
régula credendi, producti à Valeriano 
Magno capucino, réuni avec une nouv. 
édit. du no xxv, Arg., 1652, in-4o. 

XXXI. Dialogus inter Socratem Germa- 
num et Gorgiam Mediolanensem super 
prœnominato judicio de Acatholicorum et 
Catholicorum régula credendi, Arg., 1652, 
in-4o; réimp. avec les nos xxv, xxx et un 
nouveau traité intitulé Wohlverdientes 
Schul Recht; Arg., 1667, in-4o. 

XXXn. Hodomoria spiritûs papcei duo- 
decim phantasmatis detecti, Arg., 1653, 
2 vol. in-8o. 

XXXIII. Alethea sancta sui vindex con- 
tra defensionem m,iraculorum ecclesise ca- 
tholicse à M. Cornseo loïolitâ jactatam, 
Arg., 1653, in-4o. — Réponse à Cornseus 
qui avait critiqué le Meletema. 

XXXIV. Hermeneutica sacra, sive me- 
thodus exponendarumSS. litterarum, Arg., 
1654, in-8o; réimprim. avec le n» iv. — 
Un de ses meilleurs ouvrages. Il y pose 
des règles herméneutiques qui ont toujours 
été observées depuis : Suivre dans l'inter- 
prétation des Livres saints les principes 
de la logique, et ne pas s'imaginer que le 
Saint-Esprit se soit afTranchi des lois de la 
raison, ou que la foi seule soit en état 
d'interpréter la Parole divine; chercher la 
signification d'un mot dans l'étymologie ; 
consulter les auteurs contemporains sur la 



101 



DANNHAUER 



102 



signification des mots ; s'identifier avec 
l'auteur, se pénétrer de son esprit, ne pas 
perdre de vue son but, l'expliquer en un 
mot par lui-même, par l'harmonie du 
contexte; enfin avoir recours, à la der- 
nière extrémité, aux commentaires et aux 
versions. Toute autre méthode est fausse 
et pharisaïque. 

XXXV. Hodomoria spiritûs calviniani, 
pars I, Arg., 1654, 2 vol. in-8o. — Ex- 
posé fidèle des doctrines calvinistes, en 
tant qu'elles diffèrent des luthériennes. 

XXXVI. Aristoteles ex orco redivivus, 
Argent., 1654, in-4o. — Contre Corna3us. 

XXXVII. Scheid- und Absag-Brieff einem 
Preister aus Cœln aufsein Antwort-Schrei- 
ben ûber das zu Strasburg besessene adeli- 
cheJungfrœuleingegeben, Strasb., 1654, 8". 

XXXVIII. Alethea victrix sui crimina- 
toris M. Corneei, Arg., 1655, in-4o. 

XXXIX. Apocalypsis mysterii apostolici 
in Epist. ad Rom. XI, 25 propositi, Arg., 
1656, in-8°; 1684, in-4o; réimp. dans les 
Disput. theoL, puis à Vittemb.^ 1714, in-4o. 

XL. Vale triumphale M. Cornœo dictum, 
dissert. III, Argent., 1656-58, in-4o. 

XLI. De personâ Christi, Arg., 1657, 
in-4o ; réimp. dans les Disput. theol. 

XLII. Reformirtes Salve und Friedens- 
Gruss, Arg., 1658, in-8°. 

XLIII. De voluntate Dei circà salutem 
hominum, Arg., 1658, in-4°; réimp. dans 
les Disp. theol., ainsi que les dix dissert, 
suivantes : 

XLIV. Idea clavis ligantis, Arg., 1659, 
in-4°. — C'est le célèbre Philippe-Jacques 
Spener qui soutint cette thèse. 

XLV. Elenchus speciminis Tigurini pro 
Salve, reformatis antehàc religiosè oblato, 
rabiosè repulso, Arg., 1659, in-4°. 

XLVI. De ecclesiâ Waldensium ortho- 
doxise lutheranse teste et soda, Arg., 1659, 
in-4°; 1668, in-4o. 

XL VII. An in vitâ seternâ futuri sint 
gradus glorise, Arg. 1659, in-4°. 

XLVIII. De Muhamedismo, Arg., 1660, 
in-4». — C'est apparemment le même ou- 
vrage que celui-ci : De ecclesiâ Muham- 
medanâ, Arg., 1678, in-4°. 

XLÏX. De religione Moscovitarum, Arg., 
1660, in-4<'; autres éd. 1667, 1687, 1702, 
in-4«; conf ci-après Débia (Jacques). 

L. Disputatio theologico-apologetica pro 
Me genuina versione Lutheri : So halten 
wir, etc. Rom. III, 28, Arg., 1660, in-4°. 



— Répondant : J. -Louis Schleenaker de 
Strasbourg*. 

LI. Memoria Thaumasandri Lutheri re- 
novata, Arg., 1661, in-4°. 

LU. Hysena Friburgica ah ovili Christi 
depulsa, seu Irenici catholici Th. Henrici 
episcopi Chrxjsopolitani elenchus ad solen- 
nem disputationem propositus, Arg., 1661, 
in-4<'. 

LUI. De ecclesiâ grœcanicâ hodiernâ, 
Arg., 1661, in-4<'; 1666, in-4°. 

LIV. Liber conscientiœ apertus sive 
theologise conscientiariie tomus prior, Arg., 
1662, in-4°; — tomus posterior, Arg., 
1667, in-4°. 

LV. De ecclesiâ judaïcâ, Arg., 1662, 
in-4°; réimp. dans les Disp. theol., ainsi 
que les trois dissert, suivantes : 

LVI. De festo corporis Christi, Arg., 
1662, in-4°. — Répondant : Jean Heupel 
de Strasbourg. 

LVII. Evangelisches Denkmahl ûber die 
Sonntags-Evangelia, 1662, in-4°. 

LVIII. De sceptre Jehudse, Arg., 1663, 
in-4o. 

LIX. De sorte et sortitione, Arg., 1663, 
in-4°. 

LX. Stylus vindex xternie Spiritûs à 
Pâtre Filioque processionis. Argent., 1663, 
in-4». 

LXI. Erklserung des himmlischen Lob- 
Spruchs der Ehre Gottes, samt V Cometen- 
Predigte7i, Strasb., 1664, in -4". 

LXII. Der christlichen Kirchen stets 
ivachenden Schutz-Engel, Strasb., 1664, 
in-40; 1667, in-4o. — Recueil de 19 ser- 
mons sur I Rois V, et de 3 sur Matt. X, 34. 

LXIII. De errore apostolorum et disci- 
pulorum Christi circâ regnum Messise 
mundanum, Arg., 1664, in-4'' ; réimp. 
dans les Disp. theol. 

LXIV. Muhammedismus in angelis eu- 
phratseis S. Johannis Apocal. IX, 13-21 
prsemonstratus, Arg., 1664, in-4°; réimp. 
dans les Disput. theol. sous la date de 1654. 

— Répondant : P.-J. Spener. 

LXV. Tûrkentrutz und Christenschutz, 
1664, in-4<'. 

LXVI. De 0EÎ41Î Thearchise sive divinœ 
Providentiœ extra ordinem miris definitis 
et exemplis illustratis, Arg., 1664, 1683, 

1 Nous citons ainsi des thèses dont Dannhauer 
n'est pas l'auteur en titre, mais qu'il avait retou- 
chées. 



103 



DANNHAUER 



DANOIS 



104 



in -4°. — Répondant : André Schmutz de 
Strasbourg. Réimp, dans les Disp. theol., 
ainsi que les cinq dissert, suivantes : 

LXVII. De fato flagelli Turcici fatique 
luce, divinœ irse, Ottomanica tela in Chris- 
tianis vihrantis, caiissas limitesque perpen- 
dens, Arg., 1664, in-4''. 

LXVIII. De ecclesiâ JEthiopicâ, Arg., 
1664, 1672, in-4°. — Répondant : Jean- 
Ulric Wildt de Strasbourg. 

LXIX. De gaUionismo, Arg., 1664, in-4<'. 

LXX. Nunciiis nuncio-britannico J. Du- 
rseo missîis. Gui accessit Hypomnema apo- 
logeticîim Balth. Behelii, Arg., 1664, in-8°. 

LXXI. De colluvie Quackerorum seciin- 
dûm ortum, progressum et dogmata mons- 
triiosa delineatd, Arg., 1665, in-4°. — Ré- 
pondant : Jean-Joachim Zentgraf de Stras- 
bourg. 

LXXII. Iconothetes christianus adiapho- 
rHs, sequester inîer Idoloplasten Tridenti- 
num et Iconoclasten Mahumetico-Purita- 
num ; accessit Appendix vindex Collegii 
decalogici ab Andr. Riveto suggillati, Arg., 
1663, in-4°. — Répondant : J.-Jacq. An- 
sorgiusde Strasbourg. 

LXXIII. Illex et Obex pacis ecclesiarum 
sanctœ : illex, gladius spiritâs; obex, lex 
Mahometica, Arg., 1663, in-8°. 

LXXIV. Repuisa appellationis Nulliiis 
J. Durœo opposita, Arg., 1666, 8°. 

LXXV. Prceadamita utis, sive fabula 
primorum hominum. antè Adamum condi- 
torum explosa, Arg., 1666, 8°. 

LXXVI. lûv/.ptatç concilii Nicseni primi 
œcumenici et Tridentini ultimi, ciim irpoa- 
ÔTrijcïi de Eusebio Pamphili et Paulo Sarpio 
historicis, Arg., 1666, in-4°; réimp. dans 
les Disput, theol. 

LXX VII. Deuteronomium Dannhaiveria- 
num, id est Collegium decalogicum denuà 
typis traditum, repurgatum, auctum et 
explicatum, variis conscientise casibus locu- 
pletatum, ut tertii Theologise conscientia- 
rise tomi vices sustinere possit, Arg., 1669, 
in-4°. — L'Appendix du n° lvi prouve 
qu'il y en a eu une édit. antérieure, pu- 
bliée en 1638. — Suite du n" xli, dont il 
peut être regardé comme la 3me partie. 
Celte 2me édit. a été donnée par Bebel. 

LXXVIII. Hagiologium festale oder Fest- 
Predigten, Strasb., 1677, in- 4». — Publié 
par Bebel. 

LXXIX. Theologia casualis, Gryphisv., 
1706, in-8o. — Sous ce titre, l'éditeur 



J.-F. Mayer a réimp. une portion de la 
Theologia conscientiara. 

LXXX. Disputationes theologicse, Lips., 
1707, 2 vol. in-4o. — Publiées par Ch. 
Misler. Outre les dissertations déjà men- 
tionnées, on y trouve une vingtaine de 
thèses, presque toutes d'une étendue con- 
sidérable, sur divers sujets : De opère Dei 
hexaemero, 1662 ; — De Melchisedecho, 
1633; réimp.. Argent., 1687, in-4o; — De 
voto Jephtœo, 1634; De custodiâ angelicâ 
(1641, répond. Elie Kolb de Strasbourg); 

— De voluntate Christi (1639, répond. 
Isaac Faust de Strasbourg) ; — AiaTUTrcoo-.; 
concilii Hierosolymitani, 1638; — De ge- 
mitu creaturarum, 1646 ; — De profundi- 
tate divitiarum et sapientœ et cognitionis 
Dei, 1647; réimpr., Argent., 1699, in 4o; 

— De signaculo electorum sive doctrina de 
preedestiyiatione filiorum Dei ad salutem, 
1638; — De probatione spirituum (1663, 
répond. J. -André Weyel de Strasbourg); 
Aiâ)EÇi; angelicâ inter Michaélem archan- 
gelum et antagonistam diabolum, 1636; — 
De induratione Pharaonis, 1634; — De 
creatione (1634, répond. 3. -iacqnesHeigen- 
meyer de Strasbourg) ; — De passione et 
morte ©savâpoTrou, 1633; — De pace reli- 
giosâ, 1637 ; — De consequentiarum in 
argumentationibus theologicis, necessitate, 
conditione, effectu, certitudine (1637, ré- 
pond. Martin Dreuttel de Strasbourg) ; — 
De satisfactione J.-Ch. (1643, répond. Bal- 
thasar Scheidius de Strasbourg); — De 
mortuorum resurrectione, 1643 ; — De gra- 
tiâ justi/icâ, 1633; — De satisfactione J. 
Ch., 1633. La plupart de ces thèses ont eu 
plusieurs éditions. 

On conservait à la Bibl. de Strasbourg, 
avant qu'elle ne fût brûlée par les Alle- 
mands en 1870, la correspondance assez 
curieuse de Dannhauer avec les théologiens 
les plus distingués de son temps au sujet 
des mouvements iréniques, sans parler de 
trois de ses lettres qui ont été imprimées 
dans les Unschuldige Nachrichten (1716). 

DANIÈRE (Richard) père récollet, de 
Pontoise, venu à Genève pour abjurer, y 
reçoit des souliers, des bas de toile et '/* 
d'écu pour passer en Suisse; 1699. — Le 
sieur Daniez, seigneur de Rives en Albi- 
geois, gratifié à Genève de 10 écus pour 
gagner la Hollande, 1706. 

DANOIS (Ezéchiel), de Compiègne, étu- 
diant à Genève (E. Dannosius) en 1616 ; 



105 



DANOIS 



DAKDIER 



106 



pasteur à Sezanne, 1623; à Lisy, 1626 ; à 
Compiègne en 1650; passe en Hollande, 
puis à Londres en 1652. — (Mi'e) enfer- 
mée au couvent, à Fer nargues, 1687 
(Tt 232). 

DANJOU (Pierre) « pauvre tisserant de 
drap » venu de France, assisté à Genève, 
12 den., 1555. — (René) condamné à Bor- 
deaux en 1569. — (Isaac), de l'Agenois, 
reçoit à Genève un viatique de 2 écus pour 
aller en Hollande, 1692. 

DANTAN (Pierre), curé de Saint-Mar- 
tin de Meaux [Haag, IV 204], se convertit 
en 1561, et céda son église aux protestants. 
Ce fut le premier temple qu'ils possédèrent 
dans cette ville, où ils étaient déjà fort 
nombreux. Sur 1200 familles qui habitaient 
le quartier du Marché, une douzaine à 
peine étaient restées catholiques. 

DANTON (Marie), orpheline, 9 ans, tille 
d'un pilote de Bordeaux, assistée à Lon- 
dres, 1705; l'est encore en 1710. 

DANTONET (Claude), auteur d'une Pa- 
raphrase poétique des Lamentations de Jé- 
mie, La Rochelle, 1602, in-8o. Il fut pas- 
teur à Maillezais, 1398 ; à S^-Hilaire sur 
l'Autise et à Collonges-les-Réaux, 1601. 
[Haag, IV 204]. 

DAOUST (Isaac), pasteur de Générac, 
1393; de St-Théodorite, 1394. 

DAPPEL ou d'Appel, famille de robe, 
réfugiée à Cassel et anoblie par le duc de 
Hesse [Haag, IV 204]. 

Deux frères, issus de cette famille, rem- 
plissaient, au commencement de ce siècle, 
des emplois considérables dans la Hesse. 
L'un, Chrétien-Gérard, conseiller de ré- 
gence, mourut en 1803, à l'âge de 80 ans. 
On lui doit la continuation du Recueil des 
ordonnances et décrets des landgraves de 
Hesse. L'autre, Christophe-Frédéric, di- 
recteur général de la guerre, laissa un fils 
nommé David (mort en 1833), qui fut mi- 
nistre des finances sous Guillaume II, et 
s'est fait connaître dans la littérature alle- 
mande par plusieurs pièces de théâtre et 
des poésies légèr'^s. 

DARANDE, nom d'une famille de théo- 
logiens qui se rattache peut-être au Michel 
d'Arande dont nous avons parlé ci -dessus 
t. I col. 296. Elle comprend lo Élie Da- 
rande, pasteur de l'église de Claye en 1603, 
délégué la même année au synode national 
de Gap, puis pasteur à Amiens en 1607 ; 
à Etaples, 1617-20; il était ministre de 



l'église française de Soulhampton en 1619; 

20 Élie-Paul Darande, son fils, né le 9 janv. 
1625, maître èsartsde l'université d'Oxford, 
qui fut pasteur de l'église française de 
Canterbury en 1664 et mourut en 1669; 
il avait fait partie d'abord de l'église angli- 
cane, mais ses sympathies pour les non- 
onformistes la lui firent abandonner; 
3o Paul Darande, fils d'Élie-Paul, né en 
1632, mort en 1712. 

DARASSUS (Jean),^ né à Montauban 
vers 1650, était proposant en théologie en 
1670. Après avoir épousé Elisabeth Roma- 
gnac qui était de la même ville, il passa à 
l'étranger. On le trouve pasteur de l'église 
française de léna vers 1676 (P. Bayle, 
œuvres diverses t. l. Lettres à sa famille, 
p. 113) de Heidelberg en 1684 et d'Erlan- 
gen en 1693. L'année suivante il était cha- 
pelain du marquis Henri de Ruvigny, com- 
mandant en chef des troupes auxiliaires en 
Piémont et résident britannique auprès de 
Victor Amédée [VII, 324]. Jean Darassus 
mourut en Angleterre en 1717. — (....) 
capitaine montalbanais, 1621 (t. III col. 
876). — (Guillaume) avocat à Montauban, 
1683 {ibid. 401). — Pierre) id., nouveau 
converti, 1685 {ihid. 646). 

DARCE (Cï.aude), ministre à Domène 
en 1362. Voy. Darse. 

DARDALHON, architecte; ancien de 
l'église de Nîmes en 1676-1678; il avait 
fait en 1673 des réparations au temple. 

DARDIER (Rachel), épouse de M. de 
Lamberville, « Concierge du logis de Ma- 
dame » (Catherine de Bourbon), 1601 ; 
registres de Charenton [VII 188 a]. — 
Dardier, ancienne famille protestante de 
S'-Affriquedont une branche est allée s'éta- 
blir en Suisse, à S^-Gall, au XVHIme siècle. 
(Pierre), marchand, épousa au Désert, le 

21 août 1741, Elisabeth Lasserre. (Théo- 
phile), pasteur à Aulas, puis à Avignon où 
il est mort, vers 1844; a publié des Soirées 
de la semaine sainte {i vol. 8°) et un Sermon 
sur le séparatisme . — (Antoine), comman- 
dant au 18ine de ligne, épousa à Mazamet, 
où il avait pris sa retraite, Julie Bernadou, 
descendante des glorieux forçats pour la foi 
David et Pierre Bernadou. morts à Marseille 
sur leurs bancs de rameurs. — (Victor- 
Fréd.-Aimé), frère du précédent, né à 
S'-Affrique en 1789, élève de la faculté de 
Lausanne, fut pasteur de Viane (Tarn) de 
1811 à 1823, puis de Mazamet, de 1825 à 



107 



DARDIER — DARGENT 



108 



1852^ date de sa mort. Son fds, M. Charles 
Dardier, étudiant en théologie à la Faculté 
de Genève de 1839 à 1843, fut consacré en 
même temps qu'Athanase Coquerel fds dans 
une imposante cérémonie qui eut lieu à 
Mmes dans le grand temple, le 26 octobre 
1843. Soixante-et-dix pasteurs y assistaient 
et les deux pasteurs officiants étaient MM. 
Coquerel père et Dardier père. Comme in- 
spiré par ce beau souvenir, M. Charles Dar- 
dier, qui a constamment exercé les fonctions 
pastorales à Nîmes depuis l'année 1843 et 
les y exerce encore, a particulièrement ho- 
noré son ministère en y joignant des travaux 
d'érudition qui se distinguent par l'ardeur 
des recherches et la fermeté de l'esprit cri- 
tique. Dans cette voie, il fut l'un des pre- 
miers à appeler l'attention, par une série 
d'articles du Journal de Genève, sur le 
grand recueil d'Herminjard, la Correspon- 
dance des Réformateurs. Il a publié en- 
suite, outre quelques sermons : Ésdie Gasc, 
sapolitique et sa théologie, 1876, 1 vol. in-8'»; 
Michel Servet (1879), étude dans laquelle il 
établit, malgré l'opposition des médecins, 
qu'à ce martyr appartient réellement la 
découverte de la circulation du sang; en 
collaboration avec A. Ficherai- Dai^dier : 
Correspondance de Paul Rabaut ; Paris, 
Grassart, 2 vol. in-8», 1884. 

DARDILOZE (Jean), ministre à Mazè- 
res, 1583. 

DARETS ou Darret (Jean) prédicant 
en Picardie, 1 768 {Bull. VII, 44) ; délégué 
au synode de la province, nov.-déc. 1779 
{ib. VIII, 55). — (Jean), brasseur, et Jac- 
ques, laboureur, tous deux de Sedan, ré- 
fugiés à Halbcrstadt en Prusse, avec leurs 
femmes et enfants, 1703. 

DARÈNES (Simon), ministre à S'-Quin- 
tin en 1558; à St-Genieys, dioc. d'Uzès, 
1568-69; à Monlaren, 1569-70; à St-Ge- 
nieys, à Fons, St-Mamet, 1570-88 ; à Mon t- 
pezat, 1589-92 ; à Montignargues, 1592- 
93 ; à St-Quintin, 1594 ; à St-Genieys, 1595. 
— (....) cordonnier de Clermont en Au- 
vergne,reçu habit, de Genève, sept. 1572. 

DARGÊINT, nom d'une famille de San- 
cerre (Haag, IV 204) qui a occupé dans 
cette ville des postes honorables pendant 
plus d'un siècle. En 1569, Claude Dargent, 
capitaine d'infanterie, contribua à la dé- 
fense de Sancerre. En 1572, Louis Dargent 
se signala au siège célèbre de cette ville, 
dont iVtco/as Dargent signa la capitulation. 



En 1590, David Dargent, garde du corps 
de Henri IV, fut tué avec deux de ses trois 
fds sous les murs de Montihéry. Abel Dar- 
gent, fds d'un autre yl 6e/, greffier au grenier 
à sel, alla étudier à Genève où il est ins- 
crit, 2 déc. 1618 (Abel Dargenteus sacro- 
caesariensis), sur le Livre du recteur. Il 
termina ses études à l'université de Se- 
dan où il soutint, en 1626 et 1630, deux 
thèses l'une De summo controversiarum cir- 
ca religionem itidice, l'autre De cultu unius 
Dei nec non de angelorum et sanctorum 
invocatione et imaginum cultu, sous la pré- 
sidence de Du Moulin ; elles sont insérées 
dans les Thèses sedanenses. Mais il se dis- 
tingua surtout en composant un poème 
qu'il dédia au duc de Bouillon et qu'il in- 
titula : 

La semaine d'Argent contenant l'histoire 
de la seconde Création ou Restauration du 
genre humain; Sedan, Jacq. de Turenne, 
1629 in-8o; prétendue 2e édit., Sedan, J. 
Jeannon, 1630; prétendue 3e édit., Sedan, 
J. Jeannon, 1632 (Bibliot. de l'arsenal, 
7575.) Ce poème est divisé en 7 journées 
ou livres : I, vie du précurseur, Jean-Bap- 
tiste ; II, naissance et enfance de Jésus ; 
III, son enseignement ; IV, ses miracles ; 
V, sa passion; VI, sa résurrection; VII, le 
jugement dernier et la béatitude éternelle. 
L'auteur avait probablement l'ambition 
de s'égaler à Du Bartas, mais il lui man- 
quait la verve poétique. Il ne déclare point 
sa religion si ce n'est par la manière dont 
il parle quelquefois (par exemple sur le 
purgatoire, p. 212) et ne dit pas son nom 
si ce n'est dans cet anagramme final : 

Je ne me lasse point de chanter ta louange. 

Puisque pour te louer j'aspire au 

BEL ART D'ANGE. 

En 1634, il se présenta devant le synode 
provincial assemblé à Mer pour se faire 
recevoir ministre, avec son condisciple 
Jean Bonneau. Nommé alors pasteur à Châ- 
teaudun, il obtint, en 1641, du synode 
prov. de Mer, la permission d'aller desser- 
vir l'église de Favières au pays Chartrain, 
et le synode se plut à lui rendre le témoi- 
gnage « qu'il avoit exercé son ministère 
avec grande édification, doué de bonne et 
saine doctrine, exemplaire en piété et 
probité. » Quatre ans plus tard, nous re- 
trouvons le nom d'Abel Dargent sur la 
liste des apostats dressée par le synode 



I 




109 



DARGENT — DARNATIGUES 



110 



natiênal de Charenton. Poupard nous ap- 
prend que sa vie continua d'être exem- 
plaire et qu'il mourut, en 1632, à l'hôpital 
de Sancerre, dans l'exercice des œuvres de 
charité. 

Vers la même époque vivaient Michel 
Dargent, lieutenant des chevau- légers de la 
maison du roi, et Jean Dargent, capitaine au 
régimentdeBussi. Ce dernier, mort en 1655, 
eut un lils, Jean, qui épousa Anne Léveillé 
et en eut Claude, marié, 1696, à Jeanne 
fille de PierrePe/tow/iet de Catherine Cour- 
tillat. En 1700, Claude Dargent fut jeté à la 
Bastille, et sa fille enfermée aux Nouvelles- 
catholiques (E 3386) ; mais en dépit des per- 
sécutions, cette branche de la famille Dar- 
gent persista à professer la reHgion réfor- 
mée; elle s'établit dans l'Orléanais, où 
elle subsistait encore à la fin du dernier 
siècle. — Il y avait à Paris une famille Dar- 
gent, orfèvres et horlogers, qui eut h souf- 
frir à l'époque de la Révocation (Rég.de Cha- 
renton et Bib. nat., pap. Delamare, 21623, 
f<* 360). — D'autres Dargent passèrent en 
Angleterre, parmi lesquels on en cite deux 
qui entrèrent dans les gardes du roi Guil- 
laume. Deux autres, nommés Jean et Jac- 
ques, furent directeurs de l'hôpital français 
en 1756 et 1762. Nous avons déjà men- 
tionné (t. II col. 695 lig. 5) le collabora- 
teur de La Chapelle dans la rédaction de la 
Nouvelle Bibliothèque. 

DARGILLÈRES (Antoine), fut pendant 
(|uelques mois pensionnaire de LL. EE. de 
Berne à l'académie de Lausanne, en 1553. 
C'est sans doute le même qui fut condamné 
à mort en 1562 pour avoir pris le parti de 
Servet. Gonf. Douen, Cl. Marot, I, 380 
(Vuilleumier). 

DARIER. « Jacques Darier, d'Auvergne, 
cousturier », reçu habitant de Genève, 
12 fév. 1573. — (David) de La Mure en 
Dauphiné, assisté à Genève d'un viatique 
pour passer en Suisse, 1685. — Marie 
Darié ou Dariès, de Laussure, assistée à 
Lausanne, 1688-92. — Alexandre et Pierre 
Darieu, de La Mure, assistés à Genève, 
1706 et 1708. 

DABIETTE (Antoine), de Suchère près 
La Rochelle, assisté à Lausanne, avec sa 
femme et ses enfants, se rendant en Alle- 
magne, avril 1699. — (Catherine Henriette) 
enfermée aux Ursulines de la Rochelle, 
1728 (E 341 4). 

DARIOT (Claude) érudit et médecin 



bourguignon, né en 1530. Il se réfugia 
après la Si- Barthélémy à Genève oti il est 
inscrit en ces termes sur le registre des 
habitants « Du 14 septemb. 1572, Claude 
Dariot médecin de Beaune. » Il resta quel- 
que temps à Genève car on le trouve, au 
courant de l'année 1573 louant un appar- 
tement dans le haut de la ville (P. Dela- 
rue not. VIII 220). Cependant il revint k 
Beaune oti il mourut en 1594; laissant 
beaucoup d'ouvrages dont plusieurs accu- 
sent une foi malheureuse à l'astrologie : 

I. De electionibus principiorum idoneo- 
rum rébus inchoandis, Lugd., 1557, in-4; 
trad. en franc, et publié à la suite de l'in- 
troduction au Jugement des astres (Lyon, 
1558). A la fin du vol., on trouve un 
traité du même auteur De morhis et diebus 
criticis ex astrorum motu cognoscendis. 

II. Ad astrorum judicia facilis iiitroduc- 
tio. — De electionibus principiorum. — 
De prœparatione medicamentorum. Ces 
trois traités ont été publiés ensemble à 
Lyon, 1582, in-8o. — Le premier, trad. 
en franc, a été imp. la même année à 
Lyon. 

III. La grande chirurgie de Paracelse, 
mise en français, Lyon, 1593, in-4°; réimp. 
avec un Discours de la goutte et trois Trai- 
tés de In préparation des médicamens, 
Lyon, 1603, in-4o; Montbéliard, 1608, 
in-8o. 

IV. Varia ad arteni medicam et chymi- 
cam introductio, msc. qui se trouvait par- 
mi ceux de Philibert de La Mare. 



Lacroix du Maine et Du Veidier. 
Gandelot, Hist. de Beaune, 1772. 



L'abbé 



DARMAJOUX de Lauvebgnac, gentil- 
homme de S^-Maixent, emprisonné au 
château de Saumur avec plusieurs autres 
qui résistaient comme lui aux édits contre 
la religion réformée, 1767 (E 3599). 

DARNATIGUES (Jean), de Puylaurens, 
fils de David, procureur en la cour royale 
de cette ville, étudia la théologie à Mon- 
tauban, où il fut, nov. 1655, un des argu- 
mentateurs de la thèse de Jean Verdier 
sur les enfers. De inferis et damnatorum 
in eo loco natura, puis de celle de Martel 
(André), De lege et evangelio. Il fut ministre 
de La Bastide-de-Lérans de 1659 à 1668; 
de Carmaing, 1668-82 ; et assista comme 
ministre de Carmaing aux synodes de 
Santonin 1672 et de Saverdun 1678. A la 



111 



DARNATIGTJES — DARRAS 



112 



Révocation, il reçoit un certificat pour sor- 
tir du royaume (Arcli. de l'Hérault, certif. 
279), s'embarque à Bordeaux et arrive à 
Amsterdam, où il est inscrit avec sa femme, 
Anne de Penna, le 5 fév. 1686. Il fut un 
des prédicateurs de la nouvelle église wal- 
lonne d'Amsterdam, Bull. V 372, VU, 452. 
Mort en 1690. 

1. DARRAS (François de) ou d'Arras, 
ministre d'Arudy en Béarn. Témoin, en 
1683, avec Arnaud ilfot^/ios ministre d'Olo- 
ron, du mariage de Jean Fauger, de Sé- 
ville, avec Suzanne, fille de Bernard d'JEs- 
cout ministre de Bielle et d'Anne de La 
Forcade, 5 sept. 1583. En 1591, il fait un 
prêt d'argent (l'acte le nomme de Ras ; E 
1890 fo 32) ; en 1592, vend diverses terres 
qu'il possède à Arudy ; 8 mai 1592, épouse 
Marie de Morlaas, d'OIoron; tém. Bernard 
d'Enguassa-Guilhem seig"" d'Arros et le 
ministre d'OIoron, Jean de Diserotte. Ar- 
chiv. des B.-Pyr. E 1799, 1876, 1890. 
(Raymond) . 

2. DARRAS (Mathurin) « sargier, natif 
de Beauvays en Beauvaisin, » reçu habi- 
tant de Genève, mai 1559. 

3. DARRAS (Jean), imprimeur à Metz, 
reçu bourgeois de Metz le 13 août 1563, 
marié à Anne fille de Henry Le Maçon. 
Un avocat de Si-Mihiel, Jacques Busselot, 
après avoir signé une requête ' par la- 
quelle des habitants de cette ville et des 
environs sollicitaient, en 1560, la permis- 
sion d'entendre prêcher librement l'évan- 
gile, se retira prudemment, 30 mai 1563, 
emportant 80 fr. pour toute fortune et em- 
menant sa famille avec lui. H s'établit à 
Metz et y acquit plus tard le droit de 
bourgeoisie. Au mois de novembre, il s'as- 
socia « deux compagnons imprimeurs peu 
4 auparavant venus en ce lieu, Jean Dar- 
« ras et Odinet Basset ", sous condition de 
« les fournir de papier et de prendre à sa 
« charge la moitié de leurs besognes, à 
' quoi il employa grande somme de de- 
« niers. » (Requête de Busselot au magis- 
trat de Metz, 23 juin 1564). Les dits com- 
pagnons avaient déjà fait marché, 15 mai 
1563, avec Duchesne, de Genève, pour un 
fonds de livres et matériel d'imprimerie. 

* Elle a été publiée in extenso avec 200 signa- 
tures des pétitionnaires, Bull. XI, 423 (1862). 

* Il a déjà été fait mention de ce fait à l'art. 
Basset (t. I, col. 946), où Darras est par erreur 
Appelé Pierre au lieu de Jean. 



Darras qui avait toute la charge du trJtvail 
typographique mourut peu de temps après, 
en mai 1564, et Busselot obtint alors du 
magistrat la permission de continuer les 
ouvrages commencés ; mais il mourut dès 
1567. A la même époque, les registres de 
l'église de Metz indiquent comme réformés, 
en 1565, Jean Poincignon, imprimeur d'un 
Traité du libre arbitre, et Jean d'Erbus, 
marié en 1564 à Jeanne Thirion de Ville - 
sur-Iron. Depuis lors, il n'y eut plus à 
Metz d'imprimeur protestant mais seule- 
ment des libraires, parmi lesquels Luc 
Josse qui reprit la boutique de Busselot, 
puis Jacob Estienne qui, en 1685, parvint 
à grand'peine à s'échapper et dont un fils 
établit une imprimerie à Gassel. A propos 
de l'imprimerie messine, il faut noter que 
dès 1482 on signale à Metz un atelier que 
dirigeaient alors Jean Colini, religieux 
carme, et Gérard de Villeneuve (Guvier). 
Voici un acte genevois (J. Ragueau not.V, 
1035) qui fait plus amplement connaître 
Darras et la typographie de son temps : 

Pertnission d'bnpvimer les pseaulmes. 
L'an 1563 et le 9" jour de juillet... s'est 
constitué honor. sire Anthoine Vincent, 
fils d'honorable sire Anthoine Vincent mar- 
chant bourgeoys et citoyen de Lyon, lequel 
suyvant le privilège a luy donné et octroyé 
par le Roy de France pour l'impression des 
psalmes du prophète David, a permys et 
consenty comme par ces présentes il per- 
mect et consent a honeste Jehan Darras, 
natif de Ville sur Ii'on au pays de Barroys 
et imprimeur demourant en la ville de Metz 
en Loi-raine, présent et acceptant pour luy 
et ses héritiers, de imprimer et faire impri- 
mer en la dicte ville de Metz et non ailleurs 
durant le temps et terme de huict années 
prochaines entières et consequutives, com- 
mençant cejourdhuy date des présentes, à 
une presse tant seulement et en troys sortes 
de volumes, ascavoir h huict, h seze et a 
trente deux pages et en divers et beaux ca- 
ractères, tous les d. psalmes du prophète 
David traduictz selon la vérité hébraïque et 
mys en rithme françoise et bonne musique, 
comme a esté bien veu et cognu par gens 
doctes en la saincte escripture et esdictes 
langues et aussy en l'art de musique. Les- 
quelz le dict Jehan Darras pi-omect faire 
imprimer au dict lieu de Metz et non ail- 
leurs, bien, diligemment et correctement et 
en bon papier et beaux caractères, a peine 
de payer tous despens domages et iutérestz 



i 



113 



DARRAS 



DARVIEU 



114 



qui sea ensuyvronl. Ausquelz psalmes ne 
pourra adjouxter ny diminuer aulcune chose 
comme que ce soyt, et a la chai'ge que le 
dict Darras sera tenu payer en deniers 
comptans six et deux tiers pour chascune 
somme de cent livres de ce que montera 
chascune impression qu'il fera eps dictz 
psalmes, applicables les dictz six et deux 
tiers pour cent aux pauvres estrangers do- 
mestiques de la foy retirez en ceste église 
de Genève; Et par luy payables en ceste d. 
ville et cité de G. aux despens d'iceluy Dar- 
ras a la fin de chascune impression et telle- 
ment que incontinent après que chascune 
des d. impressions sera achevée le dit Darras 
sera tenu de faire tenir les dits six et deux 
tiers... Ce qu'il a promis en présence de 
noble Jehan Dallamont, lun des diacres de 

ceste église de Genève Item a la charge 

et soubz condition que le dit Darras sera 
tenu et a promis de bailler aux paouvres de 
l'église l'éformée de Metz telle part et por- 
tion de profit qui sera advisée par les minis- 
tres et diacres de la d. église de Metz et 
pour chascun cent d'impression des d. psal- 
mes payable comme cy dessus est dict. Etc. 

DARRIGRAND, ministre béarnais, en 
fonctions à Thèse, 1638;àLagor, 1656-67. 
— Son fils [Haag, IV 205] fut ministre de 
Maslacq enBéarn de 1676 à 1685. L'édit qui 
révoquait celui de Nantes ayant prescrit 
aux ministres qui ne voudraient pas se con- 
vertir, de sortir de France, Darrigrand fit 
ses préparatifs de départ, et il s'était déjà, 
embarqué à Rayonne, lorsqu'en vertu d'un 
ordre de l'intendant Foucaul t, il fut enfermé 
dans la citadelle de S'-Jean-Pied-de-Port, 
1685. Quel était le motif de cette mesure 
arbitraire? Jamais il ne le sut. Pendant 
deux ans, il resta plongé dans un cachot 
et soumis à des traitements si cruels qu'il 
contracta une maladie dont il n'était pas 
guéri en 1711. Ses bourreaux eux-mêmes 
eurent pitié de lui, et pour lui ouvrir les 
portes de sa prison, ils supposèrent qu'il 
avait abjuré. Darrigrand fut donc renvoyé 
dans sa famille; et bien qu'en toute occa- 
sion, il protestât contre cette prétendue 
abjuration, et refusât de se soumettre à 
aucun acte de la religion romaine, tant 
que la guerre dura, on le laissa tranquille ; 
mais après la paix de Ryswick, il fut cité 
devant le parlement de Pau. En présence 
des jugeSj il protesta encore, comme il 
n'avait pas cessé de le faire, qu'il n'avait 



jamais abjuré ; cependant, on se contenta 
de le reléguer à Lescar. 

DARROYA, ministre de Boisse en 1665, 
de Libourne en 1671. 

DARSE ou d'Arse (Les d'ies), « deux 
sœnrs, filles du baron Darse, » des Géven- 
nes ; assistées de 2 écus par mois à Genève ; 
1697. Voy. Ars. — Louis Darse, de Cha- 
lon sur Saône, mis à mort en 1562. 

DARTENAY de St-Lô. étudiant à Ge- 
nève (Petrus Darlenseus de La Hoguette^ 
Sanlaudensis, de S^-Lô), en 1640. — David 
Darthenay de S^-Lô, 53 ans, et David Em- 
menj de Caen, 51 ans, tous deux propo- 
sans ; assistés à Londres, 1705-1710. 

Dartiguelouve, écrit quelquefois et à 
tort Dartiguelongue ou d'Artignalobe. 
Voyez t. IV, col. 1058. 

DARTIGUES, ministre de Favillet, bas- 
se Guyenne, 1671 (Tt 267). Conf. Artigues. 

DARTOIS (Louis), pasteur à S'e-Hermi- 
ne, 1663. 

DARUT (Jean), marchand à Lyon, 1562 
[VII 455 a]; — (Jean et Guillot) massa- 
crés à Lyon, 1572. — (Pierre) natif de La 
Forteresse en Dauphiné, afianeur,reçu ha- 
bitant à Genève, 1559. 

1. DARVIEU ou d'Arvieu (Le baron) 
conseiller, de 1580 à 1585, à la chambre 
mi-partie del'Isle en Albigeois [VIII 525a] ; 
voyez Béranger d'Arvieu, t. II col. 292. 

2. DARVIEU (JosLTK, aliàsOsus) fut ap- 
pelé à Nîmes en 1637 pour être à la fois 
pasteur de l'Eglise et professeur à l'acadé- 
mie. C'était un homme dont l'éloquence 
égalait le zèle. Le synode du bas Langue- 
doc, tenu cette année à Lunel, confirma le 
choix qui avait été fait par le consistoire. 
Nous ne connaissons aucun ouvrage im- 
primé de Darvieu ; mais il fit, selon la 
coutume du temps, diverses dissertations 
qui servaient à exercer les élèves à la dis- 
cussion publique. Le synode du bas Lan- 
guedoc de 1660 en cite une qui était inti- 
tidée : De simplicitate et immutabilitate 
Dei; mais on ne dit pas si elle fut impri- 
mée. Quand l'académie fut supprimée en 
1661, Darvieu quitta Nîmes, et fut placé 
comme pasteur à Langlade, dont il desser- 
vit l'église pendant le reste de ses jours, à 
ce qu'assure du moins M. A. Borrel {Hist. 
de l'égl. réf., de Nîmes, 2'ne édit., p. 254). 
Nous trouvons cependant dans la copie des 
synodes du bas Languedoc, conservée aux 
archives du consistoire de Nîmes^ un Dar- 



115 



DARVIEU 



DASSAS 



116 



vieu qui, après avoir été pasteur de Lan- 
glade en 1663 et 1666, passa à l'église de 
Vergèse en 1667 et en fut pasteur jusqu'en 
1674. C'est bien selon toutes les apparen- 
ces le même qui avait été pasteur et pro- 
fesseur à JNîmes de 1635 à 1664. Comme 
son nom ne figure plus à partir de 1674 dans 
les listes des synodes du bas Languedoc, 
on est autorisé à penser qu'il mourut dans 
la seconde moitié de cette année (Nicolas) . 

Il avait épousé, en arrivant à iSîmcs, 
1638, Claudine Rollane dont il eut une 
fille, IsABEAu, née le 15 déc. 1642, mariée 
à Henri Ducros docteur en droit et avocat 
au présidial de Nîmes {Bull. VII 136). De- 
venue veuve à l'époque de la Révocation, 
elle quitta la France avec ses cinq enfants 
et le pasteur Ducros son beau-frère. Ses 
biens passèrent au pasteur AnnibalDarvieu, 
son cousin germain, qui avait abjuré. 

Josué avait un frère, Paul Darvieu, ma- 
rié à Louise de Reynaud, dont il eut un 
fils, ANNmAL, qui devint pasteur de Sou- 
dorgues en Cévennes et assista en cette 
qualité à divers synodes, 1669 à 1678, mais 
après la Révocation il abjura et une or- 
donnance du sénéchal de Nîmes, du 19 janv. 
1690, le mit en possession, comme nous 
venons de le dire, des biens de sa cousine 
Isabeau. Il avait un fils, François, qui 
resta à Nîmes, converti comme son père, 
et touchait encore en 1725 une pension de 
300 1. au nom du roi; plus une fille, Fran- 
çoise, mariée à Pierre Vala. Nous n'osons 
pas affirmer que ce soit à elle que fait allu- 
sion la phrase suivante inscrite sur les 
registres de Lausanne : « M'ie Darvieux, 
« fille d'un ministre qui est resté en 
« France, assistée le 6 déc. 1698. » 

Le rappel du prénom Annibal nous fait 
croire qu'à la même famille appartenait 
Jean-Raptiste-ANNiBAL Darvieu né à Gan- 
ges le 19 mai 1772, marié (4 floréal an X) 
à Françoise-Henriette fille de .Jean Pourta- 
lès, ancien capitaine au service de Hol- 
lande. Il avait commencé par étudier la 
théologie, mais il y renonça pour embras- 
ser une carrière commerciale et sacrifia 
aussi sa religion, en 1815, au désir d'obte- 
nir des lettres de noblesse qu'il pensait 
avoir méritées en professant d'ardentes 
opinions royalistes. Il était adjoint au 
maire de Ganges. Sa femme et son fils ca- 
det suivirent son exemple, mais son fils 
aîné, Jules, resta protestant et sa descen- 



dance l'est encore aujourd'hui. Il fut père 
de J.-B. Annibal Jules de Darvieu docteur 
médecin à Ganges, père à son tour d'une 
fille, Henriette-Emma, mariée à M. Gabriel 
Lafont et d'un fils, J.-B. Annibal-Louis- 
Albert, docteur en médecine à Ganges 
(Cazalis). 

DARZILLAN [Jean), des Cévennes, car- 
deur de laine, réfugié à Spandow, 1698. — 
Jacques Dasquier, d'Oze en Languedoc, 
Id. à Stargardt avec femme et enfant, 
1698. 

DASSAS, comme on l'a souvent écrit, 
mais D'ASSAS suivant la bonne leçon, est 
le nom d'une famille célèbre du Langue- 
doc [Haag, I 142 et IV 208]. = Armes : 
d'or au chevron d'azur accomp. en chef de 
2 pins de sinople, en pointe d'un croissant 
de gueule ; au chef chargé de 3 étoiles d'or. 

Assas est un village près Montpellier ^ 
Cette famille en a pris son nom. Les his- 
toriens de Montpellier et les généalogistes 
du pays citent des actes de 1239, 1335, 
1428 etc. où figurent des Dassas, mais l'un 
d'eux en avait vendu la seigneurie long- 
temps avant la Révolution. L'examen de ces 
actes du moyen âge serait ici superflu ; con- 
tentons-nous de remonter à l'année 1567, 
où nous avons vu (t. II, col. 290, lig. 7) un 
Jean d' Assas seigneur de Peyregrosse en- 
trer dans une famille très protestante en 
épousant d"e Rourguette ou Rourguine 
Béranger de Caladon, tandis que son frère 
puîné, Antiioine d' Assas, seig. de Cham- 
fort, épousa (suivant contrat passé par 
Me Esmenard notaire à Sumène) le 2 févr. 
1578, Élix nièce de Rourguette. La Re- 
forme fut prêchée pour la première fois au 
Vigan en 1556; c'est à cette époque pro- 
bablement que les deux familles avaient 
abandonné les croyances catholiques. Ral- 
THAZAR, fils aîné de Jean d'Assas mourut en 
nommant Fulcrand, son frère, pour cura- 
teur de ses enfants (M« Doulmet, notaire 
à Sumène, 4 févr. 1583), acte dans lequel 
intervint Rourguette veuve de Jean, habi- 
tante de St- André de Magencoules. Ful- 
crand d'Assas assista, avec son fils Fulcrand 
sr de Lavit * et son parent d'Assas de 

' Cant. d'Aniane; 250 habit. Au moment de la 
Révolution, il appartenait â une famille de La Clos. 

* Le château de Lavit ou mieux La Vit, â 1 8 kil. 
du Vigan, porte aujourd'hui le nom de château 
d'Assas et sert d'habitation au fermier du marquis 
Fulcrand d'Assas. 



I 



117 



DASSAS 



118 



Marcassargues, à une assemblée deg églises 
du Languedoc qui se tint à Montpellier le 
15 janv. 1594 pour rédiger, jurer et signer 
un serment d'Union des églises réformées 
et de fidélité au Roi, beau et respectable 
document qui a été imprimé déjà (Bull. 
XXIII 466) mais dont nous jugeons utile 
de donner ici une édition nouvelle et re- 



Nous, députés tant de la Noblesse que de 
l'Eglise et du Tiers-état de la Religion ré- 
formée du haut et bas Languedoc, Vivarois, 
Gévaudan, Cévennes et autres dudit Gouver- 
nement, assemblés en la ville de Montpel- 
lier, protestons tous que nous n'avons rien 
tant en recommandation que l'honneur de 
Dieu, l'advancement de l'Estat et couronne 
de France et le service de nostre souverain 
prince Henry quatriesme, Roy de France et 
de Navarre, lequel seul nous recognoissons 
pour nostre roy légitime et pour nostre chef 
et protecteur pi'ivativement h tous autres 
avec un zèle ardent de luy rendre jusques 
au dernier souspir de nos vies la fidélité, 
l'obéissance et affection que nous luy debvons, 
nous asseurans qu'il nous tiendra tousjours 
soubz sa protection et sauvegarde comme 
ses très lidelles et très humbles subjectz et 
serviteurs, et nous laissera vivre en la liberté 
de nos consciences et exercice de nostre 
Religion. Gomme aussi nous protestons de 
vouloir exposer nos moiens et nos vies pour 
le service de sa dite majesté contre toutes 
les Ligues et partis qui sont desja formez ou 
qui le pourroynt estre a l'advenir contre sa 
volonté et qui ne tendront à son service et 
a la conservation de sa coronne. Et néant- 
moins de nous opposer de toute nostre puis- 
sance contre tous ceux qui voudi'oynt extor- 
quer des édictz ou autres provisions préju- 
diciables h nostre Religion. Et pour avoir 
tant plus de moyen de ce faire, Jurons devant 
Dieu, les mains levées au ciel, et promettons 
les uns envers les autres de nous tenir, et 
maintenir ensemble fidellement en union et 
association entière et fraternité mutuelle ; 
parfaite et perdurable h jamais en toutes 
choses, saintes et civilles ; Ne fère tous en- 
semble qu'un mesme corps, nous communi- 
quer toutes choses requises d'une sainte, 
civille et fraternelle communication, univer- 
sellement utiles et nécessaires aladite Union 
et conjonction très estroitte de ses Eglises 
et de tous ceux en particulier quy feront 
profession de la dite Religion comme frères 
et domestiques en la maison du Seigneur ; 
de nous exposer les uns pour les autres au 



besoing quand nous en serons requis sans 
espargner nos biens, nos moiens et nos per- 
sonnes, mesmes aux plus eslongnez ; Nous 
tenir tousjours bien advertis respectivement 
de fout ce qui pourra servir a la conserva- 
tion et seureté les uns des autres, mesmes 
s'entresecourir d'hommes la part oti il apar- 
tiendra selon la nécessité des requérans, 
soubz le bon plaisir toutes fois de sa Ma- 
jesté ; Surtout de nous despartir aucune- 
ment de la dite Union, ne prendre aucun 
autre contraire ne neutre parti, quelques 
commodités et conditions quy nous soint 
présentées, retenant tousjours nostre en- 
tière fidélité a l'Estat de France et à nostre 
souverain Prince, n'ayans autre but que la 
gloire de Dieu, l'advancement du règne de 
Christ, le bien et service de ceste Coronne, 
et le commun repos de ce Royaulme ; i-ece- 
vans les commandemens quy nous seront 
faytz tant de sa part immédiatement, que 
des gouverneurs et lieutenans généraux de 
S. M. en ceste province. 

Laquelle Union nous avons tous juré l'un 
après l'autre et signée de nostre propre 
main avec promesse de poursuivre que 
mesme serment soit faict tant par le surplus 
de la Noblesse quy n'a moien de s'y trouver 
que par les autres de la Religion de ceste 
province. Et ce toutes fois sans nous des- 
partir aucunement de l'Union generalle des 
Eglises de ce Royaulme alaq. nous desirons 
de tant plus de nous conformer. Et adve- 
nant que aucun de nostre Religion refusast 
de se joindre à cette dite Union ou s'en 
voulust soustraire, il sera tenu pour enne- 
my de la Religion et réputé comme perfide 
et déserteur du service du Roy et de la 
Cause de ses Eglises. Protestans aussy de 
vouloir demeurer joints et unis a tous les 
autres fidelles subjectz et serviteurs de 
S. M. sans distinction ou difïérence quel- 
conque de religion en toutes choses quy 
concernent le service de S. M., conserva- 
tion de la coronne, repos et soulagemens du 
public. Faict en la dicte assemblée ce 
25' janvier 1594. 

Bertichères S. Estève. 

D'Anduze. 

Beaufort [de Vabres de Beaufort marquis 
d'Avèze]. 

Foudy S. Michel. 

De Toiras. 

Saint-Chapte. 

Du Plan. 

Saint- Just. 

Dupoux. 

Lavallettc. 



119 



DASSAS 



120 



Bu Causse. 

Claret. 

De Lhong. 

JD'Assas [Fulcrand]. 

De Lavit [Fulcrand II fils du précédent]. 

S. André de Valbornie. 

De la garde [La Nougarède s' De Lagarde] . 

De Tournac. 

Montvaillant. 

S. Véran. 

Marcassargues [autre branche des d' As- 
sas]. 

De Lavalette. 

Vebron. 

Ayres. 

Pondre. 

Villevieille. 

Malbois S. Jean [Malbois de S' Jean du 
Bruel]. 

Auban. 

Petit. 

D' Aire-ventouse. 

Dur fort. 

S. Marsal. 

La Caumette. 

De Panât. 

De Vergesas. 

De Garrigues. 

S. Jullian, — tous gentilshommes. 

Par/an, Bernadin Codur, Gigord miuis- 
ti'es de Montpellier. 

Claveyrolles et Ponsard ministres, et au- 
tres, pour le colloque de Nîmes. 

Brunyer et Gallone ministres pour le 
colloque d'Uzès. 

Alfone et Jean Reboiil ministres, et au- 
tres pour le colloque d'Anduze. 

Villete^ et Jean-de-Dieu Reliant pour le 
colloque du Vigan et Sauve. 

Robert Maillart et Jean Tinel pour le 
colloque de S. Germain [de Calbei'te]. 

De Masseverain, Josué Rossel, Pierre 
Rossel ministres du colloque de Montpellier 
députés pour Melguel, Gignac et Bedarieux. 

Nautonier ministre de Réalmont : Pruols 
également du dioc. de Castres, Alby et 
S. Anthoine. 

Rossel ministre de Mazamet, pour les 
dioc. de Lavaur et comté de Caramau. 

Fontanon, Garnier et Reynier consuls de 
Montpellier. 

Cabners consul et syndic du dioc. de 
Nîmes; Reynaud député de Nîmes. 

* Au 1. 1. col. 237, lig. 17, nous avons mentionné 
ce pasteur en lui donnant André pour nom de 
famille; c'est une erreur ; il se nommait Guillaume- 
André de Villete. 



Reynaudaud consul et syndic du dioc. 
d'Uzès. 

Ginioux consul de S. Ambrois. 

Bertrandy consul de Marsilhargues. 

De Latynes député du dioc. de Lavaur et 
pays de Lauraguais ; Gâches du dioc. de 
Castres, Alby et S. Pons. 

Mercier ministre et Meissonnier, députés 
du Yivarais. 

Duvillar syndic du pays des Sévènes [de 
la viguerie du Vigan et Meyrueis]. 

Abric consul de Ganges; Ortet [d'Hortet 
sieur de l'Espigarié] premier consul du Vigan 
et Ganges. 

Balmier consul de Melguel. 

Yllaire député de la ville des Vans. 

Nttel consul de Lunel. 

Petit consul d'Anduze. 

Pons André et Pierre Pasqual consul et 
député de la ville d'AUez. 

Anthoine Ceublet second consul de Sauve. 

Benezech et Coniitie députés d'Aimar- 
gues. 

Aillan député de Marsillargues. 

Ainsi a esté juré par tous ceulx quy sont 
y dessus nommés et qui ont signés aux ori- 
ginaux pardevant nous conseiller et magis- 
trat conduisant l'action en la dicte assem- 
blée, Pauch conseiller. — Et le 16' jour de 
mars 1594, en la ville du Vigan, .... ont 
signé suyvant leurs pouvoirs qu'ils ont apor- 
tés de leurs Eglises et communautés adhé- 
l'ans aux conclusions prises à, ladite assem-^ 
blée de Montpellier : 

J. de La Far elle, juge. 

De Mandagot [Pierre de Mandagout seig' 
du dit lieu]. 

Genestons [Ginestous du Vigan]. 

Mondardier [de Ginestous seig'' de Mont- 
dardier] . 

De Vissée [Henri de Vissée, sieur de Pra- 
diues, d'Aulas]. 

Labilière [Lacour de La Billière ou Bel- 
lière, d'Aulas]. 

H. Dupong [Hugues Dupon seig' de Ser- 
res; aujourdhui barons de Roquedols]. 

De Leuzières [Raymond de Leuzières 
sieur des Clapiés] . 

Du Fromental [Sei're s"" du Fromental; 
aujourdhui comtes de S. Roman]. 

P. Vissée [Pierre de Vissée s' de la Cos- 
tete, d'Aumessas]. 

D'Assas [Fulcrand Dassas, du Vigan]. 

Darénes. [Barrai d'Arènes, du Vigan]. 

Du'pouiol [Michel du Poujol s"" de Lafons] . 

A. Roger, ministre de Ganges. Laurens 
ministre àS.Yppolyte. N. Barrauld ministre 
de Montdardier et S. Laurans. Voisin mi- 



f 



i 
1 




121 



DASSAS 



122 



nistre d'Aumessas et S. Jehan du Bruel. 
Pasquier Boust ministre d'Aulas. François 
de Croï ministre de Meyrueis. Laurens mi- 
nistre de Durfort. 

D^Ortet consul du Vigan; Sarran id.; 
Daubrassi diacre du Vigan ; Villar, ancien 
du Vigan ; de Angulan député de Meyrueis ; 
Etneran consul de Sumène ; E. Nissole 
diacre de Sumène ; A. Balsin consul d'Aulas ; 
J. Pouiade ancien d'Aulas; Martin Agitze 
député deMontdardier; Fonzes député d'Au- 
messas; A.Paradon ancien de S. Yppolyte; 
Bosquet, ancien et député de S. Jehan du 
Bruel s. 

Marques des bailli et consul de S. Laurens 
ne sachant signer. 

Du mandement de la dite assemblée, de 
Villete greffier d'icelle. 

(Archives de la ville du Vigan ant. a 1789. 
GG 1 n» 1). 

Rien d'autre n'est venu à notre connais- 
sance, de Fulcrand d'Assas, si ce n'est qu'il 
avait épousé, 25 déc. 1575, di'e Hélix de 
Bonnail, qui le rendit père d'un deuxième 
Fulcrand, seigneur de Lavit, Navacelle, 
Gaujac et autres lieux, gentilhomme ordi- 
naire de la chambre du roi, mais qui n'eu 
fut pas moins un partisan dévoué du duc 
de Rohan et de la Cause. Son père étant 
mort à la fin de l'an 1606, Fulcrand II ren- 
dit hommage, 20 mars 1607, pour le chil- 
teau de Lavit parr. de Blandas. En 1611 
la Cour ayant permis aux gentilshommes 
du royaume d'aller au secours de la répu- 
blique de Genève menacée par le duc de 
Savoye, Fulcrand d'Assas y conduisit une 
compagnie de cent hommes. On lit dans les 
registres du Conseil de Genève : 

22 mars 1611. Lettre du colloque de 
Sauve portant qu'ils nous envoyent le 
sieur d'Assaz avec une compagnie de bons 
hommes de leurs églises. Autre lettre du 
dit a M. le premier syndique portant que le 
s"" d'Assaz a reçu cent escus et a promis 
fournir du sien le reste des despens que 
feroyent les dits soldatz par les chemins. 

20 may. M' le Lieutenant et le s' de La 
Maisonneuve l'apportent que le capitaine 
d'Assaz accepte une compagnie des neuf 
qu'on retient pour la gai'nison de ceste ville 
et qu'ils luy ont dit que les gages ordinaires 
ne sont que de 8 ducatons, mais que Mes- 
sieurs auront esgard h sa qualité. Il a res- 
pondu qu'il ne veult point capituler avec 
Messieurs, mais s'en i-emet a leur volonté. 
Arresté qu'on baille au dit sieur d'Assaz la 



compagnie du cap. Constançon aux gages 
de 16 ducatons par moys pour luy, 12 pour 
son lieutenant et 8 pour son enseigne. 

En 1622, Fulcrand d'Assas prit part au 
siège de Montpellier; en 1625 il céda une 
certaine quantité de munitions à la ville du 
Vigan qui obéissait aux ordres de Rohan 
et fit partie, en 1628, des troupes de la 
viguerie qui firent une entreprise sur la 
citadelle de Montpellier. Aussi, après la 
conclusion de la paix, 1629, le prévôt de la 
sénéchaussée de Beaueaire sollicitait le 
Conseil du Vigan de livrer un canon qu'il 
possédait depuis 1621 et d'envoyer ses 
hommes valides à Blandas, pour faire le 
blocus du château de Lavit. Fidèle à Rohan 
jusqu'à la fin, Fulcrand d'Assas fut tué eu 
combattant près de lui à la bataille de Rhein- 
feld, 28 fév. 1638. De son mariage avec 
dUe Clauda de Gabriac naquirent : Claude 
qui mourut colonel en Italie à l'âge de 30 
ans; Éléonore qui épousa dans le temple 
de Molières, 30 avril 1680, André Vial 
ministre de Ganges, qu'elle suivit en Suisse 
après la Révocation ; et François d'Assas 
seigr de Lavit, La Jurade et autres lieux, 
capitaine de chevau-légers qui fut fait pri- 
sonnier par Gueldeleure bâtard du roi de 
Danemark, dont il n'obtint sa liberté, en 
1653, que moyennant une rançon onéreuse 
qui dérangea la fortune de la maison. Il 
avait épousé, 3 juin 1658, Anne de Mays- 
tre ou Maistre (aujourd'hui Mahistre)^ de 
Bréau, veuve de Daniel de Montcalm s^ de 
la Baume et la Vitgière dont il eut : 1° 
Louise née, août 1659, au Pont-Dandon; 
mariée, 10 juill. 1676, à Jean Béranger de 
Caladon sr du Boisset; morte sans postérité 
au château du Boisset près Aulas, 23 juin 
1702, ayant abjuré lors des conversions 
générales qui précédèrent la Révocation ; 
2° François, tué en 1675 au siège de Bel- 
legarde avec son frère utérin Louis de Mont- 
calm, étant tous deux aides de camp du 
comte de Schomberg; 3o autre François 
qui suit; 4° Claude, tué en Irlande à la 
suite du roi Jacques ; 5» Diane baptisée 
dans le temple de Monldardier par le pr 
Franc. Dumas; 6» Yolande, alias Jeanne, 
femme de Henry Cabanis, de Molières ; 7» 
Suzanne, femme de Jean de Lautal s^ de 
Roquan, laquelle abjura le 11 nov. 1685 ; 
8o Marie née au Pont-Dandon, 27 juin 
1668, baptisée comme sa sœur Louise au 
temple d'Aulas. 



123 



DASSAS 



124 



François d'Assas, 3e enfant du précédent, 
et seigr de Lavit^ Serres, La Bastide, Gau- 
jac, le Pont-Dandon, etc., abjura en octob. 
1685 et se distingua même par son zèle de 
nouveau converti lors des abjurations gé- 
nérales qui se firent à Molières, chef- lieu 
de la paroisse de Pont-Dandon. Aussi ob- 
tint-il bientôt le grade de capitaine des fu- 
siliers de la marine et la main ded^eMag- 
deleine, fille de Jacques de Foucquet sieur 
de Boyssebart, fillette de 16 ans qui était 
enfermée au couvent, et qui pour en 
sortir consentit k abjurer et à prendre ce 
mari. A cette condition on lui rendit les 
biens de sa famille. Ils s'épousèrent donc, 
16 janv. 1691 et habitèrent au Vigan, la 
maison Foucquet que plus tard les héritiers 
de M"ie d'Urre, née d'Assas, vendirent aux 
sœurs de S*- Vincent de Paul. C'est là que 
mourut Magdeleine de Foucquet, 28 mars 
1709, ayant donné le jour à François, né 
le 15 janv. 1694; Claude; Jeanne, 1700- 
1704; Magdeleine née en 1705; Suzanne, 
1708-1708; et Anne née en 1707. 

Le premier de ces enfants, François 
d'Assas, S' de Gaujac, fut capitaine au ré- 
gira, de Vexin-infanterie, marié en l'égli- 
se du Vigan, 13 août 1720, en présence de 
François d'Assas sieur de Ferrières (auteur 
de la branche des d'Assas Montdardier) et 
Antoine d'Assas s"" de Peyregrosse, ses cou- 
sins, à Suzanne fille de feu m^Jean Finiels 
avocat et de Marie-Anne de Salze. 

Le deuxième, Claude d'Assas [Haag, IV 
206], n'avait pas encore onze ans quand 
son père le fit tonsurer pensant qu'il pour- 
rait lui procurer un bon bénéfice dans 
l'Église. « Je l'aurais eu en effet, dit celui-ci, 
« dans la préface d'un livre qu'il traduisit 
« en anglais, si j'étais demeuré trois mois 
« de plus en France ; mais Dieu soit béni, 
« je découvris à cette époque même, avec 
« le secours d'une tante [Gabrielle de Fouc- 
« quet] les erreurs de cette religion cruelle 
« dans laquelle j'étais né. Je n'eus pas plu- 
K tôt fait cette importante découverte que 
« je m'appliquai à lire les Écritures. Je 
« n'y trouvai aucune de ces fraudes qui 
« sont si fort en vogue dans cette religion, 
« et sa fausseté me fut tellement démon- 
« trée que je me résolus à quitter mon 
« pays et toutes ses séductions pour aller 
« chercher un lieu où je pusse être à l'abri 
« de la tyrannie du pape et de tous ses 
€ adhérents, ne pouvant plus m'y sou- 



< mettre sans agir contre ma conscience. 
« Je m'en fus donc d'Avignon oti j'étudiais 
« la théologie au séminaire de S'-Charles. 
« Un des abbés de cette ville m'écrivit 
« pour me ramener, comme il disait, au 
« giron de l'Église. J'ai pu, avec l'aide de 
8 Dieu, résister à toutes ses promesses et à 
« tous les avantages qui m'ont été offerts 
« par mon père, et j'en remercierai Dieu 
« aussi longtemps que je vivrai. » 

Le livre que cet honnête homme avait 
traduit a pour titre : Quatre relations véri- 
tables du sieur de Serres de Montpellier, 
touchant ce qui s'est passé de remarquable 
dans sa prison en France pour fait de reli- 
gion etc. ; Amsterdam, 1688. Sa traduction 
est intitulée : Popish cruelty exemplified in 
the sufferings of John Serres and several 
other French gentlemen for the sake of 
conscience; Londres, 1723 '. 

A la fin de l'année qui suivit cette pu- 
blication, 8 déc. 1724, Claude d'Assas 
épousa à Londres d'ie Bénigne de Ponron- 
ce fille de Louis Lévesque de Ponronce et 
de Bénigne de Royère sa femme. C'étaient 
deux réfugiés qui s'étaient mariés dans la 
chapelle de Highgate, Middlesex, le 16 juin 
1693 et qui vivaient dans un exil austère. 
On le voit par le testament, daté de Pad- 
dington, 25 mars 1743, que Louis Léves- 
que a laissé. Claude d'Assas, à cette épo- 
que, était mort depuis longtemps ainsi que 
sa femme ; ils avaient laissé trois enfants : 
Louis-Claude, baptisé le 26 sept. 1726, 
Marie-Ann-e-Bénigne et Jeanne. Le fils 
était retourné en France, c'est-à-dire qu'il 
avait fait sa soumission religieuse et était 
par suite rentré dans ce qui pouvait rester 
de l'héritage paternel. Le grand-père, dans 
ses dernières dispositions, après avoir laissé 
tout son bien à ses deux petites filles, s'ex- 
prime en ces termes : « Je les charge de 
« vivre ensemble en paix, en union et 
» dans la crainte de Dieu; et si leur frère 
« Louis-Claude Dassas venoit en Angle- 
« terre pour les troubler je lui donne un 
« shelling par mon testament. Je conjure 
« mes petites filles de ne jamais passer en 
« France pour hériter des terres et biens 
« que nous y avons laissés pour la religion, 
« à moins que cette sainte religion n'y soit 

1 L'ouvrage original a été réimprimé avec soin 
et avec quelques additions, par M. le pasteur 
Matthieu LtUèvre à Jersey; (Paris, 1881, in-12) 
sous le titre : Un déporté pour la foi. 



125 



DASSAS 



126 



« rétablie ; je leur donne ma bénédiction 
« (le même qu'à leur frère et je prie Dieu 
« (ju'il la ratifie dans son ciel... » Il y a 
vingt ans (1864) une arrière-petite-fille de 
Marie-Anne-Bènigne, anglaise et protestan- 
te, vivait à Cette et conservait les papiers 
de cette branche de la famille. Voy. Bull. 
Xm, 251. 

Du mariage (août 1720) de François 
d'Assas S"" de Gaujac avec Suzanne Finiels 
étaient issus neuf enfants : l» François, 
né le 10 juin. 1722; 2o Marianne, 1726- 
27; 3» Jacques-François, 1729-32; 4° Ma- 
rie-Magdelaine, né le 14 nov. 1730, morte 
au Vigan, 11 déc. 1806; 5° Michel-Jean, 
1732-60; 6" Louis, dit le chevalier d'Assas 
dont nous reparlerons plus loin avec les dé- 
tails que mérite son histoire ; 7° Philippe, 
1733-36; 8o Clément, né en 1737 et mort 
jeune ; 9» Jeanne morte au Vigan, sans 
avoir été mariée, le 2 nivôse an XIII. 

L'aîné de cette génération, François ba- 
ron d'Assas, entra dans les pages de la mai- 
son de Condé à l'âge de 12 ans, devint lieu- 
tenant en 1740, assista à la prise de Pra- 
gue en 1741, fut nommé capitaine en 1743, 
prit part en cette qualité aux batailles de 
Dettingne, 1744, de Fontenoy, 1745, et au 
reste de la campagne. Il épousa au Vigan, 
13 mars 1749, Marie-Anne-Charlotte de Gi- 
nestous, et se retira dans cette ville en 
1759 avec le grade de premier capitaine au 
régiment d'Auvergne. Il y mourut le 
1er frimaire an VIII, laissant deux fils 
Jean -Charles-Marie et Jean-François. 

Jean-Charles-Marie marquis d'Assas, né 
au Vigan, 6 oct. 1756, seigMeLavit, Gau- 
jac, etc., obtint une compagnie dans le ré- 
giment Royal-Roussillon cavalerie, le 28 
fév. 1778 et fut dispensé de payer la som- 
me de 10,000 liv. qui en était le prix, en 
considération de la mort glorieuse de son 
oncle. Au même titre il possédait 300 liv. 
de la pension héréditaire. Il se retira du 
service avec le grade de chef d'escadron et 
fut fait chevalier de S'-Louis le 5 oct. 1814. 
Il s'était marié avec Elisabeth Deshault 
d'Alais dont il eut : François-Louis-Ful- 
CRAND, né et mort au Vigan, 1788-91 ; De- 
nis-Jacques-François, id. 1789 90; Anne, 
née à Alais, 12 oct. 1791, mariée au Vigan, 
11 fév. 1817, avec Mauriee-Jacques-Fran- 
çois marquis d'Urre, ancien garde du corps 
de la Compagnie écossaise, chevalier de 
SI- Jean de Jérusalem. 



Jean-François vicomte d'Assas, frère du 
précédent, né au Vigan, 15 janv. 1760, 
après avoir été quelque temps page de la 
maison du Roi, fut nommé aspirant-garde 
de la marine à Rochefort, 27 avril 1775, 
garde le 1er avril 1777, enseigne de vais- 
seau un an après, lieutenant le 1er mai 
1786, major de vaisseau et chevalier de 
S'-Louis le H fév. 1792. Il devint conseil- 
ler de l'arrond. du Vigan en 1807 et pré- 
sident du canton en 180^. Il mourut au 
Vigan, contre amiral en retraite et i pen- 
sionnaire héréditaire du Roy, » le 17 juin 
1850. De son mariage célébré au Vigan, 
18 mai 1806, avec Anne -Françoise Faven- 
tine-Montredon , naquirent lo Jeanne- 
EuDoxE née en 1807, mariée au Vigan, 9 
mai 1829, avec Franc. -Marie-Jules de Mas- 
sip de Bouillargues ; 2» Louis-Maurice, 
1809-1811; 30 Marie-Clémentine, 1810; 
4» Louis-Jos. -Raoul, 1813 ; 5° François- 
Louis, 1815, tous morts en bas âge ; 6» 
Louise-Charlotte-Gabrielle, née en 1817, 
mariée au Vigan, H juin 1843, avec J.-Jul.- 
Fulcrand-Charles de Pistoris (descendant 
du pasteur apostat Jacques Pistoris, pas- 
teur à St-Laurent-le-Minier, 1659-1684) 
capitaine d'artillerie ; 7° Marie-Philippe - 
Fulcrand, né le 31 octob. 1819. C'est 
ce dernier qui, à la mort de son oncle 
Jean-Charles -Marie, hérita du titre de 
marquis d'Assas et de la pension hérédi- 
taire. Il a épousé à la mairie de Mont- 
j)ellier, 12 juin 1844, M"e Marie-Caroline- 
Émilie fille d'Eugène Despons et de Claire- 
Hortense Creuzé de Lesser, dont deux fils 
et une fille. 

Branche d'Assas de Marcassargues. 

Cette branche commence, au 6'ue degré, 
par Pierre d'Assas seigneur de Marcassar- 
gues, fils de Valentin d'Assas et Isabelle 
de Caillou. Jean d'Assas, descendant de 
Pierre, acquit du baron d'Alais la juridic- 
tion haute, moyenne et basse de S'-Jean 
de Gardonenque. Il eut pour fils : 

Raymond d'Assas, seigr de Teliste et de 
Marcassargues, embrassa la réforme, comme 
son cousin Jean d'Assas de Saint-André-de- 
Majencoules, et épousa le 20 novembre 
1575, Marguerite de Belcastel, dont la fa- 
mille était dévouée à la cause protestante. 
Il en eut onze enfants, dont l'un appelé 
Anthoine né le 8 août 1592, fut présenté 
au baptême par son parent Claude d'Assas 
sieur de la Bornie. Les généalogistes se 



127 



DASSAS 



128 



taisent sur cet enfant qni n'est mentionné 
que dans les papiers de famille. Sa marrai- 
ne fut Isabeau d'Assas, sœur de Raymond, 
qui s'était mariée avec Christophe de Plan- 
tavit de la Pauze, ministre de la parole de 
Dieu [VIII, 261, a.] dont elle eut Jean de 
Plantavit de la Pauze, ministre qui apos- 
tasia et fut plus tard évêque de Lodève. 
Raymond d'Assas et Marguerite de Beleas- 
tel eurent 3 enfants qui leur survécurent : 
Jacques, co-seigneur de S^-Jean-de-Gardo- 
nenque ; Pierre, et une fille nommée 
Jeanne, femme en 16o0 de Jean de Tour- 
toulon, sieur de Serres, ancêtre de M. Char- 
les de Tourtoulon, « félibre » de Mont- 
pellier, qui nous a fait connaître les détails 
qui précèdent. 

Jacques d'Assas, seigneur de Marcassar- 
gues, co-seigneur de S'-Jean-de-Gardonen- 
que, épousa le 4 avril 1616, Esther Sau- 
nier, dont il eut : Jacques, Pierre, Jean, 
et une fille, Marguerite. 

Jacques II d'Assas, seigneur de Marcas- 
sargues et de S^-Jean-de-Gardonenque, fut 
père de Jean et François, qui moururent 
tous deux sans postérité. François, le der- 
nier survivant, habitait en 1668 le château 
de la Bouvière, diocèse de Mmes; il avait 
hérité des droits d'Esther de Saunier sur 
la baronnie de Barre en Gévaudan, et 
laissa ses biens, par testament du 15 sept. 
1717, à ses deux neveux Michel de Tour- 
toulon, seigr de Serres et François de Tour- 
toulon, seigi" de la Bouvière. 

Pierre d'Assas de Marcassargues, S^efiis 
de Baymond d'Assas et Marguerite de Bel- 
castel, épousa le 2 août 1618 d"e Jacquette 
de la Bastide, dont il eut : 

Jacques d'Assas, seig"" de îa Bastide, qui 
épousa le 8 mai 1665, d"e Isabeau Gue- 
rard, fille du seigneur d'Anguirenques. II 
en eut 5 enfants, dont un seul vivait au 
milieu du siècle dernier : Jean d'Assas, né 
en 1668, seigr de S'-Martin-de-Corconac, 
qui s'expatria à la Bévocation. Il servit 
d'abord l'Électeur de Brandebourg, puis le 
prince d'Orange et passa de Hollande en 
Pologne avec le grade de lieutenant-colonel. 
Après avoir fait la guerre contre les Turcs, 
il se rendit à Venise. Cette Bépublique en 
fit un brigadier de ses armées et en tira 
d'éminents services. Attiré en Espagne par 
le cardinal Alberoni, il devint maréchal de 
camp et gouverneur de la Corogne. A l'âge 
de plus de 80 ans, il quitta l'Espagne pour 



revenir dans sa terre de S^-Martin de Cor- 
conac où il mourut en 1754. 

Branche d'Assas de Mourmoirac. 

Nous savons fort peu de chose sur cette 
branche protestante [Haag, 1 142]. Laurent 
Assas, seigr de Mourmoirac ou Marmeyrac, 
vivait encore en 1590. Il eut deux fils Paul 
et François. Ce dernier épousa en 1579 
Jacquette Petit. Paul embrassa chaudement 
le parti du duc de Rohan et fut tué, 1628, 
près Vésenobre, à la tête de son régiment. 
Son fils, Jean, fui nommé capitaine au ré- 
giment de Calvière par commission du 
9 janvier 1645, et trois ans plus tard, il 
épousa Espérance Desandrieux. 

Branche d' Assas-Chamfort, d'Assas-Pey- 
regrosse et d' Assas-Montdardier . 

Nous avons nommé plus haut (col. 116) 
Antoine d'Assas seigr de Chamfort marié 
en 1578 à Élise ou Hélix Beranger de Ca- 
ladon. Ils eurent entre autres enfants : 
Claude d'Assas, s"" de La Bornie, co-sei- 
gneur de Peyregrosse et de La Boque 
Chamfort qui épousa au temple de Valle- 
raugue, 23 juin 1604, Claudine de La Bas- 
tide. Ce fut un très zélé religionnaire qui 
prit si ardemment partie pour la Cause que 
plusieurs fois parurent des ordonnances 
portant que « ses bois seraient coupés à 
hauteur d'exécution, pour cause de reli- 
gion. » Il prit aussi, en 1632, le parti de 
Gaston d'Orléans contre le roi et fut con- 
damné de ce chef, 1633, par la chambre 
criminelle des pays de Cévennes et Gévau- 
dan au supplice de la roue comme coupa- 
ble de lèse-majesté. L'arrêt ne fut pas exé- 
cuté car le délinquant testa tranquillement, 
au mois de nov. 1661, par-devant Henry 
notaire au Vigan. Il laissa trois fils : An- 
THOiNE s^de Chamfort; Pierre sr de Pey- 
regrosse ; François institué héritier par 
son père, mais décédé peu d'années après. 
Anthoine épousa au Vigan, mars 1631, 
Suzanne fille de Jean deLaFarelle, dont il 
eut lo Claude, 2° François sieur del Gros, 
marié avec Anlhoinette de Fahre, union 
d'où naquirent : 1** Jean-François s"" de 
Chamfort, 2° Jean-Louis dit le chevalier 
de Chamfort lieutenant de dragons au ré- 
gira, de Harcourt en 1729, mort célibataire 
et Philippa épouse du marquis de Tauriac. 
Jean-François d'Assas, seigr de Chamfort, 
de Hierle, Ardaillès etc. épousa dans 
l'égUse du Vigan, 16 mai 1722, Marguerite 
fille de Pierre de Brun sr de La Croix et 




129 



DASSAS 



130 



de Marquize d'Hortet « en leur moulin de 
La Croix près de Tessan, . en présence de 
Claude d'Assas chevalier de Montdardier 
son cousin, union d'où furent issues seule- 
ment trois filles. 

Pierre s"" de Peyregrosse, 2^ fils de 
Claude d'Assas de la Bornie et de Clau- 
dine de La Bastide se maria 20 janv. 1644, 
avec dUe Snzsmne Dumazel, du Vigan, dont 
il eut : Claude qui suit, François sr de 
Ferrières auteur de la branche de Mont- 
dardier, et Annibal, mort sans postérité. 
Claude épousa, juin 1663, d'ie Violant de 
Roussel. Deux enfants ; Anthoine et Fran- 
çois. Antoine, né en 1678, marié au Vigan, 
13 janv. 1712, avec d^e Jeanne^ fille de 
Jean de La Farelle seigr de Mercou et de 
Jeanne de Maystre. Ils n'eurent qu'un fils 
unique : Anthoine d'Assas-Peyregrosse, 
capitaine d'infanterie, marié avec d"e Jac- 
quette de La Valette qui lui survécut et 
mourut au Vigan, âgée de 88 ans, le 4 ni- 
vôse an IIL Ils eurent deux enfants : l" 
Louise, née au Vigan le 17 septemb. 
1742, religieuse Ursuline qui survécut à 
son frère et fut ainsi le dernier représen- 
tant de la branche de Peyregrosse; 2^ 
Louis-André, né au Vigan le 2 avril 1749, 
sous-lieutenant au régim. d'Auvergne en 
1765, major au régim. du Cap et chevalier 
de St-Louis en 1777, colonel du régim. du 
Cap en 1792. Il se relira du service avec 
ce certificat inscrit aux registres des déli - 
bérations de la mairie du Vigan, à la date 
du 25 fructidor an III : 

Nous, Maire et officiers municipaux de la 
ville du Cap et banlieue, île et côte Saint- 
Domingue, voulant donner au citoyen d'As- 
sas une preuve de notre estime et de notre 
attachement, certifions et attestons qu'il a 
été commandant général de la garde natio- 
nale de cette ville et qu'il n'a quitté la dite 
place que pour prendre celle de colonel au 
l'égim. du Cap, où il a cru pouvoir se rendre 
plus utile à la Colonie en se mettant à la 
tête d'un régiment qui a donné tant de 
preuves de valeur en combattant les révol- 
tés qui ne cessent de désoler cette malheu- 
reuse province. En lui témoignant nos re- 
grets, nous le prions d'être bien persuadé 
de toute la reconnoissance que les repré- 
sentants de la commune du Cap lui doivent 
pour les services signalés qu'il a l'endus a 
cette ville en la préservant du bouleverse- 
ment qui aurait indubitablement entraîné la 



perte de ses habitants. Nous déclarons que 
c'est par son activité et sa grande surveil- 
lance qu'ils ont été préservés de ce nouveau 
malheur : les preuves les plus frappantes 
que nous en avons sont les journées des 
14 août et 2 septemb. de l'année dernière 
où eurent lieu deux rixes affreuses entre les 
citoyens blancs et ceux de couleur. Dans la 
première il fut un de ceux qui coopérèrent 
le plus h faire rentrer tout dans l'ordre et 
n'y réussit qu'après avoir «xposé sa vie en 
se mettant entre deux feux pour dissiper 
les deux partis. Il fut moins heureux dans 
la seconde ayant eu le malheur de recevoir 
une balle au pied qui fait craindre qu'il en 
sera estropié. Nous lui donnons avec plaisir 
un témoignage de tous ces faits comme 
étant de notre pleine connoissance ... ; 
22 avril 1793, 

Le colonel Louis-André d'Assas-Peyre- 
grosse est mort à sa campagne de Bez, 
cant. du Vigan, 25 brum. au VIII, n'ayant 
pas été marié. 

François s"" de Ferrières, 2e fils de Claude 
d'Assas et de Violant de Roussel, était des 
gendarmes du roi. Il épousa au Vigan, 
16 nov, 1711, d"e Louise, fille de Pierre 
de Montfaucon et Marguerite de Roure, et 
mourut au Vigan, 19 mai 1748^ n'ayant 
eu que deux filles mortes en bas âge. 

François s»" de Ferrières, 2e fils de Pierre 
d'Assas-Peyregrosse et de Suzanne Duma- 
zel, né en 1645, capitaine de chevau-légers 
au régiment de Montbas, épousa dans le 
temple du Vigan, 18 mai 1680, dUeÉlicte, 
de Bastie ' (ou Bastie et Bastier) qu'il per- 
dit en 1683, sans postérité ; la défunte 
déclare dans son testament qu'elle « veut 
être ensevelie au cimetière de ceux de la 
R. P. R. de la ville d'Aulas. » Son mari 
contracta (13 juill. 1684) un nouveau ma- 
riage avec d'ie Anne de Ginestous-Mont- 
dardier, dame de Montdardier et du Caba- 
nis, fille de François de Ginestous, seigneur 
et ministre du lieu de Montdardier et de 
Marguerite de Faure, et « s'obligea pour 
lui et les siens à porter les noms et armes 
de la maison » de sa femme. Ce François 
d'Assas-de Ginestous-Monldardier, comme 
ses cousins du Vigan abjura la religion de 
sa famille (H nov, 1685) et sa femme fit 
bientôt de même, entraînée par l'exemple 

• Famille originaire des vallées vaudoises et 
probablement la même que celle dont il a été fait 
mention ci-dessus 1. 1, col. 956, et III, col. 1093. 



131 



DASSAS 



132 



de son père aussi bien que de son mari '. 
Il partit pour servir dans l'armée d'Italie 
(après avoir fait son testament ; Aguze not. 
à Montdardier, 24 avril 1693) et fut tué à 
la bataille de Marsailhe (octobre). Il laissa 
trois fils : 1» François ; 2o Claude dit le 
chevalier de Montdardier, mort au Vigan, 
sans postérité, 2 janv. 1728, quoiqu'il 
eût épousé, 23 fév. 1727, Jeanne Daudé 
de Valescure; 3o Pierre, cornette au ré- 
gim. de la reine, mort jeune, en 1726. 
François n'entra pas au service militaire 
quoique, dans un moment de troubles, il 
ait reçu une commission de capitaine de 
milice pour une « Compagnie de M. de 
Montdardier. • Il fut marié, 1» avec Louise 
fille de Jean Ducros bourgeois de Ganges 
(8 juin 1709) ; 2» avec Gentille de Billan- 
ges de Ressauson (12 juin 1713), et de ce 
deuxième mariage il eut : François-Claude, 
né en 1714, et Dauphine mariée (19 mai 
1733) à Pierre de Bonzes de Bourdon. 

François-Claude, vicomte d'Assas de Gi- 
nestous, seigr de Montdardier et du Caba- 
nis, étant fils unique et d'une santé déli- 
cate, fut détourné de la carrière des armes 
par ses parents qui le marièrent à l'âge de 
17 ans (17 juill. 1734) avec di'e Anne Jau- 
bert, du Vigan, dont il eut : 1» Jacques- 
François qui suit; 2o Anne, 1734-35; 3° 
Louise, 1735-38; 4» Jean Claude, né en 
1736, page chez le roi en 1750, puis lieu- 
tenant au régira, de Berry-infanterie avec 
lequel il passa au Canada où il mourut à la 
fleur de l'âge; 5° Anne, née en 1739; 6° 
Louis-Claude, né le 23 juin 1741, capi- 
taine de vaisseau, mort au Vigan, 2 mars 
1784, sans postérité ; 7° David, né le 9 oct. 
1743, garde de la marine le 14 avril 1758, 
enseigne de vaisseau en 1770, lieutenant 
en 1778: habile et courageux marin, pre- 
nant part en 1781 et 1782 à une dizaine 
de batailles maritimes livrées contre les 
Anglais dans la baie de Fort-royal, la baie 
de Chesapeack, la baie de St-Ghristophe, 
à la Guadeloupe et ailleurs; major de 
vaisseau en 1786 ; retiré du service en 1 791 
et mort en 1796 à S'-Domingue où il avait 
une habitation ; 8° jACQUEs-FoRTUNÉ,qui na- 
quit le 15 oct. 1748 et servit dix ans dans 
le régira, de Vermandois; mais ce régi- 
ment ayant été envoyé dans les colonies 



^ Voy. les notes données sur toute la famille 
par l'Intendant, en 1686; BuU. XXIX, 355 et 358. 



de l'Amérique du Sud, il ne put supporter 
le climat et dut renoncer au service ; il en- 
tra alors dans l'état ecclésiastique, devint 
vicaire-général de l'évêché d'Alais et mou- 
rut au Vigan, 28 mai 1786. 

Jacques-François, vicomte d'Assas de 
Ginestous, né le 1er mai 1733, coraraença 
sa carrière en 1747 corarae lieutenant au 
régira, de La Marche et fit en cette qualité 
la campagne de 1748. Il fut capitaine de 
dragons au régiment de Condé-Dragon^ en 
1749 ; puis passa en Allemagne avec son 
régiment en 1 757 et se trouva à presque tous 
les combats (Hastembeck, Rosbach, Min- 
den , Cravel , Corsbach) qui eurent lieu 
jusqu'à la paix (1762). Il se maria, 15 mai 
1768, avec Elisabeth de Faventine et mou- 
rut au Vigan, 16 janv. 1807, laissant un fils 
François-Clément; et trois filles qui mou- 
rurent avant lui sans avoir été mariées. 

François -Clément, comte d'Assas de Gi- 
nestous, né le 3 juin 1769, entra au service 
dans la marine royale à l'âge de douze ans, 
en 1780. Il fut embarqué en 1782 sur un 
des bâtiments qui allèrent bloquer l'île de 
Minorque, dont la conquête était entre- 
prise par les forces combinées de France et 
d'Espagne sous la conduite du duc de Gril- 
lon. Il servit vaillamment jusqu'à la fin de 
l'empire, époque où il se retira étant capi- 
taine de frégate, reçut la croix de S'-Louis 
le 10 septembre 1814 et mourut au Vigan 
le 12 févr. 1831, ayant été marié deuxfois : 
lole 17 oct. 1787 avec Madeleine-Delphine, 
fille de Jacq. Louis Aguze de Lavalette et 
de Marie Delph. Boudier de La Ribal; 
20 le 19 août 1816 avec Elisabeth-Adélaï- 
de Jaubert de Larey qui lui survécut. De 
cette dernière union seule naquit un fils, 
Louis-Joseph, qui, né le 2 septemb. 1818, 
et doué de brillantes facultés dépensa son 
patrimoine en inventions et en construc- 
tions d'instruments mécaniques. Il fut 
obligé de vendre son château de Montdar- 
dier et, en 1845, sa maison du Vigan qui 
est devenue l'hôtel de la sous-préfecture. 
Il est mort à Paris, dernier représentant 
de cette branche des d'Assas, le 25 janv. 
1859, à la suite de la représentation d'une 
pièce de théâtre (La Venus de Milo) dont 
ir était l'auteur. 

Archives de la mairie du Vigan. — A. Arman, 
Tablettes mUitairet de l'arrond. du Vigan; Nîmes, 

^^'^^- ISI'^- (Tkissier.) 



I 



I 

I 



n 



133 



DASSAS 



134 



Le chevalier Louis d'Assas. 

Nous avons promis ci -dessus de repren- 
dre l'histoire du chevalier Louis d'Assas 
avec les développements qu'elle mérite. 
Comme on l'a vu (col. 12o), il était le 6me 
fils d'un capitaine d'infanterie et le frère 
cadet d'un raihtaire du même rang. Il na- 
quit au Vigan le 26 juill. 1733 et fut in- 
corporé dans le régiment d'Auvergne, avec 
le grade nominal de lieutenant, le 21 oct. 
1746. Dès sa première garde, pendant le 
siège d'Hulst, ensuite à l'attaque du fort 
de Zandeberg, il donna des preuves de 
sang-froid et de courage. Pendant cette 
première campagne et les suivantes (1747 
et 1748) commandées par le maréchal de 
Saxe, il reçut les premières notions de 
l'art militaire qu'il compléta durant la 
paix qui suivit. La guerre ayant surgi de 
nouveau et le régiment d'Auvergne ayant 
reçu l'ordre de se mettre en marche, le 
jeune officier montra autant de zèle que 
de talent et fut fait capitaine le 1er sep- 
temb. 1735. 

En 1759 il eut le commandement de 
quatre compagnies de chasseurs du régi- 
ment, à la tête desquelles il se distingua 
dans différentes affaires, notamment celles 
de Crossdorf et d'Eissemberck, et fut re- 
marqué par le commandant en chef, le 
maréchal de Broglie (Journal histor. du 
régim. d'Auvergne, p. 153). Enfin arriva 
le combat de Clostercamp où, dans la nuit 
du 15 au 16 octobre 1760, Louis d'Assas 
trouva la mort, la plus glorieuse des 
morts. 

Mais elle était passée inaperçue. Com- 
bien de morts héro'ïqnes s'accomplissent 
dans une bataille et que Dieu seul conuaît. 
A Clostercamp il y avait en présence deux 
armées : environ 25,000 Français contre un 
plus grand nombre d'ennemis ; les Anglais 
et leurs alliés en perdirent 4000, les Fran- 
çais un peu moins et le régiment d'Auver- 
gne à lui seul y laissa la moitié de son 
effectif, dont 58 officiers tués ou blessés. 
Voltaire, dans son très sommaire « Précis 
du siècle de Louis XV, » imprimé en 1768, 
n'avait pas même prononcé le nom de 
Clostercamp. Aussitôt que cet ouvrage eut 
paru, il reçut d'un des MM. d'Assas, le 
seig' de Lorry, major au régim. d'Auver- 
gne en garnison à Strasbourg, la réclama- 
tion suivante : 



Strasb. 14 oct. 1768 : M., Vous aimez les 
belles actions et personne n'est plus capa- 
ble que vous d'en faire éclater la renommée 
et de les transmettre à la postérité avec 
toute la gloire et la réputation qui leur appar- 
tiennent ; en voici une authentique et digne 
d'une grande célébrité, qui cependant est 
malheureusement tombée dans l'oubli. 

Au combat de Clostercamp, M. d'Assas, 
cap. dans le rég. d'Auvei*gne, s'étant avancé 
pendant la nuit pour recotiuoître le terrain 
fut saisi par des grenadiers ennemis embus- 
qués pour surprendre notre armée. Ces gre- 
nadiers l'entourent et le menacent de le 
poignarder sur le champ s'il fait le moindre 
ci'i qui puisse les faire découvrir. M. d'Assas 
sous la pointe de vingt baïonnettes se dé- 
voue, crie d'une voie généreuse : A moi, 
Auvergne, ce sont les ennemis ! et tombe à 
l'instant percé de cent coups. On sait que 
le l'égiment d'Auvei-gne soutint le premier 
effoi't des ennemis, les repoussa, et qu'il 
s'ensuivit une victoire complette. 

L'histoire de ces Romains qui étoient 
sûrs d'obtenir des statues couronnées four- 
nit-elle une action plus grande et plus glo 
l'ieuse que celle-ci ? L'Europe et la postérité 
l'ignoi-eront-elles ? Non, M., vous la célé- 
brerez; vous en illustrerez votre nation et 
le brave coi'ps de l'esprit duquel elle est 
émanée : nous ne la surpasserons pas, mais 
nous nous piquerons de l'égaler et d'en 
fournir encore de semblables dans l'histoire 
de France. Heureux les siècles, heureuses 
les nations qui produisent en même temps 
des Agricola et des Tacite, des Assas et des 
Voltaire. 

L'auteur de cette lettre l'avait écrite, 
comme étant un d'Assas et major du régi- 
ment, mais les mots que nous avons sou- 
lignés montrent que la réclamation émanait 
du régiment lui-même * et que le major 
était seulement l'interprète de ce « brave 
corps » dont bien des membres sans doute 
avaient été les compagnons d'armes du 

^ Le 12 nov. suivant, Voltaire écrivait, à M. de 
Choiseul : « Quand l'édition est finie, quelques 
officiers m'apprennent des choses étonnantes, 
dignes de l'ancienne Rome. Le prince de Bruns- 
wick veut surprendre M. de Castries qui en veut 
faire autant. On envoie à l'entrée de la nuit 

M. d'Assas à la découverte 11 retient son souffle 

un moment pour crier plus fort : A moi Auvergne, 
les voilà ! et il tombe percé de coups. Décius a-t-il 
plus fait? On me prend pour le greffier de la 
gloire; on me fournit de beaux traits; mais trop 
tard! » 



135 



CASSAS 



136 



capitaine et les témoins de son action. 
Voltaire répond aussitôt de sa plume vi- 
brante et patriotique : 

Ferney, 26 oct. 1768 : M. Je vous aurois 
remei'cié sur le champ si mon âge et mes 
maladies me l'avoient pei-mis. Je suis bien 
affligé de n'avoir pas scû plus tôt l'éton- 
nante action qui doit immortaliser votre 
régiment et la mémoire de M. d'Assas. Je 
n'aurois pas manqué d'en parler dans le 
Siècle de Louis XIV et de Louis XV que 
l'on vient d'imprimer. J'en suis si touché 
que je vais faire une addition qui sera en- 
voyée h tous les libraires qui débitent ce 
livre. Je ne veux point mourir sans avoir 
rendu justice à un homme mort si géné- 
i-eusement pour la patrie. 

En effet l'édition suivante de l'ouvrage, 
parue en 1769, contenait (chap. 33) un 
récit de la mort de Louis d'Assas, calqué 
sur la lettre de Strasbourg et qui se ter- 
minait ainsi : « Ce n'est que longtemps 
« avoir écrit cette histoire que j'ai appris 
« cette action si mémorable. J'apprends 
« qu'elle vient enfin d'être récompensée 
d par une pension de mille livres accordée 
« à perpétuité aux aînés de ce nom. > 

Le roi avait accordé la pension, mais le 
désarroi des finances de l'Etat ne permet- 
tait pas qu'on la payât. C'était précisément 
le moment où Louis XVI appelait l'abbé 
Terray au poste de contrôleur général 
(23 déc. 1769) dans l'espoir de conjurer 
la banqueroute; et le 29 janvier 1770 on 
décrétait « de nouvelles retenues sur les 
pensions avec etfet rétroactif » (H. Martin, 
Hist. de F., XVI, 276). Ce fut seulement 
en vertu de lettres patentes du mois d'oct. 
1777, enregistrées à la chambre des comp- 
tes le 21 mars 1778, que la pension com- 
mença d'être payée. Le brevet en fut gravé 
sur cuivre et déposé à l'École militaire. 
Lors de l'abolition des privilèges, dans la 
fameuse nuit du 22 août 1790, au lieu 
d'être engloutie dans l'hécatombe, elle re- 
çut une consécration éclatante, l'assem- 
blée nationale l'ayant exceptée « comme 
« un témoignage de son estime particulière 
d pour la mémoire d'un officier aussi dis- 
« tingué par ses talents et son humanité 
« que par sa bravoure et ses services écla- 
« tants. » Elle cessa pourtant d'être payée 
en 1793, mais un décret du 22 juill. 1806 
la rétablit. On nous assure que son très 
honorable payement se fait encore. Une 



gravure de la scène héroïque, exécutée 
sous les auspices de la Cour, avait été pla- 
cée chez le colonel du régiment d'Auver- 
gne (Lettre du colonel, 3 septemb. 1780) 
et accompagnait toujours le drapeau. La 
ville du Vigan en appendit un exemplaire 
dans la grande salle de sa maison consu- 
laire, exemplaire qu'on peut contempler 
aujourd'hui dans le cabinet du maire, à 
l'Hôtel de ville. Une des pierres extraites 
des ruines de la Bastille, sur laquelle on 
grava l'épitaphe du chevalier d'Assas, fut 
remise au directoire du district de Vigan 
et recueillie en 1814 chez M. D'Assas- 
Montdardier. En 1785 un délégué des An- 
glais, le duc de Melford vint au Vigan 
pour choisir l'emplacement où l'on pour- 
rait élever un obélisque commémoratif ; 
mais la dépense à faire arrêta, dit -on, 
l'exécution du projet. Sous la Restaura- 
tion, une souscription publique a permis 
de faire exécuter une statue en bronze, 
œuvre de Gatteaux, qui, posée en 1833, 
s'élève au milieu d'une des places du Vi- 
gan, la place d'Assas. Une réduction de 
cette statue est conservée au musée de la 
ville de Mmes, à laquelle le sculpteur lui- 
même en a fait présent en y joignant une 
médaille qui reproduit son œuvre. 

Il n'y a guère de fait historique aussi 
solidement établi que le dévouement du 
chevalier d'Assas : il est prouvé à l'origine 
par une troupe de témoins oculaires et au- 
riculaires, et immédiatement après confirmé 
par tous les gouvernements de la France, 
tous les pouvoirs publics de notre pays 
depuis 125 ans. C'est cependant une tradi- 
tion respectable. Tous, quelque dispara- 
tes qu'ils s'enchaînent, se sont accordés à 
reconnaître le fait, et ce qui est encore 
plus corroboratif, à payer leur reconnais- 
sance. — Eh bien, l'esprit catholique, 
l'esprit des français qui sont surtout fidèles 
sujets du Pape, n'accepte pas tel quel cet 
épisode si simple, si clair, et si précieux 
pour l'honneur national. Et pourquoi ? 
Parce que c'est Voltaire qui l'a mis en 
lumière et qu'il vaut mieux biffer un acte 
d'héroïsme que de rien croire de ce qu'a 
écrit ce grand ennemi de l'Église. 

Ce méchant enfantillage est dû à la 
«Revue des questions historiques S » Re- 

ï T. XII, année 1872, pages 123-144; article 
signé Loiseleur. 



i 



137 



DASSAS 



138 



vue qui emploie en effet depuis vingt ans 
des fonds considérables à travestir et à 
fausser l'histoire ' par des études paradoxa- 
les, auxquelles elle entremêle des articles 
de saine érudition pour donner le change, 
son véritable et seul but étant la glorifi- 
cation des doctrines usées et flétries du 
catholicisme. C'est plus bruyant que dan- 
gereux, comme on va le voir. 

L'article est intitulé La légende du che- 
valier d'Assas. C'est donc une légende, un 
conte, comme les légendes de saints du 
moyen âge. Que la dissertation soit pro- 
bante ou non, le mot restera dans l'esprit 
du lecteur. « Ne devrait-on pas cependant 
« éprouver quelque patriotique scrupule, 
'( dit l'auteur (p. 123), avant de contester 
« les grandes actions qui sont le patrimoi- 

< ne d'honneur du pays? « Oui, répond-il, 
^ si la critique n'avait pas déjà brisé l'au- 
'< réole de gloire dont le dernier siècle 
« avait entouré le nom de d'Assas. » Il 
continue (p. 124) : « L'action et le mot 

< sublime qui l'accompagna ont soulevé 
'< cependant bien des doutes : pour le mo- 
'< ment il semble même acquis que l'honneur 
« de l'une et de l'autre doit être reporté à 
« un certain Dubois * sergent dans la com- 
« pagnie du régiment d'Auvergne. L'his- 
'( toire est coutumière de ces sortes d'er- 
•« reurs et ce ne serait pas la première fois 
« qu'elle aurait décerné au capitaine la 
« gloire due à l'obscur dévouement de ses 
« soldats. » 

Ainsi l'accusation est formelle malgré le 
prudent « il semble; » ceux qui ont signa- 
lé d'Assas n'ont fait que spolier le sergent 
Dubois. Sur quoi celarepose-t-il? 

Voici d'abord les doutes : « Voltaire 
« n'avait fait aucune mention du trait de 
« d'Assas dans la Ire édition de son Pré- 
« cis» (p. 124). — « Voltaire porta le fait 
« à la connaissance du duc de Choiseul, 
« puis du public ; » donc « si le fait était 
« connu on n'en avait pas apprécié le 
« mérite » — « Du reste le récit apologé- 
« tique de l'historien ne parvint pas tout 
« de suite à conquérir l'opinion et à s'im- 
« poser. Le gouvernement de Louis XV 
« conçut-il des doutes qui le portèrent à 

* La livraison de juillet 1S84 contient une 
prétendue étude sur les guerres de religion, où 
Coligny est dépeint comme étant le Tartuffe du 
XVI°" siècle. 

* Conf. ci-aprés col. 140 note. 



« revenir sur sa promesse ou à en éluder 
« l'accomplissement? Gela est tout à fait 
« vraisemblable, car cette pension que dès 
« 1769 Voltaire annonçait comme déjà 
« accordée aux héritiers d'Assas ne leur 
« fut définitivement acquise qu'en 1777 
« (p. 125). » 
Voici maintenant les preuves. Ce sont : 

10 un passage des Mémoires de Grimm, 
publiés en 1829 à Pai;is, chez Lerouge, 
comme traduits de l'allemand de Zinmann ; 
2o un passage du « Recueil de faits parti- 
culiers et d'anecdotes secrètes pour servir 
à l'hist. de la Révolution, » pub. en 1819 
par Lombard de Langres qui donne sur la 
mort de d'Assas des détails qu'il déclare 
tenir de son père, ancien sergent-major au 
régiment d'Auvergne. Mais les mémoires 
de Grimm sont parfaitement faux et ce 
qu'ils disent de d'Assas est visiblement 
copié sur l'anecdotier ' Lombard de Lan- 
gres dont la conclusion est formulée en 
ces termes : 

D'après ma conviction je dis : Le cheva- 
lier d'Assas n'entra pas seul dans le cbois 
[où il fut pris], mais il y entra avec un 
nommé Dubois sergent de sa compagnie. Il 
n'y entra pas pour le fouiller de peur de 
siu'prise, il y fut conduit pour autre chose. 

11 ne cria pas : Auvergne, faites feu, ce sont 
les ennemis! Ce fut Dubois qui cria : A 
nous Auvergne! c'est l'ennemi. D'Assas ne 
tomba pas mort sur le champ, ce fut Dubois 
qui tomba mort; car le chevalier d'Assas, 
comme on le transportait au camp, eut en- 
core le temps de faire cet aveu sublime : 
Enfants, ce n'est pas moi ; c'est Dubois qui 
a crié. 

Ce n'est pas moi, c'est la Revue des 
questions elle-même qui avoue (p. 130, 
131) la fausseté des Mémoires de Grimm, 
l'emprunt fait par leur auteur à Lombard 
de Langres (p. 132) et qui ajoute au sujet 
de ces derniers : « Ces mémoires sont sor- 
« tis de la grande officine du libraire Lad- 
« vocat, si féconde en mémoires apocry- 
« phes » (p. 133). Aveu qui ne l'empêche 
pas de se servir de ces faux documents 

• Ce terme n'est pas un qualificatif suffisant" 
Comme son Recueil de faits particuliers se vendait 
mal, à ce qu'il paraît, il en fit refaire le titre 
l'année d'après (Paris, Maze, 1820) et l'appela : 
( Mémoires d'un sot contenant ses niaiseries his- 
toriques, révolutionnaires et diplomatiques, re- 
cueillies sans ordre et sans goût. » 



139 



DASSAS 



140 



comme s'ils étaient authentiques. Et voilà 
les rognures souillées* que l'Église ro- 
maine oppose au témoignage sacré des ca- 
marades de d'Assas et de l'autorité publi- 
que. 

Mais achevons de mettre à nu la bonne 
foi de la Revue des questions. Je ne me 
sers que de ses propres phrases : 

Voici un témoin bien autrement sérieux 
et digne de foi que Grimm ou le sergent 
Lombard, et qui vient non plus contester, 
mais placer sous son vrai jour et réduire h 
sa juste proportion le fait d'armes où d'As- 
sas trouva la mort. Ce n'est rien moins que 
le supérieur immédiat du chevalier, le 
célèbre comte de Rochambeau. Il avait été 
nommé colonel du régiment d'Auvergne le 
17 mars 1759, dix-huit mois avant le com- 
bat de Clostercamp, et il prit une grande 
part à cette affaire (p. 134)... Le comte de 
Rochambeau a laissé des Mémoires qui, en 
1809, deux ans après sa mort, ont été pu- 
bliés par Luce de Lancival qui s'est gardé 
d'y rien changer, « pensant, dit-il dans la 
préface, qu'écrits avec la négligence et 
l'abandon d'une simple conversation, ils 
inspireront naturellement beaucoup de con- 
fiance. » Ces Mémoires contiennent un para- 
graphe relatif à d'Assas et qui diffère pro- 
fondément de la version que Voltaire nous 
a transmise : « Le feu est engagé ; Rocham- 
« beau est allé en personne reconnaître 
« l'ennemi.... Accueilli par des coups de 
« fusil, il est revenu aux grenadiers et aux 
« chasseurs et leur a ordonné de faire feu 
« par demi-compagnies alternativement et 
« surtout de périr à leur poste plutôt que 
« de l'abandonner, en attendant l'arrivée de 
« la brigade. D'Assas, placé à l'extrémité 
« de l'aile gauche du bataillon, est attaqué 
« et se défend vigoureusement. La nuit est 
« profonde : un officier lui crie qu'il se 
« trompe et qu'il tire sur ses propres gens. 
« Pour constater et réparer son erreur, il 
« sort du rang, fait quelques pas, reconnaît 
« les Anglais dont il est tout proche et crie 
« alors : Tirez, chasseurs ; ce sont les en- 
« neinis ! Il meurt aussitôt criblé de coups 
« de baïonnettes. » 

* Je dis souillées. Sur cette phrase de Lom- 
bard . « H n'entra pas dans le bois pour le 
fouiller ; il y fut conduit pour autre chose; » le 
rédacteur de l'article s'écrie : « Pour quelle antre 
« chose? Voilà ce que Lombard aurait bien dû 
€ demander à son père et nous apprendre, car 
« c'est là qu'est véritablement la question.» — Il 
n'a même pas compris son nauséabond document. 



Or, en face de la version de Rochambeau, 
voici celle de Voltaire : 

Le général français [de Castries], qui se 
doute du dessein du prince [de Brunswick], 
fait coucher son armée sous les armes; il 
envoie a la découverte pendant la nuit 
M. d'Assas capitaine au régiment d'Auver- 
gne. A peine cet officier a-t-il fait quelques 
pas que des grenadiers ennemis, en embus- 
cade, l'environnent et le saisissent a peu 
de distance de son régiment. Ils lui présen- 
tent la baïonnette et hii disent que s'il fait 
du bruit il est mort. M. d'Assas se recueille 
un moment pour mieux renforcer sa voix, 
il crie : A moi Auvergne, voilà les enne- 
mis ! II tombe aussitôt percé de coups. 

Tirez, chasseurs, ce sont les ennemis ! il 
meurt aussitôt criblé de coups de baïon- 
nettes, ou bien : A moi, Auvergne, voilà 
les ennemis! Il tombe aussitôt percé de 
coups. — Le lecteur sent-il la profonde 
différence ? 

C'est que la différence, répond l'ingé- 
nieuse Revue, est au commencement des 
deux passages cités et non à la fin. D'As- 
sas, il faut bien en convenir a prononcé 
le mot sublime ', mais il n'a pas eu le dé- 
vouement qu'on dit. <■ L'histoire est con- 
« duite à lui refuser cette palme suprême 
« que conquièrent seuls ceux qui s'immo- 
« lent spontanément à la grande idée du 
€ salut public » (p. 144). Sa mort ne fut 
que « celle d'un soldat qui meurt brave- 
ment pour son pays. » En effet, continue-t- 
elle, puisque Rochambeau dit que l'action 
était déjà engagée, l'armée n'avait donc 
plus à être surprise ; donc d'Assas n'a pas 
pu s'immoler à l'idée de l'empêcher de 
l'être. — A quoi un lecteur armé de simple 
bon sens répliquera : Précisément parce 
que le combat était déjà engagé sur un 
autre point, il importait de ne pas se 
laisser surprendre en queue ou sur les 
flancs, en sorte que d'Assas, non ! ne s'est 
pas immolé pour garantir l'armée entière 
d'une surprise, mais seulement pour en 
garantir une partie de l'armée dont la sur- 
prise eût été la défaite de l'armée entière. 

L'étonnant déni de justice infligé à un 

* Et non pas le sergent Dubois, que Rocham- 
beau met à néant; ce que la Revue savait bien, 
mais ce qui ne l'a pas empêchée de dire hypocrite- 
ment tout à l'heure : « La critique a brisé l'au- 
réole de gloire 11 semble même acquis que 

l'honneur doit être reporté â un certain Dubois. » 



I 



I 
i 




141 



DASSAS 



DASSIER 



142 



héros français, par une Jésuitière, s'achève 
et se couronne par une misérable équivo- 
que. 

1. DASSIER. Il y avait en Savoie, à 
Exert, mandement de Mornex, tout près 
de Genève, une famille de ce nom. En 
1545 « Jehan Devilla alias Dassier, pâtis- 
sier, bourgeois de Genève, achète un 
champ au territoire de Exert » (P. Fabry 
not. II 230). On trouve encore au même 
lieu d'Exert, Claude Dassier, boulanger en 
1597, et Pierre Dassier, pâtissier, un peu 
plus tard. Cette famille paraît s'être trans- 
portée à Lyon, puis être revenue à Ge- 
nève pour se mettre à l'abri des troubles 
religieux. Le 13 janv. 1572, « Jehan Da- 
cyer pastieier, filz de honn. Philibert 
Dacyer citoyen de Lyon, et honn. fille 
Helyenor Lefevre fille de feu Pierre Le- 
fevre en son vivant marchand au dit Lyon, 
ont promis et convenu par ces présentes 
se prendre pour vrays maryez et espouser 
l'un l'autre en l'église de Dieu chrestienne 
réformée... » (J. Jovenon not. II 130). 
Leur fils Jérémie Dassier, pâtissier, à Ge- 
nève, épouse, 1606, Françoise fille de 
Pierre Prost ou Prouz marchand à Lyon. 
De ce mariage naquirent trois enfants : 
Éléonore, Pierre et Samuel Dassier. 
Éléonore épousa, 1642, Louis fils de feu 
Honoré Eyssautier (aliàs Issautier, Issot- 
tier) maître confiseur à Grenoble (P. Jove- 
non, III 539). Pierre, né en 1610, conti- 
nua la profession de ses ancêtres, mais 
non sans posséder une certaine fortune. 
On le voit passer un acte (Et. de Mon- 
thouz, XIII 329) en 1656 par lequel « spec- 
table Est. Fossez docteur en droit em- 
prunte 1000 flor. à Pierre Dassier maître 
pâtissier son cousin.» Ce Pierre, reçu bour- 
geois de Genève en 1633, avait épousé, en 
1643 (Is. de Monthouz, XVI 97), Françoise 
de Beauchasteau, fille de ce malheureux 
professeur de grec à l'académie de Lau- 
sanne, dont nous avons parlé ci-dessus 
t. II col, 10, et il laissa d'elle trois enfants : 
1° Domaine, par lequel nous touchons en- 
fin la célébrité de cette famille aux hum- 
bles origines [Haag, IV 206] ; 2o François, 
pasteur du village de Vandœuvres (Ge- 
nève), mari en 1res noces, 1681, de Jeanne 
Pallard; en 2raes noces, 1693, de Suzanne 
Dentand ; mort en 1707 ; 3o Jeanne femme 
de Henry Arlaud, horloger, d'une famille 
d'Auvergne naturalisée à Genève dep. 161 7. 



Domaine (c'est-à-dire Dominique) Das- 
sier, né en 1644 ou 45, fut mis de bonne 
heure par son père en apprentissage chez 
Laurent de Montmain « maître graveur 
cizeleur, » d'une famille d'artistes en ar- 
murerie S habitants à Genève et qui origi- 
naires de St-Etienne, étaient principale- 
ment établis à Lyon. Là, il devint habile 
dans son art, car la République le nomma 
Graveur de sa monnaie. Il épousa en 1672 
Sara Legrand, fille de Robert Legrand hor- 
loger et de Sara Arlaud, et laissa sept en- 
fants dont l'aîné Jean Dassier, né le 17 
août 1676, fut un graveur d'une célébrité 
européenne. Celui-ci montra de bonne 
heure de si grandes dispositions pour la 
gravure, que son père se décida à l'envoyer 
étudier son art à Paris chez Mangers, gra- 
veur à la Monnaie de celte ville, puis chez 
Rottiers habile graveur médailUste. Il ne 
retourna dans sa patrie qu'en 1718, à la 
mort de son père, mais lorsqu'il eut ac- 
quis un rare degré d'habileté. A l'excep- 
tion d'un voyage qu'il fit à Londres, en 
1728, dans le but de recueillir les portraits 
des hommes les plus célèbres et des rois 
d'Angleterre depuis Guillaume-le-Conqué- 
rant, Jean Dassier ne s'éloigna guère de sa 
ville natale. On a de lui environ 250 mé- 
dailles représentant : Les principaux événe- 
ments de l'histoire romaine, belle collec- 
tion terminée en 1743 ; quelques traits 
relatifs aux troubles de Genève et à sa ré- 
formation, entre autres la médaille du 
Jubilé ; les grands hommes du siècle de 
Louis XIV, œuvre fort remarquable dé- 
diée au Régent ; les réformateurs les plus 
célèbres; les principaux théologiens gene- 
vois; les rois d'Angleterre et les savants 
anglais les plus illustres; enfin plusieurs 
souverains et grands seigneurs de son 
temps. « Jamais, dit Sénebier, aucun ar- 
tiste n'a eu l'exactitude de Dassier et sa 
rapidité ; il faisoit sauter l'acier sous ses 
instrumens comme un sculpteur fait sau- 
ter le marbre sous son ciseau; il n'em- 
ployoit le burin que pour finir. Les têtes 
sont pleines de force, habilement dessinées, 
d'un beau fini. Il y a du génie et de l'in- 
vention dans son Histoire romaine, dans 
ses Métamorphoses d'Ovide et dans quel- 
ques revers de médailles. » Sénebier donne 
(Hist. litt. ni 308-312) un catalogue de 

* Ils sont aussi appelés « fourbisseurs. » 



143 



DASSIER 



DAUBER 



144 



son œuvre. Jean Dassier mourut le lo nov. 
1763, comblé des témoignages d'estime de 
ses concitoyens. De même qu'il avait suc- 
cédé à son père dans la charge de graveur 
de la monnaie de Genève, de même il fut 
remplacé dans cette charge et dans toute 
sa carrière artistique par un fds digne de 
lui. 

Ce fds^ Jacob-Antoine, né à Genève le 
15 nov. 1715, manifesta, dès son enfance, 
ses talents pour la gravure. Son père le 
plaça, à l'âge de 17 ans, chez un célèbre 
orfèvre de Paris, Thomas Germain, dont 
les leçons lui formèrent le goût, tandis 
qu'il se perfectionnait dans le dessin à 
l'académie de peinture. Il s'y distingua, 
mais sa qualité de protestant l'empêcha 
d'être admis à concourir. Avide de gloire, 
le jeune Dassier visita Turin, Rome où il 
fit la médaille de Clément XII, et retourna 
à Genève d'où il ne tarda pas à partir pour 
Londres. Engagé à la Monnaie comme 
maître en second, il employa ses loisirs à 
graver les médailles de plusieurs person- 
nes illustres. De retour d'un voyage qu'il 
avait fait dans sa ville natale, il fut ap- 
pelé en Russie par la czarine Elisabeth; 
mais la rigueur du climat ayant altéré sa 
santé, il partit de S^-Pétershourg, en 1759, 
pour retourner à Londres. Il tomba ma- 
lade en chemin et fut obligé de débarquer 
à Copenhague où il mourut bientôt chez 
le comte de Bernstorf, 2 nov. 1759. Ses 
médailles sont plus estimées encore que 
celles de son père. Elles sont non seule- 
ment supérieures par la précision du des- 
sin et la finesse du travail, mais aussi plus 
intéressantes par la nature des sujets. Ses 
portraits offrent une ressemblance qui en 
double le prix, et sous tous les rapports, 
sa médaille de Montesquieu passe à bon 
droit pour un chef-d'œuvre. Cependant le 
fils n'eut jamais l'élégance facile et la ra- 
pidité du père. On a gravé et imprimé à 
Paris, 1778, in-8o, un ouvrage ayant pour 
titre : Explication des médailles gravées 
par J. Dassier et par son fils représentant 
nne suite de sujets tirés de l'histoire ro- 
maine. La Bibliothèque publique de Ge- 
nève possède, dans son cabinet des mé- 
dailles 485 coins gravés par les deux Das- 
sier, répartis en trois séries : Hommes il- 
lustres. Histoire romaine et Réformateurs. 
Jacob- Antoine Dassier eut plusieurs en- 
iants, dont : Charles-François qui alla 



s'établir à Nyon (Vaud) où ses descendants 
existent encore, et Ami-Isaac, marié, 1783, 
à une fille du professeur Gédéon LeCointe, 
qui lui donna trois enfants : Jean mort en 
Angleterre, André-Auguste, riche ban- 
quier à Paris, l'un des administrateurs du 
chemin de fer de Lyon, mort en 1862, et 
Adrienne mariée à Jean Ador. 

Sénebier, Hist. litt de Genève, t. III. — Ri- 
gaud, Mém. de la Soc. d'hisL. et d'archéol. de Ge- 
nève, t. V. 

2. Une autre famille Dassier, plus for- 
tunée que la précédente, nous ne savons 
si elle lui était apparentée, vivait aussi à 
Genève à la fin du XVIe siècle. C'est celle 
de Pierre Dassier notaire, 1587 (Cl. Ble- 
cheret not. XXIII 194). On a une série de 
ses minutes k partir de l'an 1600. Isaac 
son fils également notaire, épouse en 1617 
Sara Pelissari (J. Cléjat, H 19). Leur fille 
Sara Dassier, femme de noble George Du- 
puis pharmacien, emprunte en 1652 à no- 
ble Jean Dupuis docteur es droits (B. Gros- 
jean, III 17). En 1678, elle et son fils Jean 
vendent leur « boutique de pharmacie » à 
noble Louis Colladon, pharmacien (G. Gros- 
jean VHI 415). — Claude Dassier, natif de 
Melun en Brie, épouse Isabeau Garrigues, 
2 nov. 1597, au temple de Mas -Grenier 
(Tarn et Gar.), — (Pierre) de Négrepelisse, 
malade, obtient à Genève, puis à Lausanne, 
un viatique pour aller en Allemagne, 1700. 
DASTOIN ou d'AsTOiN (Denis), de La 
Motte d'Aygues en Provence, capitaine, 
reçu habitant de Genève, 20 oct. 1572. 

DAUBAN (Jacques) dit Absalon, pas- 
teur en Poitou, 1715. 

DAUBER (J.) professeur de droit à Se- 
dan, 1640, puis à Bréda (Bib. du Prot. 
papiers de Paul Ferry). — (François de) 
seigr de Vertot 34 ans, né au château de 
Benetou près Fécamp, ancien officier de ca- 
valerie et écuyer de S. A. R. le duc d'Or- 
léans, poursuivi en septemb. 1686, comme 
ayant obtenu un passeport avec lequel il 
fait passer de nouveaux convertis à l'étran- 
ger ; il avoue avoir emmené en Flandre 
comme ses domestiques plusieurs habitants 
de Rouen, Déotte, Fouquet, Coignard, mais 
affirme qu'il n'a fait ce voyage que pour 
visiter ses parents, le baron du Fresny et 
à Tournay le s"- de Bléville, et qu'il a re- 
fusé d'emmener diverses personnes. 

« Et qu'au contraire, au mois de fé- 



I 



145 



DAUBER 



DAUDE 



146 



vrier dernier, s'étant trouvé dans le carosse 
de Rouen avec la dame comtesse de Daus- 
sez qui retournoit comme luy de Paris à, 
Rouen, ayant par conversation parlé du 
voyage qu'il étoit près de faire et pour 
leq. il avoit un passeport, la dite dame au 
premier gîte, le tira a part et luy dit qu'étant 
un homme de qualité qui pouvoit avoir fait 
de la dépense il auroit une belle occasion 
de gagner un millier de pistoles,» mais qu'il 
éluda... — Jean Coignard marchand à 
Rouen « enquis combien il avoit promis au 
s"^ Vertot pour le conduire et faire passer 
hors du royaume a dit qu'il devoit payer 
toute la dépense du voyage et faire au s' 
Vertot un présent honneste. — Avons re- 
présenté au dit respondant qu'il ne dit pas 
la vérité... — A dit qu'il est vray qu'ils 
étoient convenus à la somme de 600 liv. 
outi"e la dépense, laq. somme luy respon- 
dant avoit laissé entre les mains de Emma- 
nuel Péi'er [Péreire ?] et gens de banque de- 
meurant à Rouen ...(Bib. nat. papiers de De- 
lamare commissaire au Châtelet, mss fr. 
21620 fo» 48 et 63). 

L'estimable historien^ l'abbé de Vertot 
(1655-1733), était fils de ce seigneur. 
Daubus, voyez Au bus. 

1. DAUDÉ. « Anthoine Daude laboreur 
natif du lieu de Méallet, dioc. de Nismes,» 
reçu habitant de Genève, septemb. 1338. 

— (Paul), de St Jean de Gardonenque, mi- 
nistre de ce lieu en 1617 ; déposé en 1620. 

— (Albert), d'Alais, (Aldebertus Daude 
sieur d'Olimpies, ale^tensis) étud. à Ge- 
nève, 1633; ministre à St-PauldelaCoste, 
1660-84. A la Révocation il se réfugia à 
Schalfhouse, puis en 1690 dans le Wurtem- 
berg. — M. Daudé, d'Alais, mort en mer 
pendant qu'on le déportait en Amérique, 
1687 {Relations de M. Serres p. 80). — 
Daudé (Jacques) maître drapier du Dau- 
phiné, ainsi que Chabanel Pierre Cheissière, 
propose avec eux au Conseil de Lausanne 
d'établir une manufacture de laine à Yver- 
don, janv. 1686. On leur loue une maison 
pour trois ans (Crottet, Ann. d'Yverd. — 
(Diie Louise) des Cévennes, assistée à 
Lausanne, allant en Allemagne avec M'ie 
Suzanne Jalaguier. sa tante, 1699. Elle 
obtient en même temps une attestation de 
sa foi. 

2. DAUDÉ (Pierre), né à Marvejols, 
dans le Gévaudan, le 26 sept. 163i, mort à 
Londres, le 29 janv. 1733 [Haag, IV 207]. 

Pierre Daudé appartenait à une des 



meilleures familles de Marvejols ; son père 
Jacques en était un des citoyens les plus 
considérables, et sa mère était fille de Jean 
de Tardieu, seigneur des Pradels, lieute- 
nant de la citadelle d'Orange. Jacques 
Daudé avait eu de son mariage quatre fils 
et deux filles. L'aîné de ses fils aurait 
compté parmi les enfants prodiges, s'il 
eût vécu. Le second, nommé Jean-Jacques. 
fit ses études à Saumur. i^vocat renommé 
du barreau de Toulouse et de Castres, il 
laissa en msc. une traduction des Pandec- 
tes avec des remarques sur l'application 
des lois romaines à l'usage du barreau. 
Devenu chef de la famille par la mort de 
son frère, il joignit à son nom celui de son 
oncle maternel qui s'était élevé dans l'ar- 
mée au grade de maréchal de camp, et qui, 
n'ayant pas d'enfant, l'avait institué son 
héritier, et il se fit recevoir conseiller au 
présidial de Nismes. Il abjura à la révoca- 
tion et mourut k Toulouse, au mois d'août 
1712. HiLAïuE, le plus jeune des quatre 
frères, exerça avec honneur la médecine 
et mourut en 1698. Barbeyrac avait la 
plus grande confiance en ses talents. Quant 
à Pierre, destiné au ministère, il fit ses 
humanités à Saumur et à Genève. A son 
retour de cette dernière ville, il alla suivre 
un cours de philosophie et de théologie à 
Puylaurens, où il se fit remarquer parmi 
ses condisciples par ses talents et la régu- 
larité de ses mœurs. Son père étant mort 
en 1678, il quitta la France, le 22 fév. 
1680, et passa en Angleterre dans l'inten- 
tion d'y continuer ses éludes. Il débuta 
dans la chaire avec succès; mais la peine 
qu'il avait à apprendre ses sermons, et 
d'autres raisons peut-être le dégoûtèrent 
de la carrière ecclésiastique. Il entra donc 
en qualité de précepteur dans la famille de 
Trevor, qui lui témoigna toujours beau- 
coup d'estime et d'afiection, malgré ses 
excentricités. L'éducation de ses élèves 
terminée, il accepta une place de commis 
à l'Échiquier, qu'il remplit pendant près 
de 28 ans. 

Pierre Daudé était un homme fort ins- 
truit et un profond penseur; cependant il 
n'a rien publié, à l'exception d'une trad. 
d'un opuscule de Chubb Sur l'amour-pro- 
pre et l'amour de la bienveillance, qui a été 
imp., avec d'autres pièces fugitives, à 
Amsterdam en 1730. 

N'ayant point d'enfant, il laissa par son 



14' 



DAUDE 



^148 



testament 100 liv. st. à l'hôpital des Ré- 
fugiés, 200 liv. aux pauvres et 30 liv. à 
l'église de S'-Martin, dont il était membre, 
et légua le reste de sa modeste fortune au 
fils de sa sœur Marie et de Jean Daudé, 
avocat de Nismes, son cousin germain, qui, 
en 1725, était allé rejoindre son vieux 
père en Angleterre et qu'il avait pris choz 
lui, après la mort de ce dernier, en 1729. 
Ce neveu, nommé Pierre, comme son 
oncle, était né à Marvejols en 1681. Il pa- 
raît avoir rempli à Londres les fonctions 
pastorales, quoique M. Burn ne le cite dans 
aucune de ses listes, qui, du reste, sont 
bien loin d'être ni exactes ni complètes, et 
mourut le 11 mai 17o4. Il a publié divers 
ouvrages dont Robert Watt ne fait non plus 
aucune mention. 

I. Sybilla capitolina; Ptiblii Virgilii 
Maronis Poémation, interpretatione et no ■ 
tis illustratum, Oxon. [Amst.], 1726, in-8o. 
— Critique de la bulle Unigenitus. 

II. Traité de la foi et des devoirs des 
chrétiens, trad. du latin de Burnet, Arast., 
F. L'Honoré, 1729, in-12. 

III. Vie de Michel de Cervantes, trad. 
de l'espagnol de dom G. Mayans y Siscar, 
avec quelques remarques du trad., Amst., 
1740, 2 vol. in-12. 

IV. Discours historiques, critiques et 
politiques sur Tacite, trad. de Gordon ; 
Amst., F. Changuion, 1742. 2 vol. in-12 ; 
1751, 3 vol. in-12. 

V. Discours historiques et politiques sur 
Salluste, trad. de Gordon, sans nom de 
lieu, 1759, 2 vol. in-12; réimpr. avec le 
précédent, Paris, an II (1794), 3 vol. in-S». 

Tous ces écrits ont paru sous le voile de 
l'anonyme. Rappelons que Daudé a été 
aussi un des collaborateurs de la Biblioth. 
britannique {Voy. notre t. II col. 374). 

Éloge de M. Daudé, Bïbliot. Britann., 1. 1, 
1" partie, p. 167-183. 

3. DAUDÉ, de Lacan, paroisse de Ro- 
quedur près le Vigan, assistait à une as- 
semblée qui se tenait en ce lieu le 6 octob. 
1686 et qui surprise par les dragons laissa 
entre leurs mains une trentaine de morts 
et un plus grand nombre de prisonniers '. 

1 D'après les documents officiels, archiv. de 
l'Hérault, l'assemblée se serait défendue et dans 
une vive fusillade échangée des deux parts les 
dragons auraient perdu leur capitaine, leur lieu- 
tenant et quelques hommes. 



Voulant empêcher les soldats d'entrer dans, 
sa maison où s'étaient réfugiées une cen- 
taine de personnes, Daudé et l'une de ses 
filles furent percés de coups de bayonnet- 
te, dont ils ne tardèrent pas à, mourir. Un 
autre Daudé fut pendu sur place dans la 
même affaire, comme nous l'avons dit, au 
t. IV col. 85, d'après une relation adressée 
à Antoine Court par un témoin de ces 
faits odieux. Mais il paraît qu'au sr de 
S^- Julien l'aîné dont nous avons fait men- 
tion au même endroit (col. 85 ligne H), 
il faut joindre le plus jeune membre de sa 
famille, Jacques de S'-Julien-Thoumeyrol- 
les qui fut, à la suite du procès, décapité 
au Vigan. C'est ce qui résulte des pièces de 
la procédure qui sont conservées aux ar- 
chiv. de l'Hérault (C 163 et 165) et qui ont 
été analysés sous ce titre « Une assemblée 
au désert dans les Cévennes, 1686, » dans 
la revue religieuse Le Christianisme au 
XIX^ siècle, 8 sept. 1882 K 

Par une coïncidence bien fortuite, nous 
avons une autre relation du même épisode 
provenant d'une source tout opposée. Une 
famille également nommée Daudé, mais 
plus connue sous le nom de Daudé-Dalzon, 
tiré du petit village d'Alzon dont elle avait 
acheté la seigneurie, vint en 1631 s'éta- 
blir au Vigan et y déployer une haine fé- 
roce contre les protestants. L'un de ses 
membres, Jacques Daudé sieur de la Coste, 
docteur es droits et juge en la ville et vi- 
guerie du Vigan, se signala tellement par 
son inhumanité qu'un jour, en 1704, 
comme il revenait de sa maison des champs 
appelée la Vitgère ou la Villette, accompa- 
gné d'un jeune d'Assas-Montdardier qui 
était venu lui demander sa fille en maria- 
ge, il fut surpris par les camisards et im- 
pitoyablement mis à mort. Un de ses fils, 
Jean Daudé sieur de La Valette, avocat, lui 
succéda, et la charge de subdélégué de l'In- 
tendant ayant été créée en avril 1704, il en 
fut pourvu le 3 décembre. Après lui, son 
fils François-Xavier Daudé écuyer, sieur de 
la Vitgère et un peu plus tard vicomte 
d'Alzon, plus connu sous le nom de Dau- 
dé Dalzon, fut associé à son père et ensuite 

1 Notes de M. Ferd. Teissier. — La relation 
adressée â Ant. Court est en contradiction sur 
plusieurs points avec les documents officiels. Ceux- 
ci ne disent pas que le s' de S' Julien l'aîné ait 
été pris, ni qu'un autre Daudé ait été pendu. 
Mais l'affirmation est plus probante que le silence. 



I 



I 



149 



DAUDÉ 



DAUGER 



150 



le remplaça comme subdélégué, charge 
qu'il abandonna d'ailleurs avant la fin de 
ses jours, poursuivi par l'exécration des 
gens du pays, parents pour la plupart, de 
ses victimes. Or, au mois d'avril 1727, 
Jean S"" de La Valette et Etienne son frère, 
fils du Daudé assassiné en 1704, récla- 
maient auprès des Conseils du Roi leur 
maintenue de noblesse dans une requête où, 
après avoir exposé les services rendus par 
leurs ancêtres depuis l'annéi^ 1581, ils fai- 
saient valoir : 

« Qu'en 1680 Jacques Daudé leur père s"" 
de La Coste et de LaVallette, qui avoit esté 
pourvu de la charge de juge en chef de la 
ville et viguerie du Vigan, dans l'exercice de 
laq. imitant le zèle de ses ancêtres pour le 
service de S. M. et de la Religion, ayant 
descouvert les assemblées secrettes de ceux 
de la R. P. R. il avoit prévenu par ses soins 
leurs pernicieux desseins et la révolte géné- 
rale qu'ils avoient projettée de faire, ce qui 
l'avoit fait choisir en 1685 par le bisayeul 
de S. M. pour présider toutes les assemblées 
de P. R. dans les principales villes et lieux 
des Cevennes; que depuis ce temps jusqu'en 
1704 qu'il avoit esté cruellement assassiné 
par les fanatiques dans les fonctions de ses 
charges, il avoit rendu plusieurs services 
importants a l'État et a la Religion s'etant 
trouvé en 1687 avec un détachement de 15 
dragons de Fimarcon qui étoit tombé sur 
une assemblée de nouveaux Convertis près 
de Vigan, composée de près de 2000 hom- 
mes où il y en avoit plus de 500 armés, 
commandés par des gentilshommes, et après 
que le capitaine et le lieutenant qui com- 
mandoient le dit détachement eurent été 
tués sur la place au commencement de l'ac- 
tion, il s'étoit mis à la teste des 15 dragons 
et avoit dissipé cette assemblée dans laq. 
outre les morts et blessez en grand nombre 
il avoit fait plus de 80 prisonniers ; ayant 
ensuite prévenu par ses soins les mauvais 

desseins etc » (Bibl. nat. mss. Carrés 

d'Hozier. Voy. aussi Pièces orig. Vol. 978.) 

La branche aînée de la famille Daudé 
d'Alzon s'est éteinte de nos jours, du moins 
au Vigan, en la personne de l'abbé Emma- 
nuel Dalzon, vicaire général de l'évêque 
de Nîmes. 

DAUDET, avocat, diacre de l'église de 
Nîmes, 1661-63. — (Guillaume), de Som- 
mières, assisté à Genève, 1692. — Autre 
Guillaume, avec femme et 5 enfants, id. — 
(La veuve d'Éléazar), id. 1698. — (Silvie), 



de St-Malo, 60 ans, assistée à Londres en 
1702; encore en 1710. — (Françoise), 80 
ans, morte à l'hôpital de Lausanne, 1714. 

DAUFAIS. La veuve de Gamaliel Dau- 
fais, de Nîmes, assistée à Genève, 1697;^ 
— (Jean) de Sauve, id. reçoit un viatique 
pour Berne, 1700. — (Magdeleine) de Ma- 
rioche en Languedoc, id., viatique pour 
Erlangen. — Jean Daufez « facturier, » de 
Langlade en Languedoc, réùigié à Magde- 
bourg, 1700. 

DAUGER (Guy-Aldonge), d'une famille 
lorraine qui a fourni à la France plusieurs 
braves officiers [Haag, IV 208]. Il entra 
comme capitaine, en 1643, dans le régi- 
ment de Nettaneourt, avec lequel il se 
trouva au siège de Rothweil où il fut bles- 
sé, et à la déroute de Tuttlingen. Il se si- 
gnala particulièrement dans la retraite en 
combattant à l'arrière-garde. En 1644, it 
reçut au siège de Fribourg une nouvelle 
blessure, qui toutefois ne l'empêcha pas de 
prendre une grande part à toutes les opé- 
rations de la campagne. En 1645, il conti- 
nua de servir avec distinction dans l'armée 
d'Allemagne, et il fut chargé, pendant 
l'hiver, du commandement de Baccarat. 
Après avoir fait, sous les ordres de Tu- 
renne, toutes les expéditions jusqu'à la 
paix de Munster, il obtint, en 1651, une 
compagnie dans le régiment de cavalerie 
du maréchal, et il continua à combattre 
sous ce grand capitaine jusqu'à la paix des 
Pyrénées. En 1661, Turenne le nomma 
major du régiment Colonel général de la 
cavalerie, fonctions qu'il remplit jusqu'en 
1666. Comme premier capitaine de ce régi- 
ment, il servit, en 1667^ à la prise de 
Tournay et de Douai. Créé mestre-de-camp 
de cavalerie, il assista au siège de Lille. En 
1671, il obtint le commandement d'un ré- 
giment de cavalerie qui prit son nom. 
L'année suivante, il suivit Louis XIV à 
tous les sièges qui illustrèrent cette cam- 
pagne, et il passa l'hiver dans la province 
d'Utrecht. En 1673, il servit sous Luxem- 
bourg; en 1674, il combattit à Senef sous 
Condé. Nommé brigadier, en 1675, il com- 
manda la cavalerie dans le Hainault. En 
1676, il assista au siège de Condé et de 
Bouchain ; en 1677, à ceux de Valencien- 
nes et de Cambrai ; en 1678, à ceux de 
Gand et d'Ypres. Placé, en 1679, sous les 
ordres de Créquy, il combattit à Minden, 
où l'électeur de Brandebourg fut défait. 



151 



DAUGEK 



DAUMESNIL 



152 



Maréchal de camp en 1683, il commanda 
pendant l'hiver les troupes sur la Meuse. 
En 1684, il se démit de son régiment, et 
fut employé à l'armée qui couvrit le siège 
de Luxembourg. Quarante années de ser- 
vice ne l'auraient pas sauvé de la proscrip- 
tion, et la carrière qu'il avait parcourue 
avec tant d'éclat, aurait été impitoyable- 
ment brisée, si Dauger n'avait pas abjuré 
la religion protestante. Pour le récompen- 
ser de son apostasie, Louis XIV lui donna, 
en 1683, le gouvernement de Mézières. 
Nommé lieutenant-général en 1688, il fut 
tué au combat de Leuse, 19septemb. 1691. 

Il s'était marié, au mois d'août 1683, 
dans le temple de Charenton avec d'ie Ma- 
rie, fdle de Jacques du Vidal et laissa en- 
tre autres enfants deux filles qui épousè- 
rent l'une Philippe du Han de Jandun 
[IV, 381], l'autre Jean de Grimaudet [V, 
368 a}, tous réfugiés en Prusse à la Révo- 
cation. 

DAULGON (Jean), « dit Latouche, de 
Cléry près Orléans^ soldat; a été à la 
messe, » — reçu habitant de Genève, 
20 avril 1573. 

DAULIAG (Anne et Marie), nom qu'on 
écrit aussi Daulhac, Douliac et Daulhaet, 
demoiselles fugitives de Vellines, juridic- 
tion de Montravel en basse Guienne ; sor- 
ties de France avec leur tante M'ie Alice 
Saillens (aliàs Hélix Salhen), arrivées à Lau- 
sanne en 1694. Marie Daulhaet désire en- 
seigner les jeunes filles à lire, écrire, cou- 
dre et faire la dentelle, 3 août 1694. Exa- 
minée, on lui recommandera les jeunes fil- 
les, 4 septemb. ; on lui paie les écolages, 
^ nov. 1694, 23 avril 1695 ; son école est 
plus que pleine, 24 juill. 1696. Anne sa 
sœur veut se rendre en Allemagne avec 
leur tante, 27 mai 1698. Toutes trois par- 
tent pour l'Allemagne, 30 mai 1699 (Ma- 
nuaux de Lausanne). — Pierre Dauliac, ve- 
nant de Guienne, se fait délivrer une at- 
testation de foi; Lausanne, juill. 1699. — 
Esther Ourous femme de Jacques Dauliac, 
de Revel, allant en Angleterre avec ses 
deux enfants, est assistée à Lausanne, 
7 mars 1701. 

DAUMAIN (Françoise), enfermée aux 
Nouv. cath. de Châlons sur Marne, 1687 
{Tt321). 

DAUMÈDE, passementier à Rouen, mas- 
sacré à la St-Rarthélemy {Crespin). 

DAUMESNIL (Guillaume), appartenait 



à une famille noble, de l'élection de Caen î 
il est inscrit dans la « Recherche de l'an 
1666 sur la noblesse de Normandie » faite 
parChamillard, avecladésignationR.P.R., 
c'est-à-dire avec la mention de sa qualité 
de prétendu réformé. = Ses Armes certi- 
fiées par Ghamillard étaient : de gueules à 
la fleur de lis d'argent. Le même document 
constate aussi que les Daumesnil étaient le 
plus souvent alliés avec les familles pro- 
testantes de leur pays, tels que Marc Dau- 
mesnil avec Marguerite Heroult et Pierre 
Daumesnil avec Marie Osmont de Courtisi- 
gny. Ils abjurèrent à la Révocation. Pierre 
Daumesnil, sieur de Roisdaune, arrêté 
comme il s'enfuyait du royaume, abjure, 
en 1686 (M 669). Plus tard, on trouve dans 
le Dictionnaire du droit normand par 
Houard (in-4o 1780, t. III, p. 706) l'ana- 
lyse d'un procès plaidé en 1730 sur l'hoi- 
rie de diie Esther Osmont, dans lequel un 
Louis Daumesnil et plusieurs Osmont, tous 
nouveaux convertis, appuyent sur leur 
conversion les prétentions qu'ils élevaient 
sur l'héritage, à l'encontre des sieurs de 
Montfiquet et Gohier, religionnaires. Leur 
requête se terminait par ces mots : « ... que 
d'ailleurs l'épouse du sr de Montfiquet est 
absente du royaume depuis trois ans, 
qu'elle et le s"" Gohier ne font aucun acte 
de catholicité et que celui-ci a fait enlever 
sa fille alors âgée de douze ans pour em- 
pêcher qu'elle ne fût instruite en la religion 
catholique. » Nous ne savons s'ils gagnè- 
rent ce procès, mais la famille Dumesnil 
tomba bientôt dans un état très humble, 
car Jean -François Daumesnil, né à Fres- 
ney, canton de Bretteville sur Laize près 
Caen passe (suivant la Biogr. univ. de 
Michaud) pour avoir été perruquier. Il 
était momentanément à Périgueux avec sa 
femme Anne Piétré lorsque celle-ci donna 
le jour (27 juill. 1776) à un fils qui fut un 
des hommes célèbres du commencement de 
ce siècle et l'un des plus populaires de la 
France. Nous voulons parler du général 
Yrieix * Daumesnil qui engagé volontaire 
à vingt ans dans les chasseurs à cheval fit 
toutes les campagnes de l'empire en débu- 
tant au pont d'Arcole par sauver Napoléon 
d'une mort imminente, et ne cessa de don- 
ner partout les preuves d'une fermeté hé- 

1 Yriex.Yrier; S' Yriex-les-bois, Creuse ; trans- 
formation romane d'Aredius. 



I 



153 



DAUMESNIL — DAUSSY 



154 



roïque. A la bataille de Wagram il eut 
une jambe emportée par un boulet; mais 
il n'en continua pas moins de servir. Nom- 
mé gouverneur du château de Vincennes, 
il enthousiasma deux fois les Parisiens, en 
1814 et 181o, par l'opiniâtreté avec laquelle 
il refusa de rendre la place aux armées al- 
liées. Il fallut l'ordre exprès du roi pour 
l'y contraindre. Je vous rendrai la place 
quand vous m'aurez rendu ma jambe, di- 
sait-il aux généraux ennemis, et il avait 
rempli Vincennes de barils de poudre, prêt 
à tout faire sauter avec lui si on l'eût voulu 
forcer. Mis a l'écart par le gouvernement 
de la Restauration, il fut rappelé au châ- 
teau de Vincennes par le roi Louis -Phi- 
lippe et y mourut paisiblement en 1832. 
Sa popularité a été consacrée à Paris par 
le nom de boulevard Daumesnil donné à 
l'une des avenues de la ville qui aboutis- 
sent à Vincennes. 

Yoy. £ull. de la Soc. de l'Eist. duFrot.XXIY, 
238 (article de M. C. Osmont de Courtisignj, 
conseiller à la Cour de Caen). 

Daumont de Grespigny, voyez Cham- 
pion de Grespigny, ci-dessus t. III col. 
1048 et Haag [IV 209]. 

DAUNAT (Jeanne et Eve), arrêtées sor- 
tant du royaume, sont enfermées au cou- 
vent des Dames de la foi, à Sarlat, et ra- 
sées ; l'une abjure, l'autre est disposée à 
abjurer 1686 (Tt 242). —La femme de 
Daunis,de Marsillagues,et sa fille, réfugiés 
à Wezel, 1698.^ 

DAUNOIS (Ézéchiel), ministre, origi- 
naire de Gompiègne. Il exerça le saint mi- 
nistère en Picardie, dans le Boulonnais et ^ 
fut envoyé, septemb. 1652, comme aumô- 
nier à la garnison de La Brielle (Hanovre). 
Un an après, il passa en Angleterre. L'église 
française de Thomey-Abbey l'eut pour 
premier pasteur, de septembre 1653 à 1674. 
Il y mourut le 24 févr. de cette dernière 
année et une inscription gravée à l'inté- 
rieur de l'église consacre sa mémoire. Elle 
est rapportée par Burn, p. 100. Il est l'au- 
teur d'un livre polémique intitulé : Remar- 
ques sur la rétractation de Pierre Jarrige 
rejésuitisé, par Ezech. Daunois compiénols, 
min. du S. Ev. ; Leyde, Fr. Mayaert, 1651 
in-12. Voy. Jarrige. 

1. DAUPHIN, de Rouen, moine con- 
verti, admis au ministère évangélique en 
1602; pasteur à Saon (Drôme) 1602-1603; 



à Châteauneuf-de-Mazène, 1603; au Ghey- 
lard, 1603. — (Glément) pasteur à Manas, 
1602-1604; à La Motte Ghalançou, 1608- 
13. Vente de terres à Russin (Genève) par 
Sara veuve de Glément Dauphin ministre 
à La Mothe en Dauphiné, 1619 (Et. de 
Monthouz XL VII, 52).— (Timothée), pas- 
teur de Ghalançon, 16i9-60; de S. Michel, 
1664 ; Ghampeyrac, 1672-74 ; suspendu, 
1674-75; pasteur à Ghateauneuf, 1676-78 ; 
était mort en 1681. — J. Delphinus Aroen- 
sinensis, étud. à l'acad. de Lausanne, déc. 
1624. 

2. DAUPHIN (Jean et Glaudine) blessés 
au massacre de V^'assy, 1562. — (Hugue) 
greffier au baillage de Màeon, habitant de 
Genève, 1568. — (François) sieur de la 
Forie en Poitou, 1603 [VI 438]. — (Jean), 
d'Orange. — (Jean et David), de Metz, jar- 
diniers, réfugiés à Berlin, 1700. — Louis 
Daufin de Caen, assisté à Genève avec sa 
femme et cinq enfants, 1691-1708. — (Do- 
minique), de La Motte près Gap, id. 1705. 

DAURÈS (Pierre) « boytier, natifz d'Al- 
lés, diocèse de Nismes, » reçu habitant 
de Genève, avril 1559. — (Louis), né à 
Milhau de parents protestants [Haag, IV 
210], abjura la foi de ses pères, entra 
dans l'ordre des Dominicains et publia 
contre ses anciens coreligionnaires un livre 
intitulé L'Église protestante destruite par 
elle-même, ou les Calvinistes ramenez par 
leurs seuls jwincipes à la véritable foy, 
1689, in-12. — Pierre Dauré, du comté 
de Foix, assisté d'habits; Genève, 1706. 

DAURIAG, ancien de l'église de St-Rome 
de Tarn, délégué au synode de haut Lan- 
guedoc tenu à Realmont en 1659 et à 
Milhau en 1674 (Tt 258, 236). 

DAURIERS (Martin), citoyen d'Orange 
[Haag, IV 210] fut condamné, en 1547, à 
faire amende honorable, tête et pieds nus, 
la torche au poing, dans l'église de Notre- 
Dame, pour avoir mal parlé de la foi ca- 
tholique. Sa famille persista néanmoins 
dans la profession de la religion protes- 
tante. Le 30 mai 1563, Michel Daurîer 
obtint à Genève le droit d'habitation, avec 

ses fils JÉRÉMIE et JosuÉ. 

DAUSAT, un des députés de la noblesse 
à l'assemblée protestante tenue à Anduze 
en 1628. 

DAUSSY, martyr en 1559 ; voy. Aussy. 
Voici pour compléter l'indication que nous 
avons donnée à cet endroit (t. I col. 586) : 



155 



DAUSSY 



DAUVET 



156 



On lit dans l'hist. des Martyrs, de Crespin : 
■« Ce povre homme simple et de nulle es- 
time, voire contemptible quant au monde, 
nous est ici donné en exemple, pour nous 
asseurer qu'ayans nostre confiance aux 
promesses de Dieu, rien ne nous défaudra 
pour obtenir l'heureux triomphe auquel il 
est parvenu. » Arrêté à Clermont en Beau- 
vaisis [Haag, IV 210], comme il reve- 
nait de Genève porteur de traités religieux 
€t de lettres des réformateurs, il fut en- 
voyé prisonnier à Paris (1559). L'instruc- 
tion de son procès fit connaître qu'il avait 
déjà été incarcéré une fois pour la même 
cause; c'était plus qu'il n'en fallait pour 
lui mériter toutes les rigueurs du parle- 
ment, qui le condamna à la question ordi- 
naire et extraordinaire et à la peine du 
bûcher, La sentence devait être exécutée 
à Clermont, mais sur l'observation du pro- 
cureur général que Daussi pourrait être 
enlevé en route comme beaucoup d'autres, 
les juges ordonnèrent qu'elle le serait à 
Paris dans la rue de Seine. Le jour du sup- 
plice, 23 octobre, il fut mené à la mort 
dans un tombereau, bâillonné, au milieu 
des injures de la populace, et brûlé à pe- 
tit feu, sans qu'on le vît faire un mouve- 
ment, sans qu'on l'entendit pousser un 
soupir. — Une famille de petits marchands 
nommés Daussy, vivait à la même époque 
au village de Chesne près Genève (F. de 
Laissu not. VIII, 14 ; A. Santeur IV, 32 
etc.). 

DAUTUN. « Philibert Dautuns, seig"" de 
Vauze, » reçu habitant de Genève, 2 octob. 
1572. — « Noble AnthoyneDauthunseig'" 
de Sauvaplane, d'Alais, escolier » à Ge- 
nève, 1602 (A. Dagonneau not. V 431) ; il 
est inscrit au Livre du recteur, 20 avril 
1599, en cette forme : Antonius Deautun 
occitanus. L'album du recteur à Lausanne 
porte : Ant. Dautun alestiensis, 1602. Il 
fit donc de longues études. — (Jean- An- 
toine) né à Portes, cant. de Genolhac 
(Gard) vers 1645, est inscrit à son tour à 
l'acad. de Genève (J. A. Dautun portensis 
gallus) le 27 juin 1666. Il fut successive- 
ment pasteur à Aigremont, 1671-74 ; à S'- 
Julien d'Arpaon, 1674-78 et à Saint-Privat 
de Vallongue, 1681-83. Ayant donné son 
adhésion au projet que Claude Brousson 
avait fait adopter en 1683 dans l'assemblée 
de Toulouse (t. III col. 224) il fut con- 
damné, 3 juin. 1681, au supplice de la 



roue, en même temps que plusieurs autres 
pasteurs des Gévennes. Heureusement il 
réussit à se sauver en Suisse et il entra 
dans la famille d'un bailli de Soleure 
comme précepteur des enfants. Plus tard 
il devint ministre de l'église française de 
Hambourg, puis de Francfort sur le Mein, 
1693-1714. M. le pr C. Dardier a cité {A 
propos d'une lettre d'un abbé à un pasteur, 
Nîmes, 1883) un assez long fragment d'une 
lettre écrite par J. A. Dautun, 21 juill. 
1685, au pr J. Alph. Turrettin de Genève, 
lettre qui fait honneur à la fermeté et au 
jugement de son auteur. Il s'y montre peu 
favorable aux explications de l'Apocalypse 
que les malheurs du temps avaient provo- 
quées au sein d'une partie des pasteurs 
fugitifs, et il y juge avec sévérité Élie 
Merlat qui venait de publier son traité 
Du pouvoir absolu des souverains. — On 
voit figurer dans les minutes des notaires 
de Genève, en 1692, Abraham Dautun, 
d'Alais, marchand, et Marguerite Gautier, 
de Nîmes, sa femme, réfugiés à Arau. 

DAUVE (Charles), gentilhomme de Cas- 
tres, seigneur de La Motte et Villebrunie, 
l'un des principaux signataires de la re- 
quête présentée au roi par l'assemblée du 
haut Languedoc tenue le 30 nov. 1561, 
pour le maintien des églises réformées de 
la province ; Bull. X, 348. — Jean Dauve, 
serrurier, de Castres, réfugié à Berlin, 
1698. — Claude d'Auve, d'Iviers en Tié- 
rache, id. 1698. 

DAUVET (Guillaume), seigneur d'Es- 
raisnes, d'Avènes ou d'Arènes [Haag, IV 
210], second fils de Robert Dauvet, sei- 
,gneur de Rieux, conseiller au parlem. de 
Paris, puis président de la chambre des 
comptes, et d'Anne Briçonnet. Dauvet 
embrassa la religion réformée avant 1562, 
quoiqu'il n'ait commencé à jouer un rôle 
dans le parti huguenot que longtemps 
après. Nous avons la preuve de son adhé- 
sion dans la netteté avec laquelle lui et son 
père, également conseiller à Paris, sont si- 
gnalés par l'auteur du rapport de police 
que nous avons publié ci-dessus au t. IV 
(voy. col. 59). C'est seulement en 1575 
que nous le voyons intervenir activement 
dans les affaires du parti. Il fut chargé, 
cette année même, d'apporter à Henri III 
la requête dressée à Bâîe par les députés 
des protestants, et des catholiques politi- 
ques, qui venaient de signer à Nîmes un 



m 



157 



DAUVET 



DAUZONE 



158 



traité de confédération. Après avoir justi- 
fié leur prise d'armes par le droit de légi- 
time défense, les protestants, de concert 
avec leurs nouveaux alliés, réclamaient le 
libre exercice de la religion réformée dans 
tout le royaume, l'autorisation de prêcher 
et de chanter les psaumes de David en 
tous lieux, l'usage des cloches, la publica- 
tion des mariages^ la permission de visiter 
les malades dans les prisons, celle d'en- 
terrer leurs morts en plein jour; ils de- 
mandaient, en outre, des écoles pour l'en- 
fance, le droit d'imprimer et de vendre 
sans entraves leurs livres religieux, celui 
de tenir des consistoires, des colloques et 
des synodes, celui de s'imposer pour les 
besoins des pauvres et des églises, l'auto- 
risation de bâtir des temples, et l'affecta- 
tion des dîmes au paiement des pasteurs 
réformés. Ils insistaient, en toute justice, 
sur l'admission des protestants aux char- 
ges publiques, sur l'établissement de 
Chambres mi-parties, sur la confirmation 
de la vente des biens ecclésiastiques faite 
par ordre des princes, sur la punition des 
assassins de la Saint-Barthélémy et la ré- 
habilitation de ses victimes, sur la mise 
en liberté de leurs coreligionnaires envoyés 
aux galères. Ils demandaient enfin une 
exemption de tailles pour six ans, et l'en- 
voi des troupes dans les villes frontières. 
Ce fut Dauvet qui porta la parole. Il s'éten- 
dit longuement sur les maux qui désolaient 
la France, fruit de l'impiété et du manque 
de foi, et sur la nécessité d'y mettre un 
terme pour rendre au royaume son anti- 
que splendeur. Henri III l'écouta gracieu- 
sement ; mais, après avoir lu la requête, il 
s'écria qu'il était fort ébahi de l'audace de 
semblables demandes. Condé n'ayant pas 
voulu rompre brusquement la négociation, 
Dauvet resta à la cour avec Beauvais-La 
Nocle, tandis que ses collègues retour- 
naient à Nîmes. 

La paix se conclut l'année suivante. Si 
les protestants n'obtinrent pas tout ce 
qu'ils réclamaient, on leur accorda du 
moins quelques-unes de leurs demandes, 
entre autres les Chambres mi-parties. Dau- 
vet fut nommé président de celle qui devait 
siéger à Paris; mais il fut repoussé par le 
parlement d'une manière si blessante, qu'il 
renonça de lui-même à sa nomination. Se- 
lon Moréri, il mourut avant 1579. 

De son mariage avec Aimée Raguierj 



fille de Jacques, baron de Poussé, et de 
Charlotte de Longuejoue, naquirent lo 
Jacques, sieur d'Esraines, marié à Bonne 
ou Anne de Romain, fille de Charles Ro- 
main, sieur de Betz, et d'Anne de Sernhac, 
de laquelle il n'eut qu'un fils, Nicolas, 
mort jeune ; 2° Aimée, femme de François 
de jBerôisj/ sieur d'Hérouville; 3° .... épouse 
du sieur de Mézières en Normandie, et 4» 
Jeanne, alliée à Jacques de Dreux, sieur 
de Morainville, le même ^orainville, sans 
doute, qne d'Aubigné signale comme s'étant 
distingué, sous Montgomery au combat 
d'Arnay-le-duc. Un autre Morainville ser- 
vit sous Condé, en 1577, à la défense de 
l'île de Rhé contre M. de Lansac, fut nom- 
mé gouverneur du Perche par Henri IV et 
périt à la surprise de Verneuil par les Li- 
gueurs en 1590. — Un conseiller Gui Dau- 
vet faisait partie de la chambre mi-partie 
de Castres en 1595. — Deux sœurs de Guil- 
laume furent mariées, l'une, Charlotte, à 
François de Béthune, l'autre, Jacqueline, 
à Gontaut sieur de Campagnac. 

DAUXILHON (Maffre), seigneur de 

Sauvelerre [Haag, IV 212], ou plutôt 

Maffre (nom de famille) fils de Pierre 
Maffre d'AussiLLON en Castrais et de Mar- 
guerite de Janin. Il épousa, en 1565, 
Paule de Pins, qui mourut en 1572 et vou- 
lut être enterrée « à la manière des Hu- 
guenots. » Dauxilhon, qui servait alors 
au siège de Sommières sous les ordres de 
Damville, contracta un second mariage, en 
1573, avec Anne de Genihrouse, veuve de 
François de Villette, seigneur de Montlé- 
dier. L'influence de sa nouvelle épouse ne 
fut pas étrangère à la résolution qu'il prit, 
vers ce temps, d'embrasser la religion ré- 
formée. Cette acquisition fut précieuse 
pour le parti protestant, auquel il rendit 
des services considérables dans les guerres 
de la Ligue. Il mourut, en 1597, laissant 
de son second mariage, 1° Samson, mort à 
Lyon à la suite de Damville, dont il avait 
été élevé page ; — 2» Jacques, baptisé en 
1580, élevé auprès du duc de Joyeuse qui 
le convertit; — 3° Jacques, sieur de Nar- 
bonne, tué en 1626 dans les guerres de 
Rohan ; — 4° Anne, mariée en 1612 avec 
César de Laur, sieur de Marmoulières ; — 
5» Anne et 6° Olympe, mortes sans al- 
liance. 

DAUZONE ou d'AuzoNE (Jean), méde- 
cin « natif de Castres et habitant de 



159 



DAUZONE 



DAUZOU 



160 



Montfort, » épousa Jeanne de Castanet. 
Cette union, la première inscrite sur un 
« Registre des mariages célébrés dans 
« l'église Réformée de Christ es lieux 
« d'Homs^ Montfort, Mauvezin et autres, » 
fut bénie « Au nom de nostre bon Dieu » 
dans le temple de Montfort, le 5 novem- 
bre 1570. 

Les documents de cette espèce et de 
cette date sont si rares, que nous allons 
donner ici la suite des mariages enregis- 
trés dans ce volume avant la Saint-Bar- 
thélémy. 

Etienne Barifale et Dominge de Brunet, 
de Mauvezin, s'épousaient le 29 octob. 1570. 

— Guillaume Salamandre et Bernarde Ju- 
lien, même date. — Antoine Olniier, méde- 
cin de Fleurence, et Jeanne d'Esparbès (de 
Hes pai'bes), de Saint-Léonard, 5 nov. — 
Jean de Ville, de Sercos, et Antoinette de 
La Case, du Faget, même date. — Domi- 
nique Gissot et Catherine de Savais, de 
Mauvezin, 12 nov. — Pien-e Soubiran, de 
S'-Christie, et Madeleine de Cordier, 26 nov. 

— Jean de Vaicre, de Mauvezin, et Adrienne 
de Bordes, d'Homps, 31 déc. — Ambroise 
Gimat, de Serempuy, etGeorgette de Roua-, 
de Montfort, 14 janvier 1571. — Domengue 
Du Pin et Jeanne de Vaure, de Mauvezin, 
même date. — Antoine Cadours et Jeanne 
de Bezoles, de Mauv., 7 janvier 1571. — 
Jean Corneillac et J. Bu Pont, de Mauv., 
id. — Durand Vallée, march. de Toulouse, 
et Marie de Minhan, de Grenade, « mariage 
« célébré suivant le tesmognage des trois 
« annonces faictes en l'église de Montau- 
« ban, signé par Ruelle, secrétaire de la d. 
« église, et la déclaration de Mai-ie deSola, 
« veuve de Pierre de Minhan, père et mère 
« de Jeanne, retenue par de Seines, not. 
« de Grenade, le 23 janvier 1571. » — Jean 
Teyssenc et Catherine Sillères, de Montfort, 
11 févr. 1571. — Fabien Car elle, de Mont- 
fort, et Antoinette Boulère, de Mauvezin, 
25 février. — Arnauld La Peyre, de S*- 
Saubi, et Antoinette Faget, de Montfort, 
28 février. — Bernard Brun et Jeanne 
Marcassus, de Montfort, 4 mars. — An- 
toine Arnauld, notaire de Montfort, et 
Gaillardine de La Serre, de Mauvezin, 4 
mars. — Biaise de La Grandre, de Mauve- 
zin, et Marguerite Montés, de l'Isle- Jour- 
dain, 18 mars. — Bernard Bordes, de Mont- 
fort, et Anne de Vaure, de Mauvezin, 25 
mars. — Bernard Arribal et Laurence 
de , 1 avril. — Vincent de Tiarn, no- 
taire de Cologne, et Marg. Gautier, 8 avril. 



— Jean La Briffe, de S'-Christie, et An- 
toinette de Pujols, d'Auch, 22 avril. - — 
Pierre Margonet, notaire de Fleurence, et 
Bernai'de de Faget, de Montfort, 29 avril. 

— Jean Raon et Berthonnière deCapgran, 
de Lauret, 29 avril. — Jean Damade, de 
Montauld, et Cath. de F-aget, de Montfort, 
18 mai. — Jean Faget, de Goûts, et Jeanne 
de Garipuy, de Bajonnette, 10 juin. — Mi- 
cheau Bu Bosc et Antoinette Maraval, 10 
juin. — Bernard Roubert, de Serempuy, et 
Bertrande Sauterelle, 17 juin 1571. 

Ici, le registre est interrompu et reprend 
au 19 janvier 1574 seulement. (Pradel.) 

DAUZOU (Pierre), filsdeRaimondDau- 
zou marchand à Montauban [Haag, IV i212], 
était chantre et lecteur de l'église d'Aubaïs 
en bas Languedoc lorsqu'il arriva, au mois 
de mai 1688, à Lausanne, et y fut inscrit 
sur les registres de l'assistance publique 
avec le titre de « Confesseur de la vérité, • 
qui indique que des souffrances lui avaient 
été infligées en France ^ Il ouvrit une 
école; mais avec peu de succès, car on lit 
dans les mêmes registres que le 25 janv. 
1689, « Dausou, précepteur, ne pouvant sub- 
sister pour n'avoir pas d'écoliers, reçoit 10 
sous par semaine. » Il se maria toutefois, 
dans sa ville adoptive, 24 juin 1693^, avec 
une femme qui lui apporta 1000 liv. de 
biens divers : Marie De foin fille d'un mar- 
chand d'Arnay-le-duc, réfugiée comme lui. 
Mais ce mariage dura fort peu, car sa fem- 
me mourut le 20 sept. 1695. On le trouve 
se mariant une deuxième fois, dès le 7 déc. 
suivant, avec Suzanne Bénigne fille de 
Louis Roux, citoyen de Lausanne, de la- 
quelle il eut plusieurs enfants. Ce fut très 
peu de temps après qu'il publia le récit de 
ses malheurs sous le titre de Recueil de 
plusieurs lettres écrites de la prison de 
Lyon, pendant l'espace de plus d'un an 
qu'il a été détenu dans ladite prison pour 
la profession de l'Évangile, à quelques-uns 
de ses amis réfugiés à Lausanne avec les 
réponses qui lui ont été faites; Cologne 
[Genève], 1697, in -S». — A la suite de 
ces lettres ont été imprimés des certificats 
attestant ses épreuves et sa constance, si- 
gnés par Baschi d'Aubaïs; de La Roche, 
pasteur de Junas dans le Bas-Languedoc, 
réfugié à Nyon ; Barbeyrac, pasteur de 
Montagnac, réfugié à Lausanne; de Para- 

1 Voy. 1. 1 col. 70 note ; t. II col. 379, etc. 



161 



DAUZOU — DAVAL 



162 



dès, pasteur du Bas-Languedoc; Pagezy, 
pasteur des Cévennes; Brouzet, pasteur de" 
Florensac; Ribottier, ministre des Céven- 
nes; Davin, pasteur de Sauvignargues; 
Noguier, ministre de Saint-Chaptes ; Mé- 
janes de Bane, pasteur du Bas-Languedoc ; 
Malplach, pasteur d'Anduze ; Vial, minis- 
tre des Cévennes, Théoptiile Aimeras, mi- 
nistre des Cévennes ; de La Borie, minis- 
tre d'Uzès; Escoffier, ministre de Saint- 
Gilles; Perreault, ministre de La Nocle, 
Bruguière, pasteur de Calvisson, tous ré- 
fugiés à Lausanne. Le 24 mai 1701 le gou- 
vernement de Berne signa des lettres de 
naturalisation accordées à Dauzou « chan- 
tre et régent d'école à Montauban. » — II 
laissa un fils, prénommé comme lui, Pier- 
re, qui était chantre de l'église S'-François 
de Lausanne et qui épousa dans cette ville, 
22 sept. 1723, Marguerite Matty réfugiée 
de la ville de Riez en Provence. 

DAVAL (Guillaume) et son fils Jean 
[Haag IV 212], sont deux anciens de l'égli- 
se réformée de Dieppe dont le premier eut 
l'heureuse et méritoire inspiration de met- 
tre en écrit les événements relatifs à cette 
église qui s'étaient passés ou se passaient 
encore sous ses yeux, et dont le second 
continua religieusement l'œuvre de son 
père. Grâce à ces deux honnêtes chrétiens, 
qui ont à peine dit trois mots d'eux-mê- 
mes dans tout le cours de leur travail, en 
sorte qu'on ignore ce qu'ils furent, l'église 
de Dieppe, l'une des principales de France, 
possède un très bon récit de son histoire^ 
clairement, fermement et impartialement 
rédigé. Il commence à l'an 1567, et s'ar- 
rête à l'an 1657. 

Voici en quels termes. Après une page, 
en bon style du XVIme siècle, sur « Les 
ténèbres prodigieuses de l'ignorance et de 
l'erreur, enspanduës générallement sur 
toute la face de la terre, ayant aveuglé tout 

le monde pendant plusieurs siècles », 

il en vient de suite à ce qui touche Dieppe : 

En ce temps et longtemps auparavant, le 
peuple de la ville quy estoit du tout igno- 
l'ant en la religion et adonné à l'idolatrye 
et superstition; estoit aussy en ses meurs 
tout a fait corrompu de vices et desbauches, 
lâchant la bride a ses apestis desordonnés, 
se laissant emporter a la paillardise, yvro- 
gnerie, dances et autres dissolutions ; se 
fondant du tout en délices, fruicts amers et 
corrompus de la mauvaise doctrine dont ils 



estoient abreuvés; les pasteui's, au lieu du 
vray pain céleste qui est la parole de Dieu, 
ne l'entretenant que de contes et fables de 
la Légende dorée. On ne luy parloit que de 
miracles, d'hosties quy avoient seigné, 
d'images qui avoient sué, cligné les yeux 
ou incliné la teste ; d'aparitions d'esprits 
ou d'âmes revenantes du Purgatoire ; en 
sorte qu'il n'y avoit presque maison d'apa- 
rence quy ne fut ou plustost qu'on ne crust 
estre infectée de telles aparitions, tant avoit 
d'efficace l'ei'reur quy seule retentissoit 
dans l'oreille des peuples ; ,mais néamoins 
les mieux cencés et plus clairvoyans estant 
las de telles erreurs, soupiroient après une 
doctrine meilleure, dont toutefois ils 
n'osoient s'informer pour les rigeurs des 
edits et pour les cruelles exécutions des 
pauvx'es iidelles qu'on faisoit mourir par- 
tout le royaume de France, sous le nom de 
lutériens et huguenots, lesquels on char- 
geoit de crimes faux ou supposés et aux- 
quels on imputoit non seulement des doc- 
trines fausses, extravagantes et ridicules, 
mais aussy blasphématoires et exécrables, 
pour les rendre odieux et abominables aux 
princes et aux peuples, afin de les porter 
aux excès de violence et de cruauté qu'ils 
ont exercés depuis à rencontre d'eux. 

Le premier moyen dont Dieu se servit 
pour retirer d'eiTeur ceux de la dite ville 
et les appeler a sa Cognoissance, fut assés 
vil et abject selon le monde ; car ce fut par 
le moyen d'un libraire colporteur, nommé 
Jean Venable, n'ayant que peu de livres 
mais bons, qu'il portoit sur son dos en une 
bannette, et luy mesme assés bien instruict 
en la vérité, pour un homme de sa condi- 
tion 

Et voici comment, juste cent ans après, 
le récit se termine : 

Il ne faut donc s'attendre de jouir d'un 
entier repos. L'esglise sera toujours persé- 
cutée sur la terre, et elle ne sera exempte 
de ses afflictions que lorsqu'elle sera re • 
cueillye la haut au ciel. Elle est à présent 
(a Dieppe) composée de 12 a 15000 person- 
nes, enti'e les quelles on compte environ 
4000 communians. Le Seigneur veuille 
l'augmenter toujours de plus en plus en ses 
grâces et l'accroître en nombre de person- 
nes, jusques à ce qtie le nombre des eslus 
soit accomply. A luy soit honneur et gloire 
dès à présent et a jamais. Amen. 

Les auteurs avaient intitulé leur manus- 
crit : Mémoire de la rénovation de la Pré- 

V. 6 



163 



DAVAL 



BAVANTES 



164 



dication de la vraye et pure doctrine Évan- 
géliqueet Apostolique, et de ce quy s'est passé 
de plus mémorable pour le fait de la Reli- 
gion en l'Esglise de Dieppe. M. Emile Le- 
sens, sous les auspices de la Société rouen- 
naise des bibliophiles de Rouen, l'a fait im- 
primer avec une introduction, des notes et 
des tables, en deux beaux vol. in-8o. Sous 
ce titre : Histoire de la Réformation à Dieppe 
par Guill. et Jean Daval, Rouen, imp. 
Esp. Cagniard, 1878 et 1879; 264 et 256 
pages. 

— Un Daval était ministre à Caen en 
1563 {Bull. X, 5). — Un autre, prend part, 
comme ancien de l'église de Rasqueville, 
au synode de Caen, mai 1660 (Tt 242). — 
(Judith Daval, nouvelle catholique dispo- 
sée à se faire religieuse, obtient, du roi, 
en 1693, une pension de 150 livres 
(E 3381). 

DAVANT (Jean), ministre d'Aranjuzon 
en Béarn 1612-1628; il abandonna sa re- 
ligion à cette dernière date et accepta du 
clergé catholique une pension de 400 li- 
vres. Il fut déposé par le synode national 
de Charenton en 1631. 

DA VANTES (Pierrs), savant langue- 
docien [Haag, IV 212] qui avait été lier, 
sans doute, de trouver dans les écrivains 
militaires de Rome une glorieuse traduction 
de son nom qu'il garda toute sa vie : Ante- 
siGNANUs, celui qui est commis à la garde 
des enseignes, le soldat qui marche en tête 
des enseignes. Il n'a cependant laissé qu'une 
bien faible trace dans les annales de la Ré- 
formation, et seulement aux dernières an- 
nées de sa carrière apparaissent quelques 
renseignements sur sa personne et ses tra- 
vaux. Il était né en 1525 à Rabasteins 
« en Begorro, » de noble Jehan des Davan- 
tes dict. de la Hélète* et fit une étude pro- 
fonde des langues anciennes, principale- 
ment du grec, étude à laquelle il joignait 
la passion de la musique. « Il entendoit as- 
sez bien l'hébreu, dit Bayle, pour mériter 
une place dans la Gallia Orientalis de Go- 
lomiès, et cependant il y a été oublié. Il 
écrivit en cette langue une lettre à Pierre 
Coste » (qui a été imprimée dans l'ou- 
vrage de ce dernier intitulé de Messiâ). 
On suppose qu'il était allé s'établir à 

1 Peut-être la petite ville de Helette, canton de 
Iholdy en Bigorre; 1200 hab. ; arrond. de Mau- 
léon, Basses-Pyr. 



Lyon ^ et qu'il s'y consacrait à l'enseigne- 
ment ; du moins était-il précepteur dans la 
maison de Serre (ou Saré). En effet l'épître 
dédicatoire des Instituliones in grxcam 
linguam de Cleynaerts, qu'il publia dans 
cette ville en 1557 (et peut-être dès 1554), 
est- elle datée de Lyon, le 10 avril 1534. Il 
avait épousé en 1557 « noble di'e Jehanne 
de La Font' » et bientôt il arriva à Genève 
où il figure sur le registre des nouveaux 
habitants en ces termes : « Pierre Davan- 
tes dict Antesignanus de Rabasteins, dioc. 
de Tarbes, » admis le 6 mars 1559. Là, 
tranquille au sein de cette métropole reli- 
gieuse et scientifique, il paraît s'être plon- 
gé dans des travaux ardus et nombreux. 
En 1560 il achevait à la fois une laborieuse 
édition de Térencequi s'imprimait à Lyon 
et il commençait chez les imprimeurs de 
Genève une édition des psaumes traduits 
par Marot et de Bèze, mais accompagnée 
d'une notation musicale de son invention, 
qui n'est autre que la méthode réinventée 
de nos jours et fameuse maintenant qui 
consiste à remplacer les notes de la musi- 
que par des chiffres. L'ouvrage parut en 
1560 et à peine paru, l'auteur prenait des 
mesures pour une nouvelle édition comme 
le témoigne ce passage des registres du Con- 
seil de Genève : 

1561, '17 février. Pierre Bavantes dict 
Antesignanus a présenté requeste de luy 
prolonger le terme du privilège a luy out- 
troyé pour l'impression des pseaumes de 
nouvelle façon. Arresté quon luy outtroye 
le dict. privilège pour trois ans a commen- 
cer dès aujourdhuy. 

Emeri Bernard a supplié luy permettre 
imprimer ung nouveau méthode de musi- 
que. Arresté que les commis en facent leur 
rapport. 

Six mois après Bavantes était mort. Cal- 
vin écrivait le 3 septemb. à Théod. de 
Bèze, montrant par là qu'il venait de per- 
dre un de ses favoris : « De peur qu'une 
« seule perte ne m'accablât pas assez de 
chagrin, deux jours après la mort du 
« >ieigneur de Varennes, mon cher ami, 
« Antesignanus le suivait dans la tombe. » 

1 II avait aus.si vécu à Bourg. Voy. la lettre du 
ministre de Bourg, Jean Boulier, à Calvin. O^era 
Calv. Brunsw. XX 501. 

2 Conventions matrim. passées à Villefranche, 
6 nov. 1557; Jehan Saignes notaire. 



I 



165 



DATANTES 



166 



Et les registres des décès de Genève (car- 
net IV) portent : 

Du dimanche xxxj« aoust (1561) mestre 
Pierre Bavantes habitant de Genève, escol- 
lier, demeurant en la grant boucherie, est 
mort de âevre continue, âgé de xxxvj ans. 

Il n'était pas inscrit au Livre du recteur 
(lequel commence au mois de novembre 
1559). La qualification d'écolier nous pa- 
rait équivaloir ici à celle d'homme de let- 
tres. On a son testament (J. Ragueau not. 
IV, 343) daté de deux jours avant sa mort 
(29 août), dans lequel il se dénomme Pier- 
re Bavantes l'aisnel (l'aîné) dit Antesigna- 
nus, et après avoir ordonné la restitution 
à sa femme de 950 liv. t. sur 1000 qu'il 
avait reçues en dot, il institue son héritier 
universel : son frère Pierre Bavantes le 
jeune et déshérite Jehan Roy Bavantes son 
autre frère; passé en présence de Michel 
Cop ministre, noble Charles de Joinvillier 
bourgeois, honorables Robert Constantin ', 
Seipion Calendrin, Bertrand de S^^-Grâce, 
Arnauld Barselonne, Pierre Hespérian, 
Gaillard de S^-Martin etRenauld Dandrin ". 
escolliers, tous habitants de Genève (J. Ra- 
gueau not. IV, 343). Par un autre acte in- 
tervenu le 3 septemb. suivant (Id. IV, 
357), la veuve et l'héritier passent un 
compromis pour le partage des sommes à 
provenir de la vente des « meubles et mar- 
chandises » appartenant au défunt. Be 
quelle marchandise s'agit-il ? C'est ce 
qu'explique un troisième acte (J. Ragueau, 
V 347) en date du 11 juillet 1562, par le- 
quel « Comme ainsy soit que bon. J. Cres- 
pin maistre imprimeur aye vendu et pro- 
mis livrer à Spectable Rob. Constantin 
docteur en médecine le nombre de 400 
exemplaires du Lexicon grec- latin que 
imprimoyt et imprime encores le dit Cres- 
pin... lequel nombre de Lexicon grec- la- 
tin, le dit Constantin auroit, dès le 10 mai 
1559, remis, cédé et transporté à honorable 
sire Anthoine Vincent et a défunt Specta- 
ble P. Bavantes par moytié duquel Bavan- 
tes le dit Constantin auroit été rembour- 
sé... », en conséquence il déclare que la 
propriété des dits 400 exemplaires appar- 
tient à Ant. Vincent et à l'héritier du dit 



1 Voy. t. IV col. 605. 

^ D'Andrein ; voy. t. I col. 244 et t. III col. 
1089. 



Bavantes. Nous entrons dans ces menus 
détails pour dissiper les difficultés ' qu'a 
fait naître la similitude du prénom Pierre 
que portaient les deux frères et pour dé- 
montrer que Pierre l'aîné se livrait au com- 
merce de la librairie. Il croyait à sa devise 
que nous verrons tout à l'heure : « La 
science enrichit. » Probablement, il avait 
été obligé de se faire imprimeur (en 1559- 
1560) pour publier le psautier (voy. ci- 
après col. 00 no) à cause des innovations 
typographiques résultant, de l'invention 
musicale qu'il voulait introduire; mais il 
s'était trouvé promptement un successeur 
dans cet Emeric Bernard, qu'on a vu ci- 
dessus et se bornait, en attendant qu'il fût 
lui-même libraire-éditeur en nom, à placer 
ses fonds dans des entreprises littéraires 
qui l'intéressaient, comme celle du Lexi- 
con * de Constantin. Ce fut son jeune frère 
qui héritant de tout le matériel qu'il avait 
laissé et se transportant à La Rochelle pu- 
blia dès 1563 dans cette dernière ville et y 
continua pendant un certain nombre d'an- 
nées une carrière d'imprimeur libraire pro- 
testant. 

Voici les ouvrages composés par son 
docte frère si prématurément disparu. 

I. Terentius. In quem triplex édita est 
P. Antesignani Rapistagnensis commenta- 
tio. — Primum exemplar. Commentario- 
lum est ex omni interpretationum génè- 
re : in quo affixi sunt ad singula vocabula 
hyperdissyllaba accentus, appositseque ad 
singulos versus dimensiones, et multipli- 
cia, copiosaque ad omnes comœdias singu- 
lasque scenas argumenta, variajque insu- 
per annotationes et exactœ castigationes. 
— Secundum exemplar. Praeter singula 
contenta in primo, omnium ferè quotquot 
sunt in Terentium aliquid ediderunt, com- 
mentarios, expositiones, annotationesque 

1 Voy. £uU. X. 215, 436; XI, 248 ; XH, 252 etc. 

* Cet ouvrage a été décrit ci-dessus, t. IV col. 
607. En voici le titre plus complet : Lexicon sive 
Dietionarium grœeolatinum G. Budœi, J. Tusani, 
R. Constantini omniumque aliorum : de quibus 
in postremi authoris et typographi epistolis (en 
efifet une longue lettre en grec de Constantin au 
duc de Luxembourg, une autre du même, en la- 
tin, â l'acad. de Caen et une de Crespin Studiosis 
lectoribus, expliquent le plan et l'économie de 
l'ouvrage) ; Genevœ, apud J. Crispinum. 1562 ; 
ex privilégia régis ad denennium. Le privilège est 
daté du 13 avril 1561 et on lit â la fin : Achevé 
d'imprimer le 20 de juin 1562. 



167 



BAVANTES 



168 



complectitur. — Tertium exemplar. Ex 
omnium interpretum eommentariis com- 
pendiosam expositionem, omneque primi 
exemplaris argumentum, gallicam prsete- 
reà translationem ad verbum in très prio- 
res comœdias (in quo uno Galliae pueris 
prsecipuè inservitum est) : tùm etiam hu- 
jus authoris peeuliares annotationes, ple- 
nioresque interpretationescontinet. Horum 
omnium ratio in praefatione reddita est. 
Editio tertii exemplaris, Lugduni, apud 
Mathiam Bonhomme, 1560, in-4o, pp. 532, 
sans les pièces prélim., caract. ital. — La 
première édition parut chez le même li- 
l3raire en 1556, in-8o, dédiée, ainsi que la 
2e, aux trois frères Saré, élèves de l'au- 
teur. Elle ne contient que la première 
partie, primum exemplar, de l'édition tri- 
partite. — « Ce qu'il publia sur Térence, 
à ce que dit Bayle, nous doit convaincre que 
c'était l'homme du monde le plus patient 
au travail. Il fit imprimer en trois façons 
[comme le montre le titre ci-dessus] les co- 
médies de ce poète. Premièrement il les 
publia avec de petites Notes et avec les 
Sommaires de chaque Scène, et il marqua 
les accens à tous les mots qui ont plus de 
2 syllabes : il marqua aussi à côté de cha- 
que Vers la manière de le scander. En se- 
cond lieu il les publia avec !es Notes en- 
tières de presque tous les Auteurs qui 
avaient écrit sur Térence. Enfin il les pu- 
blia avec de nouvelles Notes marginales 
et avec la Traduction et la Paraphrase 
Françoise des trois premières [pièces]. Il 
mit entre des crochets tout ce qui est dans 
la Traduction sans être dans l'Original en 
propres termes; il marqua avec des lettres 
tous les renvois de la Version à la Para- 
phrase. Les variœ lectiones ont aussi cha- 
cune leurs parenthèses et leurs marques de 
correspondance. Il est aisé par là de con- 
noître que notre Auteur étoit bien patient. » 
II. Clenardi Institutiones et Meditatio- 
nes in grxcam linguam, per Petrum Ante- 
signanum, 1557, in-4o; — à la fin : Lug- 
duni excudebat Mathias Bonhomme, 1556. 
Epitre dédicatoire à Petrus Labadensis ', 
sous la date de Lyon 1554, ce qui peut 
faire supposer une édition antérieure. 
Quoique Maittaire, à qui cette indication 
est empruntée, n'en fasse pas mention, il 
est probable qu'on trouve dans cette pre- 

^ Labadie, nom basque. 



mière édition, comme dans toutes les sui- 
vantes, les scolies d'Antesignanus. Il a 
paru plusieurs éditions de cet ouvrage, 
notamment celle donnée à Paris par André 
Wechel en 1572. La plus complète paraît 
être l'édition revue et annotée par Frédé- 
ric Sylburg : Institutiones ac meditationes 
in grsecam linguam. Nie. Clenardo authore; 
cum Scholiis et praxi P. Antesignani Rapi- 
stagnensis, Francof., apud Andreara We- 
chelum, 1580, in-4o, 445 pages; nouv. 
édit., Hanoviae, typis Wechelianis, apud 
hseredes Joannis Aubrii^ 1617, in-4°. Ce 
livre contient : 1» les Institutions de l'ha- 
bile philosophe hollandais Nicolas Cley- 
naerts (1495-1542), grammaire grecque 
enrichie d'amples scolies en latin par Ba- 
vantes, 232 pag.; 2° la Méthode du même, 
sous le titre Praxis seu usus prxceptorum 
grammatices, consistant en morceaux choi- 
sis des auteurs grecs, accompagnés d'une 
traduction littérale interlinéaire et de 
scolies ; plus un Traité des esprits, Spiri- 
tuum ratio, suivi d'une table des Abrévia- 
tions usitées en grec p. 232-272; 3» les 
Méditations de Clénard, Meditationes grse- 
canicx in artem grammaticam, p. 272-320; 
4» le traité de Bavantes, De thematis ver- 
borum et participiorum investigandi ratio- 
ne, p. 321-414. Quelques pages de Notes 
de l'éditeur Sylbourg terminent l'ouvrage. 
III. Pseaumes de David, mis en rhythme 
française par Clément Marot et Théodore 
de Besze, avec nouvelle et facile méthode 
pour chanter chacun couplet des pseaumes 
sans recourir au premier, selon le chant 
accoustumé en l'Eglise, exprimé par notes 
compendieuses exposées en la préface de 
l'autheur d'icelles. Avec privilège. Par 
Pierre Bavantes, 1560, pet. in-8o; 275 
feuill. non paginés. Au centre du titre, 
une marque d'imprimeur où notre savant 
se reconnaît : elle est formée d'une main 
soutenant une branche de laurier, accomp. 
de trois devises : latine (Virgula divina), 
grecque {inn:a-ni>.ri nlouziCu) et hébraïque '. 
Magnifique édition ; caractères cursifs- go- 
thiques dits de civilité ; en marge, en carac- 
tères romains, l'interprétation des psau- 
mes en prose. Edition princeps de la tra- 
duction du Psautier encore incomplète 

• D'antres exemplaires au lieu du nom et de 
la marque de Bavantes portent ceux de Michel 
du Boys aussi typographe genevois. Voy. Bull. 
X, 186 note I. 



I 



n 



169 



BAVANTES 



DAVID 



170 



toutefois, car elle ne compte que 89 psau- 
mes. En tête du livre, Epître [de Calvin] 
à tous Chrestiens amateurs de parole de 
Dieu, sous la date de Genève, 10 juin i543, 
et une Epistre [en vers] de Théod. de Besze 
à l'Eglise de nostre Seigneur : » Petit trou- 
peau, qui en ta petitesse, etc. » La litur- 
gie de Genève termine le volume. Dans sa 
Préface (19 pages), datée de Genève, 18 
sept. 1560, Pierre Davantes expose les 
raisons qui l'ont déterminé à l'innovation 
qu'il a introduite dans la notation de la mu- 
sique des psaumes, et explique son sys- 
tème. Pour lui, c'était avant tout une af- 
faire de typographie; il était choqué de 
voir le premier verset seul, de chaque 
psaume, accompagné de la musique et 
pour obvier à cet obstacle qui troublait les 
fidèles, il inventa de remplacer les notes 
par des chiffres. Depuis longtemps, dit-il, 
il désirait « qie quelque bon musicien 
excogitast pour l'usage du chant des 
Pseaumes quelque façon de notes qui oc- 
cupassent moins d'espace que celles dont on 
use aujourd'huy. et qui se peussent com- 
modément appliquer à toutes syllabes sans 
disjonction de celles qui font un mot entier, 
pour le moins es lieux esquelz une syllabe 
ne requiert plusieurs notes. » Mais à la fin 
voyant que personne ne répondait à son 
désir, il se mit lui-même à l'œuvre. Après 
y avoir mûrement réfléchi, il ne trouva 
« moyen plus expédient que de recourir 
à l'arithmétique, comme à la source et 
mère de la musique. » Ce fut un trait de 
lumière. « Grâces au Seigneur, dit-il, la 
chose a, sans grand labeur, si bien succédé 
à mon entreprise, que non seulement les 
médiocres musiciens (pour lesqnelz princi- 
palement je travailloye] y auront tel sou- 
lagement qu'ils pouvoient requérir : mais 
les plus excellens s'en pourront servir 
aussi bien ou mieux que de leurs notes 
accoustumées, es Pseaumes desquelz ils ne 
savent le chant par cœur : et les ignorans de 
la gamme et des notes communes (qui dé- 
sirent néantmoins apprendre de la musique 
autant que besoing est pour chanter les 
Pseaumes comme on les chante es saintes 
assemblées) trouveront icy une adresse et 
voye for courte pour les conduire là où 
leur bon désir les appelle. > En un mot, 
il estime que ceux qui bien souvent, vu 
les grandes difficultés de l'ancienne mé- 
thode, se trouvaient « forclos de l'usage 



de la sainte musique pleine de toute con- 
solation, pourront en moins d'une heure 
estre suffisamment instruits pour s'exercer 
à la pratique de ses notes. » Cette inven- 
tion de Pierre Davantes loin de réussir est 
restée, de son temps, profondément ou- 
bliée. Son idée était si juste cependant que 
la méthode de musique chiffrée, réinventée 
à nouveau par le père Souhaitty (xviie siè- 
cle), puis par J.-J. Rousseau et reprise de 
nos jours par Pierre Galin et ses disciples, 
est devenue à peu près poj)ulaire. Feu M. 
le pasteur Montandon, très expert en fait 
de musique sacrée, a rendu hommage à 
Davantes et à son psautier. Voy. Bull. 
(1861) X, 185. 

IV. De ratione grseci carminis. Ouvrage 
que l'on connaît seulement par la mention 
qu'en fait le bibliographe Simler. 

DAVANTURE (Pierre), de Bussy en 
Bourgogne, fugitif avec deux enfants, as- 
sisté à Genève, 1700. 

DA VARIE (Hervez), « affanier [ouvrier 
des champs] natif du Pont de Geveyrier 
[de Juvigny], bailliage de Caux en Nor- 
mandie », reçu habitant de Genève, 22 
janv. 1560. 

DAVES. .loannes Davius, provincialis, 
jurispriidentiae studens ; Genève (Liv. du 
r.) 1585. — Pierre-Jean Daves, du Langue- 
doc, parfumeur, 55 ans, assisté à Londres 
(6 liv. st.) avec sa femme et 4 enfants, 
1708. 

DAVET, famille qui vint s'établir à 
Morges (Vaud) et dans les environs, en 
1563 (Manuaux de Morges; J.-F. Picard). 

DAVIAT ou Dévia, ministre à Sabarat, 
1674. 

1. DAVID. « Simon David natifz de 
Torre, pays de France, » reçu habitant de 
Genève, 10 septemb. 1554. — (Claude) 
« mercier du villar d'Aveynes, dioc. de 
Grenoble », habit, de Genève, avril 1557. 
— (Jehan), du Chrest en Dauphiné, id. 
octob. 1557. — (Martin) « minusier de 
Cressy en Brie » id. mai 1559. — (Claude) 
« de Chevrol près Mascon », id. 8 sep- 
temb. 1572. — (Pierre), de Paris, chaus- 

setier, id. 26 mars 1573. — ( ) hôtelier 

protestant à Castellonnès(Dordogne) pendu 
en 1568 avec deux de ses coreligionnaires, 
par ordre de Monluc, pour avoir laissé 
tenir chez lui des assemblées et avoir fa- 
vorisé le capitaine Larivière, lieutenant 
d'Armand de Piles, lorsqu'il s'était emparé 



171 



DAVID 



172 



de la ville. — («.... a comparu noble An- 
thoine) d'Ambrun en Dauphiné, lequel 
afferme et remet pour aprentif scavoir no- 
ble Pierre David son frère présent, désirant 
estre affermé, consentant, avecq honorable 
Nicolas Bartoloni, marchand chapellier 
l'acceptant pour le temps de deux années 
prochaines, hui commençant, et ce affin 
par le d. Bartoloni comme il promet, de 
monstrer et enseigner l'art de garniseur de 
chapeau, faire bottonnerie, bources, cour- 
dons et generallement tout ce qui dépend 
de son dit art et estât etc.; Genève, 4 fév. 
1607 ; Et. Revilliod not. X, 77.— (Charlotte 
fille d'Artus), sculpteur, et de MarieMai/aw, 
baptisé à Charenton, 5 juin 1661. — (Ma- 
thieu) fils des mêmes, présenté au baptême 
à Charenton par Mathieu Lespagnondel et 
Marie de Laleu, 30 nov. 1664. — (Daniel), 
de St-Maixent en Poitou, appréteur de bas, 
réfugié à Berlin, 1698. — (Guy), juge du 
marquisat de Cardaillac, obligé comme 
protestant de se démettre de ses fonctions, 
1673. — (Alexandre) notaire, procureur 
à Tonnay- Charente et juge de La Funelle- 
rie, assigné (avec Chariot Vaugour, avo- 
cat, juge et directeur de La Petite-Flandre) 
devant le parlem. de Bordeaux comme ne 
faisant aucun exercice de la rel. cath., non 
plus que leurs femmes et enfans, 2 juin 
1698. — (Diie Hellaine) veuve de feu M. 
Etienne Lions, d'Embrun en Dauphiné, 
morte au refuge à Lausanne, janv. 1699. 

— (Samuel) de Fougères en Bretagne, 
assisté à Genève, 1700. — (Noble d^e Sil- 
vie David d'Avèze, de Saintonge, 47 ans, 
assistée à Londres, 1702; encore en 
1706. — (Jean), d'Aubenas, assisté à Ge- 
nève d'un viatique pour la Hollande, 1703. 

— (René), de Paris, établi hors du royau- 
me, demande permission de vendre son 
bien, 1718. Sa fille est enfermée aux 
Nouvelles catholiques de Lyon, 1728. — 
(D'ie ....) de La Chapelle-Themer, Vendée, 
enfermée à l'Union chrétienne de Luçon, 
1728. — Le sieur David, mercier, nouveau 
converti à Paris (Arch. nat. 0' 424 p. 329) 
le 25 juillet 1783. 

2. DAVID (Pierre), moine, [Haag, IV 
216] ayant accompagné en Guienne le ma- 
réchal de SI- André, qui allait consulter 
l'excellent médecin Jules-César Scaliger, fit 
entendre pour la première fois à Agen, en 
1555, quelques attaques contre les mœurs 
du clergé romain. Il fut goûté, des assem- 



blées secrètes se formèrent, et l'évêque in- 
quiet le força à s'éloigner. Il se retira à 
Nérac, où il obtint encore plus de succès. 
Le roi de Navarre l'attacha comme prédi - 
cateur à sa Cour, et s'en fit suivre à Paris, 
lorsque les négociations du mariage du 
dauphin avec Marie d'Ecosse l'y appelè- 
rent, en 1558. Cette marque de faveur 
perdit David, qui se laissa gagner par l'ap- 
pât d'un gros bénéfice, et promit aux car- 
dinaux de Bourbon et de Lorraine « de 
remettre son maître et sa maîtresse en 
l'Eglise romaine plus avant que jamais. » 
Le roi de Navarre, aux oreilles de qui cela 
revint, le chassa, et au lieu de la récom- 
pense promise, qu'il n'avait d'ailleurs pas 
su gagner, le cardinal de Lorraine se con- 
tenta de le faire recevoir dans l'abbaye de 
St-Denys, en recommandant à l'abbé de le 
soumettre à toute la sévérité de la règle. 
Un tel régime ne pouvait convenir à un 
homme qui, selon Bèze, s'était servi de 
l'Évangile pour l'ambition et pour le ven- 
tre ; il parvint à rentrer en grâce auprès du 
roi de Navarre, et dès cet instant, il feignit 
d'être tout dévoué à la Réforme. En 1560, 
François II écrivit de sa propre main à 
Antoine de Bourbon pour lui enjoindre de 
le faire arrêter avec Boisnormand, et garder 
en lieu sûr. David se trouvait à Orléans 
lorsqu'éclata la première guerre civile. 
Accusé de plusieurs « crimes détestables,» 
il fut jeté en prison et mourut peu de temps 
après. 

3. DAVID, nom d'une des meilleures et 
des plus nombreuses familles de La Ro- 
chelle [Haag, IV 215], non moins distin- 
guée par les emplois qu'elle a remplis que 
par les services qu'elle a rendus. = Ar- 
mes : d'or à un arbre de sinople accosté 
de 2 harpes de gueules. 

Celui qui paraît être entré le premier au 
Corps de ville est Jacques David déjà pair 
en 1536, lorsqu'il épousa Marie Mimault 
après avoir perdu sa première femme, 
Jeanne Chassay. Il eut de ses deux maria- 
ges au moins 8 enfants dont l'un, Jean, 
marié le 8 avril 1565 à Étiennette Gaschot, 
était à son tour pair de la commune lors- 
qu'en 1572 il fut envoyé en Angleterre 
avec Pardaillanet Claude Du Moulin, pour 
demander du secours à Elisabeth et pres- 
ser le départ de Montgommery. Il fut éche- 
vin plus tard, puis l'un des co-élus à la 
mairie en 1603 et 1604. La même année 



173 



DAVID — DAVIED 



174 



1572, Robert David prit part à l'expédi- 
tion des Rochellois contre l'île de Rhé, et 
Jacques David, à la défense de sa ville na- 
tale, comme capitaine de quartier. En 
1584, Yves David sieur de Repose-pucelle, 
pair dès l'année 1573, remplissait les fonc- 
tions de maire. En 1621, le capitaine de 
vaisseau Jean David se signala par sa rare 
intrépidité. Jacques David, né en 1573, et 
reçu dans l'église réformée seulement en 
1596, 18 fév.j fut nommé pair en 1604, à 
la place de son oncle Jean, et fut deux fois 
maire en 1615 et 1625. Il fut député en 
Cour l'an 1618, puis envoyé en Angleterre 
en 1622 et 1627. Dans cette dernière mis- 
sion, il déploya beaucoup d'habileté et 
d'adresse pour éluder les demandes artifi- 
cieuses de Buckingham, et réussit à signer 
avec le roi Charles un traité d'alliance qui 
ne porta d'ailleurs aucun fruit utile. — 
Dans la nuit du 25 au 26 janvier 1628, 
Jean David et le capitaine Martin dit Sa- 
cremore parvinrent à forcer le blocus mis 
autour de La Roiîhelle et parvinrent en 
Angleterre, sollicitant des secours. Le 22 
mars suivant, ils ramenèrent leur navire 
chargé de bled et apportèrent le traité 
conclu avec le roi d'Angleterre et des dé- 
pêches. Ils traversèrent la flotte royale, 
essuyèrent plus de 200 coups de canon et 
réussirent à entrer dans le port n'ayant 
perdu que six hommes. Le Corps de ville 
rendit à Dieu pour cet exploit de solen- 
nelles actions de grâces et il décerna au 
capitaine David une médaille aux armes 
de la ville suspendue à une chaîne d'or et 
portant cette devise : « Patriaî magni sunt 
dona pericli. » — A l'époque de la Révo- 
cation l'on trouve un Jacques David réfu- 
gié à New-York (1686) et deux autres, 
Jean et JosuÉ fugitifs de La Rochelle en 
1692. Un Jean David était directeur de 
l'hôpital français de Londres en 1750. — 
Cette famille a persisté jusqu'à nos jours 
dans sa profession de l^foi protestante. 

4. DAVID (Guillaume-Joseph), fils de 
Mathurin David, seigneur de La Roche- 
Bernard [Haag, IV 215] et de Mathurine 
Jumel-Du Bordage, né en 1654, dans les 
environs de Saint-Malo. Le Mercure galant 
raconte qu'ayant conçu le dessein de se 
convertir, le jeune David se retira dans le 
séminaire de Saint-Lazare à l'insu de son 
père, qui s'empressa de le faire revenir et 
le traita avec beaucoup de rigueur pen- 



dant trois mois, au bout desquels le jeune 
homme feignit de renoncer à son projet et 
promit de mourir dans la religion de ses 
ancêtres. Trompé par son air de sincérité, 
le père « commença de travailler à son 
élévation du costé de la fortune ; » mais à 
la première occasion favorable, son fils 
s'échappa de nouveau de la maison pater- 
nelle, s'enfuit dans le Midi et abjura à Avi- 
gnon, 17 sept. 1680. Il entra ensuite chez 
les religieux de Picpus dont il prit l'habit, 
5 ocf. — Une famille de Limoges du même 
nom nous présente un exemple tout con- 
traire. Ce fut le père, Pierre David, mé- 
decin à Chirac, qui abjura, et le fils qui 
persista dans la religion protestante avec 
la plus grande « opiniâtreté, » bien qu'on 
l'eût enfermé dans le couvent des Augus- 
tins de Paris {Bib. n. ms. fr. 8632). 

5. DAVID (Jullian), < natifz de S* Sau- 
veur Lendelin, dioc. de Constances », reçu 
habitant de Genève, août 1556; pasteur à 
Vire en 1564. — (Pierre), moine converti, 
ministre du roi de JNavarre, 1557-58; mi- 
nistre à Melun, 1561. — (Grégoire) minis- 
tre à Alençon, 1561-62. — (Jacobus), étud. 
à l'acad. de Genève, 1567. — (Antoine), 
ministre à Viane, 1572. — (Jacobus), vin- 
docinensis, theo!igia3,candidatus,id. 1581. 
— (Auguste), ministre à Pontaix, 1590 ; 
à Veynes, 1594. — (Antonius) picto-nor- 

tiensis, étudiant à Genève, 1625. — ( ), 

pasteur à La Rochelle, 1627. — (Michel), 
fit ses études à Puylaurens, où en 1671, il 
fut un des argumentateurs sur la thèse 
d'André Martel : De Lazaro in Abrahse 
sinu. Il fut minisire de la duchesse de La 
Force, puis pasteur 1676, de Castelnau de 
de Mirande. A la révocation de l'Édit de 
Nantes, il se réfugia en Angleterre. 

DAVIED (Jean), réfugié à Berlin [Haag, 
IV 216] . A la fin du dix-septième siècle, 
l'industrie avait encore fait si peu de pro- 
grès dans le pays de Brandebourg, que 
les habitants de Berlin ne connaissaient 
pasl'usagedes chandelles moulées. C'étaient 
les bouchers qui fabriquaient le savon et 
de détestables chandelles ; les réfugiés 
français perfectionnèrent ces deux bran- 
ches importantes de l'industrie. 

Jean Davied fit venir de Metz des moules, 
et pendant longtemps, gardant soigneuse- 
ment son secret, il conserva dans sa fabri- 
cation une supériorité marquée sur ses con- 
currents Louis et Daniel Gaillard, Paul 



175 



DAVIED — DAVY 



176 



Payot, Gédéon Véri, Charles Voiregard, 
c de Metz, Julien, Matthieu, Escoffier, Rey, 
Le Sage, Berlin, Thierry, Bertram, Des- 
côtes, Cochet, Deleuze, Sauvage, qui tous 
acquirent pourtant dans leur commerce 
une fortune honorable. Toussaint, autre 
réfugié de Metz, finit néanmoins par faire 
faire des moules k Berlin, et supprima le 
secret des chandelles moulées. 

Davignon, voy. Avignon. 

DAVIN (Pierre) était pasteur depuis 
peu de temps de l'église de Barjac (collo- 
ques d'Uzès), quand il fut appelé à Nîmes, 
où la peste venait d'éclater, en 1628, pour 
y exercer un ministère de consolation. 
Dans ces tristes circonstances, il montra 
une chrétienne intrépidité, dit M. A. Bor- 
rel. Le fléau sévit à Nîmes jusqu'au 21 
nov. 1629. Pierre Davin fut alors nommé 
pasteur à Beauvoisin (colloque de Nîmes). 
Il y resta de 1637 à lOii ; puis fut pasteur, 
1645, à St-Gilles, où il paraît avoir fini ses 
jours. 

Il laissa deux fils qui se consacrèrent au 
ministère évangélique. L'aîné, Jean, fut 
consacré en 1667, et donné pour ministre 
à l'église de fief qui se tenait dans la mai- 
son de Mr de Saiiit-Privat ; il y resta deux 
ans. Il fut alors nommé dans l'église de 
fief qui était recueillie dans la maison de 
Mr de Saint -Illaire. Il y passa deux nou- 
velles années, 1670 et 1671. L'année 
d'après, il fut appelé à desservir l'église 
de Sauvignargues (colloque de Nîmes). On 
le trouve dans cette église jusqu'en 1685 
et à la Bévocation, il est à Lausanne et 
nommé, 1er oet. 1688, l'un des directeurs 
de la Bourse des réfugiés en cette ville, où 
il mourut le 28 août 1694. 

Le second fils de Pierre Davin, prénom- 
mé Arnaud, fut admis au ministère évan- 
gélique en 1667. Il fut placé aussitôt dans 
l'église du fief de St-Privat qui était re- 
cueillie dans la maison de Mad. de Four- 
nez, où il resta jusqu'à l'année 1673 ; il fut 
nommé ensuite à Barjac où il exerça de 
1674 à 1677; mais suspendu pour deux 
ans en punition de son peu de conduite, 
il ne fut replacé, à S^-Geniès, qu'en 1681. 
Nous ignorons ce qu'il devint plus tard. 

(Nicolas.) 

DAVION (Jehan), « de Milluz dioc. de 

Sens, » reçu habitant de Lausanne, 1553 ; 

Bull. XXf464. — (François), de Merry 

sur Yonne, cordonnier, habit, de Genève, 



16 sept. 1572. — (J.), de Niort, persécuté 
en 1681 [VII 417]. 

DAVISSON, pasteur à La Jarrie, 1590. 
— Joseph d'Avison « gentilhomme de la 
province de Guyenne, » réfugié à Berlin, 
1698. 

DAVY DU PERBON (Julien), né à 
Saint-Lô, vers 1528 [Haag, IV 217], 
« homme fort docte, dit La Croix du 
Maine, grand théologien, philosophe, ma- 
thématicien et médecin. » Ayant embrassé 
les opinions nouvelles *, Julien Davy se re- 
tira à Genève avec sa femme, de la maison 
de Languerville, et y professa les belles- 
lettres, selon un des annotateurs de la Bi- 
bliothèque française; mais plus tard, il 
alla s'établir dans le canton de Berne, 
d'où il revint en France après la publica- 
tion de l'édit de janvier 1562. Il se trouva, 
dit-on, à Rouen pendant le siège de cette 
même année, et après la prise de la ville, 
il fut retenu prisonnier dans le Vieux - 
Palais. Si le fait est vrai, sa captivité dura 
peu, puisque, quelques jours plus tard, 
nous le trouvons à Dieppe exerçant les 
fonctions du ministère évangélique. On 
lit, en eff'et, dans l'Histoire de la réforma- 
tion dans la ville de Dieppe, par Daval, 
que les habitants de ce port de mer, ayant 
obtenu de la reine-mère « la liberté d'exer- 
cer leur religion moyennant que ce fût se- 
crètement et de nuit, dans des maisons 
particulières et en petit nombre de 30 à 
40 personnes au plus, » huit pasteurs, 
parmi lesquels l'auteur cité mentionne Du 
Perron, de Feugueray, Tardif et d' Outre - 
leau, • faisaient journellement huit ser- 
mons et ainsi subvenaient à toute l'église. » 
Au bout de six semaines. Du Perron, ac- 
compagné de sa femme, qui s'était sauvée 
de Bouen sous un déguisement, et de ses 
deux enfants, passa dans l'île de Jersey, 
où il resta jusqu'à la conclusion de la paix. 
En l'absence de renseignements positifs, 
nous ne pouvons décider si Julien Du Per- 
ron avait reçu la consécration, ou s'il 
n'avait rempli qu'accidentellement les 
fonctions de prédicateur à Dieppe. Tout 
ce que les écrivains qui parlent de lui 
avec le plus de détails, nous apprennent, 
c'est qu'il se sauva une seconde fois à Jer- 

1 II est très probablement le même que JuUian 
David inscrit ci-dessus, col. 174 lig. 20, comme 
pastenr de Vire. 



I 



177 



DAVY 



178 



sey, lorsque Condé reprit les armes, et 
qu'il y passa trois ans. Le massacre de la 
Saint-Barlhélemy l'obligea à se réfugier de 
nouveau dans cette île, et il n'en revint 
qu'à la conclusion de la paix. Il mourut à 
Paris en 1383. Selon La Croix du Maine, 
il avait écrit quelques discours très doctes 
sur les Fontaines et leur origine et un 
Traité de la goutte, qui n'ont jamais été 
imprimés. 

L'aîné de ses fds, Jacques, célèbre 
dans l'histoire de France sous le nom du 
cardinal Du Perron, naquit dans le pays 
de Vaud, soit à Orbe soit au val de Joux, 
le 25 nov. 1556 '. Son père lui enseigna le 
latin et les mathématiques; il apprit sans 
le- secours d'aucun maître le grec, l'hé- 
breu, la philosophie, et comme il avait 
reçu de la nature une facilité surprenante 
et surtout une mémoire prodigieuse, il y 
fit d'assez remarquables progrès. Ambi- 
tieux, peu délicat sur les moyens de par- 
venir et rempli d'une vanité sans égale, il 
se présenta, en 1576, sous les auspices du 
sieur de Lancosme, à la cour de Henri III 
qui était alors à Blois, et pour captiver 
l'attention, il se mit à disputer publique- 
ment contre tout venant sur la philoso- 
phie et les mathématiques. Les succès qu'il 
obtint furent très propres à flatter son 
amour-propre. Il prenait alors le titre de 
professeur du roi aux langues, aux mathé- 
matiques et en la philosophie, et c'est 
aussi dans cette période de sa vie qu'il pu- 
blia certains livres dont Balzac disait 
« qu'on n'aurait pas fait plaisir au cardi- 
nal Du Perron de le faire souvenir de son 
Traité du pesant et du léger et de quelques 
autres ouvrages de sa jeunesse. y> Aussi 
César de Ligni, son secrétaire, n'a-t-il eu 
garde de les insérer dans le recueil de ses 
OEuvres. 

De retour à Paris, Du Perron se lia 
d'une amitié très étroite avec Philippe 
Des Portes, le licencieux abbé de Tiron, 
qui l'engagea à rentrer dans le giron de 
l'Église romaine. « La grâce ayant éclairé 
son esprit, » pour parler comme ses bio- 
graphes. Du Perron abjura donc à l'âge de 
25 ans, et fut nommé lecteur du roi. Une 
anecdote rapportée par l'Étoile, auteur 
bien informé, et répétée par Tallemant 

' Des historiens normands revendiquent sa 
naissance pour la Normandie. 



Des Réaux, montre pour combien peu la 
conviction religieuse entra dans la conver- 
sion du futur cardinal. Il venait de prou- 
ver l'existence de Dieu par des raisons si 
excellentes que le roi lui adressa des com- 
pliments. Sire, lui répondit-il, s'il plaît à 
V. M., je prouverai par des raisons aussi 
bonnes qu'il n'y a pas de Dieu. On peut 
sans doute considérer cette réponse comme 
une saillie d'un bel esprit ; mais il faut 
convenir que le sujet était singulièrement 
choisi pour un ecclésiastique^ car Du Per- 
ron avait reçu les ordres depuis sa conver- 
sion, et était, comme son ami Des Portes, 
pourvu de nombreux bénéfices. Henri III 
lui-même se montra indigné ; cependant il 
ne l'éloigna pas de sa personne. Après 
l'assassinat du dernier des Valois, Du Per- 
ron s'attacha au cardinal de Bourbon et 
devint l'agent le plus actif de la faction 
qui voulait placer sur le trône ce vieillard 
incapable. Le projet fut découvert à 
Henri IV', selon les uns par le cardinal de 
Lénoncourt, selon les autres par Du Per- 
ron lui-même, qui se serait insinué par ce 
moyen dans la faveur du nouveau roi. Il 
est plus probable qu'il gagna les bonnes 
grâces de Henri IV par ses complaisances 
pour Gabrielle d'Estrées dont il s'était 
constitué le secrétaire. Ce fut pour le ré- 
compenser de ses galants services, que 
Henri IV le nomma à l'évêché d'Évreux, 
en 1591. Après son abjuration, le roi l'en- 
voya à Rome implorer du pape une abso- 
lution qui ne fut accordée qu'aux condi- 
tions les plus humiliantes. Du Perron se 
soumit à tout, et Henry lui en témoigna 
sa reconnaissance. 

L'évêque d'Évreux n'ignorait pas que le 
meilleur moyen de faire sa cour au roi 
était de travailler à la conversion des Hu- 
guenots. II se mit avec zèle à l'œuvre, et 
les ressorts qu'il fit jouer lui procurèrent 
plus d'un éclatant succès auprès des ambi- 
tieux qui voulaient, conmie lui, faire leur 
chemin à tout prix. Ce qui mit le comble 
à sa réputation comme convertisseur, ce 
fut la fameuse conférence de Fontaine- 
bleau avec Philippe de Mornay. Cependant 
ce triomphe ne lui valut pas le chapeau 
rouge, objet de son ambition ; il ne l'ob- 
tint qu'en 1604, après de nouveaux gages 
d'un entier dévouement donnés à la cour 
de Rome. A cette époque, il vivait retiré 
dans son évêché où il s'était confiné par 



179 



DAVY 



DE 



180 



dépit, à la suite des échecs qu'il avait su- 
bis dans ses tentatives de conversion sur 
d'Aubigné (Voy. t. I, col. 483) et sur Ca- 
therine de Navarre. La pourpre romaine 
guérit la blessure de son amour-propre. 
Henri IV y ajouta l'archevêché de Sens et 
l'envoya à Rome en qualité de chargé 
d'affaires. Il en revint plus ultramontain 
que jamais, comme il le fit voir aux États 
généraux de 1614. Le tiers-état ayant pro- 
posé de recevoir pour loi fondamentale un 
article ainsi conçu : Comme le roi est re- 
connu souverain en son État, ne tenant sa 
couronne que de Dieu seul, il n'y a puis- 
sance en terre, quelle qu'elle soit, spiri- 
tuelle ou temporelle, qui ait aucun droit 
sur son royaume, pour en priver les per- 
sonnes sacrées de nos rois, ni dispenser ou 
absoudre leurs sujets de la fidélité qu'ils 
lui doivent, pour quelque cause ou pré- 
texte que ce soit. Du Perron s'opposa for- 
tement à l'adoption de cette proposition, 
et dans un discours qu'il prononça, le 2 
janv. 1615, il se laissa entraîner jusqu'à 
dire qu'il serait obligé d'excommunier ceux 
qui s'obstineraient à soutenir que l'Église 
n'a pas le pouvoir de déposséder les rois, 
ajoutant que la puissance du Pape est 
pleine, plénissime, directe au spirituel et 
indirecte au temporel. L'agitation causée 
par ce discours fut extrême, et les trois 
ordres étaient sur le point d'en venir à 
une rupture ouverte, lorsque le roi évoqua 
l'affaire et défendit aux Etats de s'en oc- 
cuper davantage. Du Perron ne se montra 
pas moins dévoué aux Jésuites dans les 
poursuites qu'il exerça contre le livre de 
Richer sur la puissance ecclésiastique et 
politique. Il mourut à Paris, le 5 sept. 
1618. 

Les ouvrages du célèbre cardinal n'inté- 
ressant qu'indirectement la P'rance protes- 
tante, nous n'en donnerons pas la liste dé- 
taillée, d'autant plus qu'ils ont été impri- 
més en trois vol. in-fol. (Paris, 1620-1622) 
précédés de sa Vie. Le 1er contient son 
Traité de l'eucharistie, contre Du Plessis- 
Mornay; le 2e, sa Réplique à la réponse 
[par Casaubon] du roi de la Grande-Rre- 
tagne ; le 3^, ses Mélanges sur la morale, 
la religion, ses Dissertations, ses Traduc- 
tions, ses Discours, un grand nombre de 
poésies plus que médiocres, où le sacré et 
le profane sont étrangement confondus, 
telles que Stances amoureuses. Hymnes, 



Complaintes, Psaumes, etc. Un 4e vol. 
imp. à Paris, en 1623, in-fol., contient 
ses Négociations et ses Ambassades, qui 
ne peuvent servir ni de modèle ni de leçon 
aux négociateurs. Ajoutons que sous le 
nom de Perroniana, Christophe Du Puy 
recueillit tout ce qu'il avait appris sur cet 
illustre personnage d'un de ses frères atta- 
ché au cardinal. Vossius fit imprimer ce 
recueil à La Haye en 1666. Daillé fils en 
donna une édit. plus correcte, Colog. 
[Rouen], 1669, in-12. Des Maizeaux la 
réimprima, Amst., 1740, in-12. 

Le second fils de Julien Davy Du Perron 
se nommait Jean. C'était, au rapport de 
Tallemanf, « un fort ridicule personnage. » 
On l'avait surnommé La Guette et L'Am- 
bigu. Il commença par donner des leçons 
de musique à Paris ; mais la fortune de son 
frère fit la sienne : il succéda au cardinal 
dans l'archevêché de Sens dont il occupa 
le siège jusqu'à sa mort, arrivée en 1621. 

DEAUX (Jacques), du Dauphiné, mar- 
chand, 43 ans, et sa femme Rose Carbon- 
nier, réfugiés à Lausanne en 1733. Le 
mari y devient secrétaire de la direction 
de la Rourse des pauvres réfugiés. 

DE, DU, DES. En entrant dans la série 
des noms de famille qui commencent par 
l'une de ces particules, une brève digres- 
sion nqus est imposée. Nous nous appli- 
quons à écrire les noms tels que les docu- 
ments nous les fournissent. Or le lecteur a 
déjà pu remarquer dans le cours des pages 
qui précèdent combien, au XVIme siècle 
et même au XVIIme^ ]a particule était 
indifférente. Des gentilshommes parfai- 
tement caractérisés comme tels ont leur 
nom écrit en un seul mot par un grand D 
et des gens d'une condition infime ont un 
petit de. Rien de plus naturel. Ces derniers 

sont appelés Jean ou Jacques de , parce 

qu'ils sont natifs ou originaires d'un cer- 
tain lieu géographique ; tandis que les gen- 
tilshommes sont ou ont été seigneurs du 
lieu dont ils se nomment ; et comme on 
énonçait ordinairement, avec le nom, cette 
qualité seigneuriale, peu importait, la né- 
gligence d'ailleurs y aidant, qu'on écrivît 
le nom en deux mots ou en un seul. Mais 
de nos jours l'ignorance naïve, ou la feinte 
ignorance, tâchent de profiter de la confu- 
sion et tiennent à croire ou faire croire 
que le petit de est une marque do noblesse. 
C'est une entière fausseté. Dans les édits 



181 



DE — DÉBIA 



182 



publiés sous les règnes de Louis XIV et de 
Louis XV contre les faux nobles on ne 
sort pas de ces termes : « Déclaration pour 
« la recherche des usurpateurs de noblesse 
« qui n'étant point gentilshommes pren- 
t nent néanmoins les qualités de chevalier, 
« noble, écmjer et portent armoiries tim- 
« brées, s'exemptant du paiement des tail- 
« les et autres charges auxquelles les rotu- 
« riers sont sujets, au préjudice de S. M. 
« et des véritables gentilshommes et à l'op- 
« pression des sujets taillables. » On igno- 
rait donc alors le de en tant que marque 
nobiliaire et, en effet, ce de ainsi entendu 
est d'invention postérieure à la suppres- 
sion delà noblesse. La justesse de cette re- 
marque se touche du doigt, pratiquement, 
à la lecture de nos articles, et la voici théo- 
riquement formulée par un jurisconsulte : 

« La fameuse particule ne joue aucun 
rôle dans la théorie de la noblesse. On peut 
être noble sans le de, et parfaitement ro- 
turier avec le de. L'erreur vulgaire a pour- 
tant une origine historique. On est arrivé 
longtemps à la noblesse par la simple ac- 
quisition d'une terre noble, d'un fief; cette 
acquisition entraînait l'addition du nom du 
fief précédé du mot sire ou seigneur : un 
tel, sire de Noirfontaines ; un tel, seigneur 
de Ronquerolles etc. Il y avait donc ordi- 
nairement un de dans le nom complet du 
gentilhomme, et surtout du gentilhomme 
anobli par l'acquisition d'un fief. On prit 
très vite l'habitude de s'anoblir en ajoutant 
tout simplement ce de ; ou bien, malgré les 
ordonnances qui avaient modifié l'ancien 
état de choses, on continua à se croire no- 
ble lorsqu'on avait acquis une terre féodale. 
Aujourd'hui il n'est resté de tout cela dans 
l'esprit du public que le de qu'on prend à 
tort et à travers. C'est l'ombre de l'anoblis- 
sement, servant à usurper l'ombre de la 
noblesse. (Paul VioUet, Précis de l'histoire 
du droit français ; Paris, Larose, 1884, 
p. 228.) 

Cette observation, faite ici impersonnel- 
lement, nous dispensera dans la plupart 
des cas d'insister sur la situation réelle de 
certaines familles. 

DEBAR (Pierre) de la Bastide de Crus- 
sol, tisserand, assisté avec sa femme et 4 
enf, àChancy près Genève, 1709 et 1710. 
— Mathurin Debascq, fugitif de Bretagne, 
assisté à Genève d'un viatique pour la 
Hollande^ 1706. — Gracien Débat de Pon, 



gentilhomme, 36 ans, réfugié prosélyte en 
Irlande, assisté par le comité de Londres 
(151. st.). 1702 et ann. suiv. — Isaac De- 
baud, de Villeperdris en Dauphiné réfugié 
à Berlin avec sa femme et 4 enf., 1698. — 
Mme Debaud, d'Orange, réfugiée à Genève 
n'a pas été assistée, mais reçoit pour une 
fois, allant à Berlin, un viatique de 15 
écus, 1701. — Paul de Benne, d'Auxerre ; 
son acte d'abjuration signé de l'évêque, 
18 nov. 1685 (Bib. nat. ms. fr. 21621 
fo 226). — Marie Debeulle, vejive de Hié- 
rôme, de Dieppe, 70 ans, assistée à Lon- 
dres (1. 15. 6), 1705. — Isaac Debey, esta- 
minier, de (}uierzy en Picardie, réfugié 
avec sa femme à Berlin. 

1. DÉBIA (Jean), né à Montauban, 
11 août 1634, de Jean Débia et Anne Bail- 
let, étudia la théologie dans sa ville natale 
et fut appelé vers 1660 à desservir l'église 
de La Crouzette dans l'Albigeois. Il y était 
depuis sept ans quand sa mauvaise santé 
le ramena forcément dans sa famille. Il 
mourut à Montauban, 22 oet. 1667. — 
(Pierre) né à Montauban, 16 mai 1647, de 
Daniel Débia et d'Anne Périlhe. Il fit ses 
études de théologie à l'acad. de Puylau- 
rens et fut un des argumenta teurs de la 
thèse d'André Martel : De duplici cerdis 
officina. Il desservit l'église de Sahara t, 
dans le colloque de Foix, de 1673 à 1677. 
Lorsqu'on janv. 1677 David Damalvy eut 
été appelé à Puylaurens(col. 57), il le rem- 
plaça à Nègrepelisse, colloq. du bas Qiier- 
cy, jusqu'à la révocation de l'édit de Nan- 
tes ; mais comme l'exercice du culte à Nè- 
grepelisse était interdit, il se bornait à y 
résider et à visiter les fidèles, mais il prê- 
chait à Réalville, à tour de rôle avec Jean 
Barbât qui en était pasteur avec J.J. So- 
linhae, attaché à la section d'Albias. Il 
mourut quelques jours après la Révocation. 
Sa femme Esther Cadours, fille d'un avo- 
cat de Montauban, qu'il avait épousée le 
9 mars 1681, lui donna une fille, Suzanne, 
qui fut mariée, 16 juin 1700, à un capi- 
taine d'infanterie (reg. de S'-Jacques, à 
Montaub. n° 25 p. 20). — Une veuve, 
Pierre Débia, de Montauban, accompagnée 
de sa servante était réfugiée en 1698 à 
Wezel (Dieterici). — La même famille, 
encore existante à Montauban aujourd'hui, 
a produit un troisième pasteur, Jacques 
Débia, dont la notoriété a dépassé celle 
des deux précédents : 



183 



DEBIA 



DEBIS 



184 



2. DÉBIA (Jacques), né à Montauban, 
10 mars 1652, de Jean Débia marchand et 
de Marguerite Pelleport. Un incident de sa 
jeunesse [Haag, II 284] nous offre l'exem- 
ple d'un des mille moyens peu honorables 
que le clergé catholique mettait en œuvre 
pour opérer des conversions. Montauban 
ayant été privé de son académie, Jacques 
Débia fut placé au collège de la ville que 
dirigeaient les Jésuites. L'enfant ayant 
commis une faute, ses maîtres lui offrirent 
de l'exempter du châtiment qu'il méritait, 
s'il consentait à se faire catholique. Après 
bien des refus^ il finit par céder et signa, 
17 nov. 1668, un acte d'abjuration que 
l'on tint secret, parce qu'on craignait que, 
l'affaire ébruitée, les protestants de Mon- 
tauban ne retirassent leurs enfants du col- 
lège. On exigea même de lui la promesse 
de se taire sur tout ce qui s'était passé. Le 
garçon continua donc à suivre les exerci- 
ces de l'église réformée, puis, ses études 
classiques terminées, il se rendit à Puylau- 
rens pour suivre les leçons de théologie. 
Un motif inconnu engagea le synode pro- 
vincial, auquel il se présenta pour être re- 
çu ministre, à différer sa réception jusqu'à 
l'année suivante. Ce fut le moment que 
ses anciens maîtres choisirent pour lui 
rappeler un engagement qu'il avait proba- 
blement oublié depuis longtemps. Sur son 
refus de faire profession publique de la re- 
ligion romaine, les Jésuites le firent mettre 
en jugement comme relaps, en 1683 ; mais le 
parlement de Toulouse, quelque passionné 
qu'il fût, n'osa pas valider un acte évi- 
demment arraché par une violence morale : 
aussi ne le condamna-t-il qu'au bannisse- 
ment au lieu de lui appliquer les peines 
portées contre les relaps. Il se retira en 
Angleterre, entra dans l'Église anglicane 
et son mérite fut assez apprécié pour qu'il 
devînt un jour prèbendier de la cathédrale 
de Lincoln. 

On a de lui An account of the religion, 
cérémonies and superstitions of the Mosco- 
vites ; London, 1710, ia-8° de 136 pages ; 
2e édition, Londres, 1712, in-12. Jacques 
Bernard donne la table des matières de 
cet ouvrage dans ses Nouvelles de la Répu- 
blique des Lettres, décembre 1710, pag. 
689. J.-G. Walch en mentionne une tra- 
duction allemande sous ce titre : Die Bes- 
ehreibung der Religion der Moscoviten, 
Francf., 1712, in-12 {Biblioth. theologica 



selecta, VIII, 347). Mais il incline à croire 
que cet ouvrage de Jacq. Débia est le même 
écrit qu'un petit volume qui avait paru 
une douzaine d'années auparavant, sous le 
pseudonyme de Theophilus Wahrmundus, 
avec ce titre : Universa religio ruthenica 
et moscovitica, Freistadii 1698, in-12 ; livre 
qui eut plusieurs éditions, et fut traduit 
en diverses langues, même en français, 
sous ce titre La religion ancienne et mo- 
derne des Moscovites, enrichie de figureS:, 
Cologne, 1698 in-12. et dans une nouvelle 
édition : La Religion universelle des Mos- 
covites 1703 (peut-être la même que la pré- 
cédente, avec un nouveau frontispice), 
J.-G. Walchii Biblioth. theolog. selecta, III, 
345. Il est probable que J.-G. Walch se 
trompe ; il pourrait se faire toutefois que 
que l'écrit de Jacq. Débia fut une imitation 
de celui de Théoph. Wahrmund, ou plus 
vraisemblablement, de la dissertation de 
Dannhauer, De religione, Moscovitorum, 
Argentorati, 1660 (Voy. ci-dessus col. QO 
n° XLIX), dissertation que Théoph. Wahr- 
mund a d'ailleurs largement mise à contri- 
bution. (Nicolas). 

DEBIS (Judith),, veuve d'un chirurgien 
de Metz, 82 ans, assistée à Londres (8sch.) 
1703; id. 1706. — Pierre Deblaireville, 
« natifz de Bar sur Aulbe au dioc. de Len- 
gres », reçu habitant de Genève, septemb. 
1554. Divers actes passés en 1558 par sire 
Pierre de Blayreville, libraire, devenu 
bourgeois de Lausanne, et sa femme Per- 
nette Faultrey, de Bar- sur -Aube (Notaires 
de Genève). — Alain Deblény « orphèvre, 
natifz de Chaultmond en Bassigny », ad- 
mis à l'habitation à Genève, 12 mars 1537. 
Le 14 octob. suivant, Alin de Bleny fils de 
feu honeste Michel de Bleny et de Claire 
Besset, épouse à Genève hon. Anne fille 
d'honor. Nicolas de Sartières et d'Anne 
Belyn sa première femme (Ragueau not. II, 
partie 2, p. 83). Marie, fille de feu Alain 
de Blegny épouse spectable Bonaventure 
Bertrand dit Corneille (voy. t. II col. 450), 
bourgeois de Genève, « Professeur en hé- 
brieu » 29 juill. 1581 (J. Jovenon not. V, 
95). Spect. Gabriel Pages ministre à Cully 
(Vaud) bourgeois de Lausanne, fils de 
Pierre, ministre à Cressy, épouse Sara 
fille de feu Alain de Blény, 1587 (J. Jove- 
non, VI 81). — Abraham Deblay, de Nor- 
mandie, 35 ans, Marguerite sa femme et 
3 enf., assistés à Londres, 1710.— Etienne 



I 



185 



DEBIS — DECAMBOUR 



186 



Debled, brosseur de draps, réfugié de Nor- 
mandie à Brandebourg avec femme et 3 
enf.^ 1698. — Jean Deblue, de Mauran, 
pays de Gex, assisté à Lausanne, avec 
deux enf., pour passer en Allemagne ; 
(Gabriel), de Villars, pays de Gex, id. à 
Genève, 1699. — Debon, du pays de Gex, 
avocat (6 pers.) réfugié à Berlin, 1698. — 
Mathieu Débonnaire, 62 ans, assisté à Lon- 
dres, 1702; (Pierre) tisserand de soie, na- 
tif de St-Quentin, naturalisé anglais en 
1706 ; cette 2e branche s'enrichit et s'éleva 
rapidement par le commerce ; elle s'étei- 
gnit en la personne de Susanne-Sophie- 
Geline Débonnaire (1756-1813), femme de 
de Thomas-Théoph. Metcalfe, directeur 
de la G'e des Indes, créé baronnet en 1802, 
mort en 1815 (H. Wagner, Pedigree of the 
huguenot refugee (familles of Débonnaire and 
Dupuis). — Moyse Debonot de Castelmoron, 
60 ans, assisté à Londres, 1706. — « Jehan 
filz de Mars de Bons, de Bons paroisse de 
Serva en la basse Navarre », reçu habitant 
de Genève, 16 septemb. 1555. — M. de 
Bons, ministre au pays de Gex, se réfugiant 
au pays de Vaud avec sa famille (8 pers.) 
reçoit à Genève un secours de 8 écus blancs, 
1688; M. de Bons, du pays de Gex, chargé 
de famille, lequel revient de Suisse oîi il 
ne peut subsister, reçoit à Genève, 4 écus 
pour passer outre, 1693. C'est un des MM. 
de Bons dont il a été parlé, sans qu'on 
donnât ce détail, au t. II col. 864. — Ar- 
naud Déborde, d'Ortez en Béarn, reçoit à 
Genève un viatique de 3 écus pour gagner 
l'Angleterre, 1708. — La femme de Jean 
de Bordes, arrivée d'Haï en Champagne à 
Lausanne avec 7 petits enfants, assistée 
1708. — Jacques Debour orfèvre, épouse, 
au temple de Charenton, Charlotte-Suzanne 
Marot, fille de feu Jean Marot architecte 
et de Charlotte Galbran, 8 août 1683. — 
Nycolas Débourse, natif d Dieppe, reçu 
habitant de Genève, 4 octob. 1557. — 
« Noble Charles de Boursede Chauqs en 
Rouanais, sr de Rolières », reçu habitant 
de Genève, 30 oct. 1572. — Pierre Debret, 
rubantier, natif de Montflanquin en Genêt, 
habit, de Genève, mai 1559. — De Breuil, 
condamné comme prédicant, abjure dans 
les prisons de Niort et est remis en liberté, 
1725 (E3562). — Abraham Debrienne, 
marchand de tabac, de Calais, réfugié à 
Berlin avec sa femme, 4 enf. et une ser- 
vante, 1698. = Henry de Brun de Molla- 



ret, du Vigan, assisté à Genève, 1699 et 
1700, allant en Angleterre. — Magdelaine 
Debrus, fille d'un orfèvre de Castres, con- 
damnée au couvent pour avoir assisté à 
une assemblée religieuse, 1754 (reg. du C. 
de Nimes). — Esaïe Debruye, de Château- 
Thierry, avec 4 enfants, assisté à Genève, 
1708. — Jehan de Bry du Pont-St-Mars, 
Picardie, habit, de Genève, 26 avril 1574; 
François Debri, de Mailly en Picardie, as- 
sisté à Genève d'un viatique de 3 écus 
pour aller àCanstadt près Stuttgardt, 1703. 
— « Jehan Debryun, d'Angollesme », habit, 
de Genève, oct. 1555. — Gabriel Debufenil, 
du Hâvre-de-grâce, « se disant de la reli- 
gion, mais sans papiers », reçoit à Genève 
un viatique, 1706. — Jehan de Buyre, 
« natif d'Auchy, du-mestier de chande- 
lier », habit, de Genève, juill. 1559. 

DECAMBOUR (Pierre), de Vézenobre, 
assisté à Genève d'un viatique, 1710. — 
Daniel Decawp, pasteur à Roncy, 1679. — 
Pierre Decamps « de Lisignan de la Cèbe 
lès Pezenas, dioc. de Béziers », reçu habi- 
tant de Genève, janv. 1555. — Marie De- 
camp, de la Rochelle, veuve, 40 ans, avec 
sa fille, 5 ans, assistée à Londres, 1705. — 
De Caudales, nom de quelque gentilhomme 
des Cévennes qui ne nous est connu que 
par l'ouvrage suivant : Déclaration et con- 
fession de foy faicte par M. de Candales 
dans le synode des Eglises réformées des 
Cévennes et Gèvaudan assemblé en Alez le 
dimanche 10 janvier 1616; Nismes, Jean 
Vaguenar, 1616, in- 12, mentionné dans 
l'Établissement de l'imprimerie en Langue- 
doc par Desbarreaux -Bernard, p. 173. — 
La veuve de Caradreux, de la province du 
Perche, voulant passer en Angleterre, il 
lui est accordé, vu sa qualité, par la Bourse 
françoise de Genève, un viatique de 5 écus 
(Conf. ci-dessus t. III col. 747). — Decars 
maistre écrivain, veuve Mahiet et veuve 
de Houldemare, tous tenans petites escolles 
pour les enfans en la ville de Rouen et y 
enseignant les principes de la R. P. R., 
très expresses défenses de continuer ; arrêt 
du Conseil, 6 fév. 1640. — Nicolas De 
Champ, réfugié de Normandie en Angle- 
terre en 1679, se retira à Colinton près 
Edimbourg et y établit une importante 
fabrique de papier, puis une autre près de 
Glascow qui ont prospéré presque jusqu'à 
nos jours; sa fille (inscrite au reg. de la 
paroisse de Cathcart sous le nom de Mar- 



187 



DECAMBOUR 



DECLAUX 



188 



grat Deshan) épouse en 1695 le principal 
ouvrier de la fabrique, James Hall {Agnew, 
II 137). — François De Charis, de Sauve, 
étudiant à Genève, 1681. — Suzanne 
Decharmes, de Langres, assistée à Ge- 
nève, 1710; (Daniel), lecteur (4 pers.) ré- 
fugié à Munchberg, 1700. — Jean De- 
chaseaux, d'Aubusson, tapissier, Marie La 
Fargue sa femme et 3 enf., réf. à Berlin, 
1698. — Arrêt du Conseil signifié à Char- 
les Dechauld chirurgien de la ville de 
Royan, à Jean Gresland ministre au bourg 
de laChaulme et autres, de faire aucun exer- 
cice du culte dans les dits lieux, 14 avril 
1644. — Isaac Decigalas, du Béarn, reçoit à 
Genève un viatique pourla Hollande, 1706. 

DECKER (Adolphe), né à Strasbourg, 
capitaine des armes à bord de la flotte hol- 
landaise appelée la flotte de Nassau [Haag, 
IV 220]. Forte de 11 vaisseaux de guerre, 
portant 1637 hommes d'équipage et 294 
canons, cette flotte, qui était destinée à re- 
connaître le détroit de Le Maire et à rava- 
ger les côtes du Pérou, mit à la voile, le 
29 avril 1623, sous le commandement de 
Jacques L'Hermite. Elle arriva à l'entrée 
du détroit le 2 fév. 1624, et resta quelque 
temps mouillée dans une baie de la Terre- 
de-Feu. Le 7 mai, elle se présenta devant 
Callao ; mais toutes les attaques des Hol- 
landais échouèrent et ils durent se contenter 
d'incendier les navires espagnols à l'ancre 
dans le port. L'Hermite, qui était malade 
depuis son départ de Sierra-Leone, étant 
mort le 2 juin, Schapenham lui succéda ; 
mais il ne fut pas plus heureux, en sorte 
que, le 11 août, il prit le parti de mettre 
à la voile. La flotte remonta jusqu'à Aca- 
pulco dans le vain espoir de rencontrer 
les galions espagnols ; puis elle cingla vers 
Guam, la plus méridionale des îles Ma- 
riannes, où elle mouilla le 26 janv. 1623, 
et de là elle se rendit à Batavia, où Decker 
fut retenu avec les soldats par ordre du 
conseil des Indes. Il n'en partit que le 
9 nov. 1627, sur la flotte de Jean-Pierre 
Kuhn, qui toucha au Cap le 28 janv. sui- 
vant, à Sainte-Hélène le 12 mars, et entra 
dans le port d'Amsterdam le 27 mai. 

Decker a rédigé un Journal de son voya- 
ge, sur lequel la Biogr. univ. porte ce ju- 
gement : « La relation de Decker est re- 
gardée, avec raison, comme une des meil- 
leurs du Recueil français [Recueil des 
voyages de la compagnie des Indes] . L'au- 



teur s'y montre homme intelligent, il écrit 
avec beaucoup d'ordre et de clarté. Il don- 
ne des notions très justes sur la route à 
tenir pour abréger la traversée jusqu'au 
détroit de Le Maire; une très bonne des- 
cription des parages au sud de la Terre-de- 
Feu, et des observations curieuses sur ses 
habitants, ainsi que sur l'île de Juan Fer- 
nandez et sur l'île de Guam. » Imprimé 
d'abord en allemand à Strasbourg, 1629, 
in-4o, ce Journal a été inséré en latin dans 
la XlIIe partie, section X, des Grands 
Voyages de De Bry, sous le titre de Ephe- 
meris quel historia et res gestse classis Nas- 
soviœ, quse sub archithalasso Jacobo Hère- 
mita totum terrarum orbem, annis 1623- 
1626 circumnavigavit, per singulos dies 
describuntur. On le trouve aussi dans la 
Xlle partie des Petits Voyages de De Bry, 
et dans le Recueil des voyages de la com- 
pagnie des Indes, mais moins complet 
que dans les Grands Voyages de De Bry. 
Prévôt et de Brosses en ont publié des ex- 
traits. — (Frédéric), professeur de droit 
à l'université de Strasbourg, a mis la der- 
nière main à un traité laissé inachevé par 
son père, et l'a publié sous le titre : De 
possessione creditoris inpignore. — (Jean), 
avocat auprès de la Chambre impériale de 
Spire, natif de Strasbourg, comme les pré- 
cédents, fut reçu docteur en droit en 1672. 
Le bibliographe allemand Jocher men- 
tionne, dans son Dictionn. gén. des savants, 
une dizaine d'ouvrages de Jean Decker sur 
diverses parties de la jurisprudence ger- 
manique. 

DECLAUX, de Paray-le-Monial, réfu- 
gié à Moudon (Vaud) en 1687. — François 
Desclau, de Villeneuve d'Agen, sa femme 
et 2 enf., assistés à Genève, 1701. — La 
femme de Jacques Dec/aj/, de Meaux, reçoit 
à Genève un viatique pour la Suisse, 1709. 

— Gabriel Declere, de Paris, étudiant à 
l'acad. de Genève, 1628. — Bernard De- 
combe, tisserand, de Castellan en Dauphi- 
né, et plusieurs autres de la même famille, 
assistés à Genève, 1689-1701. Mathiva De- 
combe, de Chalex, pays de Gex, id. 1701. 

— Decomble, du Lyonnais, pasteur de la 
colonie lyonnaise à Stendal, 1698. — Je- 
han de Convertis, « docteur en droict de la 
ville de Castellane en Provence, » admis à 
l'habitation genevoise, 8 janv. 1S60. — 
Pierre De Costau, escolier natif d'Ousse en 
Béarn, » id. 2 oct. 1559. — Sara Decour- 



I 



189 



DECLAUX 



DECUCHERMOIS 



190 



teaux, de Niort, 62 ans, fille d'un horlogeur, 
assistée à Londres, 1703. — Nicolas Deco- 
su, apothicaire, admis à l'habit, à Genève^ 
8 septeinb. 1572 ; Claude Décousu, chaus- 
setier de Mâcon,id.27 septembre. — Fran- 
çois Decour, pasteur à Grateloup, 1561. — 
Marie Decour, de Montargis, assistée à Ge- 
nève, 1692. — Décors, ancien de l'église 
de La Sauvetat, 1665 (Tt 267). — Jean 
Décotes, marchand, réfugié (9 pers.) à Hal- 
berstadt. 1700. — « Charles De Creue, 
painctre, natif de Lyon, » habit, de Ge- 
nève, 22 mai 1559. — De Crey, de Nîmes, 
étudiant k Genève (Jacobus de Craeus 
nemaus), 1613. — Jean -Claude De Crez, de 
Paris, étudiant à Lausanne, 1731 ; « homme 
de goût et bon latiniste » nommé, 1739, 
recteur du collège d'Yverdon ; récompensé 
par le conseil de ville, 1767, pour ses 
longs services. (Crottet) — Claude De- 
croci, pasteur à La Ferté-Frenel, vers 1562. 
— Jean Decrou, pasteur à Moulins, 1610. 
— Théophile Decry, de Vitry, maître d'école, 
réfugié à Berlin, 1700. — La fille de M. An- 
dré Deciirnes, morte à l'hôpital de Lau- 
sanne, 1718. 

DECUCHERMOIS ou de Cucharmoys, 
etc., famille ainsi nommée d'un hameau de 
la paroisse de Chenoise près Provins, mais 
qui alla s'établir en Berry, où elle fit for- 
tune vers l'époque de la Réformation. = 
Armes : d'azur à la bande d'or accompa- 
gnée de 3 chamois d'argent, les deux du 
chef affrontés. Nous ne la connaissons que 
par une série d'actes notariés de Genève 
que voici : 

1548, 8 août... Sire Jehan de Cuchar- 
moys, marcliand de Lyon, agissant en son 
nom propre et aussi comme ayant cause et 
licence de sire Michel de Cuchai'moys son 
frère, transporte a Claude Levrat borgeys 
de Genèsve ung debtes de mille et quattre 
escus d'or soley valant la somme de 2260 
liv., auq. debtes est tenuz inllustres princes 
et seigneur Françoys de Bourbon conte 
d'Anguiain gouverneur du Piémont et lieu- 
tenant gén. pour le sérénissime roy de 
France, comme il en appert par une sce- 
dule signé et scellé des armes du d. prince 
et ensuitte du signet de noble Vallencien- 
nes son secrétaire soubz l'an allhors cou- 
rant 1544, 12 octobre... (Claude Pyn not. 
I 311). — Transaction passée le 19 mai 
1558 et confirmée le 13 juin 1563 par la- 
quelle dame Guyonne de Cucharmois (voy. 



IV col. 790 lig. 22) veuve de noble Jehan 
Girard echevin de Bourges et seig'' des Ber- 
geries (voy. Girard) et deux de ses fils, Si- 
mon et Loys Girard, retirés avec elle a Ge- 
nève, traitent au sujet de l'hoirie pater- 
nelle avec ses autres enfants : Girard l'aisnel 
éleu pour le roi en l'élection de Berry, 
maistre Pierre, Jehan le jeune, Estienne, 
Julian, Jacques, Collette, Anne et Jehanne 
Girardz. L'acte de 1563 passé chez nob. et 
spectable Anthoine de Lautrecht bourg, de 
G., présents honnestes Rumphaire Hardy 
de S. Lô escollier, Jacqs de Lustre libraire 
natif de Beauvoix en Beauvoisin et Gaspard 
Holy (Ollier?) de S. Didier en Velay (J. 
Ragueau not. II 245, V 917). — 17 août 
1560, testament de dame Guyonne, dont la 

principale disposition est : Plus, veult 

et ordonne que les dits Symon et Loys ses 
fils, ensemble ceulx de ses aultres enfants 
qui viendront se retirer en ceste cité dedans 
ti'oys moys après quilz seront advertis de 
son décès ou y seront Ihors demourans et 
qui par demourance d'an et jour et bonne 
et sainte conversation selon la reformation 
de ceste église auront tesmoignage et don- 
neront asseurance d'y vouloir perpétuelle- 
ment demeurer et y vivre selon icelle re- 
formation et sans fraude, prenne chascun 
d'eulx la somme de 1500 liv. t. de preciput 
et en advantage plus que les aultres... (Ra- 
gueau, III 547). Expédition de ce testament 
est levée en 1763 par Paul Girard, de Bour- 
ges, écuyer s"" des Bergeries, garde mili- 
taire de S. A. le prince de Conti. — 9 sep- 
temb. 1561, mariage de Maurins Girauld 
marchand habitant a Genève, fils de feu 
Jacq. Girauld du bourg S. Meury en Ta- 
rantaize, avec noble Laure de Cucharmoys 
fille de nob. Michel de Cucharmoys commis 
ordinaire de par le roy de France en la 
garde des monitions et artilleries de là les 
monts, aussi par l'advis, conseil et autorité 
de noble Guionne de Cucharmoys sa tante 
et sœur d'icelluy Michel... — 1" oct. 1562, 
noble Michel de Cucharmoys, controlleur 
et garde de l'artillerye du roy de France à 
Thurin, marie Hiéi'onime sa fille avec no- 
ble Barthélémy Lect, citoyen conseiller et 
trésorier de ceste cité de Genève >. — 12 
fév. 1581, honnête femme Lucrèce de Cu- 
charmoys, veuve de feu bon. Jacq. Du Mont 

1 Et syndic de la République l'année suivante; 
c'était sa troisième femme depuis l'année 1559 
et il en épousa une quatrième le 11 juillet 1569, 
mais qui ne mourut qu'en 1609. Il était, de son 
état, marchand drapier (Voy. ci-dessus t. II col. 
885, lig 26). 



191 



DECUCHERMOIS — DEFFRANCS 



192 



bourg, de Genève épouse Nicolas LuUier 
marchand orfèvre. — 22 janv. 1592, ma- 
riage de dame Lucrèce de Cucharmoix 
veuve de feu honn. Nicolas LuUier, avec 
Ésaïe Massard, marchand orfèvre à Genève ; 
a ce présent noble Jehan Girard s'' de Vil- 
lecontre. Cette dame Lucrèce mourut à 
Genève le 25 août 1627. 

DE CURY (Suzanne), fille noble de Vi- 
tré en Rretagne, 60 ans, réfugiée en Ir- 
lande et assistée par le comité de Londres, 
1702-1706. — Louis Dédier, lieutenant- 
colonel dans l'armée hollandaise, 1686- 
1692; David Dédier, du Languedoc, mort 
à Lausanne, 1718. 

DE DIEU (Jean), né à Sauve, vers 1592, 
étudiant à Genève (J. Dedens salviensis) 
en 1613; pasteur à S*-Julien d'Arpaon, 
1617-20; déposé, 1623. Il abjura et en 
1626 il était 1er consul de Mauguio ; 
(Pierre), pasteur d'Aumessas, 1637 ; de 
Bréau en 1640, année de sa mort; (Simon), 
étudiant en 1613. — Isaac fds d'isaac De- 
din imprimeur, et de Sara Bareille, baptisé 
au temple de Charenton, juin 1629. — 
Jeanne Dedoux Villette de Payerolles, fille 
noble du Languedoc, 78 ans, assistée à 
Londres : 17 livres « à cause de ses gran- 
des infirmités; » 1702. — Ahraham Dedun, 
de Dieppe, 72 ans, assisté à Londres 
(2 L. 7. 6), 1710. — Etienne Dée, du Vi- 
gan, tonnelier, réfugié à Wezel, 1698. — 
François Defaure s"" de Fondamente, ancien 
puis diacre de l'église de Nîmes, 1677-1681. 

DEFFÈRE, ancien de Gallargues en 1678 

(Tt 282).— ( ) ministre, réfugié à Chor- 

rine, 1700. — (Etienne), un des plus coura- 
geux et des plus actifs pasteurs du désert 
[Haag, IV 221], natif de Grand-Gallargues, 
plus connu sous les noms de guerre de 
Montagni et de La Briga. Deffère proposant 
dans le bas Languedoc en 1739, acheva ses 
études au séminaire de Lausanne, où il se 
rendit en 1742 et fut consacré en 1743. A 
son retour il fut employé dans le Langue- 
doc où il courut de grands dangers, puis 
dans le Béarn, où, secondé par Jean Jour- 
net, il sema la doctrine évangéUque avec 
tant de fruit que, dès 1756, il put annon- 
cer à Rabaut qu'il avait organisé des con- 
sistoires à Orthez, à Sallies, à Athos, à Pei- 
rade, à Sales, à Sainte -Susanne, et qu'il 
allait reconstituer les églises de plusieurs 
autres lieux. Aussi le parlement de Na- 
varre commença bientôt (1758) des pour- 



suites contre un grand nombre de protes- 
tants. Il est probable que cette persécution 
força Deffère à s'éloigner momentanément 
du Béarn ; c'est au moins ce qu'il semble 
qu'on doive conclure d'une sentence du 
consistoire de Saint-Géniez qui l'interdit 
pour nous ne savons quelle faute de jeu- 
nesse, sentence confirmée, en 1760, par le 
synode du Languedoc. Deffère retourna 
alors dans le Béarn, où Court de Gébelin le 
vit en 1763. Treize ans plus tard, le synode 
du Languedoc le rétablit, vu la sincérité 
de son repentir et les services importants 
qu'il avait rendus au Béarn. On ignore 
l'année de sa mort. Il eut pour successeurs 
dans ses travaux d'évangélisation Journet, 
Fosse dit Richard, Berthezène, Chabaud, 
Gabriac, qui vivait encore au commence- 
ment de ce siècle. — On trouve dans les 
Manuaux de Lausanne d'ie Parisot, veuve 
d'Etienne De fer, dauphinois, vivant dans 
cette ville, 1729-1740 avec ses deux en- 
fants. Un Defert, son beau-frère, était alors 
à Berlin. — Louis Defer, du Languedoc, 
galérien, 1704. — Sur Et. Deffère, voy. 
Vhist. des égl. du désert, par Ch. Coquerel, 
II, 231 et Paul Rabaut, par Ch. Dardier, 
t. I, p. 71, etc. 

DEFONTAINE, deChateaudun (Ludovi- 
cus Deffontanus castrodunensis) étudiant 
à Genève, 1633. « Pierre Defontaine de 
près de Chatteaudun, » 54 ans, et sa fem- 
me, assistés à Londres, 1703. — Pierre 
Deffos « natifz de Merry en la ville d'Ail - 
liant, dioc. de Sens, escollier » reçu habi- 
tant de Genève, 24 avril 1559; (Etienne) 
étudiant à Genève (Stephanus Deffos mer- 
riensis in urbe Aglantino), novemb. 1539. 
— Abraham Defiaux, de Bolbec, 78 ans, 
malade, assisté à Londres, 1703. — Isaac 
Definod, de Colonges sous le fort (de 
l'Écluse), fugitif avec sa femme et 4 enf. 
reçoit à Genève un viatique pour l'Alle- 
magne, 1693. — Jacob Defons, de Sigean 
en Languedoc, sortant des prisons de Stras- 
bourg où il est resté 18 mois pour la reli- 
gion, reçoit assistance à Genève et un via- 
tique pour la Hollande, 1703. — Claude 
Defor, de St-Fortuuat, assisté à Genève, 
1702. — Guillaume Deforges, champenois, 
étudiant à Genève, 1563. — Gabrielle De- 
fourne, assistée à Lausanne, 1692. 

DEFFRANCS (Christophe), seigneur de 
La Jalousière et de La Chaslonnière près 
de Niort, mort en 1596 [Haag, IV 221] 



5 



193 



DEFFRANCS 



DEHAULT 



194 



Deffrancs avait puhlié, en 1595 : Histoires 
des poètes compris au grand Olympe et en 
suivant la métamorphose d'Ovide, avec des 
additions et histoires propres pour la poé- 
sie. C'est une traduction d'Ovide en vers 
assez coulants et moins durs que ceux des 
Massac, qui, vingt ans plus tard, traduisi- 
rent le même poète. Elle est accompagnée 
d'une longue et fastidieuse paraphrase. 

DEFRESNE (Jean), de Troye en Cham- 
pagne, reçu habitant de Genève, mars 
1574; (Abraham), de Picardie, 25 ans et sa 
femme, 23, assistés à Londres, 1706. — 
Isaac Defruisseaux, de La Rochefoucault, 
70 ans, et sa femme, 67, id. 1702. — Dega, 
étudiant h. Genève (Petrus Daniel Degius, 
bussiensis) 1647; Gabriel Dega, de Bussy 
en Bourgogne, assisté à Genève d'un viati- 
que pour la Suisse, 1709. — Dégallier, Dé- 
galliès, plusieurs familles de ce nom fugiti- 
ves de Pont de Vesle, S^-Jean des Avantu- 
res et autres lieux de Bresse, 1692 et an- 
nées suivantes. — De Gast (Joannes De- 
gast dictus ab Hauterive, chalaiciensis 
Xancto) étudiant à Genève, octob. 1666. 

DEGAU (Théocrise), ministre à La Caze 
en Languedoc, en 1674 (Tt 236). Réfugié 
en Hollande, à la Révocation, avec quatre 
enfants dont l'aîné n'a pas six ans ; a des- 
servi une petite église à 3 lieues de Gro- 
ningue; demande la pension du pasteur 
de S'-Maurice décédé à Maestricht (Reg. 
des États-gén. de Holl., 29 septemb. 1700). 
En 1701, demande à remplacer le pasteur 
Martin de Praslins à Canstadt en Wurtem- 
berg. Demande plus tard la pension va- 
cante par l'appel du pasteur De La Treille 
à Londres (Enschedé). 

DEGEAC ou de Geac (Pierre), ministre 
de Soubise en Saintonge, réfugié en Hol- 
lande à la Révocation. — Degèrando, étu- 
diant à Genève (Paulus Degirandus, del- 
phinas Belliriparii) 1605. — François de 
Ghemin, de Saint-Marcel lin, assisté à Ge- 
nève, 1690. — Justine Deglèze, « qui est 
venue d'Avignon pour abjurer, » id. 1706. 
— Louis Degouy, de Lyon, ébéniste, avec 
sa femme et 5 enfants, id. 1685. — Louis 
Degrain, de Montelon en Champagne, pas- 
sant avec sa femme et 4 enf. pour aller en 
Brandebourg, id. 1694. — Isabeau et Jeanne 
Degrégoire du Bouchet, î voulant passer en 
Brandebourg, » id. 1690. — Michel Dégre- 
mont, dép. au syn. de Picardie, 1779. 

DEGREZ ou Dugré (Louis), capitaine 



au service de Brandebourg en 1700. On 
trouve dans les reg. de l'église française 
de Berlin : Magdelaine de Malzac née 
de Castries femme de noble Isaac-Donna- 
dieu Pélissier du Grez; morte en 1708 
(Erman). 

DF]GREZES ou de Grezes, seigneurs de 
Salomon petit fief de la paroisse de Perri- 
card, canton de ïoumon, dans i'Agenois. 
Un des membres de cette famille écrit à un 
colonel hollandais, 30 avril 1749, pour le 
remercier d'avoir admis son* frère dans le 
régiment. Il ajoute : « Je pourray, M"", 
vous donner autant de saings (signatures) 
que vous pourrez en souhaiter pour vous 
certifier que de tout temps notre famille a 
fait proffession de la religion réformée. 
J'ay cru que la lettre que j'ay l'honneur de 
vous envoyer d'un officier pensionné en 
Angleterre vous en soroit une preuve suf- 
fisante... » Suit la lettre de cet officier, si- 
gnée Gousseau : « M»". J'ay receu une lettre 
de M. Degrèses qui me marque la grâce 
que vous lui avez fait de luy accorder de 
l'employ dans votre régiment... C'est un 
très honnête homme d'une des meilleures 
maisons du canton et bons protestants de 
père en fils. Je n'ignore pas que le témoi- 
gnage d'un inconnu n'est pas d'un grand 
poids, mais Ihonneur que j'ay d'avoir une 
commission au service d'Angleterre depuis 
45 ans contribue beaucoup à la liberté 
que je prends... » Les Degrèzes se sont 
fondus dans la famille Delzolliès (Ober- 
kampff). 

DEGU (Ebrard), de Montelimar, « es 
cripvain, » réfugié à Lausanne, 1569. — 
Robert De Haines, « natifz d'Anduysier au 
pays d'Artois, » reçu habitant de Genève, 
1559. — Jean et Jacques Dehays, réfugiés 
de Picardie, après la Révocation, à You- 
ghal, comté d'Ulster {Agnew). — Louis De 
Hague, réfugié à Norwich à la même épo- 
que {Id.). — Pierre Dehey, de Grenoble, 
assisté à Genève d'un viatique pour la Hol- 
lande, 1705. 

DEHAULT, famille originaire de Bou- 
chain en Hainaut. = Armes : coupé au 
1er d'azur chargé d'un roitelet d'or volant 
vers le ciel, au 2 d'argent à l'aigle de sgble. 
Elle professait la religion catholique jus- 
qu'à Pierre-Marie Dehault de Pressensé, 
écuyer, fils de Charles-Philippe, maire 
héréditaire de la ville de Bouchain (Nord) 
et d'Anne-M.-J. Darlet. Pierre-Marie, trans- 



195 



DEHAULT 



DEYROLLES 



196 



porté en qualité de trésorier principal des 
guerres et vivres à La Rochelle, épousa 
dans cette ville (21 mai 1792) une protes- 
tante, Marie-Henriette Perry, fille de Jean 
Perry, directeur de la chambre de com- 
merce de La Rochelle. R fut en 1789 un 
des électeurs de la noblesse d'Aunis et vé- 
cut jusqu'en 1835, Il mourut à Paris. Son 
fils Victor Dehault de Pressensé se conver- 
tit à l'Évangile, épousa Victoire Hollard et 
mourut à Tours en 1871, laissant une fille, 
veuve de M. Ernest Lemaître et remariée 
à M. Suchard, et un fils, Edmond. M. Ed- 
mond de Pressensé, né le 7 janv. 1824, à 
Paris, fit sous l'illustre Vinet, à l'acad. de 
Lausanne, des études Ihéologiques qu'il 
alla compléter en Allemagne et devint, 
1847, pasteur de l'église évangélique indé- 
pendante (chaiDelle de la rue Taitbout à 
Paris). Il acquit bientôt la réputation de 
prédicateur éloquent. Il se distingua en 
même temps comme écrivain moraliste et 
publia dès 1849 des études sur le christia- 
nisme appliqué aux questions sociales, sur 
le catholicisme en France (18ol), sur la fa- 
mille chrétienne (1856), sur la vie et l'œu- 
vre de Jésus-Christ (1863-1873), sur diver- 
ses questions Ihéologiques ou ecclésiasti- 
ques et fonda, dès 1854, la Revue chrétien- 
ne. Son habitude de traiter publiquement 
toutes les hautes questions l'amena en 1869 
et pendant le siège de Paris à donner des 
conférences qui achevèrent de le mettre en 
vue et il fut porté par le suffrage universel, 
en 1871, à siéger dans l'assemblée natio- 
nale où ses discours témoignèrent d'un 
fidèle attachement aux principes de libéra- 
lisme politique et de foi religieuse qu'il 
avait toujours professés. Cependant, lors- 
que son mandat eut expiré, il ne fut pas 
réélu député. Mais peu d'années après, le 
17 novembre 1883, le Sénat l'appela dans 
son sein et à peine élu il montait à la tri- 
bune, dans le débat ouvert sur le divorce, 
pour fortifier dans la loi les conditions de 
moralité. Digne d'un tel époux, Mme de 
Pressensé, Élise-Franc. -Louise de Plessis- 
Gouret, née à Yverdon (Vaud) en 1826, 
outre sa coopération active aux œuvres 
protestantes de bienfaisance, s'est acquis 
une' grande réputation d'écrivain morali- 
sateur de la jeunesse. Son premier petit 
ouvrage, Rosa (1858) réimprimé vingt fois 
s'est tiré à 40 mille exemplaires. Le der- 
nier, intitulé La Journée du petit Jean a 



paru en 1880. De son mariage sont nés deux 
filles et deux fils. 

Voy. Lichtenberger, Encyclopédie des sciences 
religieuses. 

DEHOMEL (François), de Calais, fabri- 
cant de fourrures, réfugié et assisté à 
Zwolie, avec sa femme el 6 enfants, mars 
1686. — Robert Dehorz « natifz de Rouen, » 
admis à l'habitation à Genève, décemb. 
1558. Jacques Dehorre, ancien de l'église 
de Boscroger, délégué au synode de Dieppe, 
mai 1660 (Tt 242). Anne Dehors reg. des 
bapt. de Quévilly, 1667. Dehors, à la 
conciergerie de Rouen, se convertit, 1699 
(M 670). Marie veuve de Nicolas Dehors, 
de Rouen, 72 ans, chargée de deux de ses 
petits-enfants, est secourue à Londres par 
la charité publique, 1705. — Noble Aymé 
De Hors, de Dijon, 1580 (nof . de Genève). — 
Dehos, ministre à S^-Ceré en 1592. — Marie 
Dehoulle, veuve, 73 ans, assistée à Lon- 
dres, 1710. — Gaspard de Hu « filz de feu 
Jaques de Hu, de Fresne en Tartenoys, » 
reçu habitant de Genève, août 1558. — 
Deiran, ofiicier du roi, délégué à l'assem- 
blée de Sommières, 1619 (Tï322). 

DEIROLLES(Ambroise), de Metz,étud. 
à Genève (Amb. Deirolus meltensis) 1619. 
— Jacques, né à S'-Germain de Calberte en 
1666 ; entré au service de Prusse à la Ré- 
vocation, mort colonel à Berlin, 1746; sa 
femme Elisabeth, fille de Paul Ferriet sr 
de Verny et d'Anne de Flavigny, était née 
à Metz en 1682 et mourut de même à Ber- 
lin en 1746. Erman et Reclam prétendent 
qu'on écrit quelquefois d'Ayrolles; mais il 
ne faut pas confondre cette famille avec 
celles dont nous avons parlé aux t. I col. 
627 et IV 402. C'est à l'une de ces dernières 
qu'appartient le suivant : 

DEYROLLES [Haag, IV 278]. On lit 
dans le Mercure, déc. 1685 : M. le duc de 
Noailles ayant fait sçavoir aux prétendus 
reformez de la ville d'Aletz, capitale des 
Scvennes, qu'ils dévoient se disposer à 
suivre l'exemple de Nismes, de Monpellier 
et (les autres villes du Languedoc en tra- 
vailant à se faire instruire, MM. Baudon 
et Deyrolles, qui estoient des principaux 
religionnaires de cette ville là, agirent avec 
ardeur pour inspirer cà leurs confrères la 
soumission qu'ils dévoient aux ordres du 
roy... Leur remontrance porta tous les 
protestants à s'assembler chez M. de Leuze 



I 



197 



DEYROLLES 



DEJEAN 



198 



de Lignières avocat, où ils prirent une ré- 
solution générale de se faire catholiques...» 
Nous ne savons si c'est le même habitant 
d'Alais, mais c'est très probablement un 
de ses proches dont on lit dans les Archi- 
ves de la Bastille (F. Ravaisson, X 344), 
qu'on a amené dans cette prison, le 4 mai 
1692 « deux prisonniers traduits de Dun- 
kerque, M. d'Ayrolle, de Languedoc, et 
d'Imbert de Petitval, de Brie, tous deux de 
la Religion, ayant été pris sur mer au ser- 
vice du prince d'Orange. La famille d'Ay- 
roUes existe encore à Alais, mais catholi- 
que. — Un Ambroise Deirol était ministre 
de S'-André de Valborgne en 1626 [X 331]. 

DEIRON (Dominique), d'une famille an- 
cienne de la bourgeoisie de iNîmes [Haag, 
IV 221], docteur en théologie et procu- 
reur des Dominicains en 1534. Bèze ra- 
conte que chargé d'exhorter dans ses der- 
niers instants Maurice Secenat de Saint- 
Saturnin, ancien prêtre converti, condamné 
au feu comme hérétique, en 1552, loin de 
chercher à le ramener au catholicisme, 
Deiron lui adressa les paroles les plus pro- 
pres à le fortifier dans la religion protes- 
tante, et que ses discours ayant été rap- 
portés au juge, il n'échappa lui-même au 
supplice qu'en se sauvant à Genève. Selon 
Ménard, qui paraît mieux instruit, Deiron 
se compromit ainsi, non pas en 1552, mais 
deux ans plus tard, en accompagnant au 
bûcher Pierre de Lavau, natif de Pontillac, 
qu'il qualifie de ministre, sans doute parce 
qu'il avait été arrêté prêchant en plein 
jour dans les rues de Nîmes ; car Crespin 
nous apprend qu'il était « cordonnier de 
son mestier ; mais au reste fervent à la pa- 
role de Dieu et bien instruit en icelle. » 
Avant de sortir de sa ville natale, Deiron 
déposa chez son beau frère, l'avocat Pierre 
' Alesti, un écrit où il avait développé avec 
talent les motifs de sa conversion et de sa 
fuite à l'étranger. Il mourut à Genève en 
1560, laissant la réputation d'un habile 
prédicateur. 

Son exemple contribua, dit Ménard, « à 
pervertir un grand nombre de catholi- 
ques. » Parmi ceux qu'il amena à l'Évan- 
gile, il convient de citer en première ligne 
son parent Jean Deiron, auteur d'un Jour- 
nal des principaux événements arrivés de 
1561 à 1567, lequel a été publié dans les 
Preuves de l'histoire de Nîmes. Ce Jean 
Deiron était « extrêmement accrédité dans 



le Conseil. » En 1574, Joyeuse, qui savait 
qu'il exerçait une grande influence sur ses 
concitoyens, voulut essayer de le gagner et 
lui fit proposer de livrer Nîmes aux ca- 
tholiques. De concert avec Saint -Romain, 
Deiron feignit d'entrer dans ses vues, et le 
jour fut fixé pour l'exécution du complot ; 
mais .loyeuse, n'ayant pu réunir un corps 
de troupes assez considérable, renonça à 
son entreprise, heureusement pour lui, car 
une embuscade lui avait été dressée sur le 
chemin de Marguerites où Grèmian l'atten- 
dait avec des forces assez importantes pour 
déjouer ses projets. L'année suivante, Dei- 
ron fut élu consul. En 1576, ses conci- 
toyens le députèrent avec le ministre 
Campagnan au duc d'AIençon pour le re- 
mercier de s'être joint au parti protestant 
et lui promettre de consacrer à son service 
leurs biens et leurs vies, mais en même 
temps, pour lui représenter, ainsi qu'à 
Heîiri de Navarre et à Condé, le triste état 
où la guerre les avait réduits et le supplier 
d'y avoir égard lors des négociations pour 
la paix. En 1577, le Conseil, sur l'invita- 
tion de Damville, ayant nommé une com- 
mission pour s'occuper des mesures de sû- 
reté à prendre, Deiron en fut nommé mem- 
bre avec de Clairan, de Servas, Jean 
Bayard et Etienne Paussuc. 

Ménard ne fait pas connaître la date de 
la mort de Jean Deiron; il nous apprend 
seulement qu'il laissa un fils, nommé Jac- 
ques, qui vécut jusqu'en 1677. Antiquaire 
et généalogiste, Jacques Deiron aimait avec 
passion le travail ; mais comme il ne suivit 
ni une bonne méthode ni de bons guides, 
il n'a rien produit que de très médiocre. 
Outre sa propre généalogie qu'il fit impri- 
mer en un vol. in 8o, et celle de Louis de 
Baschi, imp. en 1646, réimp. à Grenoble 
en 1653, in-8°, on a de lui un livre plus 
important, malgré les opinions extraordi- 
naires qu'il y a émises ; nous voulons par- 
ler Des anciens bâtiments de Nisnies (Gren., 
1656, in-4o), réimp. à Nîmes 1663, in-4", 
sous ce titre nouveau : Les antiquités de la 
ville de Nismes. 

DEJEAN (Abraham), admis au saint 
ministère en 1672; pasteur de Chasteau- 
neuf, 1673; du Pouzin, 1673-77; de Vais, 
1677-78 ; de S'-Picrreville, 1678-81 ; de Val- 
lon, 1681-85; finit par abjurer. — ( ) 

ancien de Ferrières au synode de Réalmont, 
1679 (Tt 253). — (David) de Montauban, 



199 



DEJEAN — DEJOUX 



200 



fils de feu Abel Dejean avocat, épouse à 
Genève Magdeleine Evraud, 1692 (A.Com- 
paret, not. XXIX, 238).— (Abel) de Mon- 
tauban, confiseur, ills de feu Abel avocat, 
épouse à Genève Jeanne fille de Jacques Car- 
tier horlogeur, 1694. — (Nicolas) étudiant 
en philosophie à Genève (Nie. de Jean mon- 
tiliensis) 1685. Le même Nicolas, lils de 
spect. Louis Dejean docteur-médecin à 
Montélimart souscrit une obligation de 
415 fl. pour dépense de bouche à l'hôtel 
de la Sirène, Genève, 1697 (F. Joly, nof. 
XXX, 18). — Louis-Ami Tollot épouse à 
Genève Fleurie Dejean fille de Louis mé- 
decin à Montélimart, 1697. — M. Dejean, 
de Die, allant à Berlin, assisté à Lausanne, 
1722. — (Jean) réfugié du Mas-d'Azil, re- 
çu bourgeois de Genève, 1723. — (Louis) 
réfugié en Angleterre y devint général et 
fut nommé, 1740, l'un des directeurs de 
l'hôpital français de Londres. — (Ferdi- 
nand) né à Bonn, mort à la fin du XVIIIc 
siècle [Haag, IV 222]. Il était docteur en 
médecine et fut employé pendant plusieurs 
années comme chirurgien d'un régiment 
en garnison à Munster. Il entra ensuite au 
service de la Hollande et fut envoyé dans 
les Indes. A son retour, il s'établit à Vien- 
ne oti il paraît qu'il mourut. On a de lui 
divers ouvrages en latin (1773-95) sur les 
maladies des yeux, l'analyse chimique et 
la pathologie. — Voyez .lean (de). 

DEJOURS (Jean), né aux Allaris pa- 
roisse de Bruzac en Vivarais, habitait Bof- 
fre situé près de là [Haag, IV 223], lors- 
qu'il prit une part active à l'échauffourée 
qu'on appela « la sédition de Vernoux » 
arrivée le 12 déc. 1745. Sur ces entrefaites 
le curé de Boffre, nommé Bouchet, exas- 
péré contre Dejours, s'entendit avec Bious- 
sier son maître d'école, mit le feu lui-même 
à son église, dans la nuit du 21 décembre, 
et s'enfuit, laissant le maître d'école appe- 
ler au secours. A ses cris, on accourt ; des 
troupes arrivent, et Bioussier interrogé dé- 
clare que les huguenots ont mis le feu à 
l'église, que le curé est en fuite, et qu'une 
bande de ces malfaiteurs le poursuit. L'of- 
ficier lance ses soldats sur la route indi- 
quée; mais on cherche en vain; les incen- 
diaires avaient disparu sans laisser trace, 
en sorte que le commandant qui était un 
honnête homme, déclara, dans son procès- 
verbal, qu'il n'y avait aucune apparence 
que les nouveaux convertis fussent coupa- 



bles. Le curé indigné de ce que l'on l'efu- 
sait d'en croire son maître d'école sur pa- 
role, se rendit de Saint-Sylvestre, où il 
s'était relire, à Vernoux, décida le juge de 
Boffre h l'accompagner, rentra dans le 
bourg, bien escorté, fit désarmer les protes- 
tants et incarcérer Dejours. De leur côté 
les prétendus nouveaux-convertis, sans se 
laisser intimider par ses menaces, encou- 
ragés qu'ils étaient à percer le mystère par 
quelques gentilshommes catholiques des 
environs, commencent une contre-enquête, 
citent Bioussier devant La Devèze, qui 
commandait dans la province en l'absence 
de Richelieu, et à force de persévérance, 
ils obtiennent enfin que le maître d'école 
serait arrêté et une commission établie 
pour informer contre les auteurs du crime. 
L'audace de Bioussier finit par l'abandon- 
ner; le remords se fit jour dans son âme, 
et il avoua que c'était le curé et lui qui 
avaient renversé l'autel, mis le feu à l'égli- 
se et jeté les vases sacrés dans une citerne 
où, en effet, on les retrouva. Arrivé à ce 
point, le procès fut évoqué par le Conseil, 
et on n'ontendit plus en parler jusqu'au 15 
mai 1745, que le curé fut arrêté et conduit 
au fort de Brescou. Court raconte en dé- 
tail cetl,e affaire dans son « Patriote fran- 
çais et impartial. » Mais Dejours n'en fut 
pas quitte. Il fut repris plus tard, incar- 
céré dans la citadelle de Montpellier, con- 
vaincu d'avoir pris part à l'affaire de Ver- 
noux, et condamné à mort, le 10 juin 
1748, par l'Intendant Lenain « pour crime 
de sédition et révolte contre les troupes du 
Roi. » Il fut pendu le jour même sur la 
place de l'esplanade à Montpellier (rég. du 
Consist. de Nîmes). — Jean Dejour, de 
Chalençon en Vivarais, assisté à Genève, 
1701. — Joseph Dejour, de Chateauneuf 
en Vivarais, id. 1710. 

DEJOUX (Philibert), pasteur de Chau- 
mont dans le Colloque de Val-Cluson, 
1626-60; (Benjamin), son fils, pasteur à 
Fenestrelles, 1659-61; Die, 1663-78; S. 
Paul-trois-châteaux, 1680-81; Lyon, 1682- 
85. A la Révocation il se réfugia à Genève, 
puis en Hollande et en Angleterre ; (Jac- 
ques), ministre consacré après la Révoca- 
tion, assisté à Londres avec sa femme et 
3 enfants, 1702. 

Benjamin Dejoux, ancien ministre, et sa 
femme, assistés à Londres, 1702. — Pierre 
Dejoux, de Chaumont en Dauphiné, tisse- 



n 



201 



DELABARRIÈRE — DELAMAIN 



202 



rand, 70 ans, sa femme et deux enfants; 
assistés à Genève, 1685; à Londres, 170o. 
(Marie), de Vernoux, assistée à Genève, 
1708. — Pierre Dejust, de St-Antonin de 
Rouergue, reçoit à Genève un viatique pour 
l'Allemagne, 1700. (Antoine) et son frère, 
de Puylaurens, assistés à Genève, 1706. 

DELABARRIÈRE (Anne), « de Poëla- 
val, » assistée à Genève d'un viatique de 
3 écus pour se rendre en Allemagne, 1709. 

— Jean Delabattière, de Die, assisté à Ge- 
nève, 1708. — Arnoud Delaborde d'Ortès 
en Béarn, id. 1707. — Jean Délabre, du 
Vivarais, id., d'un viatique pour la Suis- 
se, 170o. — De laCam, ministre à Gastel- 
nau, 1674; une dame De la Cam assistée à 
Genève, avec son enfant, d'un viatique de 
10 écus pour l'Angleterre, 1698. — Jehan 
Du la Chau, serrurier, de Marsac en Au- 
vergne, reçu habit, de Genève, octob. 1537. 

— Thibauld De la Chênaie « natif de Pons 
en Xaintonges, » id. oclob. 1359. — Pierre 
Delachon « furbisseur, natif de Montpel- 
lier, » reçu habitant de Genève, septemb. 
1559. — Gervais Delacourt, de Soissons, 
id. novemb. 1557 ; Fabian De la Court 
« natif de Sergyer en Tardenois près Chas- 
teauthierry, » id. 1er janv. 1560. — An- 
toine De la Cour, de Falaise en Norman- 
die, chirurgien, « qui s'est fait de notre 
religion, reçoit à Genève 2 écus pour aller 
travailler en Languedoc, » 1682. — Fran- 
çois De la Croix « n;ilifz de Bourges en 
Berry, » habit, de Genève, nov. 1554; 
(BInise) de la ville de Castres, id. juin 
1539; (Nicolas) « compagnon serrurier 
natif de Feres au pais de France, » id. 
juin. 1559. — Lettre à l'Intendant de 
Caen : Versailles, 31 mai 1686, « M., on 
a arresté à Paris Catherine de la Croix, 
fille de Pierre de la Croix marchand de la 
ville de Caen, qui est encore de la R. P. R. 
et est fort malade. Le Roy veut que vous 
advertissiez ses parens de la retirer près 
d'eux après qu'elle aura fait abjuration. Je 
suis. M., vostre très humb. et très affect. 
serviteur Seignelay. » — Jacq. Delacroix, de 
S'-Maixent, assisté à Genève d'un viatique 
pour la Hollande; (Marie), « DeBourdeaux, » 
60 ans, assistée à Londres, 1706. — Jacq. 
Delafont, de Lyon, étud. à Die, 1660. 

DELAGE (La veuve de Jean), de La Ro- 
chelle, malade, assistée à Genève, 1694- 
1697). (Jean), de la Capelle en Picardie, 
peignier de laine, réfugié <à Berlin, 1698. 



— (Veuve) venant de la Rochefoucault avec 
son fds, reçoit un viatique pour la Hol- 
lan4e, 1698; (DHe Esther), de la Roche- 
foucault « pauvre honteuse » est assistée 
de 5 écus; Genève, 1706; (Abraham), de 
La Rochefoucault, assisté à Genève, 1709. 

— Nathanaël Delagrange, d'Aubenas, étu- 
diant à Genève, 1598 ; — (François), de 
Couches (Franciscus Delagrange gallobur- 
gundus colchensis), id. 1672 ; il fat pas- 
teur en Bourgogne, à Conforgien ; et pas- 
sa, à l'époque de la Révocation, en Hol- 
lande où il se maria ; il était à Gouda en 
1717;— (Humbert), de Bussy en Bourgo- 
gne, teinturier, reçoit un viatique à Ge- 
nève, 1681 ; — (Pierre), du même lieu, 
assisté à Genève, 1700; plusieurs autres, 
venus aussi de Bourgogne, bourgeois de 
Lausanne après 1700. — Daniel Delaigue, 
de St-Roman en Dauphiné, laboureur, 
mort à Lausanne âgé de 80 ans, 1699. — 
Honoré Delaille, marchand de Romans en 
Dauphiné et Louise Clavel sa femme, réfu- 
giés à Lausanne, 1690. — Charles Delaine, 
de Loriol, assisté à Genève, 1708. — Su- 
zanne Delair, du Béarn, dont le mari, tail- 
leur, est en Portugal, assistée à Londres 
avec ses deux enfants, 1705. 

DELAIZEMENT (Danikl-Henri), né à 
La Rochelle en 1640; pasteur en cette ville 
de 1673 à 1683. En 1681 il fut emprisonné 
[IV 232] sous l'inculpation d'avoir com- 
paré les circonstances où les protestants 
vivaient alors en France au temps du per- 
sécuteur Hérode. Réfugié en Hollande après 
la Révocation, il desservait en 1686 l'église 
de Leyde. 

DELAMAIN, famille de Saintonge [Haag, 
IV 223j qui passa de bonne heure en An- 
gleterre. Il paraîtrait (d'après des docu- 
ments anglais) qu'un Nicolas Delamain 
était attaché à la maison de M'^e Henriette 
de France et qu'il fit partie de la suite de cette 
princesse dans le voyage qu'elle fit de Pa- 
ris à Londres, pour épouser le roi Char- 
les 1er (1625). Plus tard il aurait été créé 
chevalier et pourvu d'une des charges de 
fermier général du royaume d'Irlande. Son 
fils, également prénommé Nicolas, devint 
grand propriétaire à Dublin et dans le 
comté de Kilkenny. Il épousa une d"e But- 
ler et en eut un tils, Henuv, qui prit pour 
femme une fille du Dr Bond, de Kilkenny, 
médecin du duc d'Ormond, vice-roi d'Ir- 
lande, et devint par cette voie contrôleur 



203 



DELAMAIN 



DELAMARE 



204 



de la maison du duc. Il eut deux fils, John 
et Henry, dont le deuxième en eut quatre 
à son tour, Henry, John, Laurengb et 
William, qui commencèrent à entrer dans 
les charges publiques : Henry mourut ma- 
jor au service du duc de Saxe, John périt 
lieutenant de vaisseau dans la marine an- 
glaise, et William fut longtemps maréchal 
de la ville de Dublin. Jamks ou Jacques, 
fils de William, rentra en France et s'éla- 
blit dans la ville de Jarnac. C'était vers la 
fin du règne de Louis XV, à une époque 
où la persécution du culte protestant 
n'était pas encore entièrement éteinte et ce 
Jacques Delamain, homme d'une haute au- 
torité morale, se distingua par son zèle à 
protéger ses coreligionnaires. Ce fut chez 
lui, dans une propriété qu'il possédait à 
Nanclas près Jarnac, que se tint le synode 
provincial de la Sain longe tenu en 1787. 
Il épousa, à Jarnac, 29 nov. 1762, une 
d"e Marie Ranson qui lui donna cinq en- 
fants dont l'aîné Jean-Isaac naquit le 
20 fév. 1764 et le dernier, P.-M.-H. Fer- 
dinand, le 19 mai 1782. Une autre branche 
de la famille Delamain, également retirée 
en Irlande s'était établie à Cork, à ce que 
nous apprend M. Burn, ainsi qu'une foule 
de marchands, distillateurs, rafiineurs de 
sucre, qui, chassés de leur patrie par la 
persécution, étaient allés enrichir cette 
ville de leurs industries. Au nombre de 
ces réfugiés les plus notables, M. Burn cite 
Lavitte, Ardouin, Cazalette, de La Mil- 
Hère, Cossart, de La Cour, Laulne, Pélion, 
Bussy, Allenette, Robinette, Besnard, Ma- 
zière, Pique, Boneval, Démejour, Pontet, 
Malet, Hardi, Fontaine, Laserre. Ils fon- 
dèrent à Cork une église française qui fut 
desservie par le ministre Madras, arrivé 
d'Amsterdam en 173S et mort en 1773, 
puis par Jean Pic, père de sir Vesian Pic, 
enfin, jusqu'en 1813, par le ministre suisse 
Godeval. 

Le bibliographe Robert Watt signale 
deux écrivains nommés Delamain qui ap- 
partenaient à l'une ou à l'autre des deux 
branches que nous venons de signaler. 
L'un d'eux, Robert, mathématicien, a 
écrit une Grammelogia on the mathemati- 
cal ring; London, 1630, in-12 ; et The 
making description and use of the horizon- 
tal quadrant; London, 1631, in-12. L'au- 
tre, Richard, est l'auteur de 1» The hum- 
bel présentation af R. Delamain the youn- 



ger : With a table sheiving the number of 
acres belonging to any summe of money ac- 
cording to the rate settled by parliament 
upon any of the lands icithin the four pro- 
vinces ofireland; London, 1641, in-folio; 
2° Impostor Magnus or the Legerdemain of 
R. Delamain; London, 1634, in-4o. 

DELAMARE (Jehan), « de S'-Jean du 
Cardonnet près Rouen, » hab. de Genève, 
15 mai 15o9. M. de Chasteauneuf à Tînt. 
deCaen; Versailles, 7 mars 1688 : « J'ay 
informé le Roy de ce que vous m'avez 
marqué concernant les iiommées Madeleine 
Colliette, Madeleine de la Mare et Marie 
Bacon, lesq. sont en prison depuis long- 
temps ayant été arrestées se retirant du 
Royaume ; sur quoy S. M. m'a ordonné de 
les faire mettre en liberté en les exhortant 
de vivre en bonnes catholiques, comme el- 
les ont promis, et de donner bon exemple 
aux nouveaux convertis de leur connois- 
sance, en sorte que vous ayez lieu d'en 
rendre des témoignages avantageux. » — 
Gaspard Delamer, né à Sisteron, minis- 
tre à Chastillon en Diois, 1562. — Isaac 
De la Morte, de Die, reçoit à Genève 
un viatique pour la Hollande, 1700. — 
Abraham et Jacques de la Mothe, libraires 
à Rouen vers 1685. — Jean-Pierre Dela- 
moy, du Fort-brûlé, proche Calais, assisté 
à Lausanne allant en Allemagne, 6 sep- 
temb. 1700. — « Noble Reynaud Dela- 
myre, de la mayson de Merles en Arma- 
gnac, » reçu halDitant de Genève, 23 févr. 
1554. — Daniel Delanbernière d'Aspre- 
mont, de Montpellier, assisté à Genève de 
3 écus blancs, 1690. — Jean Delande, de 
B... (?) en Bourgogne, hab. de Genève, 
Hseptemb.1572. —M. David De/arap^e, gen- 
tilhomme de Vais en Dauphiné, assisté à 
Genève d'un viatique de 4 écus pour se 
rendre en Hollande, 1701. — Estienne et 
Ponce Delannes « de la ville de Joyeuse en 
Vivorois, » habit, de Genève, oct. 1557. 
— Jacques Delanoy, de Dieppe, assisté à 
Genève, 1709. — Isabeau Delapène, de 
Die, assistée à Lausanne, 1698. — Guil- 
laume Delaperrière, du Languedoc, long- 
temps assisté à Genève avec sa femme et 
2 enfants, 1706. — Nicolas de La Pierre 
« cordonnier, natif de la ville de Valarau- 
gue au pais de Languedoc, » habit, de Ge- 
nève, déc. 1559. — La femme de Jean De- 
laplace, de Montigny près Paris, et son en- 
fant reçoivent à Genève un viatique pour 



I 



1 



205 



DELAMARE — DELAULNE 



206 



lePalatinat, 1708. — Pâ\\\ Delaporte, mar- 
chand, lieutenant de la milice de l'île de 
Rhé, 1677 (Tt 258). Delaporle, pasteur à 
Lintot (Normand.), 1684. — Marie Delara- 
mière, d'ienohle réfugiée en Irlande, assistée 
par le comité de Londres, 1702. — La dame 
Delaravanne et sa fille, de Blois, assistées 
à Genève, 1707. — La veuve Delarbre, de 
Sedan, id. 1705 ; (Catherine et sa nièce 
Suzanne) du Vivarais, âgées toutes deux 
do 26 ans, ici. à Lausanne, 1740. — M. An- 
toine Delarche, de Tours, reçoit à Genève 
un viatique pour l'Angleterre, 1702. 

DELARC (Abraham) fit ses études de 
théologie à l'acad. de Genève, où on le 
trouve inscrit en ces termes : Abraham 
Delarcus, gallus narbonnensis, 12 sept. 
1607. Eu 1620, il était pasteur à Mauguio, 
dans le colloque de Montpellier, d'oii l'on 
peut supposer qu'il était né dans quel- 
qu'une des localités protestantes du voi- 
sinage. Sur la liste des pasteurs du synode 
national d'Alençon tenu en Î637, il est 
porté comme un des pasteurs de Calvisson, 
colloque de Nîmes. Il desservit cette église 
pendant fort longtemps. En 1660, le syno- 
de provincial du bas Languedoc, tenu 
cette année à Montpellier, considérant son 
âge avancé, lui adjoignit comme aide son 
lils^ François, qui, reçu ministre déjà de- 
puis quelques années, était pasteur d'une 
église voisine. Après la mort de son père 
en 1673 ou 1674, François Delarc fut 
nommé pasteur à Codognan dans le même 
colloque, puis à Calvisson où il resta jus- 
qu'à la révocation de l'Edit de. Nantes. 
En 1687 il était réfugié à Lausanne et y 
perdit en 1693 un fils que lui avait donné 
sa femme, Claudine Beuvez de Montpel- 
lier. Il passa alors en Allemagne et y de- 
\int pasteur de l'Église française de Mag- 
debourg, où il eut pour collègue Daniel 
Ralli, qui y était depuis 1687, et qui, 
avant d'être appelé à Grenoble, avait 
comme lui exercé le ministère évangéli- 
que dans le bas Languedoc, d'où il était 
aussi originaire (Nicolas). 

DELAROUVIÈRE (N.A.),de Lyon, prê- 
tre à Sisteron, vient à Genève pour abjurer 
et y reçoit un viatique pour la Suisse, 
1699. — Jean de La Rue prédicant à Caen, 
1579 {Bull. XI, 5) ; étudiant à Genève, 1583. 
— Gaspar, id. (Gasparus de la Rue filins 
Gedeon) 1659 ; « Jean -Jacques Delarue, 
fils de Gaspard, « assisté à Genève, 1687 ; 



(Jeanne) , d'Annonay, idem 1710 ; (Louis), 
de Calais, ébéniste, idem à Londres, 

1705. — Salomon Delas, d'Orléans, con- 
seiller de S. A. et juge des français de la 
colonie du Werder, à Berlin, 1698. — 
« Jehan et l'aultre Jehan de la Sale, frères, 
natifz du lieu de Bielle, seigneurie de 
Béarn, » reçus habitants de Genève, avril 
1555 ; « Suzanne de la Salle, de Marizabal 
aux Cévennes, » assistée à Genève, 1691. 
— Jean Delaserre, d'Anière en Berry, id. 
1707. — « André de Lasne, cordonnier, 
natif du port S'c-Marie en Gascogne, » ha- 
bit, de Genève, 1559. — Delassus, ministre 
à Folhet (?) et à Montauban, 1563 {Calvini 
thés, epist.). — « Gilles de Lastre, coustu- 
rier, fils de feu Massoville de Lastre, de 
Champieu en Piccardie, dioc. de Noyons, » 
id. 1559 ; — (Jacques), maître d'une école 
pour les enfants des réfugiés à Londres, 

1706. Judith, femme de François Dela- 
tour, d'Oleron, assistée avec son enfant, à 
Londres, 1705; Suzanne Delatour, du Pé- 
rigord, dont le père est réfugié en Prusse, 
assistée à Genève, 1706. 

1. DELAULNE, ou De Laulne (Etien- 
ne), connu dans les arts sous son prénom, 
en latin, Stephanus, dont ses œuvres sont 
généralement signées [Ilaag, IV 224]. (jCt 
artiste, est l'un des premiers qui aient pra- 
tiqué la gravure en France avec succès. Si 
l'on s'en rapporte à l'indication de son âge 
placée sur certaines de ses planches, il na- 
quit à Orléans vers la (in de 1518; cependant 
le biographe Nagler se fondant également 
sur une semblable indication mise au fron- 
tispice de la suite des Cinq sens, relève 
Fiissly et d'autres qui le font naître on 
1520, et prétend qu'il naquit en 1510. 
Mais nous sommes porté à croire qu'il n'a 
pas eu la feuille de Delaulne sous les yeux 
et que son renseignement est erroné. La 
première mention qui soit faite de notre 
artiste, à notre connaissance, remonte à 
l'an 1553, époque où Aubry (ou Aubin) 
Olivier « pourvu de l'ofTice de maître et 
conducteur des engins de la monnaye au 
moulin » se l'associa avec Jean Rondelle 
pour graver les poinçons et les carrés. On 
ignore combien de temps dura cette associa- 
tion. Mariette cite de lui 22jetons, médailles 
ou cachets gravés de 1553 à 1575 (?). Une 
médaille de lui, avec cette dernière date, 
porte pour devise : Providentia Dei Salus 
populi. Au rapport du même Mariette, les 



207 



DELAULNE 



208 



premières estampes de Delaulne avec date, 
sont de l'année 1561, et les dernières de 
1582. Il paraît que la Saint-Barthélémy le 
chassa de France. Dès 1573, nous le voyons 
établi à Strasbourg, où il travaillait encore, 
dit-on, en 1590. Mariette écrit : « Maître 
Estienne dessinoit fort spirituellement, 
témoin les petites pièces qu'il a gravées et 
réduites en petit d'après celles de Marc- 
Anfoine. Il cherchoit dans les pièces de 
son invention à imiter le goût du Prima- 
tice et des maîtres de Fontainebleau, fort 
à la mode pour lors en France. Luy et le 
petit Bernard dessinaient, ce me semble, 
à peu près de la mesme manière. Au reste, 
le défaut de maistre Estienne estoit de ma- 
niérer ce qu'il faisoit, d'oii vient qu'il est 
presque in)possible de reconnoistre les 
maistres inventeurs des pièces où il a né- 
gligé de mettre leurs noms. » 

On a aussi de lui des dessins pleins de 
goût, esquissés à la plume et lavés à l'in- 
digo, au bistre ou à l'encre de Chine. 
« J'ai veu, dit Mariette, un recueil de des- 
sins de Delaulne assez ample, faits la plus- 
part le trait à la plume et lavés sur du vé- 
lin, c'estait sa manière, dans lequel recueil 
il y avoit beaucoup de desseins pour des 
médailles, des monoyes, des jettons, des 
cachets, et pour divers ouvrages de bijou- 
terie, ï 

De ses gravures, celles que l'on recher- 
che le plus sont les Douze mois, VHistoire 
de l'A. T., les Trois grâces, le Serpent 
d'Airain, d'après Jean Cousin, les copies 
en petit des estampes de Marc-Antoine 
Raimondi représentant la Mort de Goliath, 
le Massacre des Innocents, VEnlèvement 
des Sabines, les Travaux d'Hercule, le 
Martyre de Sainte-Félicité ; Léda, d'après 
Michel-Ange. 

Aux estampes que Delaulne grava d'après 
les maîtres italiens ajoutons encore : i. La 
grande chasse aux lions, bas-relief antique, 
copie d'une gravure de Marc-Antoine ; — 
2. Trajan combattant les Daces, bas-relief, 
copié de Marc de Ravenne ; — 3. Trajan 
entre Rome et la Victoire, d'après Marc- 
Antoine ; — 4. Alexandre faisant dépo- 
ser les œuvres d'Homère dans la cassette 
de Darius, d'après Raphaël, copie d'une 
gravure de Marc-Antoine; — 5. L'enlè- 
vement d'Hélène, d'après Raphaël, co- 
pié de Marc- Antoine; — 6. L'enlèvement 
d'Hippodamie, d'après le Rosso ; — 7. Com- 



bat des Centaures et des Lapithes, sans 
doute d'après le même; — 8. Neptune as- 
sis entre des Néréides et des Tritons, d'après 
le Primatice ; — 9 et 10. Lucrèce demi-fig., 
et la Mort d'Adonis, tous deux d'après 
Lucas Penni; — 11. Apollon entouré des 
Muses, d'après N. del Abbate : — 12. Loth 
et ses filles, Luca Peni inv. 

Pièces où le nom du peintre est omis, 
et qui sont probablement de sa propre in- 
vention : 13. Un Roi asns sur son trône 
et entouré de divers personnages ; — 14. 
Actéon métamorphosé en cerf; — 15. Ac- 
téon pleuré par Vénus \ — 15. Deux sup- 
pliantes à genoux devant la statue de Diane ; 

— 16. Lucrèce mourante soutenue par 
deux soldats ; — 17. Apollon sur so7i char 
traîné par quatre chevaux ; à gauche, la 
Lune entourée d'étoiles, fond de paysage ; 

— 18. Une femme ailée sur un cheval ailé, 
à ses côtés un homme et une femme ; — 19. 
Combat contre des animaux; — 20. Com- 
bat d'hommes à pied contre des hommes à 
cheval; — 21. Le pêcheur à la ligne, paysa- 
ge ; — 22. L'oiseleur, paysage; — 23. S. 
Paul tombé de che cal ; — 24. Susanne et 
les vieillards; — 25. Susanne jugée par 
Daniel; — 26. Bas relief représ, des per- 
sonnages des premiers temps du Christia- 
nisme; — 27. Statues de Dieux et de dées- 
ses, suite de 6 feuilles; — 28. Frises : 
Luttes, Chasses, Bacchanales et Triomphes 
de Bacchus; plusieurs des pièces citées 
plus haut font sans doute partie de cette 
suite ; — 29. Sujets mythologiques, suite 
de 18 feuilles; — 30. Les qtiatre monar- 
chies; — 31. Travaux champêtres, 4 feuil- 
les ; — 32. Suite de 36 sujets pris de V An- 
cien Testament, tous sign. Stephanus f. ou 
S. F.; suite belle et rare. — 33. Suite de 
huit pet. Sujets emblématiques, à la gloire 
de Henry IL 1562. On doit en outre à De- 
laulne un grand nombre de recueils d'or- 
nements, à l'usage surtout des orfèvres et 
des ômailleurs. On porte le nombre de ces 
gravures à plusieurs centaines. Un Recueil 
en parut, peut-être après sa mort; c'est ce 
que semble indiquer ce titre queciteM.de 
Laborde : S'ensuivent les desseins de M. 
Guido et Jean Cousin, dessigneurs d'envi- 
ron toulte l'œuvre de Stephanus excepté 
une grande partie dessignées de son fils et 
quelque peu d'autres, L. Pénis, etc. Nous 
indiquerons quelques-unes de ses gravures 
qui portent une date : 1. Miroir de main. 



i 



209 



DELAULNE 



DELAUNE 



210 



vu par derrière. Riche encadrement. On 
voit Médée faisant bouillir les membres 
d'Éson pour le rajeunir. 1561. Stephanus 
F. — 2. Pendant du précédent. Dans la 
partie supérieure, Pandore tenant la boîte 
où sont renfermés les maux; dans l'entou- 
rage, les quatre Éléments représentés par 
des femmes avec leurs attributs ; dans le 
médaillon, la mort do Julie, fdle d'Au- 
gnste. 1561. Stephanus F. — On connaît 
plusieurs suites de ces miroirs. — 3. Ara- 
besques, suite de sept pièces; ornements 
entremêlés de ligures grotesques sur fond 
noir. Stephanus de Laune inv. excudebat 
anno Do. 1573, setatis sua; 54, in Argen- 
tina. — Il existe plusieurs suites de sem- 
blables arabesques on grotesques. — 4. La 
Foi, la Charité, la Tempérance, et la Pru- 
dence, quatre pièces, ovales en hauteur, 
Steph. inv. S. 1576. — 5. Les douze mois, 
12 pet. feuilles ovales, 1568. M. de La- 
borde nous apprend que ces douzes petits 
sujets ont été représentés en émail par 
Pierre Raymond, et se trouvent, trois ex- 
ceptés, au Musée du Louvre. — 6. Les sept 
Planètes, sept pet. feuill. ovales, 1575, etc. 
Enfin Nagler attribue à Delaulne trois 
portraits : 1. Claude de Verth, moine de 
Cluny ; — 2. André de Valois, historien ; 

— 3. Ambroise Paré, chirurgien. 

Son fils, Jean-Étienne Delaulne, dessi- 
nateur et graveur très estimable, a marché 
sur ses traces, sans parvenir toutefois à la 
même réputation. On connaît un certain 
nombre de pièces de lui, ou gravées par 
son père d'après ses dessins : 1. Les cinq 
Sens, 5 pet. feuill. avec titre : Johani filio 
inv. Stephanus pater œtatis 60 fœliciter se. 
1570; — 2. Sept pet. feuilles, dont cha- 
cune contient trois figures allégoriques 
dans des niches, le titre excepté qui n'en 
a que deux. Johani fil. inv. Stephanus 
pater, œtâtis 60 fœliciter sculpsit, 1578; 

— 3. Suite de petites Arabesques snv fond 
noir. Johani filio invent. Stephanus pater, 
œtatis 60, fœliciter Sculp. 1579 ; — 5. 
Bacchanale; Silène sur son âne entouré 
de Satyres, un cochon sur le premier plan, 
fond de paysage. J. S. 1582; — 6. Bac- 
chus sur son tonneau, fond de paysage et 
bâtiments. J. S. 1582 ; — 7. Suite d'au 
moins 9 feuil. représ, des héros et des hé- 
roïnes. J. S. Opus mallei. (Haag) 

2. DELAUNE (Une autre famille), mais 
originaire du Vivarais, se réfugia à Ge- 



nève, où Gabriel Delaune fut reçu bour- 
geois en 1566. — Une troisième, plus 
connue, qui tirait probablement son ori- 
gine de la Normandie, demanda un asile 
à l'Angleterre, où nous voyons un Delaune 
figurer, dès 1599, parmi les pasteurs de 
l'église wallonne de Londres. Ce Delaune, 
que M. Burn appelle Pierre, et qui, selon 
le même écrivain, desservait, en 1618, 
l'église de Norwich, finit par obtenir un 
bénéfice dans l'Eglise anglicane et fut rem- 
placé dans sa chaire par Pierre d'Assigny. 

Pierre Delaune avait olîert, en 1599, 
son fils Nathanael à l'église de Dieppe 
qui se chargea des frais de ses études à 
l'académie de Genève. Devenu ministre de 
Dieppe, Delaune épousa la fille du rece- 
veur Peigné, mais ni les engagements qu'il 
avait contractés envers son église, ni les 
nouveaux liens qu'il venait de former ne 
purent faire taire en son cœur le désir de 
revoir l'Angleterre, son pays natal. S'il 
faut en croire Daval, l'espoir d'obtenir un 
bénéfice, comme son père, fat poar beau- 
coup dans la résolution qu'il prit d'y re- 
tourner. Quoi qu'il en soit, il demanda son 
congé, dès 1613, et n'ayant pu l'obtenir, 
sa mauvaise humeur jeta tant de trouble et 
de désordre dans le consistoire, qu'on finit 
par lui rendre la liberté en 1615. Il re- 
passa donc en Angleterre et y fut effecti- 
vement pourvu d'un bénéfice ; mais la 
mort, 1618, ne lui laissa pas le temps de 
s'en mettre en possession. 

Daval nous apprend que Delaune (voy. 
t. III col. 792) avait, ainsi que Cartaut, 
écrit contre le jésuite Gonteri. Nous n'avons 
point trouvé trace de leurs ouvrages ; mais 
nous connaissons par Watt les titres des 
publications de trois autres Delaune, dont 
le nom indique l'origine française et qui 
appartenaient très vraisemblablement à la 
même famille. 

Le premier en date, nommé Henri, est 
auteur de rixrpty.bv 5'wpcv, or a legacy to his 
sons : being a miscellany of precepts theolo- 
gical, moral, political, œconomical. Diges- 
ted intoseven centuries of quadrins, Lond., 
1657, in-8°. — Sentiments nobles, style ner- 
veux, versification généralement correcte. 

Le second, Thomas, a laissé surtout des 
ouvrages de polémique. 

I. A just reproof to the clamorous cavils 
of M. Obed. Wills, the turbulent appealer, 
Lond., 1676, in-8o. 



211 



DELAUNE 



DELBECQUE 



212 



II. M. Richard Baxter's review of the 
state of christians infants examined, Lond., 
1676, in-12. 

III. Survey and confutation of J. Whis- 
ton's Book of haptism, Lond., 1676^ in-8°. 

IV. Truth defended, Lond., 1677, in-12. 

V. The ipre sent State of London, Lond., 
1681, in-8o. 

VI. A key to open Scripture metaphors, 
in IV books, the three last by Benj. Keach, 
Lond., 1682, 2 vol. foL 

VIL A narrative of the trial and suffe- 
rings of Thomas Delaune, Lond., 1683, 
in-4o; 1684, in-4o; 1704, in-4<', avec le 
suivant : 

VIII. A plea for the Nonconformits, to 
ahich is added a parallel scheme of the 
pagan, papal and Christian cérémonies, 
with a narrative, etc., Lond., 1684, in-4o ; 

1704, in-4o; 1712, in-8o ; Cambr., 1779, 
in-8o. 

IX. The image ofthe beast. Lond., 1704, 
in-4". 

X. Sermo7is on several occasions, Lond., 
1728, in-8o. 

Le troisième enfin, Guillaume, docteur 
en théologie et professeur à Oxford, a pu- 
blié, selon Watt : 

I. Sermon before the house of Gommons 
on Matt. XXVII, 25, 1702, 4°. 

IL Tîvelve sermons on varions subjects 
and différent occasions Lond., 1728, in-8°. 

DELAUNAY (Isaac) fils de Daniel de 
Launay peintre et de Judith Nouvet sa 
femme, enterré au cimetière des SS. -Pères 
à Paris, fév. 1644; — Jacques et Jean De- 
launay, enfants de feu Jacques, du Poitou, 
confesseur, confiés à leur grand'mère ma- 
ternelle Catherine Robert et assistés à 
Londres, 1706; — Jacques Delaunay, de 
Dieppe, lapidaire, assisté à Genève, 1699. 
— Marthe Délavai, de Montpassier en Pé- 
rigort, réfugiée à Berlin, 1698. — Jean 
De La Val « natif de la ville et cité 
de Tournay, » habit de Genève, nov. 
1559. — Nicolas de La Vefve « escoUier 
natif de Chaalons en Champaigne, » id. 
mai 1559. — Jehan Delavergne capitaine 
et Véronique de Priinet sa femme, 1573 
(reg. de l'égl. de La Rochelle). — Jacques 
Delaveu, « de Longeray en Michaille, der- 
rière l'Écluse, » assisté à Genève, 1709.— 
Israël Delaville, d'Alençon, 55 ans, sa 
femme 40 ans, et 2 enf. assistés à Londres, 

1705. En 1706, Marthe, leur fille, 8 à 9 



ans, le père et la mère étant morts, mise 
en pension par le Comité chez David Ro- 
quête, son oncle. — Jean Delaviolette, de 
Tonneins, reçoit h Genève un viatique 
pour l'Allemagne, 1707. 

DELAVOYE (Aimond), de Picardie, 
martyr à Bordeaux en 1542 [Haag, IV 
225]. Animé d'un grand zèle pour la 
Réforme, qu'il avait embrassée vers 1534, 
Delavoye avait été un des premiers à en 
prêcher les doctrines dans la Guienne, et 
les succès qu'il avait obtenus lui avaient 
permis de jeter les fondements d'une église 
à Sainte-Foy. Sur la dénonciation du curé 
et d'autresprétres, le parlement de Bordeaux 
le décréta de prise de corps au mois de 
décembre 1541. Bien qu'il eût été averti 
de la prochaine arrivée de l'huissier chargé 
de l'arrêter, il refusa de fuir, disant à ceux 
qui l'en pressaieut : « J'aimerois mieux 
n'avoir jamais esté né, que de commettre 
telle lascheté ; car ce n'est point l'office 
d'un bon pasteur de s'enfuir quand il voit 
venir le danger, comme dit Nostre Sei- 
gneur; ains doit demeurer, afin que les 
brebis ne soient égarées. Or Nostre Sei- 
gneur m'a donné la grâce de vous avoir 
presché son Évangile, et si maintenant, 
pour une. tentation, je m'en allois, on 
estimeroit que je n 'au rois presché que 
fables et choses contre Dieu, vous laissant 
scandalisez, et pourtant vous priè-je de ne 
me parler plus de cela; carjesçay les choses 
par moy preschées estre vrayes, pour lesq. 
soustenir, aidant le Seigneur, j'exposeray 
mon corps et mon âme, et diray avec sainct 
Paul : Non-seulement je suis prest d'estre 
lié en la ville de Bourdeaux, mais aussi d'y 
mourir pour Christ. » Cette foi admirable 
ne se démentit pas pendant une cruelle 
détention de huit mois, et reçut enfin sa 
seule récompense. Delavoye fut étranglé et 
son corps brûlé (août 1542). Le Martyrologe 
raconte qu'il convertit le religieux carme 
chargé de le préparer à la mort. 

DELAY (Etienne), receveur du parlem. 
de Rouen, l'un des ajournés de 1534. — 
Étiennette Délaye de Lyon, « qui est venue 
abjurer » h Genève, y reçoit assistance. 
1702. — (Jean), de Capelle, manouvrier, 
réfugié (3 per.) à Berlin, 1700. — Etienne 
Delbe, de Normandie, drapier, réfugié à 
Brandebourg, 1700. 

DELBECQUE (Louis), pasteur à Calais, 
16G9; fugitif en 1686 (Tt 235); mort en 



I 



n 



213 



DELBECQUE — DELESSERT 



214 



1699. (Salomon), son fils, étudiant à Ge- 
nève (theologiœ candidatus caletîcus) 1672, 
pasteur h Contre et Belleuse, 1675; à Prou- 
ville, 1675-81 ; inscrit à Londres parmi les 
ministres assistées, avec sa femme et 4 en- 
fants, 1702. 

DELBÈS (Louis et Pierre), du consist. 
d'Issigeac, lo78 (Tt 238). — Michel Del- 
bois, de la comté de Foix, assisté à Genève 
d'une chemisette de laine, 1708. — M"e 
Delborn enfermée au couvent de Ste-Claire 
de Montauban, 1741 (E 3502). — Isaac et 
Charles Delbos, l'un perruquier, l'autre 
chirurgien à Monsempron en Guyenne, 
réfugiés à Soest en Prusse, 1700.— Mme 
Louise Delbosc de Foissac, de Guyenne, 
veuve, 65 ans, assistée à Londres, 1702; 
autre dame des mêmes noms, 40 ans, id., 
1703. — Jean Delbra, de Puylaurens, as- 
sisté en passant à Lausanne, 1698. — Jean 
Delcuin (Delcunius), étudiant à l'acad. de 
Puylaurens, 1672. — Jacques Deleause, 
de S'-Jean de Gardonenque, tailleur, al- 
lant en Brandebourg et obligé de rebrous- 
ser chemin à cause des guerres, idem 
1689. — Isaac Déléchelle « d'Egre en Poi- 
tou, » assisté à Genève, 1710. — Jean 
Delecrose, des Vans, reçoit à Genève, 1710, 
un viatique pour la Hollande. — Isaac 
Delédrier, ministre réfugié en Hollande 
depuis le 10 déc. 1685 ; reçoit, 9 mars 
1694, une pension des États gén. comme 
chargé d'une femme et 5 enfants; demande 
en 170i la place laissée vacante par le 
ministre Zolicoffre à Gocksheim ; il la 
perd, 1707, pour l'avoir quittée sans per- 
mission (Enschedé). — François Déléguât, 
né à Saint-Jean-de-Veyleen 1638, se relira 
en Hollande à la révocation de l'édit de 
Nantes, et fit dans les Indes-Orientales un 
voyage dont il a publié la relation en 1708 
et en 1720, en 2 vol. [Haag, IV 226]. — 
Claudine Délègue, de Jonchières en Dau- 
phiné, assistée à Lausanne, déc. 1691; 
(Daniel), de Romans, id. 1699. 

DELENNE (Raymond), maître d'école à 
Aulas vers 1561. — Jacq.De/éoMa;, d'Anduze, 
reçoit à Genève un viatique pour l'Aile - 
•magne, 1703. — Antoine Delerbre, de la 
Bastie de Crussol, id. 1684. — Johannes 
Delesmre (Pecinasecensis ?) étudiant à Ge- 
nève, 1566; ministre à Bernis, 1571-73. 
Louis Delescure - Laprade ; reçoit à Genève 
un viatique pour l'Angleterre. — François 
Delespau, de Valensol en Provence^ reli- 



gieux de l'ordre de la Trinité, assisté v 
Genève, 1707. — « Jehan De l'espée, ser- 
rurier et faiseur d'acquebutes, » de Reims 
en Champagne, hab. de Gen., mars 1559. 
— Baptême à Charenton d'une fille de 
Pierre Delesseau sieur de St-Fort et de Su- 
zanne Rousseau sa femme ; parr. Raimond 
Dumas avocat au Conseil d'État et privé; 
fév. 1660. 

DELESSERT, famille protestante qui 
s'est acquis en France dans la première 
moitié du XIXe siècle une grande et très 
honorable notoriété , mais qui n'est pas 
française d'origine et n'a pris aucune part 
aux malheurs du protestantisme français. 
M. Guizot prêtait à un roman l'autorité de 
son nom lorsque dans une notice nécrolo- 
gique {Journal des Débats, 20 nov. 1868) 
il écrivait : 

Il n'y a pas encore 200 ans, le bisaïeul 
de M. François Delessert quittait la France, 
sa patrie, abandonnant toutes ses affaires, 
ses habitudes, son foyer, emmenant avec 
lui sa femme, ses enfants, tout ce qui se 
pouvait emporter et allant chercher en 
Suisse... quoi ? la fortune ? les agréments 
de la vie ? les distractions des voyages ? 
Non : le libre exercice de sa foi religieuse. 
11 était protestant et l'édit de Nantes venait 
d'être révoqué. 

Le bisaïeul des trois frères, 1° François 
Delessert riche banquier, député, membre 
de l'Institut, régent de la Banquede France; 
2° Benjamin également banquier, particu- 
lièretnent philanthrope et naturaliste émi- 
nent; 3° Gabriel, préfet de police sous le 
règne du roi Louis-Philippe, — était Vau- 
dois, d'une famille de cultivateurs, les D3- 
lessert ou de l'Essert ou si l'on veut de 
Lessert (voy. Cangii gloss vo Exartus et ci- 
dessus, article De-du-des), qu'on trouve 
établie, au XVI^ siècle à Peney-le-Jorat 
près Moudon. Il mourut en 1715(trois ans 
après la bataille de Vilmergen à laquelle il 
avait pris vailllammeni part), capitaine 
châtelain de la ville de Cossonay. Ce fut son 
quatrième fils Benjamin Delessert, né à Cos- 
sonay en 1690 et reçu bourgeois de Genève 
en 1723, qui alla fonder à Lyon, en 1725, 
la maison de banque que son fils, Etienne, 
père de François, Benjamin et Gabriel, 
transporta à Paris, où elle devint célèbre. 

Bull, de la Soc. de l'hist. du protest, fr., 
xvni, 64. 



215 



DELESTEE 



DELUZE 



216 



DELESTRE (Louys) « natifz de Her- 
mès^ dioc. de Beauvays^ chappellier, » 
reçu habitant de Genève, mai looS. — 
Jean Delet, de S'- Bonnet en Dauphiné, 
avec 4 de ses parents assistés en passant à 
Lausanne, reçoivent à Genève un viatique 
pour Francfort, 1701. — Jean Deleuzière, 
de St-Jean de Gardonenque, éludiant à 
Genève (J. Deleuzierius occitanus Johan- 
nensis), 1615; ministre dans sa ville natale, 
réfugié lors de la Révocation à Lausanne 
où il meurt le 14 nov. 1691. — Etienne 
Delfiou, muletier des Cévennes, réfugié à 
Schwedt en Prusse, 1700. 

1. DELEUSE ou Deluse (Jean) seigneur 
d'Argentière (voy. t.T col. 340), de la ville 
d'Anduze, fut fait prisonnier « faisant les 
affaires du pays », et gardé par le capitaine 
Gasque pendant 4 mois « en grande détresse » 
dans le château d'Espagnac. L'assemblée du 
dioc. de Nîmes lui accorda une indemnité 
de 266 livres en l'an 1575 (Pradel). 

2. DELEUSE, famille du Languedoc dont 
une branche, celle de Lancizolle, existe en- 
core à Berlin. « La femme de M. de Baudan 
de Montaut était Deleuse de La Liquière * 
{Erman, IX 89). Balthazar, fils d'André De- 
leuze ou de Leuze seig' de La Rouveyrette 
et d'Anne Combas, fut le chef de cette fa- 
mille qui ne s'éteignit pas en 1793 comme 
le dit de La Roque (Armor. du Langue- 
doc, 1 168) mais s'était réfugiée en Prusse. 
= Armes : d'or a un arbre de sable sou- 
tenu de 2 lions de même. 

3. DE LEUZE. Jean Canonge, ancien 
de S'-Germain de Calberte, député au sy- 
node d'Anduze, 19 nov. 1678, avait épousé 
une d"e Suzanne de Leuze. Sa petite-lille, 
Marguerite, fut mariée en 1705 à Jérémie 
Larguier, et vers la même époque la fa- 
mille Larguier fit l'acquisition de la sei- 
gneurie de La Rouveyrette qui resta plus 
d'un siècle entre ses mains (Ôbehkampff). 

4. DE LEUZE (André), « du lieu de 
St-Germain de Calberte, cordonnier, » 
reçu habitant de Genève, 16 juin 1559. — 
Thomas fils de David Delouze ou Deluze, 
d'Andusp, maître passementier épouse à 
Genève, Françoise fille do Férouille Mou- 
chillon, maître cordonnier, 1675 (B. Gros- 
jean not. XLI 206). — Jacques Deleuze 
d'Alais en Languedoc, fils de Pierre s'en- 
gage pour 6 ans chez noble Jacques De 
Normandie marchand [drapier] de Genève, 
« pendant le q. temps le dit noble De 



Normandie promet de luy enseigner le né- 
goce dont il fait profession, et tout ce qui 
en dépend dont il se mesle, sans luy en 
rien cacher, en tant toutefois qu'il le pour- 
ra comprendre, sauf qu'il ne sera pas ob- 
ligé de lui faire voir son grand livre...; 
fait en la boutique du d. sieur De Norman- 
die, 8 avril 1686 (J. A. Comparet not. 
XVIII, 233). — (Anthoinette) de St-Jean 
de Gardonenque, assistée à Lausanne, 
1690-96. — (Céphas), de Nîmes, menui- 
sier, allant en Angleterre, id. 1698. — (Es- 
ther), fileuse, de Gros en Cévennes, allant 
à Cassel, id. 1699. — Daniel et Jacques De- 
louze, de Cartagnoles en Cévennes, assistés 
à Genève, 1699; Scipion Delouze, du mê- 
me lieu, reçoit à Genève un viatique pour 
l'Allemagne. — Mariage, à Genève^ de 
Charles fils de Jean Bertrand, orfèvre à 
Genève avec Françoise fille d'Etienne De- 
leuze de Nîmes, 1698. — Mariage à Genève 
de Jacques Delouze, de S'-Andéol en Cé- 
vennes, avec Marguerite Corbessas, d'An- 
duze, 1700. — Silvie Deleuze, femme de 
Jean Renouard, marchand, morte à Lau- 
sanne, 1706. — Jacob Deleuze, du Lan- 
guedoc, apothicaire, réfugié à Lausanne, 
1715. — Corneille de Leuze facturier en 
bas, réfugié avec sa femme et sa fille à 
Halberstadt, 1703. — Jacob fils de Jacob 
et petit-fils de David Deleuse, 32 ans, mi- 
nistre, réfugié et naturalisé à Lausanne, 
avant 1740. 

5. DELUZE (Jacques), réfugié en Hol- 
lande à la révocation de l'édit de Nantes 
[Haag, IV 227] et appartenant à quel- 
qu'une des familles Deleuze de l'article 
précédent. Les Portugais, ces premiers 
conquérants des Indes, avaient fait con- 
naître les toiles peintes à l'Europe, et les 
Hollandais, qui les avaient supplantés, 
avaient importé les procédés de la pein- 
ture sur étoffe ; mais pendant près d'un 
siècle, cette fabrication, si considérable 
aujourd'hui, n'avait fait aucun progrès. Il 
était réservé aux réfugiés français de don- 
ner un essor remarquable à cette industrie. 
Tandis que l'un d'entre eux transportait 
cette branche d'industrie de la Hollande 
en Angleterre, Deluze, qui en avait étudié 
dans le même pays les procédés, alla enri- 
chir la Suisse de cet art précieux qui ne 
tarda pas y prendre un développement re- 
marquable. Le succès amena la concur- 
rence, et de nombreuses fabriques s'éta- 



i 



217 



DELUZE 



218 



blirent successivement en France, en Por- 
tugal et en Allemagne; mais nulle part 
elles n'atteignirent un pins haut degré de 
prospérité qu'à Mulhouse où l'art des toi- 
les peintes fut introduit, en i74o, par 
Samuel Kœchlin, Jean-Henri Dollfm et 
Jean-Jacques Schmaltzer. Après la mort 
de Deluze, son fils, qui avait hérité de 
toute son activité, le remplaça à la tête de 
la fabrique du Bied, qui fut longtemps un 
des plus puissants établissements indus- 
triels du continent. 

A cette notice écrite par MM. Haag nous 
pouvons ajouter quelques renseignements 
complémentaires. Ce fut au val de Ruz * 
dans la principauté de Neuchâtel que s'éta- 
blit d'abord le chef de la famille. Le prince 
de Longiieville lui accorda, 2 déc. 1690, 
des leltres de naturalité et, trois mois 
après, des letlres de bourgeoisie neuchâte- 
loise. Il vint ensuite à la Poissine près de 
Cortaillod et ne s'établit au Bied, à une 
heure de Neuchâtel, qu'en 1734; mais il 
fonda en divers autres lieux de la princi- 
pauté, à Cressier, à Couvet, à S'-Blaise, 
à Marin, d'autres manufactures du même 
genre et le succès de cette grande indus- 
trie des indiennes ne fut nulle part à cette 
époque, malgré la concurrence, aussi vif 
que dans cette partie de la Suisse où De- 
luzel'avait créée. De son mariage avec Mar- 
guerite Bourgeois il eut trois enfants : 
Jean-Jacques ; Esther-Marguerite qui 
épousa Jérémie Pourtaîès réfugié français, 
et Abraham qui fut pasteur aux Verrières, 
près de Neuchâtel. Jean-Jacques continua 
l'œuvre de son père et pour l'étendre en- 
core, il s'associa L. Meuron et confia à d'au- 
tres mains, celles des frères Dupasquier, 
i742, la direction du Bied. C'est là que 
son neveu, Jacques-Louis Pourtaîès fils de 
Jérémie, fit son apprentissage commercial 
et commençant alors la fortune et l'illus- 
tration de sa famille, devint l'associé de 
son oncle, 1753. Ce dernier avait épousé 
Rose-Marguerite Chaillet qui lui donna 
quatre enfants : en 1722, Susanne-Mar- 
GUERiTE, mariée en 1737 à Daniel Cham- 
brier; en 1725 Rose-Marguerite, mariée 
en 1741 à Pierre Meuron fils de l'associé 
de son père; en 1731 Charlotte qui de- 

* Après avoir fait un long apprentissage com- 
mercial à Genève, car il nous semble être le Jac- 
ques Deleuze d'AIais, mentionné au bas de la 
colonne 215. 



vint, 1749, Mme Bosset; enfin en 1728 
Jean-Jacques. 

Ce deuxième Jean-Jacques, héritier de 
la capacité de son père et de son grand 
père, continua leur fabrique, mais nommé 
aux fonctions de Banneret neuchâtelois, 
il s'acquit à force de patriotisme et de dés- 
intéressement une distinction plus haute. 
Le renchérissement des grains occasionné 
par les mauvaises récoltes de 1770 et 1771 
et plus encore par les odieuses spécula- 
tions du monopole, avait exigé quon fit par- 
tout de rigoureuses défenses d'exportation. 
La principauté de Neuchâtel se ressentit 
particulièrement de la disette. Mettant de 
côté ses propres affaires, le riche industriel 
se rendit de sa personne dans les Étals de 
l'Électeur Palatin et le margraviat de Ba- 
den, usa de son crédit pour faire lever les 
interdictions, triompha des difficultés sus- 
citées par les agents du fisc et réussit au 
delà de ses espérances dans ces généreux 
efforts d'un dévouement tout gratuit. Il 
avait épousé, en 1747, Marie -Françoise 
Warney dont il eut six enfants : lo Ma- 
rianne-Marguerite, femme M. de Mont- 
moUin consr d'État; 2» Rose-Augustine, 
femme de son cousin Jacq. -Louis de Pour- 
taîès; 3° Charles-Henri qui épousa la fille 
du banquier Bethmann, de Francfort et en 
secondes noces M"e Mandrot; 4» Jules- 
Alexandre, officier dans les gardes suisses 
au service de France, mariéà une di'e Feer, 
de Mulhouse, de la notable maison indus- 
trielle Anihès, Feer et C'e; 5» Frédéric- 
Auguste, officier au même service, qui 
épousa Caroline de Mézerac fille d'un capi- 
taine au régiment de Champagne ; 6o Jean- 
Jacques qui prit pour femme, en 1781, 
Suzanne Frédérique petite -fille du savant 
Osterwald, traducteur de la Bible, et fille 
de Ferdinand d'Osterwald lieutenant-colo- 
nel dans l'armée hollandaise. 

La fabrication des indiennes se poursui- 
vit encore entre les mains de ce troisième 
Jean-Jacques, mais elle était devenue lan- 
guissante. Les grands États dont la Suisse 
est entourée, jusqu'à l'Ilalie elle-même, 
imitaient cette industrie et vint un moment 
où des mesures prohibitives lui portèrent 
le dernier coup. L'entrée des indiennes 
suisses fut interdite dans l'empire fran- 
çais et le royaume d'Italie par deux lois 
de 1803 et 1806. Le maréchal Berthier, 
prince de Neuchâtel, n'y put rien. La fa- 



^19 



DELUZE — DELMER 



220 



brique du Bied fut fermée eu 1814 et 
transportée plus tard à Thann en Alsace. 
M'Je d'Osterwald donna à son mari neuf 
enfants: Jea^-Jacques. mort en bas âge; 
Henriette, Rosalie, Frédéric, Marie, 
Constance, Jacques -François, Maurice, 
Caroline, Sophie et George- Alexandre. 
DELFORTERIE (Charles), ministre de 
St-Mard en Champagne, de 1660 à 1685, 
délégué au synode de Vitry, mai 1665 
(Tt 287); réfugié à Maesiricht dès le com- 
mencement de 1685; nommé, le 3 mai, 
Consolateur des malades; il exerce cette 
charge jusqu'en 1712 où son âge et ses in- 
firmités l'obligent à se démettre ; mort le 
22 fév. 1717. — Barthélémy Delfosse, fu- 
gitif de Sedan, ses deux enfants retenus 
en France, 1686 (Tt 239). — Delfraisse, 
ancien de S^-Félix de Sorgues au synode 
de Milhan, oct. 1664. — Delingle, minis- 
tre à Ozillac, 1582. — Etienne Délions, 
de Gien, réfugié à Genève, est assisté de 
lOécus pour apprendre l'état de cordon- 
nier, 1700. — Plusieurs Deliol, de Caen, 
assistés à Londres, 1705. — Louis Delioux, 
de Pierregourde en Vivarais, sollicite à 
Lausanne (ayant abjuré) un témoignage de 
foi, 15 janv. 1697. — Delisle ou Lescure- 
Delisle, étudiant à Lausanne 1756-59, pas- 
teur à Montauban jusqu'après le rétablis- 
sement des cultes. — Plusieurs Delisle, de 
Quint en Dauphiné, de Die et de S'-Germain 
en Laye, assistés à Genève, 1683-1709. — 
Guillaume Delives, capitaine huguenot de 
Mauvezin en 1603. — Isaac, Jacques et 
Marguerite Delmarre, fugitifs de Picardie 
en 1686 (Tt 235). 

1. DELMAS (Matthieu), ministre à 
Tornac 1599-1607. — Autre, ministre de S'- 
Sever, délégué à l'assemblée du haut Lan- 
guedoc tenue à Pamiers, 1614. — Autre 
ministre de St-Félix de Sorgues en 1660 
de Montbarchier, 1671-72; encore de S^ 
Félix, 1672-78; de Sablayrolles, 1682-83 
délégué aux synodes de Saverdun, 1678, 
et de Réalmont, 1679. 

2. DELMAS (Pierre), jeune homme 
d'Aymet, se trouva enveloppé [Haag, IV 
226] dans une intrigue ourdie, en 1660, 
par le curé d'Aymet et un juge de cette 
ville qui convoitait la charge du procureur 
d'office. Celui-ci fut accusé avec plusieurs 
autre personnes, entre autres Pierre Del- 
mas et son frère, d'une profanation des 
mystères de la religion catholique. Il au- 



rait, au dire du curé, contrefait une pro- 
cession dans la nuit du 26 au 27 juin, 
chante des paroles obscènes sur les airs des 
litanies, tourné en dérision les cérémonies 
de la messe, affublé un âne d'un bonnet 
carré et d'une serviette en guise de surplis, 
et perpétré d'autres excès. Il se trouva des 
témoins pour affirmer le fait, et le parlement 
de Bordeaux s'empressa d'évoquer Taffaire. 
En vain les défenseurs des accusés produi- 
sirent des lettres du curé qui dévoilaient 
tout le mystère. Les prétendus coupables 
furent condamnés, ceux-ci à la peine de 
mort, ceux-là à la prison ou au bannisse- 
ment. La plupart d'entre eux, qui con- 
naissaient la fougueuse intolérance de ce 
parlement, s'étaient cachés pour laisser 
passer l'orage. D'autres furent arrêtés, 
quelques-uns se constituèrent volontaire- 
ment prisonniers. Sur ces entrefaites le 
curé se brouilla avec son ami, et ce fut à 
qui des deux accuserait l'autre de calom- 
nie. Il ne devait plus rester dès lors le 
moindre doute sur l'innocencedes accusés, 
et cependant ils ne purent obtenir un arrêt 
de décharge. Ils durent même s'estimer 
fort heureux qu'on voulût bien les rendre 
à la liberté sans pousser l'affaire plus loin. 

DELMAURES, pasteur de Gavaudun, 
1626; de Castelnau de Grattecombe, 1637. 

DELME (Adrien), diacre de l'église de 
Norwich avant 1616, était père de Philippe, 
pasteur de cette église à la même date et 
mari d'Elisabeth, fille d'Élie Maiiroy, pas- 
teur de Cantorbéry. Philippe Delmésuccéda 
à son beau-père en 1619 et mourut past. de 
Cantorb. en 1653. Son fils, Élie, fut pas- 
teur à Londres et laissa un fils, Jean, qui 
étudia aussi la théologie comme le prouvent 
trois ouvrages que nous connaissons de lui ; 
I. A spiritual warning for times oftcar, 
Lond., 1701, in-4'>. II. A letter to a godly 
Christian, groaning under sore afflictions 
both of body and mind, Lond., 1703, in-4°. 
III. The parable of the Sower : a sermon, 
Lond., 1707, in-4°. — Le nom de cette 
famille s'écrivait de Lemé ; c'est Philippe 
qui commença de signer Delmé et d'Elrnè. 

DELMER (Pierre), de Calais, 45 ans, 
sa femme et 4 enf.. assistés à Londres, 
1708. — David Delmestre, de Clérac, as- 
sisté à Genève, 1698. — Deloche ou de Lo- 
ches, ci-dessus t. IV col. 825. — Déloges, 
ministre à Uzès,mort en 1570. — Plusieurs 
Delomb, de Montaren en Languedoc et de 



n 



221 



DELMER 



DELON 



222 



S'-AiidrédeValborgne, assistés en passant 
à Genève pour aller en Allemagne ou Hol- 
lande, 1701-1704. 

DELON (Timothke), né à Montauban le 
16 juin 1597 S fit ses études de philoso- 
phie et de théologie à l'académie de sa 
ville natale, et fut ensuite nommé pasteur 
à Montreuil-Bonnin^ dans le Poitou. Il 
desservit cette église de 1620 à 1623 (Aug. 
Lièvre, Protestants du Poitou, III, 300). 
Vers le milieu de 162o, il fut appelé à 
Montauban ; il y exerça le ministère évan- 
gélique pendant vingt-sept ans. En 1631, 
il assista en qualité de député des églises 
de sa province au synode national tenu à 
Churenton. Deux ans après, il fut envoyé 
à Paris par le consistoire et le conseil 
académique de Montauban, pour défendre 
l'acad. de cette ville, menacée dans son 
existence, h la suite du partage du collège 
entre les protestants et les catholiques. 
Abel Bicheteau, qui avait succédé à Jean 
Tenans, dans la chaire d'hébreu, étant 
mort le 23 septembre 1639, Timothée De- 
lon fut nommé à sa place. Sans renoncer 
à ses fonctions de pasteur, il enseigna la 
langue hébraïque à l'acad. de Montauban 
jusqu'à la fin de sa vie. 11 ne paraît pas 
avoir élevé cet enseignement au-dessus de 
la médiocrité dans laquelle il semble être 
resté constamment dans cette académie. 
Timothée Delon n'avait ni les connaissan- 
ces, ni même le tempérament d'un savant ; 
la nature avait fait de lui un orateur, et 
comme prédicateur, il fut de beaucoup su- 
périeur à tous ceux qui occupèrent des 
chaires ou qui exercèrent le ministère 
évangélique à Montauban, sans en excep- 
ter même Jean C/«îtd!e qui fut pasteur dans 
cette église peu d'années après lui. 

On sait par Paul Colomiès (GalHa orien- 
talis, p. 183) (|u'il avait publié quelques 
sermons. Nous n'en connaissons que deux; 
la Bibliothèque de la faculté de théologie 
de Montauban possède un exemplaire de 
l'un et de l'autre. 

L'un porte ce litre ; Le secret de piété, 
ou sermon sur la première à Timothée, 
chap. III, verset 16, fait à Cha^enton du- 

1 Voici son acte de baptême: « LelO Jui!Ietl597, 
ung lils de M. Tite Delon, marchand, et de dam"* 
Anthoinette Le Boiteux, mariez, né le 26 de Juin. 
Parrain, M. Baptiste Kotan, ministre du S' Evan- 
gile ; marraine dam"° Rachel de France ; nommé 
Timothée. » 



rant la tenue du synode national (1631); 
3e édition, h Montauban, par Pierre Co- 
derc pour Pierre Braconnier, marchand li- 
braire, 1638, in-12o, 119 pages. Nous ne 
connaissons aucun exemplaire des deux 
éditions précédentes. 

L'autre est intitulé : L'ambassade du 
ciel, ou sermon pour l'ouverture du synode 
provincial, tenu à Castres le 26 novembre 
et jours suivants, l'an 1637, à Montauban, 
par P. Coderc pour P. Braconnier ; 1637, 
in-12o, 107 pages. 

Ni ces deux sermons, ni aucun des au- 
tres publiés par Timothée Delon, ne se 
trouvent dans les bibliothèques publiques 
de Paris, de Bordeaux, de Toulouse, de 
Montpellier, de Nîmes, etc. Ils ne sont 
même pas à la bibliothèque publique de 
Genève, où on s'attendrait assez naturel- 
lement à rencontrer à peu près tous les 
ouvrages dus à des écrivains réformés. On 
est par conséquent réduit à se faire une 
idée des talents oratoires de ce prédica- 
teur par les deux uniques sermons qui nous 
restent encore. Mais ces deux sermons sont 
si fortement empreints des mêmes qualités, 
qu'ils suffisent à la rigueur pour nous per- 
mettre de caractériser le genre d'éloquence 
de leur auteur. 

Par le fond aussi bien que par la forme, 
ces discours présentent les caractères es- 
sentiels de la grande éloquence. Timothée 
Delon ne s'engage jamais dans ces longues 
et fastidieuses discussions exégétiques, 
propres à l'ancienne prédication protes- 
tante. Il va droit au but, et vise constam- 
ment à l'édification pour le moins autant 
qu'à l'instruction de ses auditeurs. Ce qui 
le distingue encore à un plus haut degré, 
c'est, si nous pouvons ainsi dire, le souffle 
oratoire. Il procède à grands traits, grou- 
pant avec art ses idées et donnant à ses 
développements une ampleur qui convient 
à l'éloquence de la chaire, et qu'on cher- 
cherait en vain dans les prédicateurs pro- 
testants de son temps. La langue a vieilli, 
sans doute; mais elle n'est jamais triviale, 
tant s'en faut ; et le style, quelque peu su- 
ranné, ne manque ni de couleur, ni de 
mouvement, ni d'élévation *. 

La prédication de Timothée Delon pa- 

1 On trouvera des nombreuses citations de ces 
deux sermons dans un article de La libre Hé- 
cherche 1" année, 10° livraison. 



223 



DELON — DELPECH 



224 



raît avoir fait une profonde inopression sur 
tous ceux de ses contemporains qui eurent 
occasion de l'entendre. Il en est parlé avec 
une sorte d'enthousiasme dans plusieurs 
écrits de celte époque. Pour les réformés 
du Montalbanais et de l'Albigeois, ce vé- 
nérable pasteur était « un éloquent et ad- 
mirable prédicateur ', » et ce sentiment, 
on voulut l'exprimer dans l'acte de son 
décès qui est inscrit sur les registres de 
l'État civil en ces termes touchants : « Le 
9 juin 1683, Dieu a retiré de ce monde ce 
grand prédicateur de l'Évangile de son fils 
.lésus-Christ, M. Timothée Delon, pasteur 
de cette Église *. » (Nicolas). 

2. DELON, pasteur à Fenestrelles, 1660- 
62. — Delon, ou Delom et Delhom, anciens 
de Saumane, 1669-1673 ; autre, ancien de 
St-André de Valborgne, 1682. — Une dame 
Delon, mise à mort avec deux autres nom- 
mées Balsin et Gâches, pour avoir assisté 
à une assemblée religieuse prés du Vigan, 
octob. 1686 [X 401]. — MUe Delon, de 
Montauban, enfermée au couvent de S'«- 
Claire de cette ville, 1745 (E 3506). 

DELONNEX (Antoine), ou Delonnay, de 
Toulouse, et sa famille, assistés à Genève, 
allant en Allemagne, 1693 et 9o. — Clau- 
de Delort, de Marriac, boulanger, reçu ha- 
bitant de Genève, octob. 1557. — Jacob 
Delore d'Aubaïs, et Marie Arnaud sa fem- 
me, allant en Brandebourg, assistés à Lau- 
sanne, 1690; — (Paul) de La Grave en 
Dauphiné, 1695 ; Jean de Lor, d'Uzès, 
1703; Catherine Delor, d'Alais, 1705; (Gi- 
raud), de Privas, 1707; (Pierre), de Gre- 
noble, tous assistés à Genève. Jacques De- 
lort ou Deloret et sa femme^ de Misoins, ré- 
fugiés à Burg, 1698. — Delorme, min. dans 
l'Agenais, 1561 {Calvini thés, epist.); C. 
Delorme, d'Etampes (Delormeus stampen- 
sis) étudiant à l'académie de Genève, mai 
1606; (Pierre) de Nîmes, 1685; (Nicolas), 
de Paris, 1691 ; (Jean) de Lezan en Lan- 
guedoc, 1704, assistés à Genève; (Daniel), 
de Varenne en Picardie, soldat, assisté à 
Londres, 1705. — Daniel Delormes, pro- 
cureur à Pont de Veyle, réfugié à Lausan- 
ne, naturalisé en 1702. — Abraham De- 

1 Réponse à un Libelle intitulé : Lettre de Jo- 
seph Arbussi, iô avril 1658, pag. 13; écrit ano- 
nyme qui est, selon toutes les vraisemblances, de 
Jacq Coras. 

* Registre des sépultures de Montauban, 1628 
à 1656, fol. 70. 



lorniie, de Caen, assisté à Genève, 1710. 

— Ozias Deloulle, de Dieu-le-fit, id. 1684. 

— François Deloy, d'Honfleur en Norman- 
die, assisté à Genève, 1702. — M^e Delo- 
zière, de S^-Hippolyte, aveugle, réfugiée à 
Genève en 1690, réduite à l'assistance pu- 
blique en 1710. — Jean Delpard, de Mon- 
tauban, réfugié avec 4 enf. àLindow, 1698. 

— Philippe Delpas sieur de Pedureau, fu- 
gitif de Castres, 1686 (Tt 290). — Anne 
Delpeyroii condamnée par l'Intendant Le- 
goux de la Berchère a être rasée et enfer- 
mée au couvent pour avoir pris part à une 
assemblée religieuse, 1689 (Tt 267). 

DELPECH (Pierre) conseiller du roi et 
receveur des tailles à Figeac, 26 ans, fds de 
Pierre Delpech bourgeois de Caussade et de 
Marie de Tuilier es, épouse au temple de 
Charenton, le 20 janv. 1669, Marie Baza- 
nier, lille d'un [procureur au parlem.^ de 
Paris et de Marie Vallée. Il devint plus 
tard receveur des tailles à Caussade puis, 
1674, secrétaire des finances du duc d'Or- 
léans. De ce mariage naquirent : Jean, 
1671; Pierre, 1673; Samuel, 1674; Joa- 
CHiM, 1678, qui furent baptisés à Charen- 
ton. — Jean Delpech, originaire du Péri- 
gord, peut-être l'ainédes fils du précédent, 
était ministre et réfugié en Angleterre. Il 
desservait l'église de la Nouvelle Patente à 
Londres [Haag, IV 227] lorsqu'il fut, en 
1711, appelé à celle de la Patente en Solio. 
Dans son Histoire des Réfugiés, M. Burn 
raconte qu'ennemi de ses nouveaux collè- 
gues Baignoux et Forent, Delpech se ligua 
avec les deux anciens Jortin et Saint- 
Amour Bihoreau pour les évincer. Il ac- 
cusa Baignoux d'avoir détourné à son pro- 
fit 6 à 700 livres du subside accordé par 
le gouvernement aux ministres réfugiés. 
Indigné de cette imputation, Baignoux ci- 
ta ses calomniateurs devant l'évêque de 
Londres et obtint, en 1713, une sentence 
d'excommunication contre Bihoreau, l'au- 
tetir de la calomnie; Jortin était mort dans 
l'intervalle. Satisfait de cette réparation, 
Baignoux cependant quitta la Patente en 
Soho pour retourner à la Nouvelle-Patente 
dont il était ministre honoraire en 1719 ; 
il comptait alors 86 ans. Delpech et son 
collègue Jean-Jacques Favre continuèrent 
les hostilités contre Forent qu'ils excom- 
munièrent et déposèrent de leur propre 
autorité. Forent en appela à la cour de la 
chancellerie, et après sa mort, arrivée en 



I 



225 



DELPECH — DELPRAT 



226 



1717, sa veuve suivit le procès elle gagna. 
Déposé par le Consistoire, Favre mourut 
misérable, aucune église ne voulant de ce 
brouillon pour pasteur. Delpech était dé- 
cédé pendant cette malheureuse affaire, 
quelques mois seulement après son maria- 
ge avec Marie Blayneau, et on lui avait 
donné pour successeur, en 1720, Pierre 
Barbauldqm avait déjà rempli les fonctions 
pastorales dans plusieurs églises du Refuge, 
et qui mourut en 1738. On ne doit pas 
confondre ce dernier avec Ézéchiel Bar- 
bauld, ancien ministre de Saint-Martin en 
l'île de Rhé (t. I, col. 776), qui desservit 
aussi plusieurs églises de Londres, entre 
autres celle de Saint-Jean, où il remplaça 
Damier vers 1698, et dont un descendant, 
du même nom, épousa, en 1726, Suzanne- 
Marie Juneau. — Adam Delpieuch, manu- 
facturier, de S'-Hippolyte en Cévennes, ré- 
fugié avec sa famille (4 pers.) à Kœpenick, 
1698. — François Delpuech, de ïonneins, 
assisté à Genève d'habils et d'un viatique 
pour la Hollande, 1700. (Gillette), femme 
de Pierre Théron, de S^-Hippolyte, con- 
damnée à la prison pour avoir assisté à une 
assemblée religieuse, en déc. 1743. 

1. DELPRAT (Roger) était trésorier 
des hôpitaux de Toulouse au moment des 
massacres exécutés sur les huguenots dans 
cette ville au mois de mai 1562. Il réussit 
à s'échapper, après quoi les nouveaux ca- 
pitouls le vouèrent i l'exécration publique 
(Archiv. municip. de Toulouse; délibér. 
27 mai). — Nombreuse famille Delprat à 
Puylaurens aux XYII^ et XVIIIe siècles 
(Pradel). 

2. DELPRAT (Jacques) né à Montauban 
et marchand dans cette ville, s'enfuit du 
royaume à la révocation de l'édit de Nan- 
tes. Il parvint à Zurich, puis gagna Ams- 
terdam où il fut reçu membre de l'église 
wallonne, le 9 janv. 1687. Il y reprit ses 
affaires commerciales, épousa le 26 mai 
1689 une fille de réfugiés, Prouïsette Boyer, 
et vécut jusqu'en 1730. Son fils et son pe- 
tit-fils tous deux prénommés aussi Jac- 
ques, s'allièrent de même à des femmes 
françaises du refuge, Catherine Benezet et 
M. -A. Humbert {Erman et Reclam, V, p. 
36). De ce dernier mariage naquirent : Da- 
niel et Paul-David. 

Daniel Delprat, né le 15 août 1758, ma- 
rié à Françoise, fille de Jean May et Mar- 
the Naudin d'Amsterdam, fut nommé en 



1788 pasteur de l'église de Zutphen; il 
passa en 1790 à Utrecht et en 1791 à la 
Haye. A ses fonctions pastorales il joignit 
celles de secrétaire général au départem. 
des affaires étrangères sous le roi de Hol- 
lande Louis Bonaparte (1810 et 11); il 
était attaché à ce département depuis 1799 
et devint secrétaire privé des affaires étran- 
gères en 1814. Il fut choisi en 1817 pour 
chapelain de la Cour et à ce titre chargé 
de l'éducation religieuse des enfants de la 
famille royale. Il est mort à la Haye, 27 
mai 1841, laissant entre autres enfants : 
I. Daniel -François-Théodore, né à la 
Haye, 6 oct. 1785, qui poursuivit d'abord 
la carrière administrative de son père, 
comme attaché au dép. des affaires de la 
république Batave ; puis il fut, sous le roi 
Louis, secrétaire de l'ordre royal de 
l'Union; en 1814, secrétaire de la Cour du 
prince d'Orange et en 1815 secrétaire du 
commissaire général des Pays-Bas près les 
puissances alliées. Il mourut à Paris, 13 
mars 1823, sans postérité. — II. Guil- 
laume-Henri-Marie [Haag, IV 227] né à 
la Haye, 2 nov. 1791. Admis par le sy- 
node des églises wallonnes, 23 septemb. 
1812, au ministère évangélique, il fut 
nommé, l'année suivante, pasteur à Leeu- 
warden, et en 1826 à Rotterdam ; il prit sa 
retraite en 1850. Depuis longtemps il était 
inspecteur de l'instruction primaire et 
membre, puis vice-président, de la com- 
mission provinciale de l'instruction publi- 
que de Sud-Hollande, mais il s'était sur- 
tout appliqué à des travaux historiques et 
littéraires. Outre de nombreux articles dis- 
persés dans les Revues hollandaises, il col- 
labora à la publication des sources de l'his- 
toire de Hollande (Oorkondenboek van 
Holland en Zeeland), à celle des mémoires 
de S. van Goslinga sur la guerre de suc- 
cession de 1706 à 1710 et à celle des Let- 
tres de Juste Lipse. On estime surtout, de 
lui, la Dissertation sur l'art typographique 
contenant un aperçu historique de ses pro- 
grès durant le XFe et le XVI^ siècles ; 
Utrecht, 1820, et son Histoire des frères 
de la vie commune; Utrecht, 1830. De son 
mariage, 1829, avec Anne Cats, il eut une 
fille et un fils, Daniel-Henri Delprat. — 
III. Isaac-Paul, né à la Haye, 25 nov. 
1793, fut général -major du génie et com- 
mandant de l'acad, militaire deBréda; non 
marié. — IV. Guillaume, né à la Haye, 



227 



DELPKAT — DELVAL 



228 



26 janv. 1803, avocat du Trésor; non ma- 
rié. — V. Félix-Albert-Théodore, né à 
la Haye, 21 mai 1812, général-major 
d'artillerie et, en 1872, ministre de la 
guerre; marié à Elisabeth KolfT, dont plu- 
sieurs enfants. 

Paul-David, ci-dessus nommé, épousa. 
Adélaïde Mestre qui lui donna Pierre -Da- 
vid-ÉoouARD, né en Hollande en 1802. Le 
père étant rentré en France et s'éiant éta- 
bli à Bordeaux, Edouard Delprat em- 
brassa dans cette ville la profession d'avo- 
cat et l'exerça avec un éclat remarquable. 
Il fut bâtonnier de l'ordre et mourut, 22 
nov. 1877, entouré de l'estime publique 
(Voy. sa notice nécrolog. par M. H. Barck- 
haiisen dans le Jonrn. La Gironde du 30 
nov.). H avait un fds qui le précéda au 
tombeau. 

3. Ce retour d'une partie delà famille à 
Bordeaux s'explique par l'existence dans 
cette ville d'une autre branchequi a fourni 
aux registres de l'église protestante du lieu 
les inscriptions suivantes : Pierre Delprat, 
bourgeois et marchand de Bordeaux, épouse, 
14 fév. 1677, Marie fille de Philippe Ber- 
lin, mariage d'où naquirent : Philippe, ne 
le 11 octob. 1677; Jacques-Philippe, 10 
janv. 1679 ; Susanne, 6 mai 1680, parrain 
Bernard Rocfee avocat à Montauban; Mag- 
deleine, 3 avril 1681; Marie, 23 mars 
1682; Judith, 23 mars 1683; Philippe, 
23 juin 1684 (Landré). 

DELRIEUX (IsAAc) de Saverdun, as- 
sisté à Genève d'un viatique pour la Hol- 
lande, 1702; Paul Delrieu, de Saverdun, 
id. 1707. — Delrieu, condamné aux galè- 
res par le parlera, de Toulouse, 30 avril 
1745, pour avoir imprimé des livres con- 
traires à la religion catholique. Ces livres 
étaient : 1° Le catéchisme d'Osterivald pu- 
blié à Genève en 1744; 2» Le Nouveau 
Testament, traduction nouvelle revue et 
approuvée par les pasteurs et professeurs 
de l'église et de l'acad. de Genève et Lau- 
sanne; 3° une brochure de 24 pages inti- 
tulée : Prières pour les fidèles qui veulent 
célébrer le jour du dimanche dans des as- 
semblées secrètes. Le condamné put s'en- 
fuir et l'arrêt ne fut exécuté que par l'affi- 
chage du jugement et la destruction des 
ouvrages saisis que l'exécuteur de la haute 
justice brûla dans la cour du palais (Dar- 
dier). 

Regist. du consistoire de Nîmes. 



DELRUE (Esther) fugitive de Picardie, 
1686 [Tt 235]. — Françoise Delteil, de 
Milhau, 26 ans, avec 3 enfants, assistée à 
Londres, 1706. — Bertrand Delsons, sieur 
du Bosc, capitaine au régiment de Cham- 
pagne, fugitif de la sénéchaussée d'Agen, 
1686 [Tt 270]. — Delubac « écolier en 
théologie », Kîmes, seplemb. 1615. — 
Veuve Delurin, de Lyon, « revenant de 
Witemberg à cause de la guerre qui y est, 
reçoit beaucoup d'assistances », Genève, 
1704. 

DELVAL (M 'le) enfermée aux Ursulines 
de Noyon, 1687. — Eve Dely femme de 
Pierre d'Intre, réfugiée avec sa mère et 
deux enfants à Halberstadt, 1703. — Pierre 
Demandière, de Tauliij;nan en Dauphiné, 
assisté à Genève, 1691. — Jacques De 
Maffey, d'Aspres en Dauphiné, id. 1693 ; 
(Jeanne), de Vennes en Dauphiné, reçoit 
à Genève un viatique pour Berlin, 1700. 

— Etienne Demahis, du Berry (Steph. De- 
mahis albiniacensis biturix) étudiant à 
Genève, 1605. — Nicolas Demaires « na- 
tifz de la par de Chatelbés au pays du 
Perche », habitant de Genève, août 1554. 

— Demanse, officier du roi, délégué à l'as- 
semblée de Sommières (Tt 322). — François 
Demant, doreur, 36 ans, et Pierre, ouvrier 
en soie, 61 ans, tous deux de Tours, assis- 
tés, avec femme et enfants, à Londres, 
1705. — « La jeune Demante », mise aux 
Nouvelles catholiques de Rouen, 1699 
(M 673). — Moïse Demany, du Dauphiné 
et sa famille (6 pers.), assistés à Lausanne, 
1690. — Augustin De Mar, du Dauphiné, 
tailleur, assisté maintes fois à Genève de 
1684 à 1699, passant et repassant pour 
aller en Allemagne ou en revenir avec un 
nombre d'enfants plus ou moins grand (de 
4 à 9) ; — (Jean), de Vernoux en Vivarais, 
reçoit à Genève un viatique pour Neuchâ- 
tel, 1709. — François Demares, ministre, 
fugitif de Nîmes, 1686 (Tt 282). — Dema- 
rets, ministre de St-Hilaire de Brethmas^ 
près Alais, 1674-81. — Louis De Marsal 
de Metz, étudiant à Genève, 1678. — Jean 
De Masse, de Provence, id. 1673. — M'ies 
Demé, sœurs, enfermées au couvent de 
Ste. Glaire de Saintes, 1742 (E 3418). — 
Claude de Meaux «. natif de Fontenailles 
en Brye, dioc. de Sens », habitant de Ge- 
nève, juin 1559. — Pierre Demède, « de 
risle de France, 70 ans, et sa femme, as- 
sistés à Londres, 1710. — Demérac, mi- 



n 



229 



DELVAL — DENAISIUS 



230 



tiistre de Caumont, 1596. — De Mercœur, 
de Poitiers (Cuno Demercœur piclaviensis) 
étudiant à Genève, 1623. — Marthe De- 
mestre, 50 ans, arrêtée près Sarlat, voulant 
fuir du royaume, enfermée et rasée, 1096 
(Tt242).— Jehan Dernier, natif de S^- 
Jean d'Angely, habitant de Genève, mai 
1559. — Daniel de Mierres, de Meaux, 
étudiant à Genève, 1672. — Deminot dé- 
puté à l'assemblée de S'e-Foy, 1597 (Tt 
IH3). — Nicolas Detnoisy, passementier, 
re^'u habitant de Lausanne après un an 
de séjour, 12 déc. 1578. — Etienne De- 
monceaux, graveur, fait baptiser son fds 
Etienne, déc. 1682, et sa fdle Charlotte, 
juin. 1685, au temple de Charenton; Su- 
zanne fille de Daniel Demonceau sieur 
d'Anlin et de Judith Domenchin, id. nov. 
1684; Charles Demonceaiix, sa femme et 
et un enfant, assistés à Londres, 1710. — 
Louis De Monferrant, de Comminges en 
Languedoc, reçoit à Genève un viatique 
pour l'Angleterre, 1700. — Jacob Demon- 
nevy , de Poitiers, étudiant à Genève, 
1615. 

DE MONT (Jean) et Gabrielle de Las sa 
femme, deMauvezin, font baptiser au tem- 
ple de cette ville leur fille Marie, présen- 
tée par François de Mont, 1579. — Marie 
Demont et ses enfants, assistés à Londres, 
1710. — Demont, descendant d'une famille 
protestante réfugiée en Suisse [Haag, IV 
228] naquit à Courbevoie où son père, qui 
servait dans la garde suisse, tenait garnison. 
Il embrassa la carrière des armes et s'éleva 
rapidement par son courage. Adjudant - 
général à l'armée de Rhin et Moselle, en 
1797, il effectua un des premiers le passage 
du Rhin et mérita les félicitations du Di- 
rectoire. Devenu général de brigade en 
1804, il fut employé au camp de Bruges. 
En 1805, il fit la campagne d'Autriche et 
se signala à Austerlitz où il fut blessé 
dangereusement. L'empereur lui accorda, 
21 déc, le grade de général de division, 
et le nomma sénateur, le 19 mai de l'année 
suivante. En 1806 et 1807, il reçut la 
mission d'organiser un corps spécialement 
chargé de la défense des côtes de la Nor- 
mandie. La campagne de 1809 lui fournit 
de nouvelles occasions de montrer sa bra- 
voure; il eut un cheval tué sous lui àEck- 
muhl. A la conclusion de la paix, il fut 
envoyé à Strasbourg où il se trouvait en- 
core en 1813, pendant le blocus. Créé pair 



de France par Louis XVIII, 1814, il resta 
fidèle à ses serments et refusa tout emploi 
pendant les Gent-jours. A la Restauration, 
il reprit à la Chambre haute son siège qu'il 
occupa jnsqu'à sa mort, arrivée en mai 
1826. 

DEMOPHONS. de Sainte-Livrade en 
Agenais (Jacobus Demophons sanctae Li- 
beratse agenensis indigena) étudiant à Ge- 
nève, 1559. — Demory, de Metz (Abraha- 
mus Demoritis metensis) id. 1621; (Jean), 
de Nîmes, assisté d'habits à Genève, 1705. 

— Jean Demoyeu, de Libourne en Guyenne, 
boulanger, assisté à Lausanne, 1695. — 
Honoré-Lucas de Demuin, seigr de Demuin 
(en Picardie) et Courcelles, protestant qui 
se convertit quelques années avant la Ré- 
vocation pour capter les faveurs de la Cour 
et qui fut en effet nommé Intendant de 
Rochefort où il arriva le 7 janv. 1674. Il 
se distingua aussitôt comme persécuteur 
de ses anciens coreligionaires (voy. les 
historiens de Rochefort : le père Théodore 
de Blois, 1733; Viard et Fleury, 1845). 

— Jean Demussy « de Gier sur Seine », 
reçoit à Genève un viatique pour l'Alle- 
magne, 1709. — Pierre Demy, de Bourges, 
habit, de Genève, mai 1554. 

DENAISIUS (Pierre), né à Strasbourg, 
1er ji^ai 1561, d'une famille noble chassée 
de la Lorraine par les persécutions [Haag, 
IV 228]. Il est mort le 20 sept. 1610, dans 
sa ville natale, selon les uns, à Heidelberg 
selon d'autres. 

Reçu docteur en droit en 1583, Denai- 
sius entra, peu après, au service de l'élec- 
teur palatin qui le nomma conseiller et le 
chargea de diverses négociations en Po- 
logne et en Angleterre. En 1590, il fut 
nommé assesseur à la chambre impériale 
de Spire. Sur la fin de ses jours, il fut as- 
sailli de nombreuses infirmités, malgré 
l'austérité de sa vie. 

Denaisius possédait parfaitement le latin, 
le français, l'italien, l'anglais et l'allemand. 
Il cultivait avec succès la musique, et il 
avait composé des poésies allemandes rer 
marquables par la marche rationnelle de 
l'expression lyrique. Malheureusement un 
seul de ses petits poèmes nous a été con- 
servé par l'impression ; on le trouve dans 
le t. I des Chants populaires d'Erlach. On 
raconte que, quelques instants avant de 
mourir, il se fit apporter ses papiers et 
brûla une grande partie de ses manuscrits, 



231 



DENAISIUS — DENFERT 



232 



soit qu'il les jugeât indignes de voir le jour, 
soit qu'il voulût prévenir la révélation de 
secrets qui lui avaient été confiés. Melchior 
Adam fait de lui ce bel éloge : « Vir fuit 
ingenio acri et vivido, eruditione eleganli^ 
animo mansueto, ob omni fastu abhorren- 
ti, cultu tenui, in dicendâ sententiâ inte- 
ger et liber. » 

Denaisius n'a laissé qu'un petit nombre 
d'ouvrages. 

I. Jus camerale sive novissimi juris com- 
pendium, Argent., 1600^ in-4o; Spir., 
1604, in-8o: 1609, in-S»; Heidelb., 1605, 
in-4o. 

II. Assertio jurisdictionis camerse impe- 
rialis adv. senatum Spirensem; Heidelb., 
1600, in-4o. C'est peut-être la première 
édit. de l'ouvrage suivant : 

III. Disputatio de jure meri imperii ca- 
meralium contra senatum Spirensem ; Hei- 
delb., 1601, in-4<>. 

IV. Dissertatio de idolo Hallensi; Hei- 
delb., 1605, in -180. — Baillet s'est trompé 
en présentant le nom de Denaisius comme 
le masque de Lingelsheim. 

Il avait publié, en outre, sous le voile 
de l'anonyme, quelques opuscules politi- 
ques et théologiques, entre autres le Jesui- 
ter-Latein, le seul dont ses biographes 
donnent le titre. 

La famille de Denaisius était nombreuse. 
Ses frères suivirent la carrière des armes 
ou celle du commerce. L'un d'eux fut tué 
à Molsheim en 1591. 

DENE (Noël) « bolangier, nagueres de- 
morant à sainct Cyre au pays de France », 
reçu habitant de Genève, 7 nov. 1550; 
(Claude) t sergier et marchant, nagueres 
habitant et nalifz d'Orléans », id. 18 nov. 

— « Jacobus Denayreus pictaviensis i>, 
étudiant à l'acad. de Genève, mai 1601. 

— Louis Deneschault marchand, épouse 
au temple de La Rochelle, 12 août 1587, 
Sara Germon ; cette famille fut convertie 
à la Révocation ; Elisabeth Deneichaud, 
de S'-Hilaire proche La Rochelle, 23 ans, 
fille de service, assistée à Lausanne, 
allant en Allemagne, 1699. — Nicolas 
de Net, libraire, natif de Bourges, habit, 
de Genève, août 1551. — Guillaume de 
Neuville, de Rouen, assisté à Genève, 
1709. 

DENFER (Pierre), sergent et scribe, 
ancien de l'église de Fontenay-le comte en 
1585 (Fillon, ['égl. de Fonfewaj/, 187 2, in-4o). 



— On trouve * au XVIIIi"e siècle François 
Denfer s^ de Chabossières; Pierre, sr de 
Fontanelles ; et (dans l'armoriai de la géné- 
ralité de La Rochelle, 1696-1701) . . . Denfer, 
controlleur à Courçon = Armes : d'azur 
à trois fers de lance d'argent ; mais ces 
dernières familles n'ayant aucun caractère 
protestant. 

DENFERT-ROCHEREAU » (Pierre), né 
à Saint-Maixent le 11 janvier 1823, élève 
de l'École polytechnique, puis de l'École 
d'application à Metz, d'où il sortit le pre- 
mier, en 1845, dans l'arme du génie, s'est 
illustré pendant la malheureuse guerre de 
1870, par la défense de Belfort. C'est à ses 
talents d'ingénieur militaire et à son in- 
domptable fermeté que la France doit la 
conservation de cette petite ville de l'Alsace 
(SaOOhab.), clef du passage entre les Vosges 
et le Jura. Il avait fait les campagnes de 
Rome et de Crimée, et parvenu au grade de 
commandant, 1863, il fut nommé directeur 
des travaux de fortification de Belfort. On 
a dit et écrit que ses opinions républicaines, 
qu'il ne cachait pas, avaient été sous le 
gouvernement de Napoléon III un obstacle 
continuel à son avancement. C'est une 
erreur; chef de bataillon à 40 ans, il avait 
obtenu un avancement rapide. Cependant 
l'Alsace envahie et l'empire effondré, il 
fut porté par la République au grade de 
lieutenant colonel et aux fonctions de 
gouverneur de Belfort. Le 1er novembre 
on apprit dans la ville qu'une armée alle- 
mande s'avançait pour l'assiéger. Ce fut 
un siège épique, commencé le 4 nov. et 
qui dura jusqu'au 18 fév. 1871. Denfert, 
avec la population réduite de moitié et 
16,000 hommes dont les trois quartsétaient 
de nouvelles recrues, gardes mobiles, gar- 
des nationaux et francs tireurs, se défendit 
avec avantage contre une armée de 65,000 
hommes qui brûlait de convoitise autour 
de ce dernier lambeau de la France alsa- 
cienne et subit 73 jours d'un impitoyable 
bombardement sans vouloir entendre à 



i Notes de M. de Richemond. 

2 Rochereau ou le Rochereau est un nom de 
lieu assez fréquent dans l'Ouest. Ainsi : Rochereau 
dans la commune de Douhet, canton nord de Sain- 
tes (3 maisons, 14 hab.); Rochereau, commune de 
St-Cézaire, canton de Burie (20 mais., 5U hab.), 
et le Rochereau, moulin, communes de Somloire 
et de St-Remy dans Maine-et-Loire. On trouve dans 
quelques actes Denfert de Rochereau (Richemonp). 



1 



233 



DENFERT — DENYS 



234 



aucune proposition de se rendre. Il tint 
bon jusqu'à la conclusion de la paix et ses 
braves compagnons d'armes, réduits au 
nombre de 10,000, ne se retirèrent paisi- 
blement de la place, leur chef en tête, 
qu'après l'avoir conservée à la patrie. Cinq 
départements divers l'élurent député aux 
assemblées nationales de 1871 et 187o et 
cette dernière satisfit h un élan du respect 
universel que le modeste colonel inspirait, 
en l'élisant au nombre de ses Questeurs. 
La vie politique ne l'absorba cependant 
pas. Il prit une part très active aux affai- 
res du protestantisme et siégea, en défen- 
seur convaincu des doctrines libérales, au 
synode de 1872, au Comité de l'œuvre de S'- 
André et au Comité de la Société biblique. 
Une fièvre maligne l'enleva en quelques 
jours, âgé de 55 ans, le 11 mai 1878, au 
palais de Versailles. Montbéliard où il est 
inhumé, Saint -Maixent sa ville natale, lui 
ont érigé des statues et il occupe, k côté 
de M. Thiers, la place qui lui est due dans 
le monument commémoratif élevé cette 
année même (31 août 1884), à Belfort. Au 
lendemain de sa mort le Président de la 
Chambre des députés a fait publiquement 
part de l'événement en ces termes : « Le 
« nom du colonel Denfert est cher à tous 
« les cœurs français. Il est attaché glorieu- 
« sèment à la guerre de 1870. La défense 
« à la fois savante et héroïque de Belfort 
« est une des belles pages de notre histoire. 

< C'est elle qui a permis de sauver ce der- 
" nier boulevard de la France sur les fron- 
<■ tières de l'Est, service inestimable qui 
' rendra impérissable la mémoire du co- 
" lonel Denfert. Sa mort est un deuil pour 
« la République, dont il était un ferme 

< défenseur, et pour la France qu'il a ho- 
« norée par son caractère. » 

DENIAU (Pierbe) sieur de la Seichère, 
condamné à mort (par contumace) comme 
principal auteur de l'incendie du couvent 
(le St-François d'Ollone les 6 et 7 avril 
1568; ses héritiers poursuivis k raison de 
ce fait en 1584, puis en 1598, mais exoné- 
rés par la chambre de l'édit, le 13 février 
1602 (Filleau, p. 178). — Michel Deniau, 
(le Montdoubleau, en Blésois, étudiant à 
Oenève (Michael Deniau Monsduplicensis) 
en 1668; (Marie), fille d'un notaire de Mont- 
doubleau, 62 ans, assistée à Londres,'1702. 
— Charles de Nielles, pasteur de l'église 
wallonne de Hanau en 1599, mort en 1604. 



DENIBAULD ou Dennebauld, etc. famil- 
le Rocheloise qui paraît sur les registres 
de l'église réformée de La Rochelle et sur 
la liste des membres du corps de ville dès 
1563 ; elle n'a point joué de rôle, si ce n'est 
qu'on lit dans le Diaire de Raphaël Gollin : 
« Mathieu Dennebault échevin, qui n'avait 
qu'un fils, David;, a été si sot que d'aimer 
mieux mourir échevin et son fds gentil- 
homme que de recevoir 200 biscuits pour 
sa place et 200 escus en argent. » Le der- 
nier Dennebault, dont fassent mention les 
registres protestants, est Jacques, baptisé 
le 15 septomh. 1614, fils de Mathieu et de 
Marie Girard. Cette famille paraît s'être 
éteinte quelque temps après, sans descen- 
dance masculine (Richemond). 

1. DENIS (Jehan) « natif de St-Ebrout 
dioc. de Constances en basse JXormandie i, 
reçu habitant de Genève, janv. 1556 ; — 
Nicolas Denys, « de la ville et dioc. de 
Constances », id. mars 1559. — Etienne 
« filz de feu Claude Denys, de Cluny en 
Masconnois », id. mai 1559. — Simon 
Guilmin bonnetier, et Jean Denys âgé en- 
viron de 22 ans, furent brûlés vifs, à Lille, 
les bouches leur étant bâillonnées afin 
qu'ils ne parlassent au peuple. 1561 (Cres- 
pin). — Louis Denys, du pays d'Artois, 
nommé en 1583 maître d'école à Yverdon. 

— ( ), ministre de Pujols de Rauzan, 

1679. — (Abdias) ministre à Dieppe, 
1620-37. — (Abel) ministre à Grateloup 
et à Montcarret, 1620-37. — Autre, mi- 
nistre à Saucourt en Normandie, 1682. — 
(Raymond), d'Orléans, catholique converti, 
maître de langues à Genève, 1689-93 ; assisté 
en 1693 k Lausanne pour aller plus loin. 

— (Pierre), de Chartres, assisté à Genève. 
1709 et 1710. — (Jacob), de La Roche- 
foucault. avec sa femme et 4 enfants, assisté 
à Chester, 1706. 

2. DENYS (Helye) « de Sye, fils, de 
maistre Pierre Denis, ministre du dit Sie, » 
reçu habitant de Genève, 21 oct. 1557. Il 
s'agit sans nul doute du village deScyprès 
Metz et ces deux Denys ou Denis sont cer- 
tainement les ancêtres dont se réclame le 
ministre Jean -Baptiste Denis [Haag, IV 
229], lorsqu'il dit dans son opuscule inti- 
tulé L'esprit des François réfugiez (p. 29) : 
« Mes bisayeux éloient protestants de Mets 
en Lorraine. » Mais ils avaient depuis 
longtemps cessé de l'être, car le même au- 
teur dit aussi (p. 24) : « Fils et petit-fils 



235 



DENYS 



236 



de marchands drapiers du côté de mon 
père et du côté de ma mère, je serois en 
droit incontestablement de prendre un ti- 
tre plus noble, étant d'une famille qui 
seule dans toute la France (la famille de la 
pucelle d'Orléans) ennoblit du côté des 
femmes ; mais je n'en ay jamais parlé, ne 
faisant consister la véritable noblesse que 
dans le mérite et la vertu. Dans l'une et 
l'autre famille j'ay eu trois grands Doyens 
de notre cathédrale et chanoines, grands 
oncles et oncles. Les grands Doyens sont 
connus sous le nom de Hordal en vénéra- 
tion et en mémoire... » Il continue par sa 
propre biographie. Il était né à Tout en 
1676 et y lit ses études, d'abord chez les 
Jésuites, puis chez les Pères de l'Oratoire 
qui l'envoyèrent étudier les lettres dans 
leur collège de Troyes, le droit à l'Univer- 
sité de Pont-à-Monsson et il acheva par la 
théologie chez les Pères de la Mission. Il 
fut alors ordonné sous-diacre et envoyé à 
Rome où il passa trois ans et reçut la prê- 
trise. Revenu dans sa province, il accepta de 
son évêque, l'évêque de Toul, Henri de 
Thiard, plus tard cardinal dé Bissy, qui 
venait d'être transféré au siège de Meaux 
laissé vacant par la mort de Bossuet (1704), 
la proposition de le suivre à Meaux en 
qualité d'aumônier et de secrétaire. « Ayant 
resté, dit-il, près de deux ans avec cet 
évêque, à Paris et à Meaux, et ne pouvant 
plus résister aux mouvements et aux re- 
mors d'une conscience qui me bonrreloit 
depuis plus de 7 ans, avant même que je 
fusse en Italie, sur la religion oti j'étois, 
je vins de Paris à Berne, ensuite à Genève, 
pour abjurer les erreurs romaines et vivre 
parmy mes compatriotes dans quelque 
pays de Refuge. Après avoir demeuré plus 
d'une année ou en Suisse ou à Genève, 
dans le dessein d'attirer ma famille dans 
ce dernier lieu, la providence m'a conduit 
icy [à Londres], chargé de deux frères, 
ayant été retenu dans mon voyage plus de 
3 mois par une lièvre quarte. Voyage ou 
maladies me coûtèrent plus de 100 louis 
d'or. Il n'en restoit encore 9 en arrivant 
en Angleterre. J'ay eu quelques petits se- 
cours des Églises; mais depuis les deux 
ou trois premiers mois après mon arrivée, 
on ne m'a jamais vu m'y présenter pour 
en demander; et je croy depuis avoir bien 
rendu aux églises ou aux pauvres, sans en 
tirer vanité et sans reproche, plus que je 



n'en ay jamais reçu. Je ne me fais point 
honte de venir à un tel détail... » 

Tout ce détail est très véridique. On lit 
dans les registres de la Bourse françoise 
de Genève que « Jean Denis, de Toul, pro- 
sélyte qui a abjuré à Berne, reçoit en 1706 
et 17.07 quelques assistances puis un viati- 
que et dans les Estais de la distribution 
du Comité de Londres pour 1708 : « J.-B. 
Denis, de Toul, 32 ans, ci-devant Aumos- 
nier et secrétaire de l'evesque de Meaux, 
ici depuis deux mois ; Dominique son frère 
qui estoit en France dans les ordres mi- 
neurs et Jacob leur plus jeune frère, 18 
liv. st. » 

Il prêcha pendant les premiers mois de 
son séjour à Londres, mais bientôt^ sans 
quitter son titre de ministre, il trouva plus 
d'avantage à donner des leçons de français 
et essaya aussi du métier littéraire. Du 
moins il composa des Mémoires, anecdotes 
de la Cour et du clergé de France qui fu- 
rent imprimés h Londres en 1712, in-8o, 
et qui ne sont pas tout à son honneur car il 
y raconte des anecdotes piquantes dont il 
ne devait la connaissance qu'à son ancienne 
profession, par exemple le mariage de son 
ancien patron, l'évêque de Meaux. avec 
Mlle des Vieux de Moléon, historiette qui 
a échappé à la malignité de S^ Simon, non 
à celle de Voltaire. Mais quelques années 
après il se décela publiquement comme un 
homme peu sensé. Nous voulons parler de 
son opuscule intitulé : L'esprit des François 
réfugiez, manifesté dans une Apologie en 
faveur des prosélytes François et Anglais 
et en pai-ticulier de J.-B. Denis, déduisant 
le sujet et les justes raisons qui l'ont obligé 
de se retirer tout à fait des Eglises françai- 
ses du Refuge à Londres après plus de 
14 ans de coînmunian avec elles et exposée 
au jugement de toute la Généreuse et Equi- 
table Nation Anglaise, comme aussy des 
honnêtes gens qui sont dans le Refuge; 
Londres, chez Jean Read, 1722, in -8° de 
102 pages. Quel grave événement motivait 
ce violent appel « à toute la généreuse na- 
tion anglaise? » C'est que sa femme ayant 
de longue date sa place marquée dans un 
banc de l'église française de Spitalfields, 
le consistoire l'avait chicanée sur son droit 
en les traitant, elle et son mari, d'étran- 
gers. Les plaintes au nom des prosélytes ne 
nous paraissent contenir rien de sérieux. 
Cependant, de dépit il se fit anglican. 



i 



237 



DENISE 



DENTIERE 



238 



DENISE (Pierre) « de Dernestal prez 
Rouen », reçu habitant de Genève, mai 
1558. — (Jehan) n sargier, natifz de Vaul- 
retourt [Vandencourt], vicariat de Pon- 
toyse au Vexin françois », id. juin 1558. 

— (Pierre) « de Montdeville près Rouan, 
passementier », id. 8 dée. 1572. — « A 
un vieil homme de Romanmoutier, nommé 
Estienne Denny, qui avoit esté prisonnier 
à Dôle, XXX s. » (Bourse fr. de G.), 1566. 

— Marie De Noix, de Guienne, assistée à 
Genève, 1691. — « Louis lilz de feu Noël 
De Non, de la ville de Dieu en Dauphiné », 
habit, de Genève, juin 1559. — Pierre 
Denun, de Paris, id. 1683. — Denonville, 
voy. Brisay. — Laurent Denormandie, 
ami et compatriote de Calvin, voy. Nor- 
mandie. — Elizabeth Denoyer. de Crique- 
tot, estropiée, 57 ans, assistée à Londres, 
1705. — Denos, famille parlementaire de 
Toulouse, dont un membre, ancien capi- 
toul, fut décapité en 1562. — Jacques Dent, 
de Limoux près Carcassonne (Jac. Dentus 
Limosensisjinseritcommeétiidiantàl'acad. 
de Genève, 12 mai 1567 ; ministre en Lan- 
guedoc [1X277 b]. 

DENYSE ou Dynise (Pierre), deDieppe, 
arrivé à Genève à la fin de 15;}7, fut nom- 
mé l'année suivante pasteur à Cartigny. 
Il fut ensuite diacre à Morges, et épousa 
une fille de Béat Comte. Plus tard, malgré 
un témoignage défavorable de Viret, il 
réussit à s'insinuer dans l'église de Bonny, 
en Gâtinais, d'où il fut délogé par un sy- 
node provincial tenu à Sancerre. S'étant 
retiré chez un gentilhomme près de Mon- 
largis, il tenta de se faire admettre par la 
duchesse de Ferrare, mais fut exclu par 
l'intervention de J. Reymond Merlin, qui 
l'avait connu à Lausanne « et ouy propo- 
ser mauvaise doctrine. » Il dut promettre 
à l'amiral d'aller se soumettre au jugement 
de l'Église de Genève (Vuilleumier). 

DENISOT (Nicolas) qui transformait 
.son nom par anagramme en celui de « Conte 
d'Alsinois », est un écrivain né au Mans 
vers le commencement du XVIn>e siècle et 
assez distingué dans les lettres pour avoir 
été appelé en Angleterre en qualité de 
précepteur de princesses voisines du trône. 
Pendant son séjour en ce pays il semble 
avoir appris à connaître l'Évangile. S'il 
n'est dit nulle part qu'il en ait fait ouver- 
tement profession, diverses circonstances 
donnent cependant lieu de le croire attaché 



à la Réforme. Il était ami de Des Périers, et 
de du Cerceau avec lequel il travailla, ainsi 
qu'avec Macé Ogier, à la carte du Maine exé- 
cutée sous le règne de François 1er. i| a aussi 
composé un livre de Prières à Dieu et deux 
recueils de chants religieux « pleins de 
« vérité, de foi, de sentiment, de piété, où 
a le dogme anime chaque strophe parce 
« que le poëte l'a compris par le cœur » 
(Jai Le Semeur, 1837, p. 164 et suiv.). Sa 
grande entreprise fut de tenter la réforme 
et la purification des chants populaires qui 
furent en grande vogue au xvme et xvi'ne 
siècles sous le nom de Noels. Contempo- 
rains et compagnons des Mystères, ces 
chants grossiers racontaient d'une manière 
informe et souvent graveleuse les histoires 
contenues dans la Bible. Denisol s'efforça 
de montrer que la gravité seule convient à 
la poésie chrétienne, mais son talent poé- 
tique n'était pas à la hauteur de cette bon- 
ne pensée et ses vers pour être plus dé- 
cents que ceux des Noëls vulgaires, n'en 
étaient moins frappés au coin d'une odieuse 
platitude. On a de lui : Cantiques et Noëls ; 
Le Mans, in- 8°, sans date, et Cantiques du 
premier advènement de Jesu Christ ; Paris, 
1533 in -8°, chez la veuve Maurice de la 
Porte; 13 cantiques avec la musique. 

DENTIERE (Marie) à qui nous main- 
tenons ce nom parce qu'elle se le donnait 
elle-même et que les écrivains prolestants 
l'ont ainsi nommée, mais qui s'appelait 
réellement Marie d'Ennetières, d'une il- 
lustre famille deTournayqui entra en 1325 
(par Jehans de Anetières, brasseur) dans 
la bourgeoisie de cette ville, fut anoblie 
par Charles Quint le 20 janvier 1523 et 
ileurit encore de nos jours en Belgique, re- 
présentée par MM. les marquis d'Enne- 
tières. Son père, Jérôme d'Ennetières, 
seigr de Wastines et du Doncq, l'un des 
échevins de la ville, mourut le 26 oct. 
1535, et dans son testament, en date du 
20, il institue ses fils Jacques, François, 
Ernoul et Raphaël, sans nommer sa fille. 
Elle était supérieure d'une abbaye de reli- 
gieuses de sa ville natale, les dames augus- 
lines de l'abbaye des Pretz-lez-Tournay ' 
et, soit par suite de la situation élevée de 

* La seule qui existât alors à Tournay ; voy. 
le pouillé dans Pinsson, Traité des régales (1688) 
l. II, p. 1190. Il yen avait deux d'hommes, les 
augustins de S. Nicolas des Pretz et les bénédic- 
tins de S. Martin. 



239 



DENTIERE 



240 



sa famille, soit grâce à son goût pour l'étude 
et les lettres, elle avait quelques relations 
personnelles avec Marguerite d'Angoulême 
sœur de François 1er ; c'était, suivant l'ex- 
pression des bibliographes flamands (Va- 
lère André, Foppens) une mulier nobilis 
et docta, comme tant d'autres femmes de 
son temps. A ce titre elle fut des premiè- 
res convaincue par les doctrines de la Ré- 
forme et donna probablement le premier 
exemple de la révolte dans sa ville natale 
et dans sa famille *. Ce fut vers l'année 
1521 * qu'elle quitta ses habits de religieuse 
et en 1526, on la trouve à Strasbourg, 
mariée avec un prédicateur des opinions 
nouvelles nommé Simon Robert. C'était un 
ancien curé de Tournay ' et certainement 
un homme de mérite, car dès son arrivée 
à Strasbourg, au mois de novembre 1525, 
il est l'hôte de Capiton (voy. ce nom) en 
la compagnie de Farel, Bucer, Lefèvre 
d'Étaples, Gérard Roussel l'aumônier de 
la reine Marguerite; il est son commensal 
comme eux (Herminjard ; Correspond, des 
réf. I, 457). Ceux-ci l'appellent leur frère, 
leur compagnon d'œuvre, cooperarius, et 
Roussel parle d'un travail littéraire, pro- 
bablement une traduction française de la 
Bible, dont Robert s'occupe avec Farel et 
pour lequel il tâchera de lui faire allouer 
quelque argent par la reine Marguerite 
(Ibid. 450). Mais Capiton, son hôte, se 
plaint que lui et sa femme l'ont mal re- 
mercié de son hospitalité et se sont mon- 
trés d'un assez mauvais caractère {Ibid. II, 
127) *. Les deux époux quittèrent Stras- 
bourg au commencement de mai 1528, se 
dirigeant sur Berne, où l'ancien curé ob- 

' Tournay fut une pépinière de la Réforme, on 
en a vu quelque chose ci-dessus, t. III, col. 453, 
468. — On l'appelait la Genève flamande. « Est 
prse cœteris commendanda ecclesia Tornacensis 
quam non semel ab evangelii adversariis Genevam 
ÏFlandricam appellatatn fuisse constat (Gerdès, 
Sistoria Reformationis, t. IV, p 53). 

2 Alb. Rilliet, La guerre et deslivrance de la 
viUe de Genesve, par Marie Dentière, Gen. in-8", 
1881, p. 23. 

3 T.-A. Dufour, Le catéchisme de Calvin pub. 
en io37 ; notice bibliographique (1878), p. coliv. 

•* Uxor Symonis graviter laboravit ex corpore ; 
sed si verum narrant qui cohabitant, nimium 
ipsa et maritus laborant ex animo, egregiè nos 
traducentes apud Gallos, cuin non optaremus nos 
tractari aliter atque ipsi tractali sunt apud nos si- 
quando in Galliam venienduni esset ; 15 avril 
152S. 



tint, le 18 mai, sa nomination de pasteur 
de l'église de Bex {Ibid. II, 36). Il était 
ainsi le voisin de Farel qui occupait l'une 
des deux places de pasteur à Aigle, et 
bientôt devint tout à fait son collègue en 
venant occuper la seconde. Il l'occupait 
encore quatre ans après. La dernière men 
tion qu'on ait de lui se trouve dans une 
lettre d'Antoine Saunier écrivant à Farel, 
5 novembre 1532, pour réclamer quelques 
livres qu'il a oubliés, dit il, soit chez lui 
(Farel était alors à Morat), soit chez Simon 
à Aigle, soit chez Froment à Yvonant 
{Ibid. II, 453). Cet oubli de Saunier donne 
à supposer que les trois autres pasteurs 
vivaient dans une intimité que favorisait 
leur voisinage. Peu de temps après cette 
date, Simon Robert mourut et sa veuve 
chargée de plusieurs enfants fut heureuse 
sans doute de trouver l'appui du pasteur 
d'Yvonant, qui l'épousa quoiqu'elle eût 
probablement dix ans de plus que lui. 
Vers la même époque, Froment était ap- 
pelé à Genève pour y commencer l'œuvre 
d'évangélisation à laquelle il se consacra 
avec ardeur et courage jusqu'au moment 
du triomphe^,, en l'année 1535. Marie 
d'Ennetières, vint la même année, au mois 
de mars, avec ses enfants, s'établir défini- 
tivement à Genève et l'aider dans ses tra- 
vaux qui eurent leur plein succès lorsque, 
le 21 mai 1536, les Genevois déclarèrent 
publiquement par la voix de leur grand 
Conseil < vouloir vivre selon l'Évangile et 
la parole de Dieu. » Sa femme, dont l'es- 
prit était aussi vaillant que la foi ardente, 
avait elle-même pris une vive part à la 
lutte. Une plume très hostile, celle d'une 
des reUgieuses du couvent de S^e-Claire, 
expulsées de Genève au cours de cette 
révolution, a fait d'elle un portrait plein 
de couleur sinon de bienveillance. Elle 
raconte que l'épouse de Froment s'était 
mêlée aux magistrats genevois et bernois 
qui vinrent, le 25 août 1535, dans leur 
couvent pour s'efforcer de les séduire et 
de leur faire abandonner volontairement 
l'état monastique. 

En celle compaignie estoit une moiue 
abbesse, fausse, i-idée * et langue diaboli- 



1 Ridée. Si la religieuse Clarisse ne trouve pas 
d'autre critique à faire d'une antre femme âgée 
de 35 ans, c'est que Marie d'Ennetières avait été 
belle. 



241 



DEXTIÈRE 



242 



que, ayant mai'y et enfans nommée Marie, 
d'Entière, de Picardie, qui se mesloit de 
prescher et de pervertir les gens de dévo- 
tion. Elle se va mettre entre les sœurs pour 
trouver sœur Collette Mesuère etdemandoit 
a l'une puis a l'autre : Ètes-vous sœur Col- 
lette, ma tille ? Nous voulons vous parler. 
Et la première à qui elle s'adressa c'estoit 
elle mesme ; mais elle la repoussa du costé 
disant : Je ne suis pas celle que tu cher- 
che ; va la chercher autre part. Et de cha- 
cune avoit quelque reproche, disant : Va- 
t'en, moine reniée et langue envenimée ! 
Mais pour l'envie que elle avoit d'en per- 
vertir aucune, ne iaisoit compte des repro- 
ches et disoit : « Hé ! pauvres créatures ! 
« Si vous t-aviez qu'il fait bon estre auprès 
« d'un joly mary et comment Dieu l'a ag- 
« gréable ! J'ay longtemps esté en ces té- 
« nèbres et hypocrisie où vous estes ; mais 
« le seul Dieu m'a faict cognoistre l'abusion 
« de ma chetive vie et suis parvenue à la 
« vraye lumière de la vérité. Considérant 
« que je vivois en regi'et, car en ces reli- 
« gions n'y a que cagotei-ie, corruption 
« mentale et oysiveté. Et pour ce, sans dif- 
« férer, je pris du thrésor de l'abbaye jus- 
« ques à 500 ducats et me suis retirée de 
« ce malheur ^. Et grâces au seul Dieu, j'ay 
« desjà, cinq beaux enfaus et vis salutaire- 
« ment ! » De ces paroles d'erreur et décep- 
tives les sœurs avoient grand horreur, et luy 
crachoient contre en detestation... (Jeanne 
de Jussie, Le levain du calvinisme). 

Vers le milieu de l'année 1536 fut com- 
posé un écrit de circonstance qui s'im- 
prima la même année à Genève, petit in-4° 
gothique, sans nom de lieu ni d'auteur, 
sous ce tilre : La guen-e et deslivrance de 
Genesve fidèlement faicte et composée par 
ung marchant demourant en icelle. — Nous 
avons faict des navieres de guerre comme 
le roy Antiocluis, I Mactia. 15. Mais meil- 
leur est Sapience que tous instrumens de 
guerre, Ecclés. 9. — Lises et pays jugés. 
— Deux bibliographes, Sénebieret Haller, 
mentionnent ce livre pour l'avoir vu ; on 
en a plusieurs copies dont la dernière exé- 
cutée à Genève en 1754, mais depuis lors 
il a disparu et l'on n'en connaît à présent 
aucun exemplaire. M. Gustave Revilliod, 
le généreux érudit genevois, a publié de 

' On voit ailleurs qu'elle ne se retira pas aussi 
volontairement, mais qu'elle fut « deschassée, » 
par la crainte, sinon par la force. (Herminj. V, 
298 et RiHiet p. 26.) 



nouveau l'ouvrage d'après une de ces co- 
pies : 1» dans les Mém. de la Soc. d'hist. 
de Genève (1863, t. XIII), 2o à part, à 
l'imprimerie Fick; et vingt ans après, 
M. Rilliet l'a publié de nouveau d'après 
une copie plus sûre et beaucoup plus com- 
plète, sous ce titre : La guen-e et desli- 
vrance etc., composée et publiée en 1536 par 
Marie Dentièi-e de Tournay, ancienne ab- 
besse et femme d'A. Froment; réimprimée, 
pour la première fois conformément au 
texte original, avec une introductio7i et des 
notes, par Alb. Rilliet ; Genève, imp. Schu- 
chardt, 1881, in -8°, 80 pages. Cet opus- 
cule anonyme est le récit des événements 
qui se passèrent à Genève dans l'inter- 
valle des années 1532 à 1536 ; la plume 
est entre les mains d'un champion de la 
petite République et de la religion nou- 
velle, toutes deux triomphantes en com- 
mun des deux tyrannies épiscopale et du- 
cale de Savoie. C'est un récit fait avec la 
grossièreté du temps et une précipitation 
manifeste, mais avec une suffisante exac- 
titude et avec une émotion sincère. M. Ril- 
liet a prouvé, avec sa finesse et sa supério- 
rité habituelles, que c'est bien Marie d'En- 
netières qui s'est dissimulée sous le nom 
d'un « marchand de Genève » ; il n'est pas be- 
soin de reproduire sa fine analyse ; les mots 
I Lisez et puis jugez, » inscrits au bas du 
titre, suffiraient pour en témoigner, car 
c'est une sorte d'enseigne que Froment et 
sa femme prenaient ordinairement et qu'on 
retrouve dans d'autres écrits de leur main. 
C'en serait assez sur ce point si un autre 
écrivain du même pays n'avait jugé bon 
d'y contredire dans une brochure intitulée : 
Le réformateur Froment et sa première 
femme ; Paris, Société générale de librairie 
catholique et Genève, H. Trembley, 1883, 
42 p. in-8o. Cet écrit n'admet point que 
Marie d'Ennetières ait composé La guerre 
et deslivrance de Genève, mais il ne se 
soucie point d'en chercher l'auteur; son 
but est de saisir l'occasion de déverser l'in- 
jure sur la vieille Genève et le protestan- 
tisme. C'est une sorte de profession que 
l'auteur, M. Vuy, s'est donnée dès son en- 
fance. Originaire de la petite ville de Ca- 
rouge naguère savoyarde, M. Vuy n'a jamais 
pardonné aux traités de 1815 l'annexion 
de celle-ci à Genève. Il met au dos de sa 
brochure la liste de ses ouvrages, au nombre 
de trente, qui embrassent le vaste intervalle 



243 



DENTIERE 



244 



de 1833 à 1883, et il n'y en a presque pas 
un seul qui ne soit consacré artificieusement 
à saper par la base les murs de Genève et 
l'honneur des Genevois. Et le même savant, 
contradiction singulière, aime beaucoup 
écrire en belle italique à sa première page : 
par M. Jules Vuy, ancien président du Grand 
Conseil et de la Chambre de cassation du 
Canton de Genève, vice- président de l'Ins- 
titut Genevois. Que le lecteur ne voie pas 
dans ces remarques personnelles une digres- 
sion dont on eût pu se passer ici. Elles sont 
né^^essaires parce que M. Jules Vuy com- 
plète ce groupe d'écrivains que j'ai dépeints 
à l'article Bolsec (t. II, col. 763-76) et qui 
s'est donné, comme à tâche et systématique- 
ment, le soin de refaire l'histoire de la 
Réforme en Suisse par d'odieux procédés, 
comme la Revue des questions historiques 
le fait pour In France. Le trio Bolsec, Galiiïe 
et Vuy, compagnons d'armes, a bien mérité 
d'être analysé scrupuleusement dans la pré- 
sente histoire des protestants de langue fran- 
çaise. 

On va juger aisément la manière de 
M. Jules Vuy. Il déplore dans tout le 
cours de son opuscule l'immoralité, les 
débauches de Marie d'Ennetières et de son 
mari (et en général, insinue-t-il, de tous 
réformateurs et pasteurs). D'abord (p. 9) 
« le mari et la femme n'étaient pas des 
« modèles d'union, » dit-il, et il cite pour 
preuve ces mots tirés d'une lettre de Mar- 
tin Bucer à Farel : « Simon morbum uxoris 
hactenus caussatus est », Simon a causé la 
maladie de sa femme. Malheureusement 
celte traduction est ridicule et Bucer dit 
seulement à Farel qui attendait Froment, 
son futur collègue, avec impatience, que 
celui-ci, peu pressé de partir, a allégué 
les égards qu'il devait à la maladie de sa 
femme '. M. Vuy continue : Si sa femme 
s'était remariée avec lui c il faut admettre 
« que ce fut à la suite d'un divorce avec 
« son premier mari, car celui-ci était encore 
« vivant bien des années après ; » et pour 
preuve il renvoie en note à divers passages 
où l'on trouve cités comme vivant long- 
temps après, deux Robert, ce qui n'est pas 
difficile à trouver (et en outre ce qui ne 



' ...Hactenus caussatus est et certe gravius illa 
laborabat qnain ut ille deserere eam potuerit. 
Nunc jamdadam revaluit; tentabit si recturam 
qneat. (T' mai 1528). 



prouve rien, car c'est par leurs noms de 
baptême et leurs surnoms qu'ordinairement 
et prudemment s'appelaient les réforma- 
teurs), mais précisément le premier Robert 
qu'il cite (d'après une lettre publiée par 
MM. Reuss et Cunifz dans les Opéra Calvini^ 
XIII 3), est signalé par les éditeurs comme 
étant Robert Louât, pasteur d'Orbe, ancien 
chanoine de Troyes ; et le texte porte expres- 
sément Salutat te Robertus Orbanusminis- 
ter, 10 juin. 1548). M. Vuy est donc un 
érudit que les textes n'embarrassent pas ; 
mais voici un exemple tellement abondant 
et brillant de sa dextérité en ce genre que 
je le cite in extenso afin de pouvoir me 
dispenser ensuite de prolonger cette ana- 
lyse. Je lui laisse la parole : 

« Dès l'année 1537, Froment et sa femme 
« s'établirent à Thonon... Ce changement 
« de domicile et cette position nouvelle 
• ne paraissent avoir modifié en rien leur 
« valeur morale... A peine sont-ils depuis 
« une année dans le Chablais que le corps 
« des ministres bernois, qui a la haute 
« direction ecclésiastique de cette contrée, 
« écrit aux pasteurs de Thonon, — à Fro- 
« ment en particulier, — pour se plaindre 
« amèrement, les larmes aux yeux, ce 
« n'était point la première fois, de la con- 
« duile déplorable que menaient Froment 
« et sa femme. Les termes de la lettre nous 
« laissent entrevoir dans quel état de dé- 
« gradation profonde le réformateur dau- 
« phinois et ses collègues étaient tombés. 
« Les pasteurs du Chablais ne donnaient 
« que trop souvent prise à Satan lui-même^ 
« Satan avait fait invasion au milieu 
« d'eux : Diximus ssepiuscule, et jam ite- 
« rum fientes dicimus vos plus nimis lo- 
« cum (lare Satanœ. Ainsi s'expriment les 
t ministres bernois. » 

Cette page dévote, calme, austère, mo- 
dérée, et les autres sont pareilles, n'est 
qu'un audacieux tour de prestidigitation. 
Voici la lettre des ministres de Berne 
(Herminj. V, 184) : 

A nos très chei's Irères MM. Gérard Pa- 
riât, Christophe Libertet et A. Froment, 
ministres de l'église de Thonon, par nous 
révérés dans le Seigneur. 

Salut. Nous apprenons que parmi vous, 
frères, les espi'its sont un peu échauffés, et 
cela au sujet de la première aspersion par 
l'eau, lorsque consacrant les enfants sur les 
fonts du Christ N.-S., l'un de vous se con- 



245 



DENTIERE 



246 



formant h l'unité des paroles saci-amentelles 
ne fait qu'une seule aspersion, tandis que 
l'autre (songeant au Père, au Fils et au 
S. Esprit) en recommande trois, en quoi 
l'on vous accuse de combattre chacun com- 
me s'il s'agissait de la défense de vos foyers. 
Eh quoi, frères ! Ce sont là des bagatelles, 
toutes semblables à un jeu de charlatans 
(et sans plus de valeur). Vous déchirez-vous 
mutuellement pour une chose que personne 
chez nous jusqu'ici n'a mise en question? 
Allez-vous oublier la règle de la charité 
jusqu'à quereller si follement? Ignorez-vous 
qu'il est écrit : Toutes choses doivent ten- 
dre à l'édification ? Et n'est-il pas plus sa- 
vant que nous tous Celui qui a dit : « Je ne 
me suis proposé de savoir autre chose parmi 
vous que Jésus et Jésus crucifié [Paul, ICor. 
II, 2]. » Veuillez donc, vous aussi, frères, 
ne vous point glorifier parmi les hommes : 
toutes choses sont à vous et le baptistère, 
et l'immersion, et le monde, et la vie, et le 
présent et l'avenir ; toutes ces choses sont 
à vous, et vous êtes à Christ [I Cor. III, 22]. 
Gai'dez-vous donc d'être sages à vos propres 
yeux, mais ayez égard à l'Église de Christ 
afin qu'elle reçoive édification. Si telle église 
est satisfaite d'une seule immersion, qu'avez- 
vous à vous agiter pour cela ? Si elle a l'ha- 
bitude d'en avoir trois, en quoi vous blesse 
la liberté de l'Église ! Ni l'un ni l'autre, 
vous le savez, je pense, n'a été décrété par 
l'auteur du baptême. Je ne crois pas que 
personne parmi nous se soucie de cette 
question ni s'ingère de juger son collè- 
gue. Nous avons dit assez souvent, et 
nous le répétons les larmes aux yeux, 
vous dojxnez beaucoup trop de prise à 
Satan. 

C'est dans celte lettre de piété pure, où 
éclatent seulement quelques mésintelli- 
gences ecclésiastiques sur la forme du bap- 
tême, que l'honnête clérical, Jules Vuy, a 
découvert la déplorable conduite de Fro- 
ment, — et l'inconduite de sa femme ! — 
ainsi que la profonde dégradation morale 
du Réformateur dauphinois — et, bien en- 
tendu, de tous les autres pasteurs. Nous 
pouvons renvoyer paisiblement les œuvres 
prétendues historiques de Jules Vuy re- 
joindre celles, d'égale valeur, des Bolsec, 
GalifTe et Bussinet, que nous avons précé- 
demment appréciées '. 

Les anciens bibliographes, flamands ou 

» Voy. ci-dessus, t. H, col. 745, 770 ; III, 
col. 410 et 1099. 



autres, n'avaient pas indiqué un autre 
écrit de Marie d'Ennetières qui n'a été re- 
trouvé qu'en 1878 ' et qu'ont réimprimé 
en partie M. Herrninjard, puis Rilliet *. 
Lorsque Calvin se montra trop pressé d'in- 
troduire à Genève les institutions rigides 
qu'il avait résolues et qu'il fut invité, à la 
Pâque de 1538, à se retirer de la ville 
(t. III, col. 52S), bien des fidèles de France 
se trouvèrent très surpris. La reine Mar- 
guerite fut du nombre et elle s'enquit à 
Genève de ce qui s'était passé. « Il advint 
en ce temps, dit Ant. Froment (mss. à la 
Bibliot. de Genève) que la reyne de Na- 
varre seur du roy de France, voulut savoir 
d'une sienne commère nommée Marie Den- 
tière, de Tournay, femme de Frominent, 
la première femme dechassée pour l'Évan- 
gile, de nostre temps, ayant laissé son 
abbaye et monastère, demourant a présent 
a Genève, — voullut savoir de ses nou- 
velles et comment estoit venu ce différent, 
et pourquoy on avoit deschassé les minis- 
tres de la parolle de Dieu dans Genève ; a 

laquelle envoya une épistre intitulée » 

En voici le titre exact : Épistre très 
utile, faicte et composée par une femme 
chrestienne de Tornay, Envoyée à la Royne 
de Navarre seur du Roy de France. Con- 
tre les Turcz, Juifz, Infidèles, Faulx chres- 
tiens. Anabaptistes et Luthériens. Lisez et 
PUIS JUGEZ. Nouvellement imprimée à An- 
vers, chez Martin l'empereur. 1539. Petit 
in-8°. 32 feuill. L'ouvrage commence en 
ces termes : 

A très chrestienne princesse Marguerite 
de France, royne de Navarre, duchesse 
d'Alençon et de Berry, M. D. désire salut 
et augmentation de grâce par J.-C. 

Tout ainsi, ma très honnorée Dame, que 
les vrays amateurs de vérité désirent sça- 
voir et entendre comment ilz doibvent vivre 
à ce temps si dangereux, aussi nous femmes 
debvons sçavoir fuyr et éviter toutes erreurs, 
hérésies et faulses doctrines tant des faulx 
Chrestiens, Turcz et Infidèles que aultres 
suspectz en doctrine, comme desja assez 
par voz escriptz est demonstré. Et jaçoit ce 
que plusieurs bons et fidèles serviteurs de 
Dieu se soyent perforcez au temps passé 
d'escrire, prescher et annoncer la loy de 

1 Herminjard, Corresp. des Héform. n** 785, 
t. V, p. 295, et Théophile-André Dufour, Notice 
bihliocjr. sur le Catéeh., p. cclj. 

2 I.a guerre et desliv , p. 76. 



247 



DENTIERE 



248 



Dieu, l'advènement de son filz J.-C, les 
œuvres, la mort et la résurrection d'iceluy, 
ce nonobstant ont esté rejectez et reprou- 
vez, principalement des sages du peuple... 
Elt pour tant, ma très honnorée Dame, vous 
ay bien voulu escrire, non plus pour vous 
enseigner, mais affîn que puissiez prendre 
peine envers le Roy vostre frère, pour ob- 
vier à toutes ces divisions... car ce que 
Dieu vous a donné, et à nous femmes ré- 
vélé, non plus que les hommes, le debvons 
cacher et fouyr dedens la terre. Et combien 
que ne nous soit permiz de prescher ces 
assemblées et églises publiques, ce néan- 
moins n'est pas deffendu d'escrire et admo- 
nester l'une l'auti-e, en toute charité. Non 
seulement pour vous, ma dame, ay voulu 
escrire ceste epistre mais aussi pour donner 
courage aux aultres femmes détenues en 
captivité, afin qu'elles ne craignent point 
d'estre deschassées de leurs pays, parens 
et amys, comme moy, pour la parole de 
Dieu. Et principalement pour les poouvres 
femmelettes désirant sçavoir et entendre la 
vérité... 

Ses conseils aux femmelettes ne sont 
pas très clairs et se délayent dans la nua- 
geuse phraséologie du temps, mais elle 
prend vertement en main la cause de Cal- 
vin et de ses collègues bannis par « les 
sages du peuple^ » c'est-à-dire par des ma- 
gistrats genevois, lesquels « quand il est 
question de batailler contre les ennemis, 
dit-elle, sont bons à la table... et sont 
hardis comme limaces... et avec cela sont 
fort sçavants et doctes en toutes manièies 
pour bien sçavoir paistre leur ventre en 
blasonnant et taxant faulsement les aultres 
(vrais pasteurs et ministres de Jésus) qui 
sont dechassez et repoussez par force. » 
On voit que cette dame avait de l'énergie 
et son langage, de la couleur. Aussi, les 
syndics et magistrats de Genève qu'elle 
drapait ainsi firent saisir l'ouvrage, tiré à 
1500 exemplaires, qu'ils ne relâchèrent 
pas, ce qui en explique la rareté, et mirent 
quelques jours en prison l'imprimeur ge- 
nevois, Jean Gérard, qui s'était dissimulé 
sous les faux noms d'Anvers et de Lempe- 
reur. 

Marie d'Ennetières avait donc l'esprit 
batailleur et en cela son union avec Fro- 
ment n'était que trop bien assortie. Celui- 
ci était un mécontent : il avait partagé 
courageusement les premiers travaux de 
Farel en Suisse (t. II, col. 735) ; il avait 



aussi prêché à Genève avant que la Ré- 
forme y triomphât, bien avant que Calvin 
y parût ; sa médiocrité ne comprenait donc 
pas, et sa femme ne comprenait pas davan- 
tage, le peu de cas qu'on faisait de sa per- 
sonne. Il imposait à tort et à travers ses 
prétentions de théologien, comme on vient 
de le voir pour le Éaptême à Thonon, et fati- 
guait tous ses collègues, surtout Farel qui 
se plaint amèrement de lui et de sa femme. 
Ce sont ces condamnations portées sur 
leur hétérodoxie que J. Vuy s'est efforcé 
de transformer en accusations d'immora- 
lité'. Calvin revenu à Genève (1541), Marie 
d'Ennetières le critiqua comme ses prédé- 
cesseurs; elle était maintenant du parti de 
ceux qui trouvaient trop rude le joug im- 
posé par l'austère ministre et ses amis re- 
montés au pouvoir. Elle parlait contre eux 
et dogmatisait jusques dans les boutiques 
et en pleine rue. Elle trouvait mauvais 
qu'ils sortissent en costume de ministres 
et qu'ils s'arrogeassent une sorte d'inquisi- 
tion sur les discours de chacun. Calvin 
écrit à Farel (1 sept. 1546) : 

Je vais te conter une amusante histoire. 
L'épouse de Froment vint ici dernièrement. 
Dans toutes les boutiques, par tous les car- 
refours elle avait déclamé contre les robes 
longues. Apprenant que cela m'avait été 
rapporté, elle s'excusa en riant de ce qu'elle 
avait dit et repint que : ou bien nous por- 
tions un costume peu convenable qui offen- 
sait l'église, ou bien que vous avez ensei- 
gné une erreur en disant qu'à leurs robes 
longues on distingue les faux prophètes. 
Comme je réfutais une si odieuse attaque, 
elle se mit à faire intervenir le Saint-Esprit 
comme étant contre vous. Que signifie, di- 
sait-elle, ce passage de l'Évangile : Ils vien- 
dront à vous avec de longs vêtements ? Je 
répondis que je ne savais où se trouvait 
cette phrase à moins que ce ne fût dans 
l'évangile des Manichéens. Il y a pourtant, 
en effet, dans Luc (XX, 45) : « Gardez-vous 
des Scribes qui aiment à se promener en 
longues robes, » mais il n'y a pas : Ils 
viendront à votes, mots qu'elle avait inter- 
posés là et qui sont pris de Matthieu disant 
(VII, 15) : « Gardez-vous des faux prophètes 
qui viennent à vous en habits de brebis. » 
Se sentant mise au pied du mur, elle se re- 
jeta sur des plaintes au sujet de notre tyran- 

1 Non pas que Froment n'ait mérité plus tard 
des accusations de ce genre. Voy. l'article Froment. 



I 



249 



DENTIERE 



DERBES 



250 



nie et sur ce que nous ne permettons pas à 
chacun de bavarder sans mesure. J'ai traité 
cette femme comme je devais le faire. 

Cette scène est vivante^ grâce à la plume 
alerte de Cnlvin, mais elle n'est pas k son 
avantage. L'argument de cette femme em- 
prunté de St Luc n'était pas moins bon parce 
qu'elle y interpolait un mot pris d'ailleurs 
et le grand réformateur s'en tire par un 
faux-fuyant. Les théologiens de Strasbourg, 
ses éditeurs, l'ont bien senti ainsi, car ils 
ont finement ajouté à son récit : « Utinain 
ipse meminisset aquilam muscas non cap- 
tare ! » Décidément Marie d'Ennetières 
était femme d'esprit autant que vaillante 
femme. Elle mourut vers 1548, trop tôt 
pour savoir que son exemple avait porté 
fruit dans sa famille *. On connaît deux 
de ses enfants, nés de Simon Robert ; ce 
sont deux filles qui furent mariées hono- 
rablement à Genève, la première à un pas- 
teur, la seconde à un marchand. Elle en 
eut une troisième, Judith, dont le père 
était Froment, qui la maria, 13 nov. 1558, 
à noble Claude de Chasteauneuf, frère d'un 
premier syndic de la République. 

Notices génêal. tournaisiennes, par le c'° du 
Chastel, 1883. — Biographie nationale de Bel- 
gique, par l'acad. de Bruxelles. — Ein. Desma- 
ziôres dans le Bull, de la Soc. bist. et litt. de 
Tournai, t. XVII, p. 345. 

DÉOTHE (François), arriva à Lausanne 
en 1544, fortement recommandé par Farel 
comme des plus qualifiés pour l'enseigne- 
ment. Les pasteurs de Genève firent des 
démarches pour le placer à la tête du col- 
lège de Rive. Mais les Bernois l'adjoigni- 
rent en 1545 à Mathurin Cordier à titre 
de proviseur ou « bachelier » du collège 

1 Un de ses frères, Pierre d'Ennetiêre seig' du 
Doncq, lieutenant gén. du bailliage, avait un fila, 
Pierre d'Ennetiêre seig' des Loges, licencié en 
droit et conseiller criminel au bailliage dès 1561 
qui fut compromis pour la religion en 1566 et 
que son père avait, dit-on, cbassé de chez lui pour 
avoir assisté aux prêches. (Chroniq. belges, inéd. ; 
Corresp. de Granvelle pub. par Edm. Poullet, 
m 516 et 551). — La même année : « Matthieu 
Dennetière, brasseur du Griffon en ceste ville de 
Tournay... chargé de soy avoir trouvé au camp 
des rebelles où comme capitaine, il auroit conduict 
et admené a cheval aux presches les ministres 
sectaires, S. M. l'a banny et bannist de tous ses 
pays sur peine de la hart et déclaire tous ses biens, 
tant fîefz que aultres, confisquez. » (Archiv. de 
Tournay). 



de Lausanne. Il paraît avoir rempli ces 
fonctions ju.squ'en 1557 (Vuilleumier). 

DEPIERRE (Artus- Antoine) écuyer, 
s"" de Marteauville, né h Montabot en Nor- 
mandie, capitaine au service du roi, réfu- 
gié à Berlin où il mourut en 1708. — 
Louis Depierre d'Aulas en Cévennes, de- 
mande une attestation de foi à Lausanne, 
pour aller en Allemagne, 1697. — (Pierre) 
réfugié à Chorinne en Prusse, 1700. — 
Veuve Deplanche, de Pont de Veyle, avec 
2 fils et une fille, assistée d'un viatique à 
Genève, 1685. — Joas Dequand, ancien 
de l'église d'Armentières, 1553. — Julien 
Dequel, d'Amiens, assisté à Genève d'un 
viatique pour aller en Allemagne, 1685. 

— Jacques Derau, de Mens en Dauphiné,. 
assisté id., 1706. 

DERBAUT, natif de Rouen [Haag, IV 
229], capucin converti et réfugié en An- 
gleterre, y publia, vers 1700 (E 3386), un 
livre intitulé Uantibulle du jubilé ou Ré- 
formation du jubilé universel, présentée au 
pape et aux Catholiques romains, dont il 
envoya des exemplaires en France. — Eli- 
sabeth-Marie femme de Pierre Derbault, 
assistée à Londres avec 2 enfants, 1702. 

— Élizabeth Derbaud, du Poitou, 20 ans, 
infirme, id. 1705. 

DERBES (Etienne), lapidé à Barjols en 
Provence, 1562 (Crespin). — Jacques Z)er- 
bos, du comté de Crussol en Dauphiné, as- 
sisté d'un viatique à Genève, 1706. — 
Marguerite Derby, de Dieppe, veuve d'un 
officier d'artillerie, 64 ans et infirme, as- 
sistée à Londres, 1705. — Daniel Derrhé, 
manufacturier en bas, de Marseille, eu 
Provence, réfugié à. Magdebourg avec son 
père, sa femme, sa nièce, 4 compagnons 
et une servante, 1698. — iadith de Reines, 
de Nismes, assistée à. Genève, 1696-1700. 

— La veuve de Paul de Rets, de Metz, id. 
1690. — Abraham Deriau, de Bolbec, 80 
ans, assisté à Londres, 1708. — Jean De- 
ricard, âgé de 9 ans, orphelin, dont le 
père était de Fontainebleau, id. 1705. — 
Charles, Mathieu, Marie-Élisabeth et Su- 
zanne, fils et filles de Robert Derignée, 
sculpteur â Paris et d'Élizabeth Guillain, 
baptisés au temple de Charenton du 25 
janv. 1671 au 4 déc. 1678; Robert Deri- 
gnée assisté à Londres, 1710. — Jacques 
Derion, du Vivaretz, 63 ans, et Margue- 
rite sa femme, assistés à Londres, 1706. — 
Pierre Derlande, de Bourdeaux en Dau- 



251 



DERBES 



DERODON 



252 



phiné, cardeur de laine^ « ayant été pris 
de force pour l'armée de France, a déserté 
et fait réf)aration de foi » à Lausanne, où 
il est assisté, 4 août 1696. — Jacob Dérive, 
du Languedoc, et Etienne Devinas, d'An- 
duze, assistés à Genève, 1708. — Jean 
Derme, « jeune garçon de Castres, tils d'un 
émailleur, apprentif en estoffes de soye à 
fleurs chez le sr Francœur de Paris, » errant 
abandonné tout nud, assisté à Lausanne, 
10 dêc. 1689. — M"e Derné, enfermée au 
couvent de N.-D. de S^e Claire de Saintes, 
1732. — Louis Derneval, imprimeur sur 
toile^ de Picardie, réfugié à B rlin avec sa 
femme et 3 enf.. 1698. — Anne Déroche, 
d'Orléans, 1683, et Marie Déroche, de 
Gien, 1693, assistées à Genève. 

DERODON (Abei.) ou mieux de Rodon ', 
régent du collège de Die et ancien du con- 
sistoire de cette ville en 1601. — Son fils, 
David, né à Die vers l'an 1600, [Haag, IV 
229] fut un célèbre professeur de philoso- 
phie qui souleva contre lui des polémiques 
ardentes et qui mourut à Genève dans 
l'exil. Ses premières études terminées à 
Die, David alla suivre un cours de philo- 
sophie à Sedan *, et revenu dans sa ville 
natale, il y prêta le serment d'usage, 
2 janv. 1618, comme étudiant en théolo- 
gie. Déjù l'année précédente, doué d'une 
maturité précoce, il avait quelquefois rem- 
placé son père comme régent de la 4rae 
classe ; mais quelques étourderies de jeu- 
nesse faillirent briser sa carrière. Il était 
naturellement léger, railleur et agressif. 
Le conseil académique le déclara, 26 jiiill. 
1619, convaincu d'avoir composé des li- 
Ijelles diflamatoires contre plusieurs da- 
moiselles de la ville et autres personnes ho- 
norables, d'avoir horriblement blasphémé 
par un certain conlournement des mots 
• Paul, Paul, pourquoi me persécutes-tu? » 
et d'avoir commis ordinairement des « dé- 
bauches et dissolutions, » consistant en 
tapage nocturne et rixes où il avait blessé 
deux personnes. En conséquence le conseil 



1 11 y a Rodon, village de l'Ile-de-France 
{Seine-et-Oise) et l'on connaît aux XIV° et XV° 
siècles André de Rodon, écuyer dans le Bour- 
bonnais, et Guill. de Rodon, écuyer, seig' de La- 
chay, en Champagne (Béth encourt). 

" Il y soutint deu.x thèses, en 1623 ; l'une De 
conduis, avec Samuel Bochart sous la prési- 
dence de Du Moulin, l'autre. De commentitiis 
jpeecatipœnis, sous celle de Rambour. 



l'exclut de la charge de régent. Le jeune 
professeur ainsi chassé se laissa séduire 
par les Jésuites et se retira dans leur mai- 
son de Vienne où il composa un libelle 
intitulé : Quatre raisons pour lesquelles on 
doit quitter la religion prétendue réformée, 
pur exercice théologique et littéraire qui 
resta pour le moment dans les cartons de 
la maison, mais que les jésuites en tirèrent, 
douze ans plus tard, pour le livrer à la 
publicité. Derodon ne demeura guère entre 
leurs mains ; dès le mois de janvier 1620, 
il était de retour à Die et avait fait amende 
honorable pour cette nouvelle escapade. 
Il se soumit à une confession publique et 
obtint sa réintégration dans la régence de 
4'nej à titre provisoire. Mais la philoso- 
phie avait toutes ses préférences ; il en 
donnait des répétitions aux élèves les plus 
avancés et en faisait assidûment l'objet 
de ses études. Aussi, lorsque le professeur 
de philosophie au collège de Die, Escoffier, 
mourut, Derodon fut désigné par le synode 
de Montélimar, 2 août 1634, pour lui suc- 
céder. Il occupa paisiblement cette chaire 
jusqu'en 1839, passa au collège d'Orange 
en 1640 et à l'académie de Nîmes en 
1654. 

Son séjour à Orange ne fut pas toujours 
paisible, et à Nîmes encore moins. En 
1645, il souleva une querelle, qui fut 
bruyante parmi les théologiens, en pu- 
bliant sa Disputatio de Supposito, traité 
dans lequel il revenait sur l'hérésie de 
Nestorius, patriarche de Constantinople, 
condamnée en 431 par le concile d'Éphèse 
et se portait pour champion du nestoria- 
nisme. Qu'est-ce que le nestorianisme ? Le 
christianisme primitif, obscur et persécuté 
qu'il était, ne consistait que dans la pra- 
tique de toutes les vertus d'après les en- 
seignements du Seigneur. Le christianisme 
triomphant, comme il le devint avec l'em- 
pereur Constantin, dut nécessairement 
énoncer, définir, expliquer ses croyances 
puisqu'il s'agissait de les imposer. Delà le 
nombre infini de systèmes, de disputes, 
de prodigieux efforts des docteurs de ce 
temps, l'imagination encore toute impré- 
gnée de paganisme, pour comprendre et 
faire conqirendre le merveilleux biblique. 
Comment Christ était-il à la fois Dieu et 
Honnne ? Le fait était incontestable, Jésus 
s'étant toujours déclaré le fils de Dieu. 
Mais Arius, le célèbre presbytre (ou prê- 



I 



253 



DERODON 



254 



tre) (l'Alexandrie, disait : « Puisque le 
Père a engendré le Fils, le Fils a donc 
commencé d'exister et il fut un temps où 
Dieu n'était pas encore son Père ; donc 
Jésus n'est pas éternel et divin de la même 
façon que le Père. S'il n'y avait pas eu 
d'humains à sauver, il n'aurait pas été 
créé. Il a été engendré à un moment donné 
par la volonté de Dieu ; il est donc d'une 
substance qui n'est pas identiquement 
celle de Dieu. » Arius fut solennellement 
condamné comme hérétique (en 325) par 
le concile de Nicée qui décréta le Fils 
« consubstantielau Père (iaotûaio;). » Apol- 
linaire, évêque de Laodicée, reprit peu de 
temps après : « Où est le moi dans l'homme? 
C'est l'esprit, la raison, levoîi;etnon point 
la triviale enveloppe appelée le corps. Or, 
si le corps de Jésus a été doué d'une âme 
raisonnable, il y aurait donc eu deux per- 
sonnes en son corps, comme le prétend 
l'arianisme, un voD; humain à côté du vcîi; 
divin? Il faut donc nécessairement admet- 
tre que son corps humain né dans l'incar- 
nation avec une âme irraisonnable, a été 
occupé et mû par une âme raisonnable, à 
savoir le voù? divin. Le sage dialecticien 
Apollinaire fut condamné par plusieurs 
conciles (de 362 à 380) qui lui dirent : Si 
l'homme, dans Jésus, était incomplet, no- 
tre salut serait donc incomplet ? et les con- 
ciles décrétèrent l'intégrale et complète 
Humanité du Christ. — Mais alors com- 
ment expliquer que cette nature entière- 
ment humaine fût en même temps d'es- 
sence divine ? Deux opinions s'étaient peu 
à peu formées sur ce point : L'école 
d'Alexandrie représentée alors par Cyrille 
et les évêques d'Egypte, fidèles à la théo- 
rie du concile de Nicée, enseignait que les 
deux natures divine et humaine étaient si 
intimement pénétrées -l'une par l'autre en 
Jésus, que sa personne humaine devait 
être adorée comme en pleine possession de 
la divinité, qu'on devait croire Dieu né 
en lui, crucifié en lui, et adorer Marie 
comme étant la mère de Dieu. D'autres 
évêques au contraire, plus rationalistes, 
ceux de la Syrie principalement et Nesto- 
rius à leur tête, considéraient les deux 
natures comme unies en lui, mais restées 
distinctes pendant son existence terrestre, 
en sorte que sa nature humaine n'avait 
droit à l'adoration que comme ayant servi 
de demeure et de vêtement à l'élément di- 



vin et qu'il était blasphématoire de don- 
ner k la simple mère du Christ le titre de 
mère de Dieu. Ici l'on peut sentir un côté 
pratique à ces aberrations. Nestorius après 
diverses alternalives fut solennellement 
condamné en 431 par un concile tenu à 
Éphèse et la populace de Constantinople, 
fervente adoratrice de Marie, se souleva 
contre lui dans les rues de Constantinople. 
D'autres côtés encore, non moins effectifs, 
de si puérils débats, c'est qu'ils servaient 
de masque à des rivalités personnelles de 
provinces, d'évêchés, de prélats et de 
grands seigneurs '. 

Amateur de critique et de discussion 
autant que de théologie, Derodon s'inté- 
ressait à ces scènes byzantines et c'est 
pour défendre avec feu Nestorius qu'il fit 
imprimer sa : 

Disputatio de Supposito, in qua plurima 
hactenus inaudita de Nestorio tanquam or- 
thodoxo et de Cyrillo alexandrino aliisque 
Ejjhesi in synodum coactis tanquam hsereti- 
cis, demonstrantur ; ut soLx Scripturœ in- 
fallibilitas asseratur. Francofurti [Orange], 
1643, 358 pages in-8o. Cet ouvrage fut vi- 
vement condamné par le sévère Jurieu 
comme un paradoxe où l'auteur n'avait 
cherché qu'à se distinguer en immolant 
Cyrille et un concile ; les jésuites l'appe- 
lèrent * « spurcus fidei desertor malè-Ro- 
tundus ; » mais il reçut, outre les louanges de 
Gilles Gaillard ', gentilhomme provençal, 
son ami, converti au protestantisme vers 
1630, l'approbation des pasteurs de Croi 
d'Uzès, Ruisseau de Saumur, Pajon d'Or- 
léans, Saurin d'Utrecht et autres. Sur la 
plainte des jésuites le parlement de Tou- 
louse fit brûler l'ouvrage publiquement, 
en 1658. 

La sentence n'était pas encore rendue 
que Derodon eut à se défendre contre une 
accusation d'hérésie portée contre lui par 
ses propres coreligionnaires. La philoso- 
phie, on lésait, n'a jamais marché d'ac- 
cord avec la théologie, même dans l'Églis':' 



1 Voir pour plus de développement de savants 
articles de M. le professeur A. Jundt sur ce sujet, 
particulièrement Arianisme et Nestorianisme, 
dans \' Encyclopédie des Sciences relig. de Lich- 
tenberger. 

2 Le p. Théophile Raynard, Erotemata de bo- 
nis et malts lïbris. 

3 Auteur du Prosélyte évangélique ; Orange, 
1635, in-40. 



255 



DERODON 



protestante. Le professeur de Nîmes niait 
que la conservation des êtres créés fût une 
création continuelle. Informé que Claude, 
depuis si célèbre, qualifiait cette opinion 
d'hérésie, il s'en plaignit au consistoire, 
qui apaisa prudemment la querelle ; mais 
l'étudiant Jean Bon releva l'accusation ' 
abandonnée par Claude et s'offrit d'en 
fournir les preuves. Le consistoire dut 
nommer une commission de quatre mem- 
bres, les pasteurs Roure et Isnard, le dia- 
cre de La Baume et l'ancien Fauquier, 
pour examiner la valeur de cette dénoncia- 
tion inouïe, et sur leur rapport, le 3 déc. 
1657, il condamna Jean Bon comme ca- 
lomniateur. 

Derodon se tira moins heureusement 
d'un nouveau procès que lui suscita le 
clergé catholique au sujet de la réimp. de 
son Tombeau de la messe. Dans ce traité, 
il combattait énergiquement le dogme de 
la transsubstantiation. L'évêque de Nîmes 
Cohon, ennemi implacable des Réformés, 
dénonça ce livre au Conseil et obtint aisé- 
ment un arrêt foudroyant, le 27 janv. 1663. 
Le Tombeau de la messe fut brûlé publi- 
quement par la main du bourreau, le 6 
mars ; l'auteur fut banni à perpétuité du 
royaume, et le libraire condamné à mille 
livres d'amende^ plus dix ans de bannisse- 
ment. Derodon se retira à Genève où il 
mourut en 1664. On conserve à la Bibliot. 
Ste-Geneviève à Paris la pièce suivante 
(7 p. in-12) : « Arrest du conseil d'Estat 
qui ordonne que le libelle intitulé Le Tom- 
beau de la messe sera bruslé dans la ville 
de Nismes par l'Exécuteur de la haute jus- 
tice, et bannit hors du Royaume le nommé 
David Rodon auteur du dit Libelle ; et les 
imprimeurs qui l'ont imprimé dans Paris ' 
bannis de la d. ville pour dix ans avec 
une amande de mille livres ; Paris Ant. 
Vitré, 1663. » Vingt ans après la mort de 
ce théologien, ses adversaires lui firent 
l'honneur de publier l'écrit suivant : De 
conversione ad fidem catholicam duorum 

' Nous avons parlé de cette querelle au t. Il, 
col. 777. 

2 ... « Aussi bien que les nommez Dufresne, 
Langlois et Piot, imprimeurs et libraires du dit 
libelle, lesquels ayant été convaincus de l'avoir 
imprimé cette année (1663) et en cette ville quoy 
qu'ils eussent mis faussement « imprimé à Ge- 
nève chez Pierre Aubert, 1654, » avoient été 



virorum illustrium, videlicet Jacobi Ste- 
phani et Davidis Rhodonum, per Rev. pa- 
trem Athanasium Mole capucinum ; Pari- 
siis 1683 in -8°. 

Nous l'avons déjà dit, Derodon fut un des 
plus habiles dialecticiens de son siècle. Par- 
tisan exclusif de la philosophie d'Aristote, 
il se préoccupa peu des nouveaux systèmes 
qui agitaient alors le monde savant. Les 
seules questions qu'il aime à traiter, ce 
sont celles que les scolastiques traitaient 
depuis des siècles, et il les discute en em- 
pruntant à l'école des Thomas d'Aquin et 
des Duns Scot, jusqu'à la barbarie de sa 
langue. « Les principes généraux d'Aris- 
tote, dit de Gérando, sont admis par De- 
rodon comme une autorité incontestable ; 
les grandes classifications d'Aristote ser- 
vent de cadre au professeur. La matière 
et la forme, les quatre causes, la distinc- 
tion des âmes végétative, sensitive, raison- 
nable, président à sa philosophie. » 

Il nous reste à donner la liste de ses 
ouvrages. 

I. Quatre raisons pour lesquelles on doit 
quitter la R. P. R., Paris, 1631, in-12. 

II. In atheos et Dei contemptores tracta- 
tus singularis ; Deiaj, 1638, in-12. Parait 
être la première rédaction du no IX. 

III. Disputatio de supposito. Voy. ei- 
dessus, col. 254. — Voici la définition du 
mot Suppositum telle que l'auteur la donne 
(p. 8) : 

Suppositum est substantia prima ultimo 
compléta, id est substantia singularis quae 
nec unam aliam constituit nec jam consti- 
tutae adjungitur aut accedit, ut Alexander, 
hic leo, etc. Ab aliis Suppositum dicitur 
substantia singularis incommunicabilis al- 
teri. Convenit autem suppositum substan- 
tiis singularibus ultimo completis tam in- 
tellectualibus quam intellectu carentibus. 

IV. Le Tombeau de lamesse; Gen., 1654, 
in-8o, 120 p. ; Gen., 1662, in-8o, 139 p. ; 
Amst., 1682, in-12; trad.enangl., Lond., 
1673, in-8°; en allem., Leipzig, 1789, 
in-8o. Voici la préface : 

Je mets au premier rang le tombeau de 
la Messe, comme estant la Dame de toute 
la Cour Romaine. Et aux deux premiers 
discours je lui oste les alimens dont on la 
repaist ordinairement, qui sont ces deux 
passages, Ceci est tnon corps, etc., Qui 



256 ■ 

Stft- " 



condamnez a des amendes trop modiques. » niange ma chair et boit mon sang 

(J'tHeoM, Déc. cath., p. 258). 



a la vie 
éternelle, etc. Aux deux discours suivans 



257 



DEBODON 



DEROGART 



258 



je lui coupe les deux jambes, c'est a dire je 
destruis ses deux fondemens, qui sont la 
transsubstantiation et la présence prétendue 
du corps de Christ dans l'hostie. Au cin- 
quième, je la despouille de tous ses hon- 
neurs, en destruisant l'adoration de l'hos- 
tie. Et après lui avoir fait rendre, au sixième, 
la coupe qu'elle avait dérobée au Peuple, je 
lui donne le coup de mort au septième, et 
la mets dans son tombeau, qui est le sépul- 
chre des hérésies et des idolâtries Romai- 
nes. Et en tin dans le huictieme je ren- 
verse tous ceux qui taschent de la ressusci- 
ter, c'est a dire je respond a toutes les rai- 
sons dont les Docteurs de Rome se servent 
pour la rétablir. 

V. Dispute de l'eucharistie; Gen., 1655, 
in-8o; 1665, in-8o. 

VI. Apologie, sans nom de lieu ni date, 
in -4°. — Réponse aux attaques de Jean 
Bon. 

VII. Logica restituta; Gen., 1659, in-4°. 

VIII. Metaphysica; Arausioni, 1659, 
in-8o. — C'est sans doute le même ouvrage 
que celui-ci : Quœstiones philosophiez, me- 
taphysicse et physicœ. 

IX. L'athéisme convaincu ou la lumière 
de la raison opposée aux erreurs de l'im- 
piété, Ire partie, Orange, 1659, in-B»; en 
deux parties, Genève, 1665, in-8o, avec 
ce titre : La lumière de la raison opposée 
aux ténèbres de l'impiété ou traitez qui dé- 
montrent par raisons naturelles : I, qu'il 
y a un Dieu ; II, que la S. Écriture est 
Parole de Dieu, 543 p. in-8o plus la table 
et deux pièces de vers de Gilles Gallard, 
qui dit aux athées : 

Si vous ne profitez dn docte enseignement 

Que Derodon vous fait pour vostre amendement 

Vous servirez au moins de matière à sa gloire. 

L'ouvrage en outre a été trad. en anglais 
p&r J . Bonhomme ; Londres, 1679, in-8o. 
Le catalog. de la Bibl. de Genève en indi- 
que une édit. d'Orange, 1647, in-12. 

X. Disputalio de atomis; Nemausi, 1661, 
in-8o; 2e édit. augm., Gen., 1662, in-8o. 
— Comme Gassendi, Derodon adopte 
l'hypothèse des atomes pour expliquer 
certains faits de la nature. 

XI. De existentiâ Dei, 1661, in-4o. 

XII. Quatre raisons qui traitent de l'eu 
charistie, du purgatoire, du péché originel 
et de la prédestination; sans nom de lieu, 
1662, in-8°. — Ouvrage qui paraît être 
une nouvelle édit. du n° I. 



XIII. Disputatio de ente reali; Nemausi, 
1662, in-4o. 

XIV. Dispute de la messe ou discours sur 
ces paroles : Ceci est mon corps, Nismes 
(et Genève), 1662, in-B". 

XV. Disputatio de libertate; Gen., 1662, 
in-8o ; réimp. avec le n» IX, Nîmes, 1662, 
in-8o. 

XVI. Compendium logicse; Gen., 1663, 
in-8o. 

XVII. Discours contre l'astrologie judi- 
ciaire ; Gen., 1663, in-8°. 

XVIII. Philosoj)hiœ contractœ pars I, 
quse est logica; Gen., 1663, in-4o; 1681, 
in-4o, sous ce titre : Philosophia contracta. 
— Celte logique est la plus étendue qui 
ait jamais vu le jour. L'auteur entre dans 
des développements d'une longueur exces- 
sive, accumule les distinctions subtiles, se 
jette dans des discussions sans fin au mi- 
lieu desquelles l'esprit le plus exercé est 
exposé à se perdre à chaque instant. 

XIX. Opéra philosophica ; Gen., 1664, 
in 4o ; 1669, in -4°. — Réimp. des N»» V, 
VL IX, X, XIII. — Le cat. de la bibl. du 
docteur Williams en indique, sans doute 
par erreur, une édit. de Gen., 1659, 2 vol. 
in-4o. 

XX. Les inconstans ; Gen., 1671, in -8°. 

Ad. Rochas, Biographie du Dauphiné (1856), 
in-S", article Derodon. — E. Arnaud, Notice sur 
David de Hodon, prof, de philosophie à Die, 
Orange, Nimes et Genève, dans les mém. de 
l'acad. du Gard, 1871. 

2. Un autre Derodon, prénommé Jac- 
ques, parent sans aucun doute de David, 
était, vers la même époque, avocat au 
parlement de Grenoble. Après la révoca- 
tion, son fils Jean-Pierre chercha un asile 
à Orange d'abord, puis k Genève où il fut 
reçu bourgeois avec son fils, Bénédict- 
André, le 17 déc. 1717. On connaît en 
outre un Derodon, minisire de l'église de 
La Haye-du-Puits (Normandie) en 1660 ; 
Jacques Derodon, d'Orange, étudiant à 
Genève en 1666; David-André Derodon, 
de Die, étudiant en théologie à Genève, 
1701. Enfin, M. de Rodon, d'Orange, pro- 
posant, obtint à Genève un viatique pour 
gagner la Hollande, en 1703. 

DEROGART (Clément) « de Bruxert en 
Lorraine, » reçu habitant de Genève, 16 
septemb. 1572. — Marie Derou, enfermée 
aux nouv. cath. de Caen, 1688. — La 
d"e de Roux, assistée d'un viatique à Ge- 

V. 9 



259 



DEROGART — DESAGULIERS 



260 



nève pour rAllemagne, 1690. — (Henry) 
Deroy, de Blois, tourneur, 53 ans, assisté 
à Londres avec sa femme et 2 enf., 1705 
(Voy. t. m, col. 148, lig. 3). — Daniel 
Derrès, manufacturier de Provence, réfu- 
gié à Magdebourg, 1700 ; (Honoré), de Ga- 
denet en Provence, assisté à Genève, avec 
sa femme, d'un viatique pour Hambourg, 
1708. — « Helias Derrius bergeracensis, » 
étudiant à Genève, 1678. — Jacques Der- 
signy, peintre, fils de Guillaume Dersigny, 
horloger, et de Madelaine Voilant, épouse 
au temple de Charenton, Élizabeth du 
Coudray, juin 1644. Baptême à Charenton 
de François, fils de Valentin Dersigny, 
marchand, et de Marie Legendre ; parrain 
Jacq. Dersigny, peintre, 1670. M"*^* Der- 
signy enfermées au couvent de S^e-Avoye, 
1686. — Jacques Deruban, du dioc. de 
Montauban, proposant, apostat pour une 
pension de 200 liv., 1680 [IX 6 b].— Jé- 
rémie Derval, secrétaire des finances du 
duc d'Orléans, fils d'Hector D. s^ de Lus- 
semont et de Suzanne Viriot, épouse au 
temple de Charenton Elisabeth, fille d'Abel 
Brunyer, médecin du duc et d'Éhzabeth 
Deschamps, juill. 1640; deux filles bapti- 
sées,* Elisabeth 8 mai 1642, Louise 12 juill. 
1643. — Louis Dervillier, « de l'ordre des 
Théatins, fils de l'écuyer de M. le maré- 
chal de Viileroy, » venu à Genève pour 
faire abjuration, y reçoit un secours de 2 
écus, 1692. 

Des Adrets, voy. F. de Beaumont, t. II, 
col. 89. 

DESAGULIERS. Les registres de l'église 
réformée de La Rochelle • nous apprennent 
que Jacques Desaiguilliers, marchand de 
cette ville, dont on trouve le nom écrit 
aussi des Aguilliers ou des Aiguillières et 
des Guilliers et qui signait Desaguliers, 
entra dans « l'église de Dieu » le 16 mars 
1603 et s'y maria le 28 déc. suivant avec 
Magdelaine Musset. De ce mariage naqui- 
rent : Jean, 15 avril 1606, qui eut pour 
parrain Jean Guiton, le célèbre maire de 
1628 ; et plusieurs autres fils et filles. Un 
de ses descendants Jean, fils de Jacques et 
de Suzanne Chavan, né en 1644, était pas- 
teur à Aytré (Charente inf.) lorsqu'il fut 
accusé, en 1681 [Haag, IV 231], d'avoir 
indiscrètement exhorté quelques membres 
de son troupeau à persévérer avec courage 

* Notes de M. de Richemond. 



dans leur foi. Il fut mis en jugement, mais 
acquitté, sous la condition toutefois qu'il 
renoncerait à l'exercice de son ministère. 
II obtint sans difficulté la permission de 
sortir du royaume, et se retira à Guerne- 
sey, d'où il passa à Londres. Ayant pris 
les ordres dans l'Église anglicane, il fut 
nommé, en 1692, pasteur de l'église fran- 
çaise de Swallow- street, qu'il quitta pour 
établira Islington, près de Greenwich, une 
école qu'il dirigea jusqu'à sa mort, arrivée 
le 6 fév. 1699. Il avait épousé, le 23 janv. 
1677, Marguerite fille de Jean Thomas s'' 
de La Chapelle et d'Aimée Toiippet, dont 
il eut Jean-Théophile, né à La Rochelle, 
le 12 mars 1683. 

Jean-Tbéophile Desaguliers apprit de son 
père les langues grecque et latine, et dès 
qu'il eut atteint l'âge de seize ans, il se livra, 
sous sa direction, à l'éducation de la jeu- 
nesse ; mais son goût l'entraînait d'un autre 
côté. Aussi, quand son père fut mort, aban- 
donnant l'école d'Islington, il se rendit à 
Oxford où il s'appliqua surtout à l'étude des 
sciences physiques, et il y fit de si remarqua- 
bles progrès qu'à peine reçu bachelier, il 
était en état de remplacer son professeur. 
Celui-ci, le professeur Keill, quitta Oxford 
en 1710 et lui laissa la chaire. La renom- 
mée ayant porté jusqu'à Londres le nom 
de Desaguliers, il fut invité de la manière 
la plus pressante à s'y rendre, et il y con- 
sentit dans la vue d'obtenir une cure ; car 
faisant marcher de front l'étude de la phy- 
sique et celle de la théologie, il entra dans 
les ordres et fut consacré en 1717. Il ou- 
vrit donc à Londres un cours de philoso- 
phie expérimentale qui fut fréquenté par 
un nombreux auditoire au milieu duquel 
se faisaient remarquer le roi Georges, la 
reine Caroline et leur fils. De hautes pro- 
tections lui firent obtenir la cure de Hamp- 
toncourt et la place de chapelain du duc 
de Chandos et du prince de Galles. Le 
grand Newton lui donna, lui aussi, une 
preuve de singulière estime en lui confiant 
le soin de répéter publiquement quelques- 
unes des expériences qui servaient de base 
à son système, et d'en démontrer ainsi la 
vérité aux yeux de tous. 

En 1730, Desaguliers fut appelé en Hol- 
lande et fit des leçons très suivies à Am- 
sterdam, à Rotterdam et à la Haye. A son 
retour à Londres, la Société royale le choi- 
sit pour démonstrateur et quelque temps 



261 



DESAGULIERS 



DES ARENES 



262 



après, elle l'admit dans son sein. Sur la 
fin de ses jours, il perdit, dit-on, l'esprit, 
se donna en spectacle par des bizarreries 
étranges et mourut dans un accès de folie 
29 fév. 1744. 

Desaguliers n'était pas seulement un sa- 
vant mathématicien, il était encore méca- 
nicien des plus habiles. Il a exécuté avec 
une rare précision plusieurs machines 
hydrauliques et astronomiques, décrites 
dans les Philosoph. Transactions, années 
1716 à 1733 ; une des plus ingénieuses est 
son ventilateur pour changer l'air de la 
chambre d'un malade. On a de lui : 

I. Sermon prêché à Hamptoncourt devant 
le roi Georges I, 1716. — Ce sermon, 
mentionné par Arcère, n'est pas autre 
chose, sans doute, que le Sermon on Luke 
XIII 5, cité par Watt, comme imp. en 
1717, in-8o. 

II. Fire improved, being a new method 
of building chimnies, so as to prevent their 
smoaking, Lond., 1716, in-8o. 

III. Physico-mechanical lectures; Lond., 
1717, in-12. 

rV. A System of expérimental philoso- 
phy, proved by mechanics, as shewn at the 
public lectures, in a course of expérimen- 
tal philosophy by J.-T.DesAguliers; Lond., 
1719, in-4o. — Publié sans la participa- 
tion de l'auteur. 

V . A course of expérimental philosophy, 
ivith 32 copperplates, Lond., 1725, 1727, 
in-4o ; 1734, 1745, 2 vol. in-4o ; nouv. 
édit., 1763, 2 vol. in 4°; trad. en franc, 
par Pezenas, Paris, 1751-52, 2 vol. in-4o. 

VI. The Newtonian System, a poem, 
Westm.,. 1728, in-4o. — Watt lui attri- 
bue ce poème ; mais la Biogr. universelle 
assure qu'il ne peut en être l'auteur, parce 
qu'il n'était ni poète ni enthousiaste, et 
que son admiration pour Newton n'a ja- 
mais dégénéré en fanatisme. 

VII. Dissertation sur V électricité des 
corps, Bordeaux, 1742; trad. en angl., 
Lond., 1742, in-8o. — Ouvrage couronné 
par l'académie de Bordeaux. 

Desaguliers a traduit aussi en anglais 
trois volumes du Cours de mathématiques 
d'Ozanam, la Mécanique du feu de Gauger, 
le Mouvement des eaux de Mariotte, les 
Dissertations latines sur la médecine de 
Pitcairn, l'Introduction à la philosophie 
newtonienne de S'Gravesande (Lond., 
1720) dont son fils publia une seconde 



édit., Lond., 1747. On lui doit encore une 
seconde édit. des Éléments de catoptrique 
et de dioptrique du docteur Grégory, avec 
un appendice contenant An account of re- 
flecting télescopes, Lond., 1734, in-8o. En 
fin les Transactions philosophiques de 
1716 à 1742, renferment un grand nombre 
de savantes dissertations sorties de sa 
plume, roulant sur différents sujets, comme 
la lumière et les couleurs, les variations 
du baromètre, la résistance de l'air et des 
fluides, la densité des corps, le mouvement 
perpétuel, la réfrangibilité de la lumière 
colorée, la figure de la terre, la formation 
des nuages, l'élasticité, la grue et la ba- 
lance, l'hydromètre, ou relatant de cu- 
rieuses expériences sur la cohésion du 
plomb, l'optique, la statique, le magné- 
tisme, l'électricité. 

J.-T. Desaguliers laissa, de sa femme, 
Joanna Pudsey, qu'il avait épousée en 1712, 
deux fils, Jean-Théophile (1718-52), Tho- 
mas (1720-80) et trois filles. L'aîné des fils 
mourut célibataire et le deuxième qui était 
ingénieur et lieutenant d'artillerie dans 
l'armée anglaise en 1740 et parvint au 
grade de colonel, ne laissa qu'un seul fils, 
Frédéric, en qui s'éteignit la descendance 
mâle de la famille. Ce fils fut tué et scalpé 
par les Indiens à l'époque du combat de 
Bunker's Hill, vers 1775. 

Mentionnons un Henri Des Aguliers, 
éditeur du Traité général du commerce de 
Sam. Ricard, imprimé à Amsterdam en 
1705 (4e édit. 1721), réimp. à Paris, in-4o, 
1723. 

H. Wagner, Huguenot rejugee. 

DESAIGUES, ministre à Tours, 1603 ; 
à Cuq, 1620; délégué à l'assemblée de 
Saverdun, 1614 [VII, 64]. — Anthoyne 
Desaize, « minuisier de Aubin en Auver- 
gne, ï reçu habitant de Genève, nov. 
1558. — De Sales (Steph. Lud. Desalien- 
sis occitanus) étudiant à Genève, 1682. 

DES ARÈNES. Au mois d'août 1553 
figure « Monsieur des Arènes » parmi les 
étrangers séjournant à Genève et donnant 
à la Bourse française. — Des Arènes 
[Haag, IV 231] auteur d'une Déclaration 
contenant les motifs de sa conversion de la 
religion protestante à la catholique, Paris, 
1664, in-4o. Conf. Barrai. — Desarènes, 
capitaine au régim. de Vermandois, pro- 
met de se convertir si on retire de chez 



263 



DES ARENES 



DES AVENELLES 



264 



lui les dragons qui le ruinent; on les re- 
tire, déc. 1685 (arch. de la Guerre, 752). 

DESARGUES (JosuÉ), 64 ans, et sa 
femme, assistés à Londres, 1702. — Do- 
minique Désarrois ou des Arrois et Anne 
de Félis sa femme, font baptiser leur fils à 
Mauvezin, 8 fév. 1695; présenté par Jean 
des Arrois et Domenge de Grateloup aïeule. 
Id. Abram fils de... Des Arrois et de Sara 
Rival; Mauvezin, 1672. — Nycol as Desa?-- 
tières, marchand-libraire de Bourges, reçu 
habitant de Genève, juill. 1551. — Desau- 
bert, de l'Ile-de-France, écrivain, 68 ans, 
réfugié à Lausanne avec sa femme et sa 
fille, avant 1740. — Mme Des Aubiers, née 
Ghauffepié, 1686 {Bull. VI 58). 

DÉSAUCHES (Annet) était le fils de 
pauvres paysans de l'Auvergne [Haag, IV 
231]. Ayant embrassé la Réforme, il se 
rendit à Genève pour y étudier la théolo- 
gie et se consacrer au service du Seigneur. 
Appelé, en 1550, à Issoire, où s'était 
formé le noyau d'une petite église, il y 
prêcha pendant quelque temps dans des 
caves, secrètement favorisé par les con- 
suls; mais il finit par être découvert et 
emprisonné dans l'abbaye. Les protestants 
résolurent de le délivrer avant qu'il fût 
livré aux tribunaux. Ils s'attroupèrent de 
nuit hors des murs, au nombre de 200, 
entrèrent dans la ville, dont les portes 
leur furent ouvertes, et marchèrent sur la 
prison. Déjà un nommé Gratiadas montait 
à l'assaut de l'abbaye, lorsqu'un coup de 
feu tiré par un moine le renversa et mit 
ses compagnons en fuite. Dès le lende- 
main, la justice se transporta à Issoire et 
fit pendre Désauches. Sa tête, placée au 
bout d'une pique, fut fichée sur la porte 
du pont. — Etienne Desaulse, de Sauzet 
en Dauphiné, assisté à Genève d'un via- 
tique pour la Hollande, 1701. — Clément 
Desault, de Bourdeaux en Dauphiné, id. 
pour l'Allemagne, 1709. — Desaurières, 
apothicaire, ancien de l'église de JNîmes, 
1677-79. — Des Auteh, capitaine hugue- 
not, 1592 [VI 216, 389] ; famille Des Au- 
tels retirée à Payerne vers la fin du 
XVIIIe siècle. — Desavènes, réfugié à Mor- 
ges en 1724. — Desavie, ministre à Bai- 
gnes (Angoumois), 15'J0. — Desavoye, 
famille réfugiée au Cap {Bull. I, 160). 

DES AVENELLES (Philippe ou Pierre) , 
avocat au parlement de Paris [Haag, IV 
233] qui s'est acquis une honteuse célé- 



brité par sa conduite dans l'affaire d'Am- 
boise (t. I col. 894). Sauf de Thou, qui 
prétend qu'il trahit la confiance de La Re- 
naudie par des motifs de conscience plutôt 
que par l'appât d'un vil intérêt, tous les 
historiens contemporains s'accordent à at- 
tribuer sa trahison à une sordide avarice 
ou à de lâches terreurs. Castelnau affirme 
même qu'en entendant la confidence de 
son hôte, qui s'ouvrit à lui, comme on 
sait, pour dissiper les inquiétudes qu'il 
avait conçues de ses entrevues mysté- 
rieuses avec La Roche-Chandieu, de ses 
allées et venues continuelles, du concours 
extraordinaire de personnes qui le visi- 
taient, Des Avenelles s trouva cet expé- 
dient fort bon. » Mais, ajoute l'écrivain 
catholique, « ayant bien considéré que 
l'entreprise estoit de merveilleuse consé- 
quence, l'exécution fort difficile et l'issue 
encore plus dangereuse, craignant que, si 
les choses ne pouvoient réussir, il fust en 
danger de perdre la vie et les biens, il ré- 
véla le fout à un des secrétaires du cardi- 
nal de Lorraine, dont il fut grandement 
récompensé. » Selon les Mémoires de Vieil- 
leville, il vendit ses coreligionnaires. Da- 
vila n'ose décidei- s'il parla « effrayé de la 
témérité de l'entreprise ou ébloui par les 
récompenses qu'il se promettoit de la tra- 
hison. » Parmi les écrivains protestants, 
d'Aubigné seul affirme que Des Avenelles 
fut « plus tost meu de peur que d'ambi- 
tion et d'avarice. > La Planche, au con- 
traii-e, d'accord avec l'Histoire du tumulte 
d'Amboise, insérée dans le T. I des Mémoi- 
res de Condé, nous peint l'avocat parisien 
comme un homme pauvre, avare, ambi- 
tieux, « qui pensa avoir trouvé moyen 
pour se rendre riche et mémorable à ja- 
mais. » L'attestation que de Thou donne 
à Des Avenelles d'avoir été « un homme 
de bien » ne se trouve-t-elle pas détruite 
par tous ces témoignages ? 

Des Avenelles, poussé par sa lâcheté, 
aiguillonné par son avarice, courut donc 
révéler la conjuration à un maître des re- 
quêtes nommé de Marmagne, une des créa- 
tures du cardinal de Lorraine, qui l'en- 
voya sur-le-champ à la Cour. Les Guise 
se méfièrent d'abord de ce protestant qui 
venait ainsi leur vendre ses frères, et ils 
le firent enfermer dans une des tours du 
château; mais après l'avoir interrogé à 
plusieurs reprises, après l'avoir sondé de 



265 



DES AVENELLES — DES BORDES 



266 



toutes les manières, après l'avoir confronté 
avec Stuart, Soucelles et le baillif deSaint- 
Aignan, qu'ils firent amener de Vincennes, 
il ne leur resta plus de doute sur son in- 
famie, surtout lorsqu'il leur eut appris 
exactement la route que devait prendre 
La Renaudie. Ils lui rendirent donc la li- 
berté, lui firent donner un bon de 12^000 
livres sur le trésor royal et lui obtinrent 
du duc de Lorraine une première charge 
de judicature. S'il faut en croire de Thou, 
DesAvcnelles ne se vendit pas tout à fait; 
il resta protestant. 

Du Verdier attribue à Des Avenelles 
deux traductions du latin en franc., l'une 
du 1er vol. de VÉpitome ou Abrégé des vies 
de cinquante-quatre excellents personnages, 
tant grecs que romains, mises an parangon 
l'une de l'autre, extrait du grec de Plutar- 
que de Chéronée [par Darius Tiberti], Paris, 

1558, in-8o ; l'autre de ['Histoire ibérique 
et de VHistoire d'Annibal, imp. avec la 
trad. des autres guerres d'Appien par 
Claude de Seyssel, Paris, 1560, in-8o. 

DES BARRES (Colas) et ses trois en- 
fants, assistés à Genève, nov. 1555. — 
Pierre Des Bas « natifz de la ville de Me- 
leun en Brye, » reçu habit, de Genève, 

1559. — Louise des Biars-Montgommery, 
assistée à Jersey, 1702. — Charles Des- 
blancs du val de Trièves en Dauphiné, étu- 
diant à Genève (Car. Desblancs du Perse, 
trievensis) 1666. — Laurent DesbonneiHe, 
natif de Lisles en Flandres, peigneur de 
laine, habit, de Genève, 1559. 

1 . DES BORDES (Jacques) fils de maître 
Antoine Des Bordes, procureur au parlem. 
de Bordeaux et de Marguerite de Flament, 
était ministre du S. Évangile et professeur 
de philosophie à l'académie de Genève en 
1562. Il épousa dans celta ville, en 1564, 
Suzanne de Courcelles, (voy. t. IV col. 790) 
et fut nommé, à la même époque, l'un des 
ministres de Genève. Il reçut aussi la 
bourgeoisie gratuite de cette ville. En 
1566, il revint dans sa ville natale pour y 
exercer les fonctions pastorales et n'échap- 
pa qu'à grand'peine, en 1572, aux massa- 
cres de la S'-Barthélemy pour se réfugier 
en Angleterre. Il est le même dont il a été 
parlé ci-dessus (I. Il col. 880-81) sous le 
nom de Jacques Borde. Des Bordes est son 
vrai nom. — Bénigne Desbordes, veuve, et 
sa fille Charlotte Desbordes femme de 
François Houpin, riches marchandes de 



Dijon, réfugiées à Genève vers les années 
1580 et suivantes. — Des Bordes, lieute- 
nant-colonel au régiment de Navarre, ab- 
jure le 4 nov. 1685. — (Marthe), du Poi- 
tou, 60 ans, veuve, assistée k Londres, 
1705. — (Daniel), de Paris, passementier, 
et sa femme, assistés à Genève, 1708. — 
(Jean) d'Aï en Champagne, avec sa femme 
et 7 enfants, id. 1705. — Estienne de Bor- 
des, médecin à Bordeaux, 52 ans, et sa 
femme, assistés à Londres, 1705. — Cor- 
mont des Bordes, t. IV col. 700. 

2. DES BORDES (Henri), de Saumur, 
gazier, réfugié avec sa femme à Berlin, 
1698. — (Jean), libraire de Saumur, admis 
gratuitement à la bourgeoisie de la ville 
de Leyde, 3 septembre 1685. Jacobus des 
Bordes gallus, étudiant à l'université de 
Leyde, demeurant chez Jacques des Bor- 
des, 21 fèv. 1687. Ces deux derniers 
étaient frères. Ils fondèrent en Hollande 
une maison de librairie, bientôt très pros- 
père, qui fit à Louis XIV une guerre de 
livres et de pamphlets. Par un cas de lon- 
gévité bien extraordinaire, tous deux vi- 
vaient encore au commencement du règne 
de Louis XVI '. Ils s'étaient établis à Am- 
sterdam, et ne s'étaient mariés ni l'un ni 
l'autre. L'opulente succession qu'ils lais- 
sèrent s'ouvrit vers 1789. Par leur testa- 
ment, ils appelèrent au partage des colla- 
téraux de la famille, des petits-neveux qui 
étaient devenus forcément catholiques à 
la Révocation, et qui vivaient à Douai, 
mais en leur imposant la condition d'aban- 
donner la religion romaine et de rentrer 
dans la protestante. C'étaient deux pein- 
tres de portraits, Constant et Joseph Des- 
bordes ; encore le premier ajoutait-il aux 
faibles ressources de son art celle de pein- 
dre des armoiries, ressource plus chétive 
encore à pareille époque. Constant avait 
trois fils et une fille qui devint une femme 
célèbre; celle-ci écrivait bien des années 
plus tard en se rappelant cet événement 
de sa première enfance : « J'avais quatre 
ans. (Elle était née le 20 juin 1786)... Les 
grands oncles de mon père offrirent à ma 
famille leur immense succession si l'on 
voulait nous rendre 'à la religion protes- 

1 « Mes deux oncles étaient centenaires, » dit 
M"' Desbordes-Valmore, leur arrière-petite-nièce. 
« Ils moururent, l'aîné à 123 ans, l'Hutre â 121 
ans, » dit Taxile Delord (Le Magasin de librairie. 
de Charpentier, t. V, p. 462 (1859). 



267 



DES BORDES — DES BOUVERIES 



268 



tante. Ces deux oncles étaient centenaires 
et avaient vécu dans le célibat à Amster- 
dam où ils avaient fondé une librairie. 
J'ai dans ma bibliotbèque quelques livres 
imprimés par eux. On fit une assemblée 
dans la maison; ma mère pleura long- 
temps ; mon père était indécis et nous em- 
brassait beaucoup. Enfin, on refusa la suc- 
cession dans la peur de vendre notre âme, 
et nous restâmes dans une misère qui s'ac- 
crut de mois en mois... » Poussée par 
cette dure condition à essayer de la car- 
rière du théâtre, la fille du peintre d'ar- 
moiries y réussit et fut une comédienne 
de talent qui honora la scène française par 
la gravité de ses mœurs, et de plus, une 
remarquable femme poète que Lamartine 
lui-même a chantée et à qui l'illustre cri- 
tique Sainte-Beuve a consacré une longue 
étude aussi respectueuse que sympathique. 
C'est Mme Marceline Desbordes- Valmore, 
décédée à Paris, le 23 juillet 1859. 

DES BOUVERIES (Laurent), ouvrier 
en soie, né à Sainghin, près de Lille [Haag, 
IV 234], s'enfuit en Angleterre pendant 
les sanglantes persécutions exercées, en 
1568, dans les Pays-Bas, et s'établit d'abord 
à Sandwich, où il existait déjà à cette épo- 
que une église fondée par des réfugiés, 
principalement de la Flandre française, et 
desservie par le pasteur Bastia. Quelque 
temps après, soit qu'il n'eût pas trouvé 
dans cette ville des moyens suffisants 
d'existence, soit pour quelque autre motif, 
il alla se fixer à Cantorbery, où il pouvait 
espérer, en effet, d'exercer son industrie 
d'une manière plus lucrative, un grand 
nombre de réfugiés y ayant déjà monté 
des fabriques de taffetas, de satin, de bro- 
cart, de velours. Edouard Des Bouveries 
continua le métier de son père; mais son 
fils, nommé aussi Edouard et né en 1621, 
alla s'établir à Londres, où il ouvrit un 
magasin de marchandises du Levant. C'est 
de lui que date l'illustration de sa fa- 
mille. 

Edouard II des Bouveries fut anobli par 
•Jacques II et mourut en 1694. Son fils 
aine, Guillaume, continua avec succès le 
commerce paternel et fut créé baronnet 
en 1714. A sa mort, arrivée en 1717, son 
fils aîné, sir Edouard, se trouva placé à la 
tête d'une des premières maisons de Lon- 
dres, dont il dirigea avec intelligence les 
vastes opérations jusqu'en 1736. Son ma- 



riage avec Mary Schmid, sœur de la com- 
tesse de Clanricarde, étant resté stérile, 
son titre et son immense fortune passèrent 
à son frère Jacoh, qui fut, en 1747, créé 
pair sous le titre de lord Longford, vicomte 
de Folkestone. C'était le premier exemple 
d'un marchand élevé à la pairie. 

Jacob des Bouveries épousa Mary Clarke, 
dont il eut onze enfants, entre autres : 1° 
Guillaume, né le 26 fév. 1725, qui suit; 

— 2° Anne, née en 1729, femme, en 1761, 
de George Talbot ; — 3° Mary, née en 
1730, mariée avec le comte Antoine de 
Shaftesbury ; — 4» Charlotte, née en 
1732, femme de John Grant; — 5° Har- 
RiET, née en 1736, mariée, en 1775, avec 
sir James Tilney-Long ; — 6° Edouard, né 
en 1738, député de Southampton, mort en 
1810, laissant de son mariage avec Har- 
riet Fawkener : lo Edouard, né en 1767, 
qui épousa, en 1788, Catherine, fille uni- 
que de William Castle, laquelle le rendit 
père de huit enfants : Éverard-Guillaume, 
né en 1789, lieutenant-colonel, major du 
régiment des gardes à cheval, marié, en 
1816, avec Charlotte O'Donnell; Charles, 
né en 1792, mort en 1827 ; Francis-Ke- 
NELM, né en 1797, marié, en 1826, avec 
Elisabeth Shiel, mort en 1837 ; James, né 
en 1801, marié, en 1826, avec Elisabeth 
Alston ; Catherine, Elisabeth, Caroline 
et Mary-Élisabeth ; — 2° Henriette- 
Elisabeth, née en 1771, femme du lieu- 
tenant-général James de Rosslyn ; — 3» 
Franges-Anne ; — 4» Mary-Charlotte, 
née en 1776, femme de William Maxwell ; 

— 5° Jean, né en 1779, prébendaire de 
Lincoln, recteur de Woolbeding et de 
Tyd ; — 6» Jane, née en 1781, mariée, 
en 1802, avec sir Francis Vincent ; — 7o 
Henri-Frédéric, né le 11 juillet 1783, 
lieutenant-général, gouverneur de l'île de 
Malte, colonel du 97e régiment d'infante- 
rie, qui épousa, en 1826, Julia, fille de 
Louis de Montolieu, et en a eu un fils et 
une fille ; — 8» Diana-Juliana-Marga- 
retta, née en 1786, femme de George 
Ponsoraby. 

Resté veuf, Jacob Des Bouveries épousa 
en secondes noces, en 1741, Elisabeth 
Marsham, fille de lord Romney, qui lui 
donna encore deux fils, dont l'aîné, Jacob, 
né en 1742, ne vécut que trois ans, et le 
cadet, Philippe, fonda la branche de Pu- 
sey. Il mourut le 17 fév. 1761, laissant 



269 



DES BOUVERIES 



270 



son titre à son fils aîné Guillaume, qui fut 
créé comte de Radnor en 1765. 

Du mariage de Guillaume des Bouveries 
avec Harriet, fille unique de sir Mark 
Stuart-Pleydell, ne naquit qu'un fils qui 
reçut le nom de Jacob. Sa seconde femme, 
Rebecca Alleyne, qu'il épousa en 1751, lui 
donna quatre fils dont l'un, nommé Yonge, 
mourut jeune. L'aîné, Guillaume- Henry, 
né en 1752 et mort en 1806, eut de son 
mariage avec Bridget Douglas, fille du 
comte de Morton, contracté en 1777 : 1° 
William-John, mort jeune ; 2» Elisabeth, 
née en 1780, femme, en 1814, de George 
HayDawkins-Pennant ; 3o Charles-Henry, 
né en 1782, qui suivit la carrière des ar- 
mes et mourut en 1836; 4° Maria-Re- 
becca, née en 1786, mariée, en 1808, avec 
lord Heytesbury ; 5° Emma-Bridget, morte 
en 1827. Le second fils de Guillaume Des 
Bouveries et de Rebecca Alleyne, nommé 
Barthélémy, naquit en 1753 et mourut le 
31 mai 1835. Il épousa, en 1779, Mary 
Wyndham, fille de John Arundell, qui lui 
donna sept enfants : 1» Anna-Maria, morte 
jeune; 2» Henry-James, commissaire des 
douanes en Ecosse, né en 1781, mort le 
5 mars 1832; 3° Edouard, prébendaire de 
Salisbury, vicaire de Coleshill, chapelain 
de la reine, né le 15 août 1785, marié, en 
1811, avec lady Frances-Charlotte, fille de 
l'évéque d'Exeter et sœur du comte de 
Devon, qui le rendit père, en 1813, d'une 
fille nommée Franges ; 4° Charlotte, née 
en 1788, femme de sir Henry Carew S. 
John Mildmay ; 5« Harriet, née en 1790, 
femme du comte de Roseberry ; 6» Anna- 
Maria, née en 1792, mariée en 1813, avec 
Paulet Mildmay ; 70 William-Arundell, 
né le 6 fév. 1797, recteur de West Tyther- 
ley, marié, le 8 fév. 1811, avec Fanny 
Sneyd, fille d'honneur de la reine Adé- 
laïde. Le quatrième fils enfin né du second 
mariage de Guillaume Des Bouveries, 
vint au monde en 1760 et reçut le nom 
d'ÉDouARD. Il épousa, en 1782, Catherine 
Murray, fille du comte de Dunmore, et en 
secondes noces, Arabella, fille de sir Cha- 
loner Ogle. Il mourut en 1824, ayant vu 
tous ses enfants le précéder dans la tombe. 

Resté veuf une seconde fois, Guillaume 
Des Bouveries épousa, le 22 juin 1765, 
Anne, fille de sir Thomas Haies et veuve 
de lord Feversham. Il en eut encore deux 
filles qui ne vécurent que peu de jours, et 



il mourut lui-même le 23 janv. 1776, lais- 
sant son titre à. son fils aîné Jacob. Depuis 
1770, il était gouverneur de l'hôpital des 
Réfugiés français à Londres. 

Jacob des Bouveries, greffier de Sarum, 
grand-bailli de Wallingford, gouverneur 
de l'hôpital des Réfugiés, depuis 1789, na- 
quit le 15 mars 1750. Le 24 janv. 1777, il 
prit pour femme Anne Duncombe, fille du 
comte de Feversham, qui lui donna huit 
enfants : 1° Mary-Anne, morte à l'âge de 
12 ans; — 2» Guillaume, lord Radnor 
depuis la mort de son père (27 janv. 1828), 
et un des directeurs de l'hôpital des Réfu- 
giés français depuis 1803, né le 11 mai 
1779, marié, en 1800, avec Catherine Sel- 
ham-Clinton, fille du comte de Lincoln, 
dont il a eu plusieurs enfants ; — 3° Dun- 
combe Pleydell, contre-amiral et surin- 
tendant de l'arsenal de Plymouth, né le 
28 juin 1780, marié, en 1809, avec Louisa 
May, dont une fille mariée au frère dti 
comte d'ErroU ; — 4» Laurence; — 5° 
Harriet; — 6» Barbara ; — 7° Fréok- 
Ric, chanoine de Salisbury, recteur de 
Pewsey et de Wippingham, né en 1785, 
marié, en 1814, avec Elisabeth Sullivan, 
et père de treize enfants ; — 8» Philippe, 
haut shérif du comté de Somerset en 1843, 
député lieutenant du même comté, né le 
21 oct. 1788, et marié, le 7 nov. 1811, 
avec la sœur du comte de Heytesbury, qui 
lui a donné cinq enfants. 

Jacob Des Bouveries a publié Observa- 
tions on the Pusey Horn dans le T. XII des 
Mélanges de la Société des antiquaires de 
Londres. 

Branche de Pusey. Philippe Des Bouve- 
ries, souche de cette branche, naquit en 
1745. Il prit, en 1784, le nom et les armes 
de Pusey, et en 1789, il fut nommé mem- 
bre du conseil d'administration de l'hôpi- 
tal des Réfugiés. En 1798, il épousa Lucy, 
fille du comte de Harborough, dont il eut 
six enfants : 1° Philippe, né en 1799, dé- 
puté du Berkshire, marié, en 1822, avec 
Émily, fille du comte de Caernarvon, dont 
il a plusieurs enfants ; — 2° Edouard, 
chanoine de Christchurch, professeur d'hé- 
breu à Oxford, qu'une disposition pronon- 
cée au mysticisme, une vénération exces- 
sive pour les formes antiques de la litur- 
gie et un respect exagéré pour les opinions 
des Pères de l'Église ont jeté, depuis 1833,. 
dans une voie où il s'est heureusement ar 



271 



DES BOUVERIES — DESCAYRAC 



272 



rêté lorsqu'il s'est aperçu que le puseyisme 
conduisait directement au catholicisme ro- 
main. Le seul ouvrage que nous connais- 
sions de lui, a été imp., en 1841, à Oxford, 
sous ce titre : The articles treadet on in 
tract 90 reconsideret. Né en 1800, il a 
épousé, en 1828, Marie-Catherine Barker; 

— 3o Elisabeth, née en 1803, femme, de- 
puis 1827^ du fils de l'évéquede S. Asaph. ; 

— 4o Charlotte, née en 1807, mariée, en 
1839, avec R. L. Cotton, docteur en théo- 
logie, prévôt de Worchester-College à Ox- 
ford ; — 5o William, né en 1810, marié, 
en 1836, avec Catherine Freeman, et père 
de plusieurs enfants ; — 6° Hexri, né en 
1814. mort jeune. 

DES BRIÈRES (Raymond) emprisonné 
et condamné par arrêt du bailliage de 
Rouen du 21 août 1665, à 15 liv. d'amende 
« pour avoir, au préjudice des édits de 
S. M. chanté à haute voix, dans sa maison, 
les pseaumes, version de Marot; avec dé- 
fense de commettre pareille faute à l'ave- 
nir à peine de punition corporelle; comme 
aussi défense à tous ceux de la R. P. R. 
de chanter à haute voix les dits pseaumes, 
version de Marot, tant en cette ville de 
Rouen que sur les chemins par terre et 
dans les bateaux sur la rivière de Seyne, 
en allant et revenant du presche de Qué- 
villy » {Filleau, Décis. cath.). — Daniel 
Des Brosses, élu ministre de Melun et, sur 
l'opposition de l'église de Paris, non con- 
firmé par le synode d'Orléans, 1562. — 
Dile Diane des Brosses, de la Bresse, réfu- 
giée à Berlin, 1698 (Dieterici). Conf. de 
Brosses, t. III col. 210 et col. 212 lig. 3. 

— Adam Desbrus, de St-Bazile en Viva- 
rais, assisté d'un viatique à Genève, 1699. 

DES BUISSONS (Jean) de Lille en Flan- 
dres [Haag, IV 236], marchand, « homme 
doué de zèle ardent et de constance chres- 
tienne, dont le Seigneur s'est voulu servir 
pour porter tesmoignage de son nom en 
Anvers au pays de Brabant, ville mar- 
chande et riche et partant adonnée, comme 
jadis Corinthe, à dissolution, vanité, dé- 
lices, avarice et convoitise insatiable, » 
dit Crespin, qui rapporte au long (f. 576) 
son interrogatoire par les magistrats d'An- 
vers et une lettre qu'il écrivit à sa mère la 
veille de sa mort, lettre où il s'écriait dans 
sa pieuse ferveur : 

Ma très chèi'e et bonne mère,... Je ue 



suis pas espouvanté de la très heui-euse 
sentence que Dieu me veut faire recevoir 
pour la querelle de son nom, moi dis-je 
qui ne suis qu'un pouvre ver de terre. 
quelle grâce de nostre bon Dieu ! car quand 
ils penseront me faire mourir, ce sera lors- 
qu'ils me délivreront de la mort pour me 
mettre en pleine jouissance de la vie éter- 
nelle et pour contempler la gloire du Sei- 
gneur et estre pleinement conjoinct h mon 
Chef et Espoux Jésus Christ. Le Seigneur 
m'en fasse la grâce et me fortifie tellement 
et me vueille tant bien armer de ses grâces 
que quand ils penseront m'avoir du tout 
abysmé, qu'alors j'obtienne pleine victoire 
pour triompher avec mon Capitaine et Pro- 
tecteur Jesus-Christ. Etc. 

On le décapita pendant la nuit dans sa 
prison, tant on craignait l'émotion du peu- 
ple en sa faveur; 16 mai 1561. 

DESCARRIÈRE, de Guise en Lorraine, 
venu à Genève pour embrasser la religion 
protestante, et n'ayant pas paru suffisam- 
ment instruit est ajourné et renvoyé à 
Berne, 1707. — Descartes, se convertit à 
Brest, en 1685, pour obtenir le grade de 
lieutenant de vaisseau (Bull. III, 475). 

DESCAYRAC ou d'Escairac (Alexan- 
dre), étudiant à l'acad. de Montauban en 
1659, pasteur à Le Fleix en 1665 ; à La 
Sauvetat, 1666-77 ; à Bergerac, 1677-85. Il 
se réfugie en Angleterre, h la Révocation. 
On lit dans les registres consistoriaux 
d'une des églises françaises de Londres 
(Threadneedle street) à la date du 25 juill. 
1686 : 

M. Descairac, ministre de Bergerac a 
présenté à la Comp" un témoignage de 
l'église de Zurich par leq. il paroît qu'étant 
en danger d'être envoie en galères pour 
avoir fait la prière dans une maison à Bor- 
deaux, on l'a sollicité à abjurer notre reli- 
gion et qu'enfin il le fit, mais en protes- 
tant qu'il n'iroit jamais h la messe, et que 
sur la repentance qu'il fit paroître il a été 
admis à la communion de nos Églises ; que 
même on lui a témoigné qu'après quelque 
temps on ne doutoit pas qu'on ne dût le 
rétablir au ministère. 

On le rétablit en effet. L'église française 
fondée à Bristol par le soin des magistrats 
et la générosité de l'évêque anglican, lord 
Jonathan Trelawny, ouvrit son culte le 
29 mai 1687. La prière fut dite par Jéré- 
mie Tinel, ancien pasteur de Villeneufve 



273 



DESCAYRAC — DES CHAÎ^IPS 



274 



de Puychegu en Guyenne et le sermon 
prononcé par A. Descairac, qui tous deux 
restèrent pasteurs de Bristol. Ce dernier 
mourut même dans sa chaire, frappé 
d'apoplexie, le 16 juin 1703. — Daniel 
d'Escairat, écuyer, s'' de Bertranet, réfu- 
gié de Poujols en Agenois à la cour de 
l'Électeur de Brandebourg et lieutenant à 
son service ; mort à Berlin en 1690 [Er- 
man). — Descairatz, avocat à Montpellier, 
réfugié à Genève où il est plusieurs fois 
assisté de 2 à 3 écus, 1692. 

DESCAZALS (Jean), de Burniquel en 
Guyenne, maître-chirurgien, réfugié à 
Halle avec sa femme, et avec son fds étu- 
diant en médecine, 1698. Jean Descasals, 
de Montpellier, perruquier, réfugié depuis 
longtenips à Lausanne, demande une attes- 
tation de sa foi en vue de se rendre en 
Hollande, 1697. — Pierre Descat, cordon- 
nier à Courcelles, pays messin, condamné 
aux galères pour avoir conduit de nou- 
veaux convertis du village de Lessy et les 
avoir remis à des guides allemands ; arrêt 
du bailli de Metz, 13 sept. 1687 ; (Jean), 
de Metz, tanneur, réfugié à Berlin avec sa 
femme et 4 enf., 1698. — Des Ceriziers, 
famille de Loudun, 1570 (Tt 232). Jacob 
des Cerisiers de La Noiraye ; sa fille en- 
fermée au couvent de la Visitation de 
Loudun, en 1713 (E 3399). 

1. Des Champs (Charles Guillot dit), 
voy. Guillot. Voir aussi Maxuel. — (Mar- 
guerite) femme de Robert Estienne. — 
(Elisabeth) femme d'Abel Brunier. — 
(Paul) sr d'Aucheville [V 198]. (Pierre) s'' 
du Berger (M 673). — Marie des Champs 
deMarsilly [Vin54]. 

2. DESCHAMPS (Claude), en latin de 
Campis ou Campanus. De Strasbourg, où 
les Français n'étaient pas en sûreté à ce 
moment-là, il s'était retiré en Suisse, 1544. 
A la recommandation de Farel, Calvin et 
Suizer, les Bernois lui assignèrent une pen- 
sion sur les fonds d'école de Lausanne. Au 
bout de quelques mois, il fut admis au mi- 
nistère dans la classe de Morges; l'année 
suivante il fut nommé pasteur à Orbe. Mais 
ses infirmités ne lui permirent guère de 
remplir utilement ses fonctions, et au bout 
de peu de temps, il mourut ; fin de septemb. 
1545 (Vuilleumier). 

3. DES CHAMPS (Pierre), fils de Jean 
Des Champs et de Jeanne Ayeul [Haag, IV 
237] est vraisemblablement le même qu'un 



capitaine normand des mêmes nom et pré- 
nom qui servant glorieusement, dès 1562, 
sous Montgommery (ci-dessus IV col. 195) 
fut pris au siège de Vire et tué au combat 
d'Arnay-le-Duc. De son mariage, avec 
Anne de Raffinel, étaient nés deux fils qui 
reçurent au baptême les prénoms Josias et 
Daniel. Le premier fut tué au siège de 
Villefranche, 1587, comme le rapporte 
d'Aubigné. Il avait épousé Aliénor de Rau- 
lin qui le rendit père de Jean, marié avec 
Anne de Gouberville ; le second prit pour 
femme Jeanne Michel et en eut Louis Des 
Champs qui épousa Marie Lemarié. — De- 
nys fils de feu Bertrand Deschamps, de 
St-Vincent près le Havre de Grâce, épouse 
à Genève, 1560, Suzanne de Raucourt, de 
Flumesnil au bailliage de Gisors. 

4. DES CHAMPS (Guillaume), cuisi- 
nier, l'un des huguenots poursuivis à Pa- 
ris en 1534. — (Pierre), « menusier ori- 
ginaire du lieu de Nanfey lès Bourges en 
France, > reçu habitant de Genève, 23 
janv. 1559. — (Etienne), ministre à Bour- 
ges en 1562. — (Arnaud), ministre, fait 
son testament à Oloron, 1573. 

5. DESCHAMPS (François) « natifz de 
Thouars, dioc. de Poytiers, • habitant de 
Genève, septemb. 1554. — En 1569, un 
Jacques des Champs sieur de Bussac, capi- 
taine à Saintes, fit échouer une entreprise 
de Puytaillé sur cette ville ; mais bientôt 
après une révolte des habitants le força 
lui-même à s'éloigner. — (Isaac), procu- 
reur et notaire à Civray en Poitou, 72 ans, 
et sa femme, 67 ans, assistés à Londres, 
1702. Autre Isaac, de Civray, tapissier, 
46 ans, assisté à Londres avec sa femme et 
6 enfants, 1702; famille encore assistée 
en 1710. 

6. DES CHAMPS, famille rocheloise. 
Michel Deschamps épouse au temple de 
La Rochele, 8 septemb. 1566, Magdelaine 
Chasteau. Jehan Deschamps (marié 1° à 
Françoise Guignard, 2° en avril 1575 à 
Jehanne Bonnereau) est élu pair de la 
commune de La Rochelle, 1582, et vers 
1612 remplacé par son fils Jehan, marié à 
Sara Dieulefit. La descendance est nom- 
breuse, mais obscure. 

7. DES CHAMPS (François) sr de Fon- 
taine, vivait à Metz en 1592; sa femme 
était Anne, fille de Robert de Heu et de 
Bonne du Chastellet, belle-sœur de Cathe- 
rine de Heu qui avait épousé Antoine de 



275 



DES CHAMPS 



276 



Vienne. En 1630, Guillaume des Champs, 
s"" de Fontaine, Vouzy, Courcelles, Fré 
court, etc., était capitaine de chevau-légers 
au service de Hollande. Nous pouvons ci- 
ter encore M'ie de Vouzy (Suzanne des 
Champs) épouse de Mathias d'Orthe, lo92 ; 
Jeanne, M''e de Coussy en 1624, morte cé- 
libataire en 1641 ; Marguerite, M^e de 
Malleroy, mariée, avant 1623, à Jean de 
Montmorency seigr de Poix. (Cuvier). 

8. DES CHAMPS, président au sémi- 
naire de S' -Amont de Douay, abjura le 
catholicisme peu d'années après la Révo- 
cation et publia une Exposition solide et 
historique de la religion chrétienne, oppo- 
sée aux erreurs de la communion de Rome 
[Haag, IV 238]. On le retrouve inscrit en 
ces termes sur la liste des « prosélytes ec- 
clésiastiques » secourus par la charité pu- 
blique à Londres en 1705 : « Pierre des 
ChampS;, natif de Flandres, 12 liv. st. ; 
mort peu après la distribution. » 

9. DES CHAMPS (Pierre), . de Moiens 
en Bourbonnais, » reçu habitant de Ge- 
nève, may 1573. — (Charles) Carolus Des- 
champs picardus, étudiant à Genève, 1619. 
— ( ) ministre de Heiltz-l'évêque, fugi- 
tif de Vitry en 1685. — (Jacques) pasteur 
auxiliaire à Copenhague, 1696-99. — Un 
Pierre et deux Jean, réfugiés de Périgueux, 
1685 (M 667). — (Anloine-Fr.) de Castres, 
étud. à Genève, 1717. — (André) médecin- 
chirurgien dans la paroisse d'Or pierre, si- 
gnalé par l'évêque de Gap pour être desti- 
tué de son état comme obstiné protestant, 
1737. 

10. DES CHAMPS (Jean), né à Berge- 
rac, en 1667 [Haag, IV 438] d'une an- 
cienne famille établie dans le Périgord *. 
Des Champs s'était voué au saint minis- 
tère ; mais la révocation de l'édit de Nan- 
tes étant venue briser sa carrière, il s'éta- 
blit à Genève et rendit quelques services 
à la République. On ignore le motif qui 
l'engagea à quitter une ville, où il jouis- 
sait d'une grande considération, pour aller 
habiter l'Allemagne. Il obtint la cure de 
Butzow, et le duc de Mecklembourg con- 
çut pour lui une si haute estime que, lors- 
que, après plus de vingt années de travaux 
apostoliques, Des Champs sollicita la per- 
mission de retourner à Genève, pour sur- 

^ Selon une tradition conservée dans la famille, 
le cinquième aïeul de Jean Deschamps avait épousé 
une sœur de Théodore de Bèze. 



veiller l'éducation de ses fils, ce prince ne 
put se décider à la lui accorder. Cependant 
il consentit, vers la fin de 1729, à le lais- 
ser partir sur la demande du roi de Prusse 
qui voulait l'attacher à l'église de Buch- 
holz près de Berlin ; mais à peine rendu à, 
son poste, Des Champs mourut, à l'âge 
de 63 ans. Il avait épousé à Genève Lu- 
crèce De Maffé, demoiselle du Dauphiné 
réfugiée dans cette ville, et il en avait eu 
huit enfants dont trois moururent jeunes. 
Les cinq autres se nommaient Gabriel, 
Jacques, Jean, Anthoine et Sophie. Cette 
dernière épousa Simon, ministre à Berlin. 

I. Le fils aîné de Jean Des Champs, Ga- 
briel, né en 1703, fut élevé page du grand- 
duc de Mecklembourg-Strélitz. Plus tard, 
il rentra en France et s'établit à Rouen où 
il obtint la place de contrôleur des actes. 
Cette circonstance prouve qu'il se conver- 
tit. Nous n'avons donc à nous occuper ni 
de lui, ni de ses descendants, parmi les- 
quels nous croyons devoir mentionner ce- 
pendant ses petits-fils Emile et Antony 
Des Champs, deux poètes qui ont brillé 
dans la première moitié du XIXe siècle. 

II. Jacques Des Champs, né à Butzow 
en 1708, étudia la théologie à Genève, 
puis à Marbourg. A la mort de son père, 
il fut appelé à le remplacer ; mais en 1739, 
on l'envoya à Berlin. En 1746, il fit annon- 
cer, dans la Nouvelle Bibl. germanique, la 
prochaine publication d'un Dictionnaire 
mythologique [étymologique ?] françois en 
2 vol. in-4o, mais nous ne pensons pas 
que cet ouvrage ait vu le jour. Selon des 
mémoires (Memoir of Daniel Charnier, 
Lond., 1852, in-8o), où nous puisons la 
plupart de nos renseignements sur cette 
famille Des Champs , ce ne serait pas 
Jacques, mais Jean son frère qui aurait 
composé ce dictionnaire, resté manuscrit, 
et ne l'aurait achevé qu'en avril 1766. 
La réclame de la Bibl. germanique est con- 
çue en termes trop clairs et -trop précis 
pour que nous puissions y supposer une 
erreur. Jacques Des Champs fut déchargé 
de ses fonctions en 1772 et remplacé par 
Albert Dolive. Il ne laissa que deux en- 
fants, une fille mariée avec Lefebvre, ofiB- 
cier distingué du génie au service de 
Prusse, à qui revient en grande partie la 
gloire de la prise de Schweidnitz, et un 
fils qui se fit estimer du grand Frédéric 
par sa bravoure. 



277 



DES CHAMPS 



278 



III. Jean Des Champs, le plus célèbre 
des quatre frères, naquit à Butzow, le 27 
mai 1709. En 1723, il fut envoyé à Ge- 
nève avec son frère Jacques pour y faire 
ses études ; mais la conduite un peu légère 
de ses fils força le rigide pasteur de Butzow 
à les rappeler, en 1727, pour confier leur 
éducation à l'illustre professeur de Mar- 
bourg, Christian Wolf, sous la direction 
duquel ils restèrent pendant deux ans. Les 
leçons de ce grand philosophe eurent une 
influence décisive sur le développement 
moral et intellectuel du jeune Des Champs, 
qui voua à son sage Mentor un culte pour 
ainsi dire religieux, et se lit un devoir de 
répandre ses doctrines par tous les moyens 
en son pouvoir. Après la mort de son 
père, il resta à Berlin attendant une place 
et consacrant ses loisirs à la composition 
de sonnets et d'autres poésies légères qui 
ne pouvaient rencontrer un accueil favo- 
rable que dans le cercle borné de ses amis, 
si l'on en excepte peut-être l'ode qu'il 
adressa au jeune Baratier lors de sa visite 
à Berlin. Des Champs sentit lui même la 
nécessité de se livrer k des travaux plus 
sérieux, et il entreprit la traduction de la 
Logique de Wolf. Le prince royal de 
Prusse en ayant été informé, voulut, par 
esprit d'opposition contre son père qui 
haïssait les philosophes, qu'elle parut sous 
ses auspices. Cette publication achevée. 
Des Champs partit pour Cassel, afin de s'y 
faire ordonner, rebuté qu'il était des diffi- 
cultés qu'on lui opposait k Berlin, et il 
reçut l'imposition des mains de Martel, 
Rochemont et Couderc, le 20 janv. 1737. A 
son retour à Berlin, le prince royal l'atta- 
cha à sa maison. 

Devenu roi, Frédéric le chargea de don- 
ner à ses frères Henri et Ferdinand des 
leçons de philosophie, et il resta auprès 
de ces jeunes princes jusqu'à son départ 
de Berlin, en 1746. Il quitta la Cour à la 
suite d'une nouvelle disgrâce causée par 
les attaques qu'il avait dirigées contre 
Voltaire alors au comble de la faveur, et 
se retira en Angleterre en passant par 
Hambourg et la Hollande où il se lia d'ami- 
tié avec Mme de Neufville, la Sapho d'Am- 
sterdam, avec de Joncourt, professeur de 
mathématiques et de philosophie à Bois-le- 
Duc, et avec d'autres savants. « Les savants 
qae je fréquentai le plus, lit-on dans ses 
Mémoires, sont M. Boullier, pasteur et 



auteur de divers savants ouvrages de théo- 
logie et philosophie ; M. de Chaufepié son 
collègue, M. de Wetzstein, professeur des 
Arminiens ; M. Massuet, l'un des auteurs 
de la Bibliothèque raisonnée, M. Bernard 
jeune médecin très savant et berlinois, et 
M. Cartier de Saint-Philippe, auteur du Je 
ne sais quoi, et correcteur, de même que 
le vieux M. La Motte si aimé des Lenfant, 
des Beausobre et des Saurin, et qui me 
parut bien digne de cet honneur. Je con- 
tractai aussi des liaisons particulières avec 
d'autres gens de lettres de mérite, tels que 
MM. Géricot, Varnier, de Chaufepié le 
jeune et L'Honoré, de même qu'avec 
MM. Châtelain, Des Mazures et Courtonne, 
très dignes collègues de MM. les pasteurs 
Boullier et de Chaufepié, dont je viens de 
parler. Je liai aussi une grande amitié avec 
un riche négociant nommé Passalaigue, 
homme de beaucoup d'esprit, très éclairé, 
curieux et extrêmement aimable, phéno- 
mène très rare dans une ville aussi livrée 
au culte de Plutus et de Mercure que l'est 
Amsterdam. » 

Débarqué à Londres, le 25 mars 1747, 
il s'y livra si exclusivement à l'élude de la 
langue anglaise et à des travaux littéraires 
jusqu'en 1749, que Guillaume de Hesse lui 
fit offrir une chaire de philosophie à Cas- 
sel ; mais l'église de la Savoye l'ayant, 
dans le même temps, nommé pasteur, en 
remplacement de Paul de Convenant, il 
remercia le prince de sa bienveillance à 
son égard, et après s'être fait ordonner 
par l'évéque de Londres, il entra en fonc- 
tions au mois de juin 1749. Quelques an- 
nées plus tard, en 17S6, il fut chargé d'as- 
sister Israël-Antoine Aufrère, ministre de 
la chapelle de S'-James depuis 1727, dans 
l'exercice de son ministère, et lorsque ce 
pasteur mourut, le 5 avril 17o8, à l'âge de 
92 ans, il se mit sur les rangs pour lui 
succéder ; mais on lui préféra Muisson. Il 
continua donc à desservir l'église de la 
Savoye jusqu'à sa mort, qui arriva subite- 
ment le 23 août 1767. Depuis 1760, il 
était un des directeurs ecclésiastiques de 
la commission de la Bénéficence royale en 
faveur des Français réfugiés. Jean Des 
Champs a laissé quelques écrits, surtout des 
traductions qui ne sont pas sans mérite. 

I. La logique ou réflexions sur les forces 
de l'entendement humain, trad. de l'allem. 
de Wolf, Berlin, 1736, in-8o. 



279 



DES CHAMPS 



280 



II. Recueil de nouvelles pièces sur les er- 
reurs prétendues de la philosophie de 
M. Wolf, Leipz., 1736, 1737,2 part. in-8o. 
— Ces pièces, au nombre de trois, com- 
prennent 1° Le Mémoire de Lange contre 
la philosophie de Wolf ; 2° La Réponse 
d'un auteur anonyme [Reinbeck] ; 3° La 
Réponse de Wolf lui-même. Des Champs 
n'a fait que les traduire. 

III. Extrait des thèses de M. Hoffman, 
prof, à Wittemberg, publié dans le t. XLII 
de la Ribl. germanique. — Critique de l'Hist. 
de l'établissement de la monarchie fran- 
çaise dans les Gaules, par l'abbé Dubos. 

IV. Recueil de cinq sermons de J.-G. 
Reitibeck, trad. de l'allem., Berlin, 1739, 
in-8°. — C'est peut-être le même ouvrage 
que le suivant, dont le Journal litt. d'Alle- 
magne rend compte. 

V. Cinq sermons sur divers textes expli- 
qués selon la méthode du célèbre M. Wolf, 
prononcés devant S. M. la reine de Prusse, 
avec un extrait de la part. II de la Philo- 
sophie pratique de M. W., trad. de l'allem., 
Berlin, Amb. Haudé, 1740, in-8°. — Ces 
sermons roulent sur le Pardon des injures, 
l'Extravagance des orgueilleux, la Bénéfi- 
cence, la Perfection de l'homme et la Ser- 
vitude du chrétien. L'auteur les a compo- 
sés sur les idées et le plan donnés par 
Wolf dans cinq sermons philosophiques 
insérés en diverses parties de ses Horai 
subseciva^ Marpurgenses. 

YI. Le philosophe roi et le roi philoso- 
phe, trad. du latin de Wolf insérée d'abord 
danslaBibl. germanique; réimp. séparé- 
ment avec la trad. de la Théorie des affai- 
res publiques par le même philosophe, 
Berlin, 1740, in-4o. 

VII. Cours abrégé de la philosophie Wol- 
fienne en forme de lettres, Amst. et Leipz., 
1743, 1747, 3 vol. in-8o. — Les lettres du 
premier volume sont adressées à Cabrit, 
jeune théologien de la plus grande espé- 
rance qu'une mort prématurée enleva, le 
S mai 1741 ; celles du second, à Mousson, 
pasteur à Stettin. 

VIII. De la conversion de Saint-Paul, 
trad. de l'anglais de Lyttelton, 1730. 

IX. La religion chrétienne prouvée par 
le raisonnement, trad. du Tentamen syste- 
mat. theologiœ de Wyttenbach ; Cassel, 
Etienne, 1753, in-S». 

X. Dialogues des morts, trad. de l'an- 
glais de Lyttelton, 1760. 



XI. Discours sur cette question curieuse ; 
Tout est-il bien, où, l'on compare le système 
de Pope et de Leibnitz sur le meilleur 
monde, 1755. — Msc. conservé dans sa fa- 
mille. Ce discours avait été écrit pour un 
concours proposé par l'Académie des scien- 
ces de Berlin, en 1755. 

XII. Examen critique du commentaire 
du docteur Sykes sur l'Épître aux Hébreux, 
pnbl. en angl. 1756, in-4o. 

XIII. Mémoires secrets, msc. en 2 vol. 
in-4o, conserv. dans sa famille. — Récit 
quelquefois intéressant de ses petites aven- 
tures depuis son arrivée à Genève. 

Des Champs a publié, en outre. Les der- 
nières heures de Frédéric-Guillaume, an- 
nexées plus tard à l'histoire de ce prince, 
impr. en Hollande en 1740; une Lettre 
de Jean Aléthophile sur la dernière cam- 
pagne de Bohême et un Extrait de la logique 
de Regnault, ins. dans le t. II de l'Obser- 
vateur hollandais (1745) ; il a fourni di- 
vers articles à la Nouv. Bibl. germanique, 
à la Biblioth. impartiale et au Magasin 
français de Londres ; il est aussi l'auteur 
de presque tous ceux de théologie publiés 
dans le Journal britannique de Maty, et 
pendant plusieurs années, il a envoyé de 
Londres au Journal encyclopédique des 
articles littéraires. 

Jean Des Champs avait épousé, le 4 
avril 1753, Judith Chamier, morte le 27 
déc. 1801. Il en eut six enfants : trois ne 
vécurent que quelques mois ; les autres se 
nommaient Jean-Ezéchiel, qui suit ; Do- 
rothée-Sophie, née le 21 sept. 1755, femme 
de John Mackie, morte à Vevey, en 1819, 
et SusANNE-JuDTTH, uée le l^"" oct. 1759, 
mariée à Thomas Gave Winscom, vicaire 
de Warkworth, morte en 1820. 

Jean-Ézéchiel, né le 30 mai 1754, fut 
présenté au baptême par Barbauld, pas- 
teur de l'église wallonne de Londres, par 
Jean Chamier son oncle, et par Susanne 
Chamier, sa grand'mèi'e. Il fut nommé, à 
l'âge de dix ans, pour entrer, à la pre- 
mière vacance, dans l'institution de Char- 
ter-House, sous le patronage de la reine 
Charlotte. Majendie, depuis évêque de 
Bangor et son condisciple, se plaisait à 
répéter que jamais il n'avait connu un 
meilleur latiniste ; l'on conserve, en effet, 
dans la famille Des Champs quelques tra- 
ductions, faites par lui, à l'âge de seize 
ans, des meilleurs auteurs latins, grecs, 



281 



DES CHAMPS 



282 



français et italiens, et dont l'élégance 
donne une idée favorable de son bon goût. 
Son père le destinait à la carrière ecclé- 
siastique; mais le jeune Des Champs, sé- 
duit par les récits des voyageurs, ne rêvait 
que des Indes Orientales, et ses prières ob- 
tinrent enfin de son oncle Antoine Cha- 
mier la permission et les moyens de visi- 
ter ces contrées célèbres. De 1772 à 1805, 
il fut employé à Madras dans le service 
civil de la compagnie des Indes, remplit 
pendant quelque temps les fonctions de 
secrétaire général et fut enfin nommé mem- 
bre du conseil de la présidence. A son re- 
tour en Angleterre, 1819. il accepta la place 
de trésorier de l'hôpital de Saint-Georges et 
celle d'ancien de l'église '. 

Des Champs passa les dernières années 
de sa vie dans les joies paisibles du foyer 
domestique et dans la société de ses au- 
teurs favoris, de Grotius surtout qu'il re- 
gardait comme le meilleur interprète de 
l'Écriture Sainte. Malgré son instruction, 
il ne se sentit jamais possédé de l'envie 
d'écrire, et ce fut seulement sur les ins- 
tances réitérées de ses amis qu'il se décida 
à publier A Meteorological account of the 
weather at Madras from 1 jane to 31 viay, 
1788, in-4o, ouvrage devenu extrêmement 
rare. Il mourut le 23 fév. 1831. Depuis 
1780, il avait pris le nom et les armes de 
Charnier, conformément aux dernières vo- 
lontés d'Antoine Chamier qui l'avait insti- 
tué son héritier universel. De son mariage 
avec Georgiana-Grace, fille de l'amiral Bur- 
naby, célébré à Madras le 1er oct. 1783, 
étaient nés l» Georgiana- Sophie, qui 
épousa, le 20 sept. 1814, Thomas Duer 
Broughton, colonel dans l'armée du Ben- 
gale ; — 2° Charlotte-Grace, morte en 
1805, sans avoir été mariée ; — 3" Har- 
riet-Emma, alliée, en 1813, à George Go- 
wan, employé au service de la compagnie 
des Indes à Madras ; — 4° Caroline-Louise, 
femme, en 1813, de Robert-Edward Brough- 
ton, frère du colonel et magistrat de po- 
lice de Mary-le-Bone ; — 5» Frances-Ame- 
LiE, mariée, en 1818, avec le révérend 
George Porcher; — 6o George-Fitzwil- 



* Il ne faut pas le confondre avec un autre Jean 
Des Champs, directeur de l'hôpital des Réfugiés 
à Londres en 1758. Celui-ci était probablement 
fils de Pierre Des Champs, qui avait rempli les 
mêmes fonctions en 1736, et d'Elisabeth Hanel. 



LiAM, employé au service de la compagnie 
des Indes, qui épousa à Baroda, en 1812, 
Marie-Catherine Evans ; — 7» Charles, 
mort jeune; — 8° Henri, qui suit; — 9° 
Frédéric Chamier, capitaine de vaisseau, 
auteur d'une série de romans maritimes 
intitulés Life of a sailor, Ben Brace, Spit- 
fire, Arethusa, The Gamester, Jack Adams, 
Périls ofheauty, Konigsmarck, 'Ihe unfor- 
tunate man, Tom Boicling, ainsi que d'une 
Revue de la révolution française de 1848, 
et continuateur de l'Histoire navale de 
James jusqu'à la campagne de Navarin ; 
— 10" William Chamier, ministre de 
l'église anglicane à Paris, marié, en 1834, 
avec Emilie Crookenden et père de plu- 
sieurs enfants ; — 11» Edouard, employé 
au service de la compagnie des Indes, mort 
en 1836, à l'âge de 29 ans. 

Henri Chamier, habile interprète des 
langues orientales, entra au service de la 
compagnie des Indes en 1813. En 1826. 
sir Thomas Munro le nomma secrétaire du 
gouvernement au fort Saint-Georges et 
s'en fit accompagner dans son voyage à 
travers les provinces méridionales. Après 
avoir rempli pendant 12 ans, depuis 1831, 
les fonctions de secrétaire général, il prit 
dans le conseil de la présidence la place 
que son père y avait occupée avant lui. Il 
avait épousé à Madras, en 1816, Anne-An- 
toinetle-Évelina Thursby, qui le laissa 
veuf avec onze enfants : Georgiana-Grace, 
mariée k Madras, en 1835, avec John Char- 
din Wroughton, et morte en 1847 ; — 
Harriet-Maria, femme, en 1838, de John 
Richmond, médecin à Madras ; — Jean- 
Henri et Dora-Maria-Evelina, morts jeu- 
nes ; — Charles-Frédéric, employé de la 
compagnie des Indes, né en 1825, marié, 
en 1849, à Florence- Letitia-Frédérique 
Brown, qui le laissa veuf, en 1851, avec 
un fils, nommé Henri ; — Virginie-Ma- 
thilde, femme, en 1844, de James Kellie, 
médecin à Madras ; — Edouard, mort 
jeune ; — Fanny-Virginie-Évelina, alliée 
à Madras, en 1847, au capitaine James 
Whistler ; — Frangis-Edward-Arohihald, 
enseigne dans le 26me régiment d'infante- 
rie du Bengale, né en 1833 ; — Étienne- 
Henri-Édouard, né en 1834, et Henri- 
Jean-Frédéric, mort jeune. En secondes 
noces, Henri Chamier épousa à Madras, le 
26 sept. 1839, Marie-Élisabeth, fille du 
général sir Jasper NicoUs, qui lui donna 



283 



DES CHAMPS — DES COSTILS 



284 



encore trois enfants : Henriette, Edwin- 
Francis et Daniel-Vansittart '. 

IV. Antoine Des Champs, né vers 1711, 
entra comme cornette au service de la 
Saxe, en 1731. Dans la campagne de Silé- 
sie, en 1745, où il servit avec le grade de 
capitaine de cavalerie, il reçut quatre bles- 
sures et fut fait prisonnier. Il mourut 
lieutenant-général de l'armée polonaise. 

DES CHASTAGNES (Jehan), « natif de 
Beaulieu lès Loches dioc. de Tours, i reçu 
habitant de Genève, août 1551. — W^^des 
Chaumes d'Argence enfermée au couvent 
des bénédictines de S^-Maixent, 1731 
{E 3417). — Deschauves, ministre à Royan 
et Meschers, 1571-1603. — Anthoine Des 
Chazeaux, d'Aubusson, tapissier, réfugié 
à Berlin avec sa femme et 3 enfants, 1698. 

— Pierre Deschets, massacré à Vassy, 
1562. — François Desclau, de Villeneuve 
d'Agen, assisté à Genève avec sa femme et 
2 enf. ; (la veuve de Louis), du Vigan, id. 
4703. — Des Clausels, capitaine, lieute- 
nant de Lesdiguières, mort à Lyon^ 1595. 

— Marie Desclos, de Tonneins, 42 ans, 
fille d'un avocat, assistée à Londres, 1706. 

— Louis Des Clouseaux, membre du co- 
mité de secours à Londres, 1706; premier 
trésorier de l'hôpital des réfugiés protes- 
tants français à Londres, 1718 {Agnew, 
I, 73). 

DES COMBES (Pierre) seigneur de 
Combas, délégué du Consistoire à l'assem- 
blée politique de Montpellier, le 10 janv. 
1562 {Bull. III 228). Peut-être le même 
qui est inscrit sur les registres de la Bourse 
françoise comme un donateur habitant Ge- 
nève, en 1550. — Antoine Des Combes, 
de Villefranche, tisserand, reçu habitant 
de Genève, 22 septemb. 1572 ;* sa famille 
paraît être passée à Lausanne où elle se 
serait élevée dans le courant du XVII^ 
siècle ; car on y compte plusieurs magis- 
trats, un bourgmestre de la ville et un mi- 
nistre, Louis-Sigismond, qui exerça les 
fonctions pastorales à S^e-Marie-aux-Mines. 

— Descombier, officier français, languedo- 
cien, qui, enthousiasmé de la résistance 
du peuple protestant des Vallées vaudoises 

^ M. Henri Charnier a mis à la disposition de 
MM. Haag, pour la rédaction de cet article, tous 
les documents qu'il possédait sur les familles Cha- 
rnier et Des Champs, et il en a même revu le 
tezte qui offre, par conséquent, toute l'exactitude 
désirable. 



à l'oppression du duc de Savoie, se rendit 
parmi elles, en juillet 1655, et y devint 
leur chef militaire (Muston, Israël des Al- 
pes, II 378). — j\. Descouches, orfèvre, 
massacré à Orléans, 1572. — Sara Descowr- 
teaux, de Niort, 59 ans, fdle d'un horloger, 
assistée à Londres, 1702 ; encore en 1706. 
— Suzanne Descot, réfugiée de la Brie, 
avec sa sœur, à Berlin, 1698. — Jean Des- 
cotes, marchand mercier, réfugié à Hal- 
berstadt avec sa femme et six enfants, 
1703. 

DES COSTILS-BRISSET, marchand de 
Rouen [Haag, IV 242]. Sa femme étant 
tombée malade en 1681, le curé de la pa- 
roisse, suivi de son vicaire, se rendit au- 
près d'elle dans l'intention de la convertir, 
et sans écouter les représentations du 
mari, il s'établit d'autorité au chevet de la 
moribonde qui, plongée dans une espèce 
de léthargie, ne put ni l'entendre ni lui 
répondre. Le clergé romain, surtout en 
Normandie, n'avait pas attendu que les 
ordonnances l'autorisassent à violer ainsi 
le domicile des citoyens, pour se livrer 
aux barbares inspirations d'un zèle fana- 
tique. Dès 1659, Longré d'Orbee, deSaint- 
Marcoul, du Cotentin, M^e de La Paulière 
de Fontaines avaient été persécutés dans 
leurs derniers instants par des prêtres qui 
n'obéissaient, nous voulons le croire, qu'à 
la voix d'une conscience peu éclairée. Dans 
le cas dont il s'agit, le curé, voyant qu'il 
ne pouvait tirer un mot de la malade, 
s'éloigna, mais pour revenir le soir même, 
accompagné du lieutenant-particulier, qui 
ordonna à Brisset et à ses filles de s'éloi- 
gner, et s'empressa de dresser procès-ver- 
bal de rébellion, le pauvre homme ne 
s'étant pas assez empressé d'obéir. Pareille 
scène se renouvela le lendemain, et la ma- 
lade fut déclarée catholique. Le mari 
adressa au roi une plainte signée par un 
grand nombre de protestants, et entre au- 
tres par l'avocat Morin, son parent ; mais 
avant qu'on eût reçu la réponse, la malade 
mourut, et le clergé catholique eut la sa- 
tisfaction de l'enterrer à sa mode. — Henri 
des Côtes, de Montauban, planteur de ta- 
bac, réfugié à Francfort sur Oder, 1698. — 
Jean Descours, « ouvrier en serge, d'Uzès, » 
avec femme, enfant et un compagnon, réfu- 
gié à Magdebourg, 1698. (François) pasteur 
en Dauphiné, délégué aux synodes des 
Cévennes de 1756 et 1763. — Claude Des- 



285 



DES COSTILS 



DESCOY 



286 



cous, ancien de l'église de Moulins, 1612, 
Bull. 382, 510. 

DESCOUSU (Celse-Hugues), savant ju- 
nsconsuite, né à Chalon-sur-Saône, vers 
1480 [Haag, IV 243]. On sait peu de chose 
sur sa vie. Destiné de honne heure aux 
lettres, Descousu fit sa philosophie à Pa- 
ris; c'est le seul point sur lequel ses bio- 
graphes soient d'accord. Selon le P. Jacob 
(voy. III col. 633 lig. 31), il étudia le 
droit à Bourges ; selon Bouhier, ce fut à 
Turin et à Pavie ; ce qui est certain, puis- 
qu'il nous l'apprend lui-même, c'est qu'il 
prit le bonnet de docteur en Italie, à l'âge 
de vingt-deux ans. Après avoir exercé, 
pendant quelque temps, la charge d'asses- 
seur du podestat de Milan, il revint en 
France et fut nommé professeur en droit 
canon à Montpellier; mais au bout de 
deux ans, il quitta cet emploi et se mit à 
parcourir la Flandre et l'Espagne, son éru- 
dition lui gagnant partout de puissants 
amis. « Je doute fort qu'il soit mort catho- 
lique, » dit le P. Claude Perry dans son 
Histoire de Chalon. Cette assertion indi- 
gne Bouhier qui déclare qu'elle est sans 
fondement. Nous croyons pourtant qu'il a 
tort, parce que l'on observe chez tous les 
jurisconsultes éminents du XYI™® siècle 
une tendance plus ou moins prononcée 
vers la Béforme et une hostilité plus ou 
moins déguisée contre l'Église romaine '. 

Aucun biographe ni bibliographe n'avait, 
avant MM. Haag, donné une liste exacte 
de ses nombreux ouvrages. Voici ceux 
qu'on mentionne plus particulièrement. 

I. Infortiatum cum priefatione, Paris, 
lolO, in-4o. 

II. Stylus pai'lanienti cum apostillis, 
Lugd., 1513, in 4o. 

III. Baldi de Perusio et Lanfranci de 
Oriano Practicsejuris cum apostillis, Lugd., 
1513, in-8o. 

IV. G. de Cuneo Commentarii super Co- 
dice cum apostillis, Lugd., 1513, in-fol. 

V. Dy7ii Mugellani Apostillœ super In- 
fortiato, et Digesto novo cum additionibus, 
Lugd., 1513, in-8o. 

VI. Philippi F ranci Commentarii in 
sextum librum Decretalium cum addition 
nibus, Lugd., 1513. 

* Un Claude Descousu, cbaussetier à Mâcon, 
était réfugié en Suisse à la suite de la S'-Barthé- 
lemy. 



VII. Destructorium Cautelarum [Cae- 
polse], Lugd., 1513. 

VIII. De Clausulis prorogatoriis, Paris, 
1513, in-8o. 

IX. Jac. de Bellovisu Practica judiciaria 
in criminibus, cum annotationibus ; Lugd., 
1515, in-8°. 

X. Dyni Mugellani Commentarii in titu- 
lum de regulis juris, cum notis Boérii et 
additionibus, Ludg., 1525, in-8o. 

XI. Baldi Perusini Commentarii in lib. 
m priores Codicis cum apostillis, Lugd., 
1532, in-fol. 

XII. Bertholi de Saxo-Ferrato Opéra 
cum additionibus, Lugd., 1535, 5 vol. in- 
fol. ; réimp. en 1552. 

XIII. Repertorio de todas las layes del 
reino de Castilla abreviadas, Pincise, 1547, 
in fol. 

XIV. Baldi Perusini Commentarii in 
Infortiatum et Codicem cum additionibus, 
Lugd. 1548, in-fol. 

XV. Consilia de rébus juris; Lugd., 1570, 
1586, in-fol. 

XVI. Clausulœ et conclusiones m utrius- 
que juris, Venet., 1570, in-4°. 

XVII. Additiones in Practicam Lan- 
franchi de Oriano, Colon., 1572. 

XVIII. Dominici à Sancto Germiniano 
Commentarii in librum sextum Decreta- 
lium cum additionibus, Venet., 1578, in- 
fol. 

Il a fait en outre des apostilles sur di- 
vers ouvrages d'Antoine de Palerme, de 
Bebuffe, sur la Glose d'Accurse, etc. 

DES COUTUBES (Jean d'Aussy, seigr) 
et de Passavant, capitaine de l'artillerie et 
aide-de-camp des armées du roi en 1631, 
lieutent de l'artill. au départem. de Metz, 
Toul et Verdun en 1634, maréchal des ba- 
tailles et colonel de 600 chevaux pour le 
service du roi, 1636 ; mort le 20 juin 1658. 
Il avait épousé lo Anne Jacob; 2» le 23 
déc. 1646, Suzanne Ferriet veuve de P. 
Perriat, magistral de Metz, morte en 1662. 
Il n'eut que deux fdies : Marguerite, ma- 
riée, 19 fév. 1634, à Henry Le Bey de Ba- 
tilly fils du président Denys, colonel au 
service de Venise ; l'autre, Marie, qui 
épousa, 6 avril 1636, Pierre de Vivant, 
seigr de Noailles, capit. au régim. de Picar- 
die, fils de Jeari de Vivant si" de Doissae. 
Voy. d'Aussy n» 2, t. I col. 586 (Cuvier). 

DESCOY, pasteur au Cheylar, en 1669. 
— Jean Descript, maître d'école, réfugié à 



287 



DESCOY 



DES ESSARTS 



288 



Berlin avec sa femme et 3 enfants, 1698. 

— Bouon Descroit, de Flandre, planteur 
de tabac, sa femme, 2 enf. et un valet, id. 

— Frédéric des Gros, seigneur du dit lieu, 
reçu habitant de Genève, 17 fév. 1573. — 
Le SI" des Crozes près d'Aumessas, nou- 
veau converti, 1686^ « a des enfants hors 
da royaume. • — François Des Eaulx, de 
Châteauthierry, hab. de Genève^ juill. 
loSO. 

DES ÉCOTAIS (Louis). Il y a un fief 
des Écotais dans la paroisse de Coron, ar- 
rond. de Saumur, et sur l'Armoriai de 
Rietstap figure une famille des Écotais de 
Chantilly, du Maine, portant pour Arm^'s; 
= d'argent à 3 quintefeuilles de gueules. 

11 est permis de supposer que ces indi- 
cations ne sont pas étrangères à Louis des 
Écotais qui commença sa carrière dans un 
couvent de capucins situé aux environs de 
Saumur, et qui, devenu habile orateur, 
fut envoyé par ses supérieurs prêcher au 
village de Meudon proche Paris, « séjour 
le plus agréable du monde, dit-il, où la 
Grâce avoit autrefois commencé les pre- 
miers fondements de sa conversion » et où 
elle s'acheva bientôt. Il a raconté lui-même 
comment en récitant dévotement chaque 
jour le psaume 119, puis en lisant l'Écri- 
ture sainte et en étudiant les Pères afin de 
fortifier les arguments qu'il voulait déve- 
lopper en chaire, il fut peu à peu étonné, 
puis stupéfait des erreurs qu'on lui avait 
enseignées. « Je prêchai encore quelques 
sermons, dit-il, dans lesquels j'évitay au- 
tant que je le pus de parler de matières de 
controverses : et enfin ne me trouvant pas 
assez fort pour faire une profession pu- 
blique de l'Évangile au milieu des enne- 
mis de la Foy, je pris la résolution de me 
retirer dans un païs où il me fût permis 
de professer ouvertement la pureté de la 
Parole de Dieu. » C'était en 1674. Il passa 
en Angleterre et trois ans après, sous le 
poids sans doute de la situation pénible où 
se trouvaient les prosélytes qui se sépa- 
raient à cette époque de l'Église romaine, 
il publia sa justification sous ce titre : 
Mémoires de M. Des-Écotais, cy-devant ap- 
pelé dans l'Église romaine le très vénérable 
Père Cassian de Paris, prestre et prédica- 
teur de l'Ordre des Capucins, ou Les mo- 
tifs de sa conversion; Londres, impr. chez 
G. Godbid et se vend chez Moyse Pit, à 
l'Ange, vis-à-vis la petite porte de St-Paul, 



1677. In-8° de 20 feuill. prélim. et Ire par- 
tie 88 p., 2e partie, 105. 

C'est une chose curieuse et bien hono- 
rable pour ces gens droits et sincères, que 
le grand nombre de catholiques et même 
d'ecclésiastiques français qui, au plus fort 
des persécutions ordonnées par Louis XlV, 
protestaient en se jetant dans les bras 
des persécutés. Leur situation était plus 
difficile qu'on ne se l'imaginerait. L'hon- 
nête capucin Louis des Écotais, dédia 
ses Mémoires à l'évêque de Londres en 
implorant sa protection et en lui repré- 
sentant le déplorable état d'un nouveau 
converti. « D'un costé, ceux desquels 
« il abandonne le party deviennent ses 
« plus cruels et plus irréconciliables en- 
« nemis... ; d'un autre costé, un grand 
ï nombre de ceux avec lesquels il fait 
« profession de la pureté de l'Évangile ns 
« se veulent point fier à luy ; ils le crai- 
« gnent (comme les Juifs craignoient Paul); 
• ils craignent que sa conversion ne soit 
« interressée et imparfaite, ou du moins 
« ils craignent qu'elle ne soit pas de du- 
« rée... » 

Nous ignorons ce que des Écotais est 
devenu. 

Deserre T, voyez Serret (de). 

DESERRE, de JNettancourt en Champa- 
gne, assisté à Genève d'un viatique pour 
Cassel, 1702. — iNicolas Désert, « natif de 
Si-Martin aux Bunnaulx, dioc. de Rouen, » 
reçu habitant de Genève, janv. 1556. — 
Désert, ancien de l'église de La Rochelle, 
député par le Conseil de justice à l'assem- 
blée générale des églises, 27 juill. 1622. — 
Marie Desesne, 24 ans, enfermée aux Nou- 
velles cath. de Rouen, 1681. — Elisabeth 
Desenne, de Dieppe, assistée à Londres, 
1705. — Jean Desesguilliers admis au mi- 
nistère évangélique par le synode de Ma- 
rennes, 1674. Conf. ci-dessus Desaguliers. 

DES ESSARTS (Jean), natif de Moulins, 
étudiait à Nîmes en 1601. Admis au mi- 
nistère évangélique en 1605, il fut pasteur 
à Vébron de 1605 à 1628. — Jean Deses- 
sart, de Normandie, assisté à Genève d'un 
viatique pour la Hollande, 1695. — D"e 
Esther des Essars du Vigneau, de Sain- 
tonge, 62 ans, assistée à Oxford (9 liv. st.), 
1702 et années suivantes. — Desessars, 
famille d'artistes parisiens. (Daniel) pein- 
tre et sculpteur et sa femme, Perrette ou 
Perrinette Parache, font baptiser au tem- 



289 



DES ESSARTS 



290 



pie de Charenton plusieurs enfants, savoir : 
JoPEL, 1635; Daniel, 1640; Marie, 1642; 
Nicolas, 1648. Daniel, à son tour, peintre 
et sculpteur comme son père, épouse : 
1° en septemb. 1661, Marie Arbunot ' dont 
il a : Gédéon, 1670 ; Marie, 1671 ; Jean- 
ne, 1672 ; Jacob, 1673 ; Elisabeth, 1675 ; 
Suzanne, 1677; Philippe, 1678; Marian- 
ne, 1680 ; 2o en juin 1683, Madelaine 
Mège ou Miget. On trouve cette nombreuse 
famille inscrite à Londres en 1706 parmi 
les assistés, en ces termes : « Daniel des 
Essars, de Paris, 66 ans, ci-devant peintre 
et sculpteur, ayant presque perdu la vue, 
et Madelaine sa femme, 42 ans » (11 1. st.). 
Nicolas frère cadet de Daniel et lui aussi 
peintre et sculpteur épousa, 1669, à Cha- 
renton, Madelaine du Perroy fille de Mar- 
tin du Perroy, tireur d'or. Nous trouvons 
encore dans les registres de Charenton un 
autre Daniel Desessars, encore peintre et 
sculpteur, épousant à 60 ans, 30 mai 1669, 
Madelaine Choisy veuve de Charles Coque - 
rel, maçon ; enfin, deux cousins, Daniel et 
Nicole Desessars, faisant baptiser leur fils. 
Samuel, en 1666. — (.leanne veuve de 
Pierre), d'Abbeville, 62 ans, assistée à 
Londres, 1705. — (Marguerite), de Caen, 
40 ans, fille de Louis Desessars, arpenteur, 
id. (3 1. 13 sh.) 1706. — Voy. La Taille. 



On vient de voir dans l'article du capu- 
cin converti, Louis des Écotais, combien 
était pénible la situation des prosélytes 
tels que lui, entre la haine des catholiques 
et la défiance des protestants. A l'étranger 
surtout ils avaient à souffrir parce que loin 
du pouvoir oppresseur, les passions et les 
dissensions se donnaient plus librement 
carrière. Tous les réfugiés d'ailleurs quels 
qu'ils fussent devaient ajouter aux dou- 
leurs de l'exil, celle d'exciter la jalousie 
de la classe pauvre des pays où ils étaient 
accueillis et celle, bien plus cruelle, qui 
se déclara surtout en Angleterre, d'être en 
proie à des jalousies et des divisions in- 
testines. Dans l'Allemagne, la Hollande et 
les pays transatlantiques on put venir au 
secours des fugitifs en leur offrant large- 
ment des terres et d'autres moyens de 

' Que les mêmes registres de Charenton ap- 
pellent ailleurs Herbinot ; comme aussi ils ins- 
crivent souvent Desessas au lieu de Desessarts. 



gagner leur vie, mais en Suisse et bien 
plus encore en Angleterre, on ne pouvait 
leur donner que l'assistance en argent. La 
charité individuelle des Anglais y pourvut 
d'abord ; mais le flot de cette pieuse et 
touchante émigration croissant toujours, 
et la détresse de ces pauvres gens, qui dé- 
barquaient sur la côte anglaise dénués de 
tout, devenant épouvantable, le gouverne- 
ment d'Angleterre fournit lui-même des 
subsides et finit par proposer au Parlement, 
qui le vota généreusement, le 17 mars 1696, 
un subside annuel de quinze mille livres 
sterling (réduit à 12000 en 1704) en fa- 
veur des français réfugiés pour cause de 
religion et sans ressources. L'administra- 
tion et la distribution de cette rente con- 
sidérable furent confiées à un comité de 
direction et de surveillance composé de 
20 notables anglais et d'un comité d'exé- 
cution composé de 30 français ; mais ce ne 
fut pas longtemps une administration pai- 
sible. Malgré la gratuité de leurs fonctions * 
et le dévouement avec lequel ils s'en ac- 
quittaient, les commissaires furent accusés, 
au bout de quelques années, par un cer- 
tain nombre de réfugiés nécessiteux, car 
ceux qui souffrent crient et accusent aisé- 
ment, lurent accusés de partialité dans leurs 
distributionset même d'infidélité. C'est pour 
répondre à ces faux et malheureux bruits 
qu'ils en vinrent à faire imprimer leurs 
comptes oti sont désignés en détail tous leurs 
assistés et où nous puisons la plus grande 
partie de ce que la France Protestante con- 
tient à l'égard de ceux-ci. Les comptes des 
premières années restés manuscrits existent 
peut-être encore aux archives de l'hôtel de 
ville de Londres où ils étaient déposés au 
fur et à mesure. Quant h ceux qui furent 
imprimés, nous en connaissons sept. En 
voici la désignation : 

1. Liste des Protestants François réfu- 
giez en Angleterre. Qui étant dans le be- 
soin, ont part à l'Assistance charitable de 
Quinze mille Livres sterlings qui leur sont 
accordées tous les Ans dans ce Puissant et 
Heureux Royaume. Laquelle Liste est im- 

' On lit à la fin du premier de leurs comptes 
imprimés (1703) : « L{i somme de 80 1. 10 sh. 
4 sols qui servent à faire le total de la susdite 
somme de 15000 1. est employée pour les frais 
de la distribution, comme le louage de l'apparte- 
ment où le comité s'assemble, salaire pour les écri- 
tures, façons des comptes, allées et venues, etc. » 

V. 10 



291 



DES ESSARTS 



292 



primée par Ordre des Seigneurs nommez 
par la Reine pour avoir Inspection sur la 
Distribution des ditz 15000 L. st.; 30 pages 
in-fol. Au bas (Te la dernière page : A Lon- 
dres, sur la fin de l'année 1703. — Sur 
cette Liste sont inscrites 5o0o personnes, 
dont 92 anciens ministres ayant exercé en 
France, 17 ministres prosélytes, 170 fem- 
mes ou enfants de ministres, 250 nobles, 
723 bourgeois. Dans la distribution sont 
compris, outre les pauvres de Londres, 
ceux des églises françaises fondées à Can- 
terbury, Exeter, Plymouth, Stonehouse, 
La Rye, Douvres, Bristol, Colchester, 
Barnstaple, Thorp, Darmouth, Bedford. 
Aucune préface. 

2. Estât de la Distribution de la somme 
de Douze mille L. st. accordée par la Reine 
aux pauvres protestants français réfugiez 
en Angleterre, pour l'an 1705. Adminis- 
trée par le Comitté François sous les Or- 
dres des Seigneurs nommez par S. M. et 
par la Direction de MM. les Commissaires 
Anglais. A Londres, chez Paul Vaillant, 
dans le Strand vis-à-vis de Bedford-house 
à l'enseigne du Navire, 1707. In-folio de 
8i pages. — Au yo du titre les noms de 
20 commissaires anglais, puis des français 
qui sont : Les ministres Thomas Satur, 
Timothy Baignoux, John Graverai, Aaron 
Testas, Peler Bracas, Benjamin de S. De- 
nis, Ces^r PegotHer, Abraham Gilbert; plus 
MM. Le Coq, de S. Léger, de Gastigny, de 
La Melonnière, de La Sablière, Fleurnois, 
le baron de La Cour, de Lotivigny, de La 
Motte Blagny, John Braguier, Charles 
Gaillard, James Testard, Peter Hayer, 
Thomas Bureau, James Fruschard et Ro- 
bert Mire. A la suite, longue, belle et mé- 
lancolique préface : 

Lorsqu'on proposa de faire imprimer les 
comptes du Committé François, il .ne fut 
pas difticile de reconnoître qu'il y avoit des 
inconvénients à l'exécution de ce dessein. 
Il paroissoit plus honnête de ménager la 
pudeur de ceux qui reçoivent l'assistance 
et de ne pas exposer leurs noms et leurs 
besoins au public. D'ailleurs il y avoit quel- 
que lieu de craindre que cette publication 
ne devînt une source de mécontentements 
et de plaintes entre ceux qui sont assistés. 
Ils ont été réduits au besoin de l'être, pour 
une si bonne cause, et la pluspart soutien- 
nent avec tant de constance et de vertu 
l'épreuve où les a mis leur attachement 



pour la vérité que ce seroit leur faire in- 
justice si on les soupçonnoit de ne garder 
pas, dans l'état où ils se trouvent, un se- 
prit de modération et de charité. On est 
donc persuadé que le plus grand nombre 
bien loin de se faire un chagrin de voii-' les 
autres assistés s'en feront au contraire un 
sujet de consolation et de joie. Mais il n'est 
pas possible d'attendre cette équité généra- 
lement de tous. On peut donc ci'aindre que 
s'il y a des esprits sages et modérés, il s'en 
trouve aussi qui n'auront peut-être pas les 
mêmes égards pour la justice et la raison. 
Quelques-uns sentant leur misère et peu 
touchez de celle des autres, prétendront 
qu'on les a pas assés considérés, qu'on ne 
leur donne pas assez, et qu'on donne trop 
aux autres. On fera des comparaisons; on 
se répandra en plaintes ; de là pouri-ont 
naître des médisances, des querelles, des 
animosités. On auroit pu prévenir ce scan- 
dale en ne publiant pas ce que chacun des 
assistés reçoit. 

Mais la chose n'est plus en son entier. 
Le Committé François se trouve obligé 
d'une manière indispensable h donner des 
comptes au public. Les accusations violen- 
tes et les calomnies atroces dont on l'a 
chargé ont été suffisamment réfutées : et 
toutes les fois que sa conduitte a été exa- 
minée par les juges légitimes, il a été plei- 
nement justifié. Ceux qui le composent con- 
tens du témoignage de leur conscience et 
de l'approbation de ceux h qui ils sont 
comptables pouvoient donc, ce semble, 
se reposer sur leur innocence. Mais l'édifi- 
cation publique demandoit qu'ils missent 
leur intégrité dans un plein jour. Ils ne 
sauroient le faire d'une manière plus nette 
ni plus authentique qu'en découvrant tout 
le fond de leur administration. Et c'est ce 
qu'ils font en donnant leurs comptes au 
public. On y verra avec évidence qu'au 
moins toute la somme de la Bénéficence 
Royalle a été fidellement distribuée. C'est 
là, une des fins que le Committé François 
se propose dans l'impression de son compte. 
Il souhaite avec ardeur que ceux qui ont 
conceu et répandu de mauvais soupçons 
contre sa conduitte fassent ime attention 
sérieuse aux loix du Christianisme qui dé- 
fendent sévèrement le jugement téméraire 
et qui excluent du Royaume des Cieux les 
injustes et les calomniateurs. Et il prie Dieu 
qu'il ne leur impute point ce péché. Etc. 

3. Estais de la distribution de la somme 
de 12000 l. st. receue par le Committé 



293 



DES ESSAKTS 



294 



François le IS de déc. 170o et par lui ad- 
ministrée sous les ordres des seigneurs nom- 
més par S. M. et par la Direction de Mes- 
sieurs les Commissaires Anglais. A Londres, 
chez Paul Vaillant, 1708. In-folio de 67 
pages. Préface explicative et noms de mem- 
bres du Comité qui sont, à titre de mem- 
bres français (en ne tenant pas compte de 
ceux nommés sur l'État précédent) : les 
ministres ïlzéchiel Barbauld, Aufrère et 
Charles d'Argenteuil, et MM. Des Clouzeau, 
James Baudouin, Bavière Baudouin, John 
Motteux, Peter Combaud, James Dufour, 
Alheri Des Landes, Fr^tncis de Pontreau, 
John de La Fargue et Béchefer. 

4. Estais de la distribution de la somme 
de 12000 /. st. accordée... réfugiez dans 
la Grande-Bretagne, pour l'année 1707, 
receue par le Committé François le 4 rfé- 
cemb. de la même année ; Londres, P. Vail- 
lant, 1708. In-fol. de '.)0 pages, précédé 
d'une courte préface et suivie d'une dé- 
charge délivrée aux commissaires distri- 
buteurs par une commission de trois mem- 
bres du comité anglais en date du ler juil- 
let 1708. Liste des commissaires français, 
qui sont les mêmes que l'année précédente 
plus MM. du Mesnil-Lambert, de Beaure- 
gard, Elverlo Jolivet, Robert Caille, Henry 
Gautier, Louis Gaillardy et Peter Cabibel. 

o. Estais de la distribution du reliqua 
de la Bénéficence de 1707 et de la Bénéfi- 
cence de 1708 accordée par la Reine aux 
pauvres protestants français réfugiez en 
Angleterre et administrée par le Committé 
François jusqu'au 2o de mars 1709 ; Lon- 
dres, P. Vaillant, 1709. In-folio de 50 pa- 
ges. Courte préface ; décharge en date du 
19 mai 1709. Deux nouveaux commissai- 
res français : MM. John-Martin Couvreu et 
Germain Poteret. 

6. Estais de la distribution du reliqua 
de la Bénéficence de 1708 et de la Bénéfi- 
cence de 1701) accordée par la Reine... et 
administrée par le Committé François jus- 
qu'au 25 de mars 1710 ; Londres, P. Vail- 
lant, 1710. In-fol. de 33 pages; un court 

• Avertissement en tête ; décharge en date 
du 19 juin. 1710; nouveaux commissaires 
français : Les ministres Philip Meynard, 
Israël-Anthony Aufrére, Sanmel Besombes 
et MM. Peter Gaussen et John Montaud. 

7. Etats de la Distribution de la somme 
de trente-neuf mille livres accordée par 
S. M. aux pauvres protestants français 



laïques réfugiez en Angleterre pour trois 
ans et trois mois finissant au 25 décemb. 
1721. Administrée par le Committé fran- 
çais sous les ordres des Seigneurs nommez 
par S. M. et par la Direction de MM. les 
Commissaires Anglais; Londres, de l'imp. 
de J. Tonson et J. Watts 1725. In-fol. de 
72 pages. 

Les sept états de distribution qui vien- 
nent d'être énumérés sont les seuls que 
nous ayons pu nous procurer ^ quoiqu'il 
en ait dû exister d'autres, au moins pour 
les années 1711 à 1721. Le 7e est précédé 
d'une préface non moins désolée que celle 
de 1707. Cependant nous allons en repro- 
duire le principal à cause du jour qu'elle 
jette sur la malheureuse situation des ré- 
fugiés et spécialement sur la catégorie des 
prosélytes. Elle formule contre ceux-ci des 
accusations qu'il est difficile d'admettre 
sans réserve, et signale à leur tête un Des 
Essars qui nous est d'ailleurs inconnu. 

...Pour témoigner au pul)lic son inté- 
grité et sa candeur, le Committé françois 
qui a fait cette distribution, sous les ordres 
de ses supéi'ieurs, fait ici imprimer ses 
comptes. S'il ne doit pas s'attendre à im- 
poser par là silence aux cruels persécu- 
teurs des François réfugiés, qui, sans pu- 
deur et sans scrupule, répandent tant de 
calomnies et de faussetés contr'eux ; il peut, 
au moins, espérer que les gens de bien y 
trouveront une preuve sensible de son in- 
nocence et de sa probité. Les plaintes que 
l'on a faites contre les distributeurs de la 
Bénélicence l'oyale ne viennent pas toutes 
de la même source et n'ont pas toutes une 
même fin. Le nombre des pauvres françois 
est ti'op grand, pour que chacun d'eux 
puisse recevoir tout ce qui seroit nécessaire 
pour remplir tous ses besoins. Le soin du 
Committé françois a toujours été de tâcher 
de tenir la balance égale : et comme on ne 
pouvoit pas donner à chacun tout ce qu'il 
auroit prétendu, on s'est attaché h faire 
une distribution juste et équitable ; propor- 

1 Nous n'avons trouvé les six premiers qu'au 
palais de Lambetb, dans la bibliothèque de l'ar— 
cbevêque de Cantorbéry où copie nous en a été 
procurée par l'obligeance du bibliothécaire, M. Sa- 
muel Wayland-Kershaw. L'archevêque de Cantor- 
béry a toujours été le grand protecteur des reli- 
gionnaires français, soit réfugiés en Angleterre, 
soit ramant sur les galères de France. — Le 
septième état a été trouvé à Jersey par M. So- 
hier, ancien pasteur de Nantes. 



295 



DES ESSARTS 



296 



tionnée, autant qu'il a été possible, au nom- 
bre de ceux qui dévoient recevoir, et à 
l'état, à la condition, ou aux autres cir- 
constances de chacun. Les pauvres se plai- 
gnent qu'on ne leur donne pas assez ; mais 
que peut-on faire? Douze mille livres ster- 
ling sont certainement une grosse somme ; 
mais ceux à qui il a fallu la partager se 
sont trouvés mpnter d plus de cinq rnille 
personnes. Ces plaintes des pauvres tou- 
chent très sensiblement les Distributeurs, 
et c'est un véritable déchirement de cœur 
de voir de la misère et de ne pouvoir la 
soulager aussi efiicacement qu'on le sou- 
haiteroit, et qu'il seroit nécessaire. Mais 
après tout, on ne reproche point aux pau- 
vres ces plaintes. Quand on sent du mal il 
est difficile de ne crier pas. Les Distribu- 
teurs de la Bénéfîcence ne peuven' s'empê- 
cher de reconnaître qu'il leur est plus aisé 
de supporter les plaintes et les murmures 
des pauvres, qu'il ne l'est aux pauvres de 
supporter leur pauvreté. 

Mais il y a d'autres plaintes contre le 
Committé françois ; ou, pour mieux dire, 
on s'acharne contre cette compagnie par 
des accusations atroces. Ces accusations 
viennent d'un autre principe que les plain- 
tes de nos pauvres et ont une toute autre 
fin. Les chefs de ces accusateurs sont pour 
la plupart quelques prosélytes, qui, après 
être venus ici du papisme, sous le prétexte 
d'embrasser la religion protestante, se dé- 
chaînent, et contre les réfugiés en général, 
et surtout contre les ministres, les consis- 
toires et en particulier contre le Committé 
françois. Sous le règne de la défunte Reine, 
ils portèrent leurs accusations devant le 
Conseil. Sa Majesté renvoya la connaissance 
de cette affaire à mylord Maii'e. On de- 
manda aux accusateurs les preuves de leurs 
accusations. Au lieu de preuves, ils présen- 
tèrent à mylord Maire un écrit insolent, et 
se retirèrent. Mylord Maire fit son rap- 
port à S. M. en son Conseil. Sur quoi Elle 
ordonna à son Attornay général de pour- 
suivre le nommé Des Essars prétendu pro- 
sélyte françois, qui avoit paru à la tête des 
accusateurs, lequel là-dessus s'enfuit clan- 
destinement et se retira en France. Il a eu 
ici des successeurs qui sont entrés dans ses 
veues, et qui ont poursuivi ses desseins 
avec acharnement. On scait assez quels sont 
ces desseins et ces veues. Le papisme, après 
nous avoir dragonnes et accablés en France, 
ne peut voir qu'avec chagi'in le bonheur 
dont les réchappes jouissent dans cet heu- 
reux pais. Il sçait que laBénéficence royale 



est la principale ressource de nos pauvres 
réfugiés, et sans laquelle ils ne peuvent 
que périr. Il fait ses efforts pour leur ôter 
cette ressource, et pour les rendre odieux 
à la nation généreuse et bienfaisant^ qui 
les a reçus avec tant de charité : on doit 
espérer que Dieu, qui est le protecteur de 
ceux qui sont persécutés pour la justice, 
ne permettra pas que de si funestes projets 
réussissent. 

La publication de ces comptes servira à 
connaître l'état où le refuge se trouve en- 
core à présent. Il sembleroit que depuis 
que les protestants françois se sont ré!'u- 
giés en Angleterre, le nombre de leurs 
pauvres devroit être considérablement di- 
minué ; puisqu'outre que quelques-uns ont 
fait des établissements qui peuvent les met- 
tre en état de subsister par eux-mêmes, il 
est certain qu'il en meurt plusieurs tous 
les ans. Cependant l'expérience fait voir 
que le nombre des pauvres réfugiés est 
considérablement augmenté ; et il n'est pas 
difficile d'en remarquer les raisons. 

1" 11 y a plusieurs réfugiés, qui ayant 
sauvé quelque débris de leur naufrage, et 
ayant apporté avec eux, en venant de 
France, quelque modique somme d'argent, 
mais n'étant pas en état de s'appliquer à 
quelque vocation, ont vécu, pendant quel- 
ques années, de ce qu'ils avoient apporté. 
Ce secours étant consumé, ils sont dans la 
nécessité de recourir à la charité publique, 
aussi bien que plusieurs autres qui, ayant 
subsisté pendant longtemps des secours 
qu'ils recevoient de France, s'en trouvent 
privés, ou par la mort de leurs parents, ou 
par la rigueur de la dernière déclaration 
du Roi de France i. 

2° Il y a des réfugiés qui, étant ici depuis 
vingt et trente ans, ont fait ce qu'ils ont 
pu, par leur industrie et par leur travail, 
pour subsister, sans être à charge à per- 
sonne ; mais se trouvant à présent acca- 
blés d'âge et d'infirmités, et ne pouvant 
plus rien faire par eux-mêmes, n'ont point 
d'autre ressource que la Bénéficence Royale. 

3" Tous les assistés qui meurent, ne dé- 
chargent pas cette charité. Un artisan, 
chargé de famille, ou d'ailleurs avancé en 
âge, ou sujet à des infirmités, ne laisse* 
pas de faire quelque travail. Trente ou 40 
schillings qu'on lui donne, l'aident à avoir 
du pain pour ses enfants ; son peu de tra- 
vail subvient au reste. S'il meurt et qu'il 

^ L'édit confirmatif de celui de la Kévocation, 
et l'aggravant, rendu le 14 mai 1724. 



297 



DES ESSARTS — DES GALLARS 



298 



laisse trois ou quatre petits enfants, son 
travail mourant avec lui, les 30 ou 40 schil- 
lings ne suffisent plus pour cette pauvre 
famille, et il faut aller bien au-delà. Sur 
quoi on ne peut se dispenser de rapporter 
un exemple bien touchant. Un artisan qui 
demeurait à W^estminster, homme sobre et 
laborieux, mourût il y a environ deux an- 
nées âgé de 45 ans, et laissa sa veuve char- 
gée de neuf enfants, dont l'aîné n'avait que 
douze ans. La veuve accablée tomba quel- 
ques temps après dans une maladie qui at- 
taqua son esprit. Il fallut la faire porter k 
l'hôpital françois. Sans le secours de la 
Bénéticence que pourroit devenir cette fa- 
mille désolée ? Et que deviendroient d'au- 
tres pauvres familles, qui se trouvent, k 
quelque chose près, dans un semblable 
état ? 

4» Le nombre des réfugiés, qui ont be- 
soin d'assistance, augmente encore consi- 
dérablement par plusieurs de ceux qui 
viennent tous les jours de France, surtout 
depuis le dernier édit touchant la religion. 
On trouvera ici le véritable état des pauvres 
réfugiés françois, qui reçoivent avec la plus 
profonde et la plus vive reconnaissance les 
secours de la Bénéticence royale, et avec 
tout le corps des autres réfugiés, ils de- 
mandent k Dieu, par leurs prières les plus 
ardentes, la conservation et la prospérité 
de Sa Majesté, de toute la famille royale, 
et de la généreuse nation qui les a reçus 
si charitablement. 

DESFÈVRES (Abraham), tisserand, à 
Soisy en Brie, 60 ans, assisté à Londres 
avec Esttier, sa femme, et trois enfants, 
1702; encore en 1710. — François des 
Figuières, abjure, 1702, et obtient du roi 
une pension de 500 1. (E 3388, 3oo3). — 
Joseph Desfontaines, homme éclairé et 
plein de zèle qu'on voit jouer un rôle im- 
portant comme représentant do^ égUses du 
Poitou dans les assemblées firotestantes de 
lo93 à 1611 et prendre part aux prélimi- 
naires de l'édit de Nantes [VII 136 h note]. 
Par son testament, en date du 22 mars 
1623, il avait fondé, à Melle en Poitou, 
un collège confié à deux régents, l'un ca- 
tholique et l'autre protestant. Le neveu du 
testateur, Jean Fournier sieur de La Fon- 
taine maintient l'exécution de ce testa- 
ment à rencontre des prétentions de l'évê- 
que de Poitiers. Après vingt années de 
débats et de procédure, l'évêque obtient 
gain de cause ; il est décide par la Justice 



que nul ne peut enseigner dans le diocèse 
sans l'autorisation épiscopale et que puis- 
que le collège possède un régent catholique 
et capable d'instruire les enfants des deux 
religions, la fondation Desfontaines sera 
maintenue ; inais le régent protestant 
expulsé, 1663 {Filleau, Décis. cath.,413). 

— Mme des Fontaines et ses deux filles 
enfermées aux Nouvelles cath. k Paris, 
1686; puis à la Bastille; — (Marthe) de 
Mer, 71 ans, assistée à Londres, 1706; — 
(Judith), de Blois, mise aux Nouv. cath. 
de celte ville, 1712. — Jacques Desfon- 
tayne, de Courville en Beauce, marchand, 
72 ans, et sa femme, Hélène, 70 ans, assis- 
tés à Londres (6 I.), 1703. — M. des Fo- 
restz donateur à la Bourse franc, de Ge- 
nève, 1530. — Des Forges ministre k 
Poissy, 1561 [IX 96]. Jean-Charles des 
Forges sr de Germinon, commissaire pour 
l'exécution de l'édit de Nantes en Cham- 
pagne, 1598. Jean-Charles des F. sr de G., 
24 ans, fils de Jacques, conseiller au par- 
lem. de Metz et de Charlotte Baudouin^ 
épouse à Charenton Elisabeth Bothereau 
fille de Samuel s^ d'Aunières (voy. I col. 
929 et II, 1083) ; témoins Jean Jacobais sr 
de Frémont d'AI.-lancourt et Louis Bothe- 
reau de Lormois frère de l'épouse, 5 juill. 
1674. — Noble homme Jehan Desforges et 
Andrée Perraud, sa femme, à La Rochelle, 
1573. — Estienne de Fos, ministre de La 
Chastre en Berry, 1560 ; reçu habitant de 
Genève , 26 sept. 1572 ; aliàs : Etienne 
Deffos, de Merry la Vallée près d'Aillant 
(Yonne), étudiant à Genève (Steph. Delïbs 
raerriensis in valle agiantino) en 1559; 
ministre à Chatelleraud, 1578-98. — Jean des 
Fos, languedocien, pasteur de l'église fran- 
çaise de Basie, mort en 1588, Bull. XII 
268. — Jacques Desfots, de Montalerre en 
Picardie, 35 ans, assisté à Londres, 1705. 

— Des Francs, ministre k Parthenay, 1572. 

— Des Friches, famille d'Orléans; Claude 
et Jacques, 1562 et 1568; Jean, marchand 
de vin, massacré k Orléans, 1572; Claude 
(E 3356), réfugié ji Amsterdam, 1670. 

DES GALLARS (Nicolas) seigneur de 
Saules [Haag, IV 244], qui donnait à son 
nom la forme latine Gallasius, mais que 
ses amis nommaient plus volontiers Sali- 
cœus ou Salicetus, nous paraît être né à 
Paris vers l'année 1520 et s'être rendu 
de bonne heure à Genève pour apprendre 
la théologie aux leçons de Calvin dont i^ 



299 



DES GALLARS 



300 



fut toute sa vie un disciple fidèle. La cor- 
respondance du réformateur contient quel- 
ques leltres ' échangées entre eux plus 
tard, dans lesquelles la bienveillance du 
maître est égale à la respectueuse affection 
de son élève, qui l'appelle « mon père. » 
Des Gallars devint son collègue, c'est-à- 
dire un des ministres de Genève, au mois 
de juin 1544. Un an juste après (Lettre de 
Calv. à Viret, juin l84o), il se maria dans 
cette ville avec s noble Gabrielle Mor- 
rones ' » (Cl. de Rétro not., I 146), et 
après avoir exercé pendant 8 ans les fonc- 
tions de pasteur de Genève, il passa à la 
campagne (à Jussy) en 1553, puis vint en 
1557 desservir l'église de Paris. Il s'était 
de lui-même offert à ce poste dangereux 
lorsque le zèle de François de Morel pour 
la propagation de l'évangile l'avait con- 
traint d'y renoncer et de se sauver en 
Suisse (Archives de la vénér. C'e, reg. A). 
Des Gallars, à son tour, fut obligé par la 
violence de la persécution d'abandonner 
Paris où Jean Macard, de Grau en Pro- 
vence, lui succéda dès le mois de janv. 
1558. Il retourna donc à Genève où il 
avait laissé sa femme et plusieurs enfants. 
Calvin plaisantant avec un de ses corres- 
pondants {Opéra Calv. Brunsw. XIII 377) 
de la fortune que certains adversaires sup- 
posaient aux ministres genevois écrit qu'en 
effet : Gallasius liberis est dives. 

A cette époque, l'église française que le 
roi d'Angleterre Edouard VI avait consti- 
tuée à Londres en 1543, après avoir été 
bouleversée comme toutes les institutions 
protestantes de ce pays par le règne catho- 
lique de Marie Tudor (1553-58), reprenait 
vie sous la main sage et puissante de la 
reine Elisabeth. L'avènement de cette 
princesse permettant aux Français réfu- 
giés de se rassembler de nouveau pour le 
culte, ils demandèrent à Genève un pas- 
teur capable de réorganiser leur église. 
Des Gallars leur fut envoyé au commen- 
cement de l'iin 1560, sur la recommanda- 
tion de Calvin qui témoignait combien il 
l'avait en estime par une lettre (15 mai) 
dans laquelle il écrivait à l'évéque de Lon- 

' Voy. ci-de.ssus t. Ill col. 626. 

* Probablement de la même famille que « no- 
ble César Morronne du lien de Sondrio en la Val- 
telire, i> inscrit à Genève au livre des décès pour 
la mort de sa fille, Jnlia Morronne, âgée de 11 
ans, le 7 mai 1625. 



dres : Certé ut a nobis dimitteremus sola 
nécessitas extorsit. Son protégé s'acquitta 
de celte mission à Londres avec succès 
malgré d'assez graves débats ' qu'il eut 
avec son collègue Pierre Alexandre (I col. 
133), d'Arles; celui-ci, commensal de l'ar- 
chevêque Cranmer, avait dû fuir pour 
échapper aux sanglantes vengeances de la 
reine Marie et s'était retiré k Strasbourg, 
mais l'avènement d'Élizabelh l'avait fait 
revenir en Angleterre. Cependant des 
Gallars croyait alors qu'à Londres était sa 
mission définitive. Au mois de février 
1561, SOS paroissiens envoyèrent à Genève 
un de leurs diacres chercher sa femme et 
ses enfants *, mais quelques mois s'étaient 
à peine écoulés que ses collègues du conti- 
nent le désignaient pour être un des cham- 
pions de la Réforme au colloque de Poissy 
(9 sept. 1561). Il prit une part active à 
cette conférence fameuse ' dont il rendait 
compte au fur et à mesure des événements 
à l'évèque de Londres, Trockmorlon, dans 
une série de lettres qui sont analysées au 
volume des années 1561-62 des Calendar 
of State papers (London, in-4°, 18t.6) *. Il 

^ On conserve à la biblioth. de Zurich plu- 
sieurs lettres de lui sur ce sujet. Voy. aussi celle 
qu'il écrivit à Calvin sur sa situation perplexe, 
11 août 1561 ; très bel autogr. de la Coll. Du Puy, 
vol. 268 f 79, n" 3233 des Opéra Calv. Brunsw. 

2 L'un d'eux, Amos, avait failli lui être enlevé 
par la maladie. Op. Calv. XVIII, 117. — Il écrit 
à Calvin (14 fév. 1561 ; XVHI, 360) : Statueram 
duos à liberis meis illic apud vos ad persequenda 
litterarum studia relinquere. MM. Reuss et Cu- 
nitz pensent que, peu après être arrivée à 
Londres, sa femme y mourut (XX 294). 

3 11 était de ceux que le peuple chansonnait : 

... Marlorat, Bèze et Miirtyr 
Font mourir le Pape martyr. 
Saules, Merlin et do Spina 
Sont marris qu'encores pis n'a. 

(Clironiq. de Bruslard). 

* Neuf lettres, datées de S'-Germain en Lave» 
la première du 28 août 1561, la dernière du :-'9 
octobre. Plusieurs sont intéressantes : 28 août, Ils 
ont demandé que le roi et la Cour présidassent, 
non le clergé ; que toutes les divergences d'opi- 
nion soient résolues par les Saintes Écritures ; et 
que deux secrétaires, un de chaque opinion, no- 
tent les débats ; requêtes qui ont paru très rai- 
sonnables. — 10 septenib. : Tout le monde écouta 
Bèze avec grande attention jusqu'à ce qu'il eut 
commencé à nier la Présence réelle; on les eut 
certainement tous jetés dehors si l'autorité royale 
ne se fût interposée. — 17 septemb. : Le card. 
de Lorraine a parlé et à en croire son parti il a 
triomphé ; mais son discours était d'une telle fai- 
blesse qu'un enfant en aurait ri. 



301 



DES GALLARS 



302 



était en même temps l'un de ceux qui te- 
naient Calvin au courant. Il lui fait une 
peinture énergique de la surexcitation qui 
s'était alors emparée des Parisiens. La let- 
tre est du 31 oct. 1571 {Op. Calv. XIX 
no 3396) ; le dimanche, 12 du mois et 
veille de la clôture du colloque, un prêche 
où s'étaient réunis 6000 huguenots dans 
le faubourg de S. Antoine des Champs 
avait été l'occasion d'une échauffourée 
sanglante (voy. Bruslard, dans les Mém. 
de Condé, I 56). 

Après l'émeute que la populace venait de 
susciter, dit des Gallars, contre ceux des 
nôtres qui s'étaient assemblés hors la ville, 
il nous fut accordé que nous pourrions dé- 
sormais nous réunir dans la ville même, 
par groupes de 200, poui-vu que ce fût dans 
des locaux privés. On écrivit même aux 
magistrats de n'y point apporter de difli- 
cultés et de contenir la plèbe dans le de- 
voir ; ce ne fut pas l'objet de prescriptions 
faites par la publication d'unédit, niais par 
des lettres émanées du Conseil secret du 
roi. Hier donc, nous commençâmes k nous 
assembler publiquement sous les yeux d'une 
foule frémissante et même gravement me- 
naçante. Elle surveilla notre sortie, nous 
attendant par bandes, aux carrefours. Elle 
n'osa pourtant rien faire, d'abord h cause 
du grand nombre de nobles que nous avions 
parmi nous ; puis parce qu'elle fut tenue 
en respect par le Prévôt criminel qui tom- 
bait h coups de bâtons sur tous ceux qui 
arrivaient, avant qu'ils eussent le temps de 
faire un mouvement ' ; ainsi frappés de 
ci"ainte, ils s'éclipsèrent et nous laissèrent 
la voie libre. Ils assaillirent seulement d'in- 
jures quelques-ims des nôli'es qui, avertis 
par nous, dédaignèrent ces insultes. Il y 
avait aussi là quelques échevins de la ville 
(decuriones) qui avaient reçu les mêmes 
ordres. La chose s'est donc tranquillement 
passée, et nous avons le plus grand espoir 
à présent que les nôtres jouiront désormais 
d'une liberté plus grande. 

Espoir plein d'illusion ; mais ce langage 
d'un Parisien montre bien que la populace 
ne fut si terrible en 1572 et en toute occa- 
sion contre les huguenots, que parce qu'elle 
s'appuyait sur la connivence du gouverne- 
ment. Des Gallars songeait à retourner en 

1 Repressa est à prefecto rernm capitalium 
qui obvios quosque antequam moverent fuste csi- 
débat. 



Angleterre ; cependant le climat de ce pays 
lui déplaisait et il était retenu sur le conti- 
nent par les prières de diverses églises qui 
le désiraient • et par ses propres affaires. 
Sa sœur, Marie des Gallards, femme de 
Le Faulcheur, avocat au parlement de Paris 
et mère d'un ministre distingué, Michel 
Le Faukheur, venait de mourir laissant les 
biens de la famille en mauvais état* ; il se 
décida à rester, revint quelque temps à Ge- 
nève et, au mois de septemb. 1563, en partit 
pour aller exercer le ministère pastoral à 
Orléans. Il présida le 5e synode national 
qui se tint à Paris en 1563. Il assista, en 
1570, à celui de La Rochelle qui le nomma 
son secrétaire et le désigna, avec les plus 
illustres théologiens que la France réfor- 
mée eut alors, pour répondre aux écrits 
des adversaires. Jeanne d'Albret, qui con- 
naissait son mérite, le choisit pour son 
ministre après la clôture de l'assemblée. 
En 1572 il prit part au synode de Nîmes, 
qui, avec l'assentiment de Genève, l'ac- 
corda pour une année encore à la reine de 
Navarre. Il accompagna Jeanne à Paris, où 
elle devait trouver presque aussitôt la 
mort (9 juin), et ses prières adoucirent les 
derniers instants de cette princesse. Sou 
service auprès de la reine de Navarre l'at- 
tacha au Béarn. Le 23 mars 1572 il écri- 
vait de Pau, à MM. de Genève : 

A mes très honuorez et magnificques 
Seigneurs messieurs les Sindicques et Con- 
seil de Genève. Messeigneui's, S'il estoit 
aussi bien en mon pouvoir de vous aider de 
près en tous vos affaires comme il est en 
ma volonté, il ne me fauldroit point d'aul- 
tre soliciteur que moy mesmes. Mais j'ay 
icy telle besogne encommencée et de telle 
conséquence que je ne la puis si tost lais- 
ser sans reproche et ruyne assez évidente. 
Elle y est telle et aussi périlleuse en plus ; 
et avec tels combats que vous et vos ancestres 
avez soustenuz lorsqu'il pleut à Dieu com- 
mencer son oeuvre entre vous. Si je aban- 
donnoys maintenant la charge sur l'orage 

1 Notamment celle de Poitiers dont on a deux 
lettres pressantes sur ce sujet écrites à la fin de 
décembre 1561. Plus tard, celle de Nîmes. 

* In hanc urbem (Lutetiam) veni... tum ut 
convenirem propinquos et negotia mea curarem ; 
negliguntur enim a meis ; soror quœ mihi unica 
snpererat peste obiit cum duobus hberis. Fau- 
cherius, vir ejus,... se conclusit domi (Lett. à. 
Calvin, 31 oct. 1561 ; XIX 92), 



303 



DES GALLARS 



304 



esmeu à cause de la réformation que j'ay 
procurée, quel seray je estimé sinon comme 
mercenaire qui abandonne le troppeau 
quand il veoit venir le loup, et diroit on 
a bon droict ce que nostre seigneur remons- 
tre : Cestuy ci a commencé à bastir et n'a 
sceu parachever. Je ne vous puis pas dé- 
duire tout le faict par lettres, mais s'il 
plaist h Dieu que nostre frère Mens'' de 
Besze et moy nous trouvions ensemble au 
lieu qu'il m'a mandé, je luy en feray ample 
déduction. Ce pendant je vous pi'ie, Mes- 
seigneurs, estimer de moy comme de celuy 
qui vous est et sera tousjoui's singulière- 
ment affectionné. — Avant cest hiver j'en- 
voiay mon fils Daniel par de là tant pour y 
continuer ses estudes que pour procurer 
quelque mien affaire. Je ne scay qu'il a en- 
coi'es parce que je n'ay pas souvent nou- 
velles de luy. S'il a besoin de vostre aide, 
je le vous recommande, etc.... Je supplie 
nostre seigneur, mes très honnox'ez sei- 
gneurs, qu'il vous maintienne en toute 
prospéi'ité, tant en public qu'en particulier, 
me recommandant bien humblement et af- 
fectueusement à vos bonnes grâces. Vostre 
humble frère et serviteur N. des Gallars 
(Orig. aux Archiv. de Gen. ; portef. histo- 
riques, n" 1923). 

Il se remaria à Pau et épousa, 13 janv. 
1373, Françoise de Contades {Archiv. de 
la ville dePauGGletdesB.-Pyr.E2001). 
En 1579 on le trouve professeur à l'acad. 
de Lescar. Nous avons nommé ses fils Amos 
et Daniel, mais nous n'en connaissons pas 
davantage de lui ni des siens '. Voici ses 
ouvrages, tous rares : 

I. Defensio pro Farello et collegis ejus 
adv. Pétri CaroH theologastri calumnias, 
Gen., 1345, in-S». — Ci dessus t. III col. 
591 n» XXIV et col. 774. 

II. Trad. latine du Traité de la Cène, 
par Calvin, 1545, in-S». 

III. Trad. latine de VInventaire des re- 
liques, par Calvin, 1548, in-8°. 

IV. Trad. latine du Traité contre les 
Anabaptistes et les Libertins, par Calvin, 
1549, in-8o. — Ci-dessus t. III col. 588 
no XXII. 

V. Responsio pro J. Calvino ad ineptias 
et convitia J. Cochlœi, Gen., 1549, in-8o. 

VI. Commentaire de Calvin sur Esaie, 



1 On trouve dans l'armoriai de Béam (d'Ho- 
zier, 1696) : Jean de Saule,r=.4rOTes .• losange d'or 
et de guenles à un pal de sinople. 



1552, in-4o. — Sitnler cite Commentarius 
in Esa'iam ex lectionibus et concionibus 
Calvini, Gen., in-fol. Faudrait-il en con- 
clure que Des Gallars publia aussi le texte 
latin ? 

VII. Commentarii in Exodum, cum textu 
biblico, Gen., J. Crispin, 1560, in-fol. * 

VIII. Forma politix ecclesiasticse nuper 
institutse Londini in cœtu Gallorum, Lond., 
1561, in-4o. — Selon Du Verdier, ce li- 
vre a été trad. en franc, sous le titre : La 
forme de police ecclésiastique instituée à 
Londres en r église des François; Lond., 
1561, in-8o. 

IX. A briefe rehearsal of the doi7igs at 
Poyssye in Fraunce; Lond., 1561, in-lG. 

X. Notes sur le N. T. avec une préface, 
in-8o. — Senebier suppose que ce volume, 
dont le premier feuillet était déchiré dans 
le seul exemplaire qu'il ait vu, forme une 
partie du t. II de l'édit. de la Bible don- 
née par Des Gallars (Gen. et Lyon, 1562, 
in-fol. et in-8o), qui y ajouta des notes. 
On sait, en effet, que Des Gallars a beau- 
coup travaillé sur les Livres saints. Outre 
les Commentaires cités plus haut, il a mis 
une Préface à la Bible de Genève, édit. de 
1561, in-fol. ; il a revu et annoté l'édit. de 
1563, in-4o, et il a composé sur le N. T. 
une glose tirée presque entièrement, comme 
il l'avoue dans l'avertissement au lecteur, 
des expositions de ceux de son temps qui 
avaient le plus travaillé à éclaircir l'Écri- 
ture sainte. 

XI. Traité de la divinité de J.-Ch. con- 
tre les Arriens, Orléans, 1565, in-8°. — 
Trad. du latin de Calvin. 

XII. De divinâ Christi essentiâ adv. 
Nearianos (les nouveaux Ariens); Aurel., 
1566, in-8o. Cet ouvrage parut aussi en 
français {Défense de la divine essence de 
J.-C.) la même année, à Lyon. 

XIII. D. Iruenei opéra cum annotaiioni- 
bus; Paris, 1570, in-fol. — Cette édit. of- 
fre, de plus que les précédentes, une Pré- 
face exposant le plan de l'ouvrage et faisant 
ressortir l'utilité de la lecture des anciens 
docteurs ; une table des tournures grecques 
qui se rencontrent dans Irénée ; un grand 
nombre de fragments récemment décou- 
verts; des sommaires à chaque chapitre; 
la citation en marge de tous les textes bi- 
bliques cités, et des notes explicatives sur 
les endroits obscurs. 

Des Gallars avait entrepris sur Cyprien 



305 



DES GALLARS — DESGUAIS 



306 



un travail semblable qu'il n'eut pas le 
temps d'achever. C'est lui qui a réuni et 
publié en un vol. les Opuscules de Calvin, 
et on le regarde comme l'auteur des Prières 
qui ont été placées à la suite des Psaumes 
traduits par Marot et Bèze. Il travailla 
aussi à l'Histoire ecclésiastique des églises 
ré f années de France, pub. par Théod. de 
Bèze. On conserve plusieurs lettres de sa 
main à la Biblioth. de Zurich relatives à 
ses querelles à Londres avec Pierre Alexan- 
dre. Voy. ci-dessus, col. 300, note 1. 

Des Galesnières ou Galinières, voyez 
Loride. 

Des Gardies, voyez Grégoire. 

Des GoRRis, voy. Goris (de). 

1. DESGOUTTES, nom d'une famille 
originaire de S. Symphorien-le-Chastel en 
Forez; elle occupait un rang notable à 
Lyon avant le milieu du XVI"'e siècle 
et commence à apparaître dans les actes 
notariés, à Genève, en la personne de 
« Hiéronime » Desgoutles, vers 1560 (Ra- 
gueau not. IV 285). Quelques années plus 
tard, 1567, « noble François Desgouttes ♦ 
du consentement de noble Hiéronime son 
cousin, paye chez un notaire de Genève 
(Ragneau XI 627) aux diacres de l'église 
de Lyon : nobles Jean de Vassan, Bastien 
Honorât, Jean Badin et Clément Gaul- 
tier, » un legs fait à la dite église par feu 
noble Pierre Desgouttes son frère. C'est le 
même Hiéronime qu'après la S'-Bartbé- 
lemy on trouve inscrit sur le registre des 
habitants de Genève en ces termes : « Jé- 
rôme Des Gouttes, marchand de Lyon, 
11 décembre 1572. » (Voy. Bull. X 233 
lig. 5). En 1573, 14 octobre, Sébastienne 
Coloigne ', veuve de Jean Desgouttes, mar- 
chand à S. Symphorien-le-Chastel, fait son 
testament à Genève (J. Jovenon not. III 87) 
et l'année suivante, sa petite-fille, Jeanne, 
y épouse noble François Célerier, mar- 
chand à Lyon (id. IV 83). En 1583, Pierre 
Babel, sergier, épouse Hélène (illede maître 
Jehan Desgouttes, receveur des décimes de 
l'archevêché de Lyon (J. Dupont not. VI 
185). Depuis cette époque jusqu'à la (in du 
siècle, on voit ligurer plusieurs Desgout- 
tes comme seigneurs de Villelle près Ge- 

' Probablement le même François Desgouttes 
seigneur de Chastelus proscrit à Lyon en 1568 ; 
voy. ci-dessus t. I col 281. 

* Galiffe, Notices généal. V, 145, l'appelle 
Coglione, originaire de Bergame. 



nève. En 1595, nobles Zacharie, Jérosme 
et Jehan fds de feu Hiéronime ou Jérôme 
ci-dessus, et encore bourgeois de Lyon, 
vendent un immeuble à Plainpalais, fau- 
bourg genevois (J. Sachet not. III 187). 
Zacharie avait épousé, en 1592, Elisabeth 
Pélissari de laquelle il eut entre autres en- 
fants, une fille, Marie, qui fut femme de 
l'imprimeur Philippe Gamonnet. Il eut 
aussi un fds, du même prénom que lui, 
c noble Zacharie Desgouttes (1609-1691), » 
marié, en 1654, avec Marie fille de Jacques 
de Laon fondeur en caractères. De 1670 à 
1685 Zacharie fut « capitaine de l'une des 
compagnies de la garnison de Genève et 
on le voit, en 1679, mettre son fils Jacob 
en apprentissage de ♦ faiseur de brettes et 
estuis de montres d'horologe » (Es. Morel 
not. XII 467). Cette famille n'a cessé de- 
puis lors de se maintenir à Genève dans la 
situation prospère qu'elle y occupe encore. 

2. DESGOITTTES, originaires de Thu- 
rins en Lyonnais, seig's de Longueval en 
Beaujolais (XVIIme s.), puis de La Salle 
et de la Rontalonière. 

DESGOUST, maître tondeur de draps, 
tué cruellement à Orléans, 1572 (Crespin). 
— Philippe Des Grâces assisté à Genève 
par la Bourse françoise, 1555. — Alexan- 
dre Desgranges, fils de noble Jehan et de 
Renée Girard, bapt. au temple de La Ro- 
chelle, fév. 1576; parrain nob. Gilles de 
Belleville (des Belleville du Poitou ; ci- 
dessus t. II col. 227); (Alexandre) s"" de 
Montfernier, enterré au cimetière des SS. 
Pères à Paris, 1606. Abraham Desgranges, 
boulanger à Metz, réfugié à Berlin avec sa 
femme et 4 enf., 1698. — Desgrès, minis- 
tre de Bellême vers 1597. — D"es Desgrois 
enfermées à l'Union catholique de Luçon, 
1734. 

DESGUAIS ou plutôt DES GUÉS (Pier- 
re), gentilhomme du pays Chartrain [Haag, 
II 163] eut son château brûlé par les Pa- 
risiens lorsqu'ils ravagèrent les campagnes 
environnantes pour se venger de leur> ter- 
reurs de l'année 1562 [IV 332 a]. Plus de 
vingt ans après, en 1584, devenu vieux 
et impotent, il fut condamné à mort pour 
avoir fait une satire contre Henri IH et ses 
mignons. Arrêté et conduit à Paris, il y 
subit le dernier supplice. « Il fut mis dans 
un tombereau, la corde au cou, raconte de 
Thou, pendu en Grève, son corps jeté dans 
un bûcher avec sa satire et les pièces du 



307 



DESGUAIS — DES HOMMES 



;08 



procès et ses biens furent confisqués com- 
me si la gravité de son crime l'avait dé- 
gradé de la noblesse. » Un siècle après on 
trouve au même lieu, au château de La 
Barre-Believille en Thimerais [VII 197], 
Samson des Guez, un descendant du sup- 
plicié, dont la fdle, mariée à un seigneur 
huguenot, Gabriel de Malortie, se réfugie 
avec son mari en Hollande, 1682. 

DES GUYOTS (Antoine) capitaine au 
régiment de Picardie, marié à Sedan, 
1593, avec Marie sœur du ministre Pierre 
Du Moulin. C'était, dit son beau-frère, 
« un homme sage, vaillant et craignant 
Dieu. » Il périt au siège d'Amiens en 1397 
{Bull. 173, 333). 

DES HAIES (Jean), peintre provençal, 
massacré à Lyon. 1572 ; — (Pierre) im- 
primeur, 1627 ; — (Jean) ancien de Chau- 
ny, assiste au synode de Charenton, mai 
1669 ; — (David) gentilhomme normand 
arrêté comme suspect parce qu'il faisait 
de fréquents voyages en Angleterre, 1689 
(M 670) ; — (Charles) de Tours, maître de 
langues, réfugié avec sa femme et sa fdle à 
Berlin, 1698 ; — (Marie-Madelaine) 58 ans, 
enfermée depuis quatre ans, en 1781, aux 
Nouv. cathol. de Rouen (Tt 302); voy. 
Goyet sieurs des Hayes. 

DES HAYONS (Thomas), poète, histo- 
rien et humaniste, né à Sedan vers 1612. 
Son père, également prénommé Thomas, 
était régent au collège académique de cette 
ville, et le nom de Des Hayons est celui 
d'un village du duché de Bouillon. Notre 
poète suivit probablement aussi la carrière 
du professorat, mais il n'est connu que 
par ses livres et c'est par eux seulement 
aussi qu'on sait qu'il fut protestant, du 
moins pendant la première partie de sa 
vie. Il commença par publier : 

Les larmes de Sion, ou Plaintes sur l'af- 
fliction de l'Église, par Th. Des Hayons, 
Sedanois. A Genève, chez Jean de La Plan- 
che; 1636, très petit in-8° de 55 pages. 
(Bibl. de l'Arsenal, 8096 B). Ce minuscule 
et joli volume annonce par son contenu, 
comme par son titre, qu'il fut composé à 
titre de consolation pour quelque grand 
chagrin. En effet, sa dédicace : (à très haute 
et très illustre princesse madameiie Julienne 
de La Tour), se termine par ces mots : 

« Plaise à Dieu, M"e, qu'après vos lar- 
mes de tristesse vous en espandiez d'au- 
tres de joye, et que celuy qui possède la 



franchise de vos affections en sa captivité 
me donne bientôt sujet de chanter la déli- 
vrance de l'Église en celle de sa personne. » 
Julienne de La Tour, fille du duc de Bouil- 
lon, avait épousé en 1627 François de La 
Roche foucaiidj comte de Roucy, et ces mots 
font allusion à l'infortune de son mari qui, 
compromis dans les troubles du règne de 
Louis XIII (ci-dessus IV col. 1042) no- 
tamment en 1629, fut un des hôtes do la 
Bastille. Toutes les pièces du volume sont 
des « Plaintes » ou des « Prières, » versifiées 
d'ailleurs avec une assez agréable facilité : 

Dieu plein de bonté, je viens pressé dn faix, 
Non tant de mes douleurs comme de mes forfaits, 
Recliercher du remède où ton Fila me oonvit^ : 
Soulage donc ma peine, accours à mon support 
Et raye mes péchez, de penr qa'après ma mort 
Mon nom ne soit rayé de ton livre de vie. 
Etc. (Prière du matin). 

L'auteur, tout jeune alors, était sans 
doute, en 1636, au service de la princesse, 
fervente rcligionnaire ; mais elle mourut 
en 1638. Thomas Des Hayons passa à 
Liège où il publia un grand nombre d'au- 
tres ouvrages en prose comme en vers, 
mais entièrement catholiques. 

Paquot, Mémoires litt. des Pays-Bas et de la 
principauté de Liège. — L'abbé Boulliot, Biogra- 
phie ardennaise. 

DES HAMEAUX, ministre en Anjou, 
déposé au synode de Jargeau, 1601 ; — 

( ), débouté d'une instanceau parlem. 

de Rouen tendant à l'application d'un ar- 
ticle de l'Éditde Nantes, 1666 (Décis. ca- 
thol.) ; — (M'ie) enfermée aux Nouv. catli. 
de Caen, 1688 (Bull. VH 421). — Mariage, 
au temple de Charenton, 10 avril 1672, de 
Gedeon Des Hedart sr de Montigny, 29 
ans, avec Sara Jaupitre, 31 ans ; témoins : 
Jean Des Hedart sr de Dormicourt, oncle; 
Jacques Deshedart s^ de Champlain, cou- 
sin germain ; Gedéon Du Pré Le Jay sf de 
Kerdaniel; — Jeanne Deshedart, d'Abbe- 
ville, veuve, 67 ans, assistée à Londres, 
1710. — Des Herbiers et des Hommeauœ, 
voy. Blandin t. II col. 608; CoUin, IV 520. 

DES HOMMES, seigneur de La Rivière- 
le-Lys [Haag, IV 246] un des plus braves 
et des plus habiles capitaines huguenots. 
Nous pensons que l'on doit distinguer ce 
gentilhomme poitevin de La Rivière, cor- 
nette de Coligny, le même peut-être qui 
fut blessé au siège de Domfront, 1574, 
comme aussi d'un Des Hommes qui fut dé- 



309 



DES HOMMES — DES HOURS 



310 



puté par l'église de Chastillon-sur-Loing 
au synode provincial du Berry tenu à San- 
cerre en 1619. 

Tout ce que l'on sait d'ailleurs de cer- 
tain sur le compte de La Rivière-le-Lys, 
c'est qu'il combattit à Moncontour et que, 
la bataille perdue, il se retira à La Cha- 
pelle d'Augeron, où il fut bientôt assiégé 
par les catholiques; mais il se défendit 
vaillamment jusqu'à ce que Briquemault 
vînt le dégager. Retiré à la Rochelle après 
la St-Baithélemy il fut choisi, lorsque La 
Noue se tût retiré, pour diriger avec qua- 
tre autres capitaines : Chaillou, des Es- 
sarts. Normand et Gargoiiilleau, les tra- 
vaux de la défense. Résolus à lutter jus- 
qu'à la dernière extrémité, les Rochelois 
confièrent à ces cinq chefs le pouvoir 
le plus étendu, à condition qu'ils pré- 
viendraient de leurs entreprises le maire 
et le Conseil de la ville. Il prit dans ces 
circonstances une large part aux exploits 
de cette héroïque population rochcloise 
pendant le siège de 1373. Des historiens 
rochelois le disent gendre du maréchal de 
Vieilleville ; suivant d'autres il aurait 
épousé aussi Claude de Pantoise et d'elle 
aurait eu un fils. Benjamin, et une fille. 
Renée. Le fils, obligé de renoncer à la 
carrière des armes par une blessure qui le 
priva de la vue, avait épousé une di'e des 
Liardières, qui lui donna un fils, Samuel, 
marié à di'e Marie de Grenouillon. Un Des 
Hommes figura comme ancien dans le con- 
sistoire de l'église française de Berlin en 
1688; — Di'e Judith-Honorée des Hommes 
d'Achères, du Poitou, 39 ans, assistée à 
Londres, 1702 ; morte dans la même situa- 
tion en 1709. — Pierre Deshommestz, apo- 
thicaire de Rouen, admis à l'habitation 
genevoise, 1557. 

DES HOURS, primitivement HOURS tout 
court; famille des Cévennes'. Établie au 
village de La Salle dès laffin du XV'"e siècle, 
elle acheta comme nous l'avons dit ci-dessus 
(t. IV, col. 1037) la terre et seigneurie de 
Calviac, dont elle possède encore l'acte de 
vente,ainsi que de nombreux titres dont l'en- 
semble constitue les archives actuelles du 

ï Des Hours ou Des Ours, y est un nom assez 
répandu, ainsi que Des Horts, et pourrait de même 
être la traduction de De Hortis. Il faut tenir 
compte aussi de ce qu'il y a dans les Basses-Pyré- 
nées et dans la Haute-Loire deux villages appelés 
Hours et Ours, 



château de Calviac, situé dans la commune 
de La Salle près S' Hippolyte (Gard). Cet 
acte de vente fut consenti, le 5 déc. 1524, 
pardanieP'rançoisedeMontfaucon à «nobles 
Antoine et .lacques Uusi, frères. » En efi'et 
il résulterait de plusieurs titres de ces ar- 
chives que la famille Hours descend d'un 
serviteur et pensionnaire de René d'An- 
jou, roi de Provence^ nommé Jeannet 
Ursi qui aurait vécu vers l'an 1470. On 
remarque en particulier parmi ces titres 
un testament en date du 4 septemb. 15(34 
dont l'auteur, a noble Claude Oursin ou 
« bien des Ours escuyer, seigr de Calviac, 
« natif du lieu de La Salle au diocèse de 
« Nismes ', » prend pour sa sépulture dos 
dispositions minutieuses et ordonne que 
sur son tombeau « soit descripte la vie du 
« dit des Ours et ses prédécesseurs, par 
< épitaphe » et ses armes gravées (ce sont 
celles de la célèbre maison romaine des 
Orsini qu'il s'adjuge) et il ajoute en effet : 
« suivant entièrement la noblesse de la tant 
« célèbre caze ou maison Oarsine. » Cet 
acte, à l'authenticité duquel je ne puis 
croire, est en vain accepté par d'anciens 
généalogistes ' comme La Chenaye-Desbois 
(XII, 712), qui en cite ces derniers mots, et 
par des auteurs modernes tels que M. Louis 
de La Roque , dans son Armoriai de la 
noblesse de Languedoc (Montpellier et 
Paris, 2 vol. in-8°, 1860); il est évidem- 
ment apocryphe, et d'ailleurs la prétention* 
de rattacher soit Hours, soit des Hours, 
soit Ursi à la maison des Orsini est dénuée 
de toute espèce de preuve ; par conséquent 

' Nous copions une expédition de ce testament 
délivrée sous la signature de Duburin, notaire à 
Valence, et non datée. 

' La Chenaye commence modestement pnr 
Jeannet Drsi ; mais l'Annuaire de la noblesse de 
M. André Borel (an. 1852) se fait moins de scru- 
pule et dit hardiment : « La famille des Hours 
ou des Ours tire son orij^ine de l'Italie d'où elle 
est venue s'établir en Languedoc. La souche ita- 
lienne a produit cinq Papes, plus de trente cardi- 
naux, un grand maître de Rhodes dont le nom et 
les armes sont au musée de Versailles, un grand 
nombre de sénateurs romains et de capitaines 
illustres, etc., etc. » 

3 Prétention que bien d'autres eurent également, 
par exemple la célèbre famille parisienne des 
Juvenal des Ursins et une famille espagnole appe- 
lée Drsinos. Tous prennent de concert les armes 
des Orsini, savoir = Bandé d'argent et de gueules 
de six pièces au chef d'urgent chargé d'une rose 
de gueules et soutenu d'une tringle d'or chargée 
(ou non) d'u»e anguille d'azur. 



311 



DES H OURS 



DES ISNARDS 



312 



ces origines de la famille des Hours sont 
légendaires et les actes allégués fort sus- 
pects. Ce qui ne l'est pas, c'est une lettre 
que les syndics de Genève accordèrent, le 
8 avril 1555, à < honorable Bernard Hours 
« seigneur de Calviacau dioc. deiNismes,» 
venu à Genève « seulement pour le désir 
« et bonne affection qu'il a voit de vivre 
' selon la saincte religion évaugélique icy 
« purement annoncée.» On a aussi la lettre 
de bourgeoisie genevoise obtenue un peu 
plus tard, 12 janv. 1557. par le même 
^( honnorable Bernard fils de feu Jehan 
« Hours de Calviac, natif du lieu de S. 
« Pierre de La Sale en Languedoc *. » En- 
fin une commission du parlem. de Toulouse 
déléguée « sur le fait de la religion et pu- 
« nition des hérétiques » poursuivit à la 
même époque : Anthoine Beaudouin, Ber- 
nard Hours avec sa mère, son frère et sa 
sœur, Bernard Roussel dit Claudel et Jehan 
Cambécédès, tous de La Sale, et se fondant 
sur ce qu'ajournés à 3 briefs jours, ils 
avaient f;)it défaut, les déclare « contumaces 
et convaincus des excès à eux imposés; » 
en conséquence de quoi ils sont condamnés, 
Bernard Hours et ses parents au bannisse- 
ment et les autres à être brûlés en effigie en 
attendant d'être, si on les trouve, brûlés 
en réalité au dit lieu de La Sale; prononcé 
à Nismes, 29 septemb. 1557. Bernard 
mourut à Genève en 1569. 

La famille n'a joué aucun autre rôle au 
XVI'"« siècle, et n'a pris d'importance qu'au 
siècle suivant, surtout lorsqu'un mariage, 
en 1645, fit de Pierre Des Hours, major au 
régiment de Provence, le seigneur de la terre 
de Mandajors. Cependant les Mandajors 
étaient catholiques tandis que la famille 
Des Hours donna constamment des preuves 
de son attachement à la religion protestante. 
Claude des Hours seigr de Calviac prend 
part en 1613, avec 120 autres gentilshom- 
mes, à l'assemblée politique de Lunel [IX 
135] ; nous avons vu Jean des Hours seigr 
de Calviac (ci-dessus, t. H col. 343) entrer, 
en 1620 ^, par un mariage dans la famille de 

' Ces deux lettres sont signées du secrétaire 
d'Etat, Michel Roset. 

* 1620 est la date donnée ci-dessus (II 343), 
mais l'acte de mariage existe au château de Calviac 
et porte que Jean des Hours épousa Anne de 
Bringuier des Barbutz le 16 juin 1636. Elle était 
alors veuve de François Goulet s' de Coularou ; 
1620 est sans doute la date de son premier mariage. 



Bringuier ; un autre, assista dans les rangs 
de la noblesse à l'assemblée tenue à Alais 
en 1628 [VIII 491 a] ; une dame Madelaine 
de Calviac était fugitive en Suisse et en 
Allemagne l'an 1699 (ci-dessus, t. III col. 
499) ; enfin Marie Cabot, femme de Louis 
des Hours seig"" de Mandajors, maire de la 
ville d' Alais, gémissait à la tour de Cons- 
tance (t. IV col. 86) en 1704, dans le temps 
où d'autres membres de la famille obte- 
naient, après leur abjuration, un plus favo- 
rable traitement. Des lettres de maintenue 
de noblesse, signées Nicolas de Lamoignon, 
étaient accordées, le 13 septemb. 1698, à 
Charles des Hours seigneur de Calviac, en 
termes flatteurs. Pikrre, dixième enfant de 
Louis des Hours et d'Isabelle Labric, était 
à vingt ans capitaine dans un régiment qui 
servait en Piémont sous les ordres du prince 
de Conti, et il se conduisit en héros au siège 
de Montalban près Villefranche (1744). Un 
de ses neveux, Louis des Hours de Calviac 
épousa, 7 octob. 1784, d^e Julie Farel 
(présumée appartenir à la famille du célèbre 
réformateur), et l'un des enfants issus de 
cette union, Pierre-Émile des Hours de 
Calviac, ancien commandant de dragons, 
par un acte du 17 août 1864, adopta son 
petit-neveu Jules Dumas de Marveille fils 
de Henri-Maurice Dumas de Marveille et 
de Louise des Hours de Calviac (mariés le 
7 mai 1834), fille et unique héritière du 
chef de la branche aînée Charles-Louis-Jules 
des Hours de Calviac, marié le 12 juill. 1812 
à Lucie Broîisson, mort en 1856. Cette adop- 
tion a été ratifiée par le tribunal du Vigan 
et la Cour de Nîmes. M. Jules Dumas de 
Marveille de Calviac est aujourd'hui pro- 
priétaire du château et du domaine de 
Calviac. Il a épousé en 1873 M'ie Blanche 
Hue de Carpiquet de Blagny, union d'où 
sont issus deux filles et un fils : Roger 
Dumas de Marveille des Hours de Calviac, 
né en 1879. — La dernière branche directe 
de lafamille Des Hours, issue d'un frère aîné 
du commandant Des Hours, allié en 1821 
à M'i« Martin de Campredon, est représen- 
tée de nos jours à Montpellier par M. Louis- 
Paulin des Hours, ancien sous-préfet, et par 
son fils EuGÈNE-Lous-Paulin des Hours. 

Des Isles, voy. Tirel. 

DES ISNARDS ou Isnard. Deux bran- 
ches de cette famille ont professé le pro- 
testantisme ; l'une habitait Orange, l'autre 
le Dauphiné [Haag, IV 247]. 



313 



DES ISNARDS 



DESLANDES 



314 



I. Branche d'Orange. Gabriel Des Is- 
nards, conseiller au parlement d'Orange, 
quitta sa charge, en 1563, pour embrasser 
la religion réformée. Son fils Ulysse rem- 
plit les fonctions de procureur-général au 
même parlement à une époque d'agitation 
et de trouble. En 1604, Blacons le fit en- 
lever par représailles et le retint assez 
longtemps en prison. Il mourut en 1619, 
laissant de son mariage (1588) avec Mar- 
guerite de Colla : Laurent qui suit, Paul 
mort sans alliance, et quatre filles. 

Laurent Des Isnards, capitaine d'une 
compagnie franche d'Orange sous Philippe- 
Guillaume de Nassau, quitta cette ville 
pour aller s'établir à Lussan. Il épousa 
Rolette Martin de Nismes, dont il eut An- 
toine. Ce dernier, qui prit pour femme 
Jeanne, fille de iacqnes Arnauld, capitaine 
d'infanterie, et de N. Sabattier, entra dans 
la finance, à la sollicitation de son oncle 
nommé aussi Jacques Arnauld, receveur- 
général de la ville de Menin, et alla s'éta- 
blir en Flandre où il mourut en 1678, lais- 
sant deux enfants en bas âge, Rémond et 
Jean, qui se convertirent à l'époque de la 
Révocation. 

II. Branche du Dauphiné. Cette branche 
descendait de'MATTuiEu Des Isnards qui 
vivait vers 1500, et se divisait en deux ra- 
meaux fondés par les fils de Sébastien. = 
Armes : de sable au sautoir d'argent can- 
tonné de 4 molettes d'azur. 

Charles Des Isnards, seigneur d'Ode- 
fred, servit sous Des Adrets dans la pre- 
mière guerre civile '. En 1567, il fut ap- 
pelé à Orange, avec Bernard de Nions, 
par le gouverneur qui leur confia le com- 
mandement des deux compagnies levées 
pour mettre cette ville et Courtezon à 
l'abri des entreprises des catholiques. Il se 
trouvait encore à Orange en 1571, lors de 
l'effroyable massacre qui ensanglanta, pour 
la seconde fois, cette ville, et il en aurait 
été victime sans sa présence d'esprit et 
son courage. Lorsque le tumulte commen- 
ça, il courut sur le rempart et s'étant glissé 
dans le fossé au moyen d'une corde, il 
parvint à se sauver. De son mariage avec 
Claude de Merles, d'une famille noble de 
Courtezon, naquirent Pierre, qui suit, et 

' A la même époque, Louis Isnard, lieutenant 
de François Zaidet, seigneur de Sigoyer, défen- 
dit, mais sans succès, le cb&teau de ce nom, qui 
fut pris et réduit en cendres par les catholiques. 



Catherine, femme, en 1583, de Jean Du 
Four, sieur de La Motte et de la Repara. 

Pierre Des Isnards, capitaine d'infante- 
rie, fut député par le Dauphiné à l'assem- 
blée politique de Montauban, en 1581, 
avec Saint-May et de Burle. Il épousa 
Louise de Tardivon, dont il eut Henri, 
capitaine d'infanterie, et Marguerite, 
femme de Pierre de Bologne, seigneur 
d'Alençon. 

Le frère de Charles des Isnards, nommé 
Antoine, co-seigneur d'Odefred, laissa de 
sa femme Geneviève de Borne, Pierre, qui 
épousa Claire Du Plan et en eut Pierre 
Des Isnards, vivant en 1668. 

Au milieu du siècle dernier, celte bran- 
che de la famille Des Isnards n'était plus 
représentée que par une fille. 

DES JARDINS (Gervays), . natifz de 
Soisson en Picardie, » admis à l'habitation 
à Genève, juin 1549 ; — (Jean) cruelle- 
ment massacré, avec sa femme et son en- 
fant, à Senlis en 1563 [Haag, V 324 b] ; 

— ( ) nouveau converti, de Rouen. 

ayant fait passer ses enfants en Hollande, 
1689 {Bull. XI, 392) ; — (Jean) laboureur, 
réfugié k Walmow avec sa femme et 7 en- 
fants, 1698; (Judith), de Si-Quentin, 
veuve, 60 ans, assistée à Londres, 1705. 

— Desjens, ministre de Vais, apostat, 
1685. — Jean Desjours, de Brussac, pendu 
à Montpellier par ordre de Lenain, pour 
avoir fait partie d'un rassemblement, 1748. 

DESLANDES. « Noble Jacques des Lan- 
des, de Bloays, » reçu habitant de Genève, 
août 1554. Le 29 aofit 1557, par-devant 
deux notaires, maistre Guill. Poisson li- 
centié es lois conseiller et procureur du 
roy au bailliage de Blois et Ollive Saus- 
saye sa femme « ont dit et déclaré au 
moyen de ce que Madeleine Poisson leur 
fille s'est absentée d'eux sans les avoir ad- 
vertis et à leur grand regret s'est retirée 
en la ville de Genève, lieu prohibé et def- 
fendu aux personnes catholiques et vivantz 
sous la loy de l'église Romaine... et aussy 
que sans leur congé et permission seroit 
mariée avec maistre Jacques Deslandes 
ainsy que on dict qui est aussy distraict 
de la foy cathol. et ecclésiastique, lequel 
pareillement s'est retiré en la ville de Ge- 
nève, où ils ontfaictcy devant continuelle 
résidence et demeure. Et outre pour les 
grandes ingratitudes dont elle a usé envers 
le dit maistre Guillaume et sa femme, et à 



315 



DESLANDES — DES MAIZEAUX 



31G 



toute leur parenté et autres choses qui leur 
ont esté et sont cause d'infinis ennuiz et 
douleurs. A cette cause ils ont exhérédé et 
exhérèdent la dite Madeleine leur fille et 
icelie ont privé et privent de leur succes- 
sion et biens tant meubles que héritages... 
etc. » (Bibliot. de l'Institut de F. ms 472. 
P 133). Cet acte de rigueur n'avait cepen- 
dant pas réduit les fugitifs à la pauvreté 
car on les voit en 1561 vendre conjointe- 
ment (Noble Jaques Des Landes bourgeois 
et sa femme noble Magdeleine Poisson) ven- 
dre une maison (située dans la rue des Cha- 
noines) à Genève (Ragueau not. IV 303). 
Cette famille ne paraît pas avoir persisté 
à Genève. — Maistre Estienne Deslandes, 
président aux grands jours du Vendosraois, 
délégué comme ancien de l'église d'Angers 
au synode de Loudiin, nov. 1659. — « Le 
sieur Deslandes, gentilhomme de Saintonge, 
à Bassac, abjure le 29 septembre 1670 » 
(Gazette de F.) — Albert Deslandes, mem- 
bre du comité de seconrs de Londres de 
1706 à 1710. 

DES LOGES, voyez Brissac ; ci-dessus 
t. III col. 173. Voyez surtout Rechignevoi- 
sin, et ci-dessus t. III col. 299 ; voy. aussi 
M™e des Loges, Historiettes de Tallemant 
des Réaux (t*^ III) et Bull. IX 84. — Mi- 
chiel Desloges, de Rouen, admis à l'habita- 
tion à Genève, déc. 1553. — Deslogettes ré- 
fugié à Morges ( Vaud) en 1633. — Jeanne et 
Madelaine Des Longchamps- Bosquet enfer- 
mées aux Nouvelles cathol.de St-L(j, 1639. 

Des Mahis, voyez Grostéte. 

DES MAIZEAUX, famille bourbonnaise 
[Haag, IV 247]. Quatre jeunes gens de ce 
nom étaient étudiants à Facad. de Genève 
vers le milieu du XVIle siècle : Theophi- 
lus Desmaizeolis borboniensis inscrit au 
mois de mai 1639, Ludovicus D. borbo- 
niensis au mois de fev. 1640 et Abraha- 
mus D. borboniensis, en 1649, Samuel D. 
borboniensis en 1662. Un Louis Desmai- 
zeaux, probablement le deuxième de ceux 
qui viennent d'être nommés, naquit à 
Boarbon-Lancy en 1625 ; il était pasteur 
en 1654 à Vallon, puis à Chomérac, 1636- 
57 ; à St-Vincent de Barrés, 1657 et à Pail- 
hat de 1660 à 1685. Il avait épousé Made- 
laine de Montel qui vivait encore en 1685 
(Tt 259). Dans la dernière année de son 
ministère il fut l'objet de poursuites judi- 
ciaires pour avoir dit dans un sermon que 
chez les Romains le nom de roi était 



odieux. C'est vainement qu'il avait en 
même temps exhorté ses auditeurs à ho- 
norer leur souverain quoi qu'il les traitât 
avec rigueur et ajouté : Il est comme un 
bon père qui châtie ses enfants, mais ne 
laisse pas de les aimer (Tt 235). Nous 
ignorons l'issue du procès et quand se ter- 
mina la vie de ce pasteur ', chrétien infa- 
tigable qui desservait trois églises à la fois 
{Bull. VII 332), toutes trois il est vrai du 
Bourbonnais, mais à 30 lieues l'une de 
l'autre ; Pailhat, Issoire et Chirac (Corrèze, 
Puy-de-Dôme et Lozère). Son fils Pierbe, 
né à Pailhat en 1666, fut un infatigable 
écrivain. Il fit ses études de théologie à 
Genève, oti il est inscrit (Petrus Desmai- 
zeaux paillaccnsis apud Arvernos) en mai 
1693 et passa peu après en Angleterre où 
il devint un litlér;iteur instruit, philoso- 
phe et historien, fureteur des curiosités 
de l'érudition et surtout intermédiaire et 
protecteur des Français qui venaient cher- 
cher en Angleterre asyle et assistance. Il 
est mort à Londres au mois de juin 1745, 
laissant bon nombre d'ouvrages qui, mal- 
gré leur prolixité, se lisent encore avec 
plaisir à cause des faits exacts et curieux 
qu'ils contiennent. 

I. Mélange curieux des meilleures pièces 
attribuées à Saint-Évremont, et de plu- 
sieurs autres ouvrages rares ou nouveaux, 
Amsl., 1706, 2 vol. in-12 ; Cologne 
[Utrecht], 1708, 2 vol. in 12; nouv. édit. 
où l'on a retranché plusieurs pièces pour 
en ajouter de plus intéressantes; Amst., 
1726, 1739, 2 vol. in-i2. 

IL Vie de Saint- Évremond, sans date ni 
nom de lieu, in-4° ; La Haye [Rouen], 
1711, in-12, et déjà en tête des Œuvres 
de Saint-Évremont, à la publication des- 
quelles il eut part ; Colog. [Utrecht], 1708, 
in-4°. Au jugement de Moréri, c'est un 
écrit exact et bien détaillé, qui fait parfai- 
tement connaître Saint-Évremont et ses 
ouvrages. Le jugement d'André Sayous 
{Le dix-huitième siècle français à V étran- 
ger, t. I liv. 1 ; Paris, Amyot, 1861) a 
rendu celui de Moréri superflu. La meil- 

^ Quérard, dans ses Supercheries littéraires 
(2^ édit. I col. 917) reproduit une assertion tirée 
des Mélanges de littér. et d'hist. de Vigneul 
Marville (édit. de 1701, p. 281) d'après laquelle 
le nom de Louis Desmaizeaux serait un pseudo- 
nyme et son vrai nom : Margolelle. C'est quelque 
coq-à-l'âne. 



317 



DES MAIZEAUX 



DES MARAIS 



318 



leure édit. est celle d'Amsterdara, 1726, 
in-12. Lelong en indique de Londres, 
1705, et d'Amst., 1708. 

III. Vie de Boileau Despréaux, Amst., 
1712, in-12. 

IV. Life of John Haies and Chilling- 
worth, Lond., 1719, 1725, in-S». 

V. Collection of several pièces of John 
Locke, 1720, in-8o. 

VI. Recueil de diverses pièces sur la phi- 
losophie, la religion naturelle, l'histoire, 
les mathématiques par Leibnitz, Clarke, 
Newton (Collins) et autres auteurs célèbres; 
Amst., 1720, 2 vol. in-12; 1740, id. — 
Les lettres de (Ilarke ont été trad. par La 
Roche ; les Recherches de Collins par de 
Bons. 

VII. Œuvres diverses de Bayle ; La 
Haye, 1727-31, 1737, 4 vol. in-fol. 

VIII. Lettres de Bayle; Amst., 1729, 3 
vol. in-12. 

IX. Histoire naturelle, civile et ecclésias- 
tique du Japon; La Haye, 1729, 2 vol. 
in-f°. — Trad. de Kempfer. 

X. Vie de Bayle; La Haye, 173i, 2 vol. 
in-12 et depuis 1740 en tôte du Dictionn. 
de Rayle (Voy. ci-dessus t. I col. 1071 et 
72). Cette Vie a été traduite en allemand 
par Kohi ; Hamb., 1731, in-8o. 

XI. Scaligerana, Thuana, Perroniana, 
Pithœana et Colomesiana, ou Remarques 
historiques, critiques, morales et littéraires 
de J. Scaliger, etc., avec les notes de plu- 
sieurs savants, Amst., 1740, 2 vol. in-12. 
— Des Maizeaux, éditeur de cette collec- 
tion de livres en Ana, a mis en tête une 
Histoire des Scaligerana et ajouté au pre- 
mier Scaligerana les Remarques de Ver- 
tunien, de François de Sigogne, de Ta- 
neguy Le Fèvre, de Le Clerc, de Le Bû- 
chât, et les siennes propres ; le second 
Scaligerana est accompagné, dans cette 
édition des Remarq. de Sarrau, Daillé, 
Colomiès, Ce Clerc, Le Duchat et Des Mai- 
zeaux. 

Des Maizeaux a été aussi un des plus 
actifs coUaboratetlrs de la Rihliothèque 
britannique et de la Bibliothèque raison - 
née. Il a fourni également quelques arti- 
cles à l'Histoire critique de la république 
des lettres. On trouve plusieurs de ses 
lettres parmi celles de Bayle ; dans les 
Nouvelles de la république des lettres 
(avril 1704), une Lettre sur Arnaud d' An- 
dilly ; dans le môme recueil, une Explica- 



tion d'un passage d'Hippocrate, contre 
l'harmonie préétablie de Leibnitz ; dans 
le Journal des savants (année 1722), une 
Lettre écrite de Londres à M. l'abbé de 
Veissiére touchant l'art d'imprimer des ta- 
bleaux et des portraits en couleur, relative 
à la découverte du peintre Le Blond qui 
avait trouvé c la manière d'imprimer les 
tableaux avec la même exactitude que si 
on y employoit le pinceau et avec la mê- 
me facilité qu'on imprime les toiles et les 
estampes. » Enfin, selon Quérard, Des 
Maizeaux a donné une trad. anglaise du 
Télémaque. — On conserve au British 
Muséum une série de neuf volumes in folio 
contenant sa correspondance [Bull. II, 78, 
et XV). 

Les deux Des Maizeaux dont nous ve- 
nons de parler étaient sans doute apparen- 
tés de près à Philippe Des Maizeaux, apo- 
thicaire à Bourbon-Lancy, signalé, avril 
1685, comme protestant par l'Intendant de 
Bourgogne (ÏT 287). Il avait fait aussi ses 
études à Genève, en 1(340, et avait été reçu 
ministre en 1654, au synode d'Annonay 
(Tt 259). 

DES MARAIS (Robeht), seigneur de 
Saint-Aubin-sur-Arques [Haag, IV 249]. Il 
y avait à Saint-Aubin, dès 1563, une église 
desservie par Jean de Monanges, qui se 
réfugia en Angleterre à la St-Barlhélemy, 
en 1572. Avant cette date, c'était dans le 
château de Rob. des Marais que s'assem- 
blait l'église protestante de Dieppe qui 
avait alors deux pasteurs, de La Grève 
(aliàs Lagroue) et Duval. A la nouvelle du 
massacre de Paris, l'un et l'autre se hâtè- 
rent de fuir, abandonnant leur troupeau 
qui fut bientôt dissipé. Quelques-uns seu- 
lement opposèrent aux persécutions une 
constance inébranlable, comme Robert Le 
Mire et Jacques Bacou'èl, qui n'ayant pas 
voulu se convertir, reçurent liestrapade de 
la main du gouverneur Sigognes lui-même, 
le jour de Pâques 1573, et furent jetés en 
prison, où ils restèrent jusqu'à la paix. 
Pour la même cause, Raoulin Simon fut 
promené par les rues en chemise, une tor- 
che au poing, et banni. Judith Servie fut 
traitée avec plus de rigueur encore ; mais 
aussi son crime était énorme : elle n'avait 
pu s'empêcher de manifester sa joie en 
apprenant la mort du roi Charles IX. Con- 
damnée au fouet et à la prison, elle per- 
sista opiniâtrement dans « son crime, » 



319 



DES MARAIS — DES MARETS 



320 



dit le prêtre Asseline, et en conséquence 
elle fut traînée sur la claie et pendue sur 
la place du marché. 

Que devint le seigneur de Saint-Aubin 
dans ces terribles conjonctures? Suivit-il 
l'exemple presque général en se convertis- 
sant? Nul ne nous l'apprend. Nous lisons 
seulement dans un msc. de la Bibl. nat. 
S. Germ. 676 (soit fr. 16898), qu'il laissa 
de son mariage avec Gabrielle de Mouchy 
un fils nommé Daniel qui épousa Anne 
Roland. De ce mariage naquit Gédf.on, 
seigneur de Saint- Aubin. Gédéon prit pour 
femme Marie Matthieu, qui le rendit père 
de deux fils : George, sieur de Saint-Aubin, 
marié à Elisabeth Michel, dont il eu t George 
et Antoine; et Gédéon, qui épousa Judith 
Lucas. — Desmarais, pasteur des Cévennes, 
réfugié au pays de Vaud, 1688 (Bull. IX, 
153). 

DESMARES (Jean) de la paroisse de 
Prinçay en Poitou, abjure, 7 oct. 168o 
(i3e catal. de Clouzot libr. à Niort).— M'ie 
Des Mares, signalée comme relapse par 
l'Intendant de (ïaen, 1686. — (Suzanne) fille 
de 12 ans, d'Alençon, assistée à Londres 
(4 1.), 1705. 

Des Marées. Voyez Marées (de). 

1. DES MARETS (Ésaïe), ministre de 
Vais en 1620 [Haag, IV 249]. Le synode 
du Vivarais, cédant à des animosités par- 
ticulières, l'avait forcé, en 1620^ de don- 
ner sa démission, sous le vague prétexte 
qu'il ne se conduisait pas avec assez de 
gravité, et Des Marets avait été placé à 
Alais où il se vit encore en butte aux ca- 
lomnies d'un certain Ginnoux ; mais cette 
fois, le synode national de Castres, dévoi- 
lant l'intrigue, força l'accusateur à recon- 
naître Des Marets et son collègue Couran 
« pour de très dignes et très fidèles minis- 
tres de l'Évangile, d'une vie exemplaire 
et sans tache. » Il continua donc à exercer 
paisiblement ses fonctions à Alais jusqu'en 
1632, qu'il fut condamné à mort pour 
n'avoir pas empêché les habitants de cette 
ville de suivre le parti de Montmorency ! 
Son collègue Couran fut banni, et Scoffier, 
ministre de Lunel, n'échappa au même 
sort que par un avis opportun qu'il donna 
au gouverneur d'Aigues-Mortes. Hâtons- 
nous d'ajouter que la sentence ne fut pas 
exécutée, puisque nous voyons par les 
Actes du synode de Charenton que le dif- 
férend du ministre avec le synode du Vi- 



varais n'était pas encore vidé en 1645. — - 
François, fils d'Ésaïe, naquit k Alais et se 
fit inscrire comme étudiant en théologie à 
l'acad. de Genève (Fr. Marestius alesten- 
sis) en octobre 1634; il était proposant de 
théologie à Montauban en 1640, et fut suc- 
cessivement pasteur dans trois églises du 
colloque d'Anduze : à Canaules jusqu'en 
1660, à Bayards jusqu'en 1670 et à Saint- 
Hilaire de Brethmas de 1671 à 1682. 

2. DES MARETS (Samuel), en latin 
Maresius, un des plus iéconds, sinon des 
plus savants théologiens protestants du 
xviie siècle, né àOisemont, le 9 août 1599, 
et mort à Groningne, le 18 mars 1673 
[Haag, IV 249]. 

Depuis sa conversion à la religion réfor- 
mée, la famille Des Marets n'avait pas 
cessé un instant de se montrer fort atta- 
chée aux doctrines évangéliques. Lambert 
DES Marets, homme honoré et opulent, 
avait exercé la charge d'ancien dans l'église 
recueillie chez le prince Porcien. Son fils 
David, seigneur du Feret, non moins zélé 
que lui pour la cause de la Réforme, s'était 
établi à Oisemont où il remplissait les 
fonctions de juge ordinaire, lieutenant ci- 
vil et commissaire de la marine. )1 avait 
épousé Madeleine Vauquet, d'une bonne 
famille picarde. De ce mariage naquirent: 
lo Charles qui étudia le droit à Heidel- 
berg et à Orléans (mort à Paris, avocat, 
14 fév. 1661), 2o Samuel. 

Ce dernier était d'une santé si débile 
que, jusqu'à l'âge de 12 ans, on fut obligé 
de le nourrir seulement de lait. Cependant, 
à mesure qu'il grandit, sa constitution se 
fortifia et il atteignit 74 ans sans avoir été 
jamais malade. Il montra de bonne heure 
une grande inclination pour l'étude. A sept 
ans, il avait déjà lu deux fois la Bible. A 
douze, il fut confié aux soins d'Esaïe Blan- 
chard, ministre d'Oisemont, qui lui apprit 
rapidement le grec et le latin. Il n'avait 
que treize ans, lorsque son père l'envoya 
à Paris faire sa philosophie. De là, il se 
rendit à l'académie de Saumur où il étu- 
dia la théologie sous Gomar et l'hébreu 
sous Cappel; mais il n'y resta que peu de 
temps. Il alla suivre encore pendant un 
an les cours de l'université de Genève (Sa- 
muel Desmarets picardus, 1618), et revint 
dans sa ville natale en 1619. David Des 
Marets, ambitieux pour son fils, voulut 
qu'il se perfectionnât dans l'art de la pré- 



321 



DES MARETS 



322 



dication, et il pria Samuel Durant, minis- 
tre renommé de Paris, de lui donner quel- 
ques leçons d'éloquence, en attendant qu'il 
eût l'âge de prétendre au ministère. Ce fut 
au synode deCharenton, 1620, que Samuel 
Des Marets fat consacré, et aussitôt pourvu 
de l'église de Laon ; une tentative d'assas- 
sinat commise sur sa personne l'obligea 
de quitter cette ville en 1623. Voici com- 
ment un écrivain catholique, Devisme, 
raconte cet attentat dans son Histoire de 
Laon. D'Hurtebize, gouverneur de La Fère, 
s'étant converti à la religion romaine, et 
sa femme ayant suivi son exemple après 
de longues hésitations, Des Marets écrivit 
à cette dernière pour l'exhorter à rentrer 
dans l'Église réformée. La nouvelle catho- 
lique lui adressa en réponse un exposé des 
motifs qui l'avaient déterminée à abandon- 
ner le protestantisme. Le ministre de 
Laon les réfuta dans un écrit qu'il rendit 
public, et la hardiesse de sa réfutation ir- 
rita les Jésuites qui menacèrent hautement 
de se venger. Le 13 déc. 1623, Des Marets,' 
sortant de la maison de son oncle, Samuel 
Vauquet, fut frappé d'un coup de couteau 
en pleine poitrine. L'assassin s'esquiva et 
la justice mit peu d'empressement à le dé- 
couvrir. Les souprons se portèrent sur le 
P. d'Aubigny, qui s'était déjà acquis une 
triste réputation dans le procès de Ravail- 
lac. 

Des Marets s'éloigna d'une ville où ses 
jours étaient ainsi menacés. Il vint à Paris 
où il ne passa que quelques mois. Dès 
1624, le synode de Vitry l'appela à desser- 
vir l'église de Falaise en Champagne, et 
l'année suivante, l'académie de Sedan lui 
offrit la chaire laissée vacante par la mort 
de Cappel. Il l'accepta à condition qu'on 
lui accorderait au préalable un congé pour 
visiter la Hollande et l'Angleterre. Après 
avoir pris le bonnet de docteur à Leyde, 
et soutenu à cette occasion une thèse De 
justificatione hominis coram Deo, qui a été 
insérée dans les Thèses de Sedan, il s'em- 
barqua pour Londres, et revint à Sedan à 
la fin de 1625. Le duc de Bouillon l'ayant 
choisi pour son ministre, il dut l'accompa- 
gner dans sa campagne de Hollande, en 
1631, et fut placé comme pasteur à Maës- 
tricht, lorsque le prince en fut nommé 
gouverneur; mais les nombreux désagré- 
ments que lui firent essuyer les catholi- 
ques, surtout après la conversion du duc, 



le décidèrent à donner sa démission. En 
1636, il fut appelé à Bois-le-Duc en qua- 
lité de ministre et de professeur de théo- 
logie; puis au commencement de 1643, à 
Groningue, comme collègue de La Haye à 
qui ses infirmités permettaient rarement 
de remplir les fonctions de sa place. Des 
Marets se chargea généreusement de le 
suppléer dans toutes les occasions, et 
pendant les neuf années que ce digne 
pasteur vécut encore, il prêcha tous les 
dimanches, bien que sa nomination 
à la chaire de théologie et d'histoire 
ecclésiastique lui eût bientôt imposé un 
double fardeau. Il trouva le temps de suf- 
fire à tout, et rendit de si bons services à 
l'université de Groningue, que plusieurs 
académies essayèrent d'enlever à celle-ci 
un homme aussi habile. Montauban le de- 
manda pour remplacer Garissoles, et à 
diff'érentes époques Marbourg, Lausanne, 
Leyde, Franeker lui firent faire inutile- 
ment les offres les plus avantageuses. Ce- 
pendant, sur la fin de ses jours, il se dé- 
cida h accepter une chaire dans l'univer- 
sité de Leyde, et il se disposait à en aller 
prendre possession, lorsqu'il mourut. 

Au jugement de Bayle, Des Marets était 
fort laborieux ; il écrivait facilement, avec 
beaucoup de feu et d'érudition. Paquot 
lui accorde aussi ces qualités, sauf la 
dernière. « Il n'écrivait, dit-il, que médio 
crement le latin, savait fort peu de grec et 
d'hébreu, n'avait pas une intelligence pro- 
fonde de l'Écriture ni de l'histoire ecclé- 
siastique, et il avait à peine effleuré la 
morale. » L'écrivain belge est trop sévère. 
Sans écrire le latin comme Calvin, sans 
savoir le grec comme Estienne ou l'hébreu 
comme Cappel, Des Marets était aussi versé 
dans ces trois langues que la plupart des 
meilleurs théologiens de son siècle; il 
parlait, en outre, l'italien et l'espagnol. 
Son érudition était vaste ; seulement nous 
avouerons qu'il ne l'a pas toujours em- 
ployée à défendre la vérité, aveuglé qu'il 
était par les préjugés de sa secte, ou em- 
porté par la fougue de son caractère. La 
violence de sa polémique dépassa souvent 
toutes les bornes de la modération. Né 
pour la lutte, il accepta toujours et provo- 
qua souvent le combat, non seulement 
avec les docteurs catholiques, mais avec 
les écrivains de sa propre communion qui 
ne partageaient pas toutes ses opinions, en 

v. 11 



323 



DES MARETS 



324 



sorte que Burman a pu lui reprocher avec 
raison de n'avoir épargné presque aucun 
des théologiens de son temps. On a de 
lui : 

I. Sermon sur la prédestination, 1623, 
in-24. — Anonyme, imprimé sans sa par- 
ticipation. 

II. De iniqiiâ disputandi nobiscum mé- 
thode à Jesuitis usurpatâ, 162o. — Peut- 
être la réponse de Des Marets à M'"e d'Hur- 
tebize (Conf. col. 321). 

III. De judice controversiarum, 1625. 

— Thèse inaugurale inscrite dans les Thè- 
ses sedanenses. 

IV. Préservatif contre la révolte, Sedan, 
1628, in-8o. 

V. L'esprit du bourgmaistre Beckman 
retourné de Vautre monde, aux fidèles 
bourgeois de la cité de Liège, 1633, in-12. 

— Anonyme. 

VI. Abrégé de la voye du salut, ou décla- 
ration familière de la vérité chrétienne par 
forme de catéchisme pour confirmer les ca- 
tholiques et instruire les douteux ou errans, 
avec les observations des RR. PP. Jésuites, 

1633, in-12. — Anonyme. 

VII. Apologie et requeste pour ceux qui 
font profession de la R. R. à MM. les dé- 
putez des trois Estats, des citez, bonnes 
villes et pays de Liège, 1633, in-12. — 
Anonyme. 

VIII. Prosopopée ou discours de l'espée 
qui a décapité Simonet, 1633. in-12. — 
Anonyme. 

IX. Acta disputationis habitx Trajecti 
inter anonymum quemdam franciscanum 
et ministros Trajectenses, 1633, in-4°; 
réimp. avec le noXIII. — Cette conférence 
roula sur le sacrifice de la messe. 

X. Traité de la procession anniversaire 
des Battus ou Flagellans sous la conduite 
des Dominicains, 1631, in-12. 

XI. L'imposture monacale ou la fable du 
monstre découverte, 1634, in-12. 

XII. La voix du peuple et de Dieu, 

1634, in-12. 

XIII. Monachomachia sive vindicise pro 
veritate R. R., Gron., 1634, in-S». 

XIV. La chandelle mise sous le boisseau 
par le clergé romain, Mastrecht, Ezéch. 
Boucher, 1635, in-S". — Au sujet d'un 
mandement de l'évêque de Liège qui dé- 
fendait la lecture de l'Écriture sainte en 
langue vulgaire. 

XV. Response facile et péremptoire à 



l'argument prétendu invincible touchant la 
lecture des Saintes Lettres en langue vul- 
gaire, 1635, in-12. 

XVI. Salus Reformater um asserta, 1635, 
in-8o ; Gen., 1650, in-8°. 

XVII. Brevis ad Theodorum, Tranquil- 
lum parœnesis; additse virgidemiœ Phi- 
lippi Ludovici adv. eundem, 1635, in-12. 

XVIII. Scholx illustris Sylcxducensis 
inauguratio, Sylvajduc, 1637, in-4o. 

XIX. Spécimen jurisconsulti orthodoxi, 
sive enucleatio qusestionis juridico-politicee : 
An jurisperiti cathoUco-romani ex Justi- 
niani Coïlice satis firma habeant argumenta 
remanendi iii communione Ecclesiœ roma- 
nœ? Sylv., 1638, in-16. 

XX. Dissertatio de Anti-Christo, Amst., 
1640, in-8°. — Grotius, contre qui cet 
écrit est dirigé, y répondit avec vivacité 
dans son Appendix. 

XXI. Amplissimi viri considerationes 
erotematicœ circà fœnus Trapeziticum, 
cum responsione, Gron., 1641, in-12; 2e 
édit., augm. d'une Prsefatio de famosd 
priefatione nuper admodum prœfixâ libro 
qui inscribitur Nova philosophia refor- 
mata, Gron., 1657, in-4o. 

XXII. Eschantillon des maximes du 
clergé romain es Provinces-Unies, 1641, 
in-12. — Contre le Mars gallicus de Jan- 
sénius. 

XXIII. Vindicix pro sainte Reformato- 
rum, Sylv., 1641, in-8o ; trad. en flam., 
1646, in-12. 

XXIV. Abrégé familier du catéchisme 
ordinaire des églises réformées es Provinces- 
Unies, Bois-le-Duc, 1641, in-8o ou in-16. 

XXV. Cursus philosophici contracti pars 
practica, continens Logicam et Ethicam, 
cum Œconomicœ synopsi et isagoge ad Po- 
liticam, 1642, in-4°. — A l'usage de l'aca- 
démie de Bois-le-Duc. 

XXVI. Concordia discors et Anti-Chris- 
tus revelatus, Amst., 1642, 2 vol. in-8°. 
— Réponse à Grotius aussi vive que son 
Appendix. 

XXVII. Defensio pietatis et sinceritatis 
optimatum Sylvœducensium in negotio so- 
dalitatis quœ à B. Virgine nomen habet, 
testibus veritate et charitate, Sylv., 1642, 
in-4° ; 1643, in-12 ; réimp. avec le n° 
XXXV. — Dans ce livre, Des Marets prit 
la défense d'une mesure politique des 
États-Généraux qui, après la conquête de 
Bois-le-Duc, avaient ordonné l'admission 



325 



DES MARETS 



326 



des protestants dans la confrérie dn Ro- 
saire, après qu'on aurait retranché tout ce 
qui, dans ses pratiques, pourrait blesser 
leur conscience. Les cattioliques résistèrent 
d'abord, prétextant que cette confrérie 
était une association purement religieuse ; 
mais on leur rappela que, pour sauver ses 
biens lors de la capitulation, ils avaient 
juré qu'elle était une société civile, et ils 
durent se soumettre. Cet accommodement 
déplut à Voëtius. Dans des thèses publi- 
ques, il soutint que les protestants ne pou- 
vaient, sans préjudicier à leur religion, 
faire partie d'une association souillée par 
l'idolâtrie papiste. Quelque rigide qu'il fût. 
Des Marets trouva que c'était aller trop 
loin, et il entreprit de lui répondre. ï\ le 
fit avec tous les ménagements possibles; 
néanmoins l'irascible professeur d'Utrecht 
s'emporta, et il s'en suivit une longue 
querelle qui enfanta bien des ouvrages 
jusqu'à ce qu'une haine commune réunit 
les deux adversaires contre Coccéius et 
ses partisans. 

XXVIII. Oratio inaugularis de usu et 
abusu rationis in rébus theologicis, Gron., 
1643, in-4o. 

XXIX. Epistola apologetica ad amicum, 
quâ rationem reddit cur non responderit 
libro [à Voëtio] contra se edilo, sub hdc 
mscriptione : Spécimen assertionum, etc., 
Ultraj., 1643, in-16. 

XXX. Sapientise domiis et epulum ex 
Prov. IX, sive oratio habita in rectoratu 
adeundo 23 augusti 1644, Gron., 1644, 4°. 

XXXI. Oratio funebris in luctuosissi- 
mum obitum theologi celeberrimi D. Heur. 
Alting, Gron., 1644, in-4o. 

XXXII. Enchiridion candidatorum sacri 
ministerii, Gron., 1643, in-12. 

XXXIII. CoUegium theologicum, sive 
brève systema universœ theologiœ, Gron., 
1645, in-4°. — Ce système théologique 
fut trouvé si méthodique qu'on l'adopta 
dans plusieurs universités protestantes. Il 
fut réimp. avec augm., en 1649, en 1636, 
en 1662 et en 1673, in-4o. Cette dernière 
édit., la plus ample et la meilleure, con- 
tient le catal. des ouvrages de l'auteur. 

XXXIV. Epigraphe Athenxi Groningœ 
et Omlandise sive oratio habita in recto- 
ratu deponendo; necnon brevis refutatio 
libelli famosi à quodam jesuitâ sycophantâ, 
se falsù W. Gutherthomâ vocante, antè 
biennium emissi, ac nuper hùc remissi sub 



titulo : Muneris, etc., Gron., 1643, in- 
4o. 

XXXV. Samuelis Maresii theologi ultima 
patientia tandem expugnata à D.-G. Voë- 
tio et quibusdam aliis asseclis, Gron., 1643, 
in 8°. 

XXXVI. Bonœ fidei sacrum, Gron., 
1646, in-12. — Choisi pour juge d'un dif- 
férend entre Schoockius et Voëtius, Des 
Marets se prononça contre ce dernier, qui 
l'accusa de partialité. Il repoussa avec 
force cet injuste reproche. 

XXXVII. Dissert, theologica de usu et 
honore sacri ministerii in ecclesiis refor- 
matis, Gron., 1646, in-4o; 2e édit. augm., 
1638, in-4o. 

XXXVIII. Lingua abortiva à G. Voëtio 
refossa et adhibita ad atroces columnias ex 
suo Tribunali iniquo, Judicio pseudo-Rive- 
tiano, et simililibus libellorum famosorum 
quisquiliis, vel jani editis, vel porrù eden- 
dis, pronunciandas in Sam. Maresium, ah 
mis ad sequissimum Dei tribunal promcan- 
tem, Gron., 1646, in-4o. 

XXXIX. Biga fanaticorum eversa, sive 
Dissertât. II : prima, Vindicise pro SS. 
Trinitatis mysterio ; secunda, Refutatio 
XXVIII objectioniim D. N. N. contra varia 
religionis christianx capita, Gron., 1646, 
in-12. 

XL. Theologix elencticse nova synopsis, 
Gron., 1640-48, 2 vol., in-4o. 

XLI. Lettre escrite par un gentilhomme 
françois, faisant profession de la R. R., à 
un amy hollandois, au sujet des libelles dif- 
famatoires qui se publient en Hollande con- 
tre les François, Gron., 1647, in 4°. 

XLII. Expostulatio ad Voëtiïim de vio- 
latd fide publicâ, editione epistolse virulen- 
tissimx quam nuper emisà Ultrajecti sub 
nomine Isaaci Chabanœi; Gron., 1647, 
in-8o. — Les curateurs de l'université de 
Groningue et les magistrats d'Utrecht s'en- 
tremirent enfin pour faire cesser une que- 
relle qui durait depuis trop longtemps. 
Les deux adversaires convinrent que tout 
acte d'hostilité cesserait entre eux; mais 
Voëtius viola sa promesse en publiant un 
livre très injurieux contre Des Marets qui 
lui répondit par cet ouvrage. 

XLIII. Exorcista sive de exorcismis li- 
ber singularis, cui adjiciuntur dissert. 
III : {0 De deo Maozim. (Des Marets af- 
firme que, sous ce nom, Daniel, XI, 38, 
parle du sacrifice de la messe) ; 2» De calice 



327 



DES MARETS 



328 



eucharistico ; 3» De precibus pro mortuis, 
Gron., 1648, in-16. 

XLIV. Qusestionum aliquot theologica- 
rum regimen, ordinem, praxin et euta- 
œiam Ecdesix spectantium, decisio acade- 
tnica, Gron., 1648, in-4o; 2e édit. aiigm. 
des deux dissertations, nos xlvii et 
XLviii, Gron., 1653, in-4°. 

XLV. Munera sacra sapientium, sive 
diatribse theologicœ de auro, thure et myr- 
rhâ quse Magi ex Oriente Christo obtule- 
runt, Gron., 1648, in-4". 

XLVI. Theologus paradoxus retectus et 
refutatus, Gron., 1649, in-i2 ; 1658, in-4o. 

— Contre Voëtius. 

XLVII. Popularis ad popularem, sive 
Irenxi Simplicii Philadelphi [S. Maresii] 
epistola, Gron., 1649, in-4». 

XLVIII. Ad epistolam R. D. N. N. ex 
Transsylvaniâ nuper scriptam brevis res- 
ponsio, Gron., 1649, in-4o. 

XLIX. Stevartus iXi-{yôu.i^c;, sive Jona- 
thanis Helosii spongia destinata acerbissi- 
mo et convicioso libello quem nuperrimè 
sub hoc titulo : Addenda, etc., 1649. — 
Cet ouvrage lui est attribué par Placcius. 

L. Epistola antapologetica pro synodi 
Dordracensis judicio de objecta prsedesti- 
nationis, Gron., 1651, in-4o. 

LI. Theologus pacifiais, sive dissertatio 
theologica de syncretismo et 7'econciliatione 
partium in religione dissidentium, quous- 
que et quibuscum optari et urgeri possit, 
Gron., 1651, in-4o ; Gen., 1C62, in-12. 

LU. Synopsis verœ catholicxque doctîHnœ 
de gratia et annexis quxstionibus, Gron., 
1651, in-4o ; 2e édit. augment., 1654, in-4o. 

— Des Marets montre la conformité des 
opinions des Jansénistes et des Calvinistes 
sur la grâce. S'il faut en croire Hermant, 
chanoine de Beauvais, il n'a fait que tra- 
duire le catéchisme de Matthieu Feydeau, 
janséniste célèbre, en y ajoutant une pré- 
face et de longues remarques. 

LUI. Jonathanis Helosii hyperaspistes, 
sive epistola Nathanaëlis Agamenii ad C. 
Salmasium de novis quibusdam deliramen- 
tis et portentosis hœresibus Adami Stevarti, 
Gron., 1651, iri-12. 

LIV. De legitimis causis desertœ à prse- 
decessoribus, ac porrô deserendse ab omni 
homine salutis studioso communionis ponti- 
ficiœ, Gron., 1651, in-4o. 

LV. Dissert, theologica de peccato in 
Spirit. Sanctum, Gron., 1651, in-4o. 



LVI. Hydra socinianismi expugnata^ 
Gron., 1651, 1654, 1662, 3 vol. in-4«. — 
Contre le savant socinien J. Volkel. 

LVII. Auctarium primum Bibliothecse 
D.-G. VoHii nuper recusœ cum virulente 
prfcfatione, Gron., 1652, in-12. 

LVIII. Fœderatum Belgium orthodoxum, 
sive confessionis ecclesiarum Belgicarum 
exegesis, Gron., 1652, in 4o. 

LIX. Munimen orthodoxiw et perseve- 
rantiœ evangelicie, Gron., 1652, in-4o. — 
Publié au sujet de l'abjuration du land- 
grave de Hesse. 

LX. Reflexiones ad quatuor Erotemata 
per Germanium non ita pridem dissemi- 
nata, et eorum solutionetn factam à P. Va- 
leriano Magno capucino, Gron., 1652, 4°. 

LXI. La Bible qui est toute la Saincte 
Écriture, reveue et conférée sur les textes 
hébreux et grecs, Charent., 1652, in-12. 
— Nous attribuons cette édit. de la Bible 
à Des Marets sur la foi du Catal. de la 
Bibl. nationale. 

LXII. Senio sacrarum dissertationum 
propositarum et habitarum in académie 
Groning-Omlandicâ, Gron., 1653, in-4o. 

LXIII. Catalogus librorum N. T. de qui- 
bus lis est inter Christianos, Gron., 1653, 
in-4o. 

LXIV. Synopsis qunestionis de cœnâ Do- 
mini, Gron., 1653, in-4o. 

LXV. Valeriani Magni capucini metho- 
dus àu.sôcS'oç et ignis fatuus; sive 1° Exa- 
men theologicum novse methodi ab ipso pro- 
cusœ ad retrahendos Protestantes sub ju- 
gum Pontifias; 2e Refutatio libelli alterius 
quem posteà sub titulo : Lucis in tenebris 
lucentis emisit, Gron., 1654, in-4o. 

LXVI. Apologia novissima pro S. Au- 
gustino, Jansenio et Jansenistis contra Pon- 
tificem et Jesuilas, Gron., 1654, in-4''. 

LXVII. Epistola castigatoria ineptissi- 
mx Castigationis quam A.-G. Volusius op- 
posuit, Gron., 1655, in-4o. 

LXVIIl. Dissert, theologica ad Auroram 
volusianam, Gron., 1655, in-4o. 

LXIX. Exemptio scrupubrum quos mis- 
sionarii pontificii injicere conantur cons- 
cientiis Protestantium ad eos seducendos, 
Gron., 1655, in-4°. 

LXX. Refutatio fabulse prseadamiticse, 
Gron., 1655, in-16, 1656, in-4o; Sylv., 
1658, in-4o. 

LXXI. Oratio theologica de duobus ex- 
tremis in quœstu vitandis, Ultraj., 1656,4". 



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DES MARETS 



330 



LXXn. Oratio theologica de duobus ex- 
tremis in pesle Jeclinandis, rui adjungitur 
diatriba an possit et debeat homo clirislia- 
nus in suis morbis mediros admcare, Gron., 
1656, in-4o, 1661, in-i». 

LXXIII. Judicium et respon.mm ad 
quxslionem sibi proposilam de canonicis 
Ultrajeclinis qui reformatam religionem 
profitentur, Gron., 1656, in-8o ; 2e édit. 
âugm., Gron., 1657, in-'io. 

LXXIV. Epicrisis theologica ad qusestio- 
nes de gratid et redemptione universali, 
pro restrictione gratire salutaris et redemp- 
tionis in Christo ad sohs electos, adc. J. 
Dallœi Apologiam, Gron., 1656, in-12; 2e 
édit. augm. de Stricturœ brèves ad Dallœi 
Vindicias, Gron., 1661, in-i". 

LXXV. Examen theologicum IV quœs- 
tionicm : i° De episcoporum origine contra 
J. Prideaux ; 2" De clericorum jurisdic- 
tione temporali ; 3» De divortiis ; 4e De 
mmihilatione mundi, Gron., 1657, in-12. 

— Selon jN'icéron, le traité contre Prideaux 
fut publié séparément à Gron., 1657, in-4°. 

LXXVI. Dissert, theologica pro SS. Tri- 
nitate, seu de vocibus Trinitatis, essentite, 
personx, éu.couaîou et similibus in Ecclesiâ 
retinendis, Steph. Curcellœo opposita, 
Gron., 1658, in-io. 

LXXVII. Compendiosa papismi refuta- 
tio, 2e édit. revue et augm., Gron., 1658, 
in-4o. — Aucun bibliographe ne fait men- 
tion de la première. 

LXXVFII. Johanna papissa restituta, 
Gron., 1658, in-4o. — Des Marels dépense 
beaucoup d'érudition pour soutenir contre 
Blondel une cause perdue. On conserve à 
la Bibliot. de Grenoble, u° 20563, un au- 
tre traité de lui intitulé Animadcersiones 
chronologicœ in Joannam papissam contra 
anacrisin Dav. Blondelli reslitulam, ms. 
in-4o. 

LXXIX. Oratio parentalis in obitum P. 
Eissenghe, Gron., 1658, in- 4°. 

LXXX. Celebriorum distinctionum tum 
philosophicarum tum theologicarum synop- 
sis H.-Ludovici Castanmi Hupipozai cum 
notis perpetuis, Tigur., 1659, in-12; 1667, 
in-8o. 

LXXXI. Decisio academica quxstionum 
nliquot theologicarum, Gron., 1659, in-4°. 

— Peut-être une réimp. du n° xliv? 
LXXXII. Videntes, sive dissertatio theo- 
logica de prophetiâ et prophetis, Gron., 
1659, in-4o. 



LXXXIII. Xenia academica, sive 1° Dis- 
putatio theologica de personalitate, adeôque 
divinitate Spiritûs Sancti contra Socinia- 
nos ; 2o Apologia trimembris pro decisione 
synodi Dordracenœ de objecto prédestina - 
tionis. Accesserunt duo alia opuscula ad 
hanc materiam spectantia : primuvi est 
Epistola antapologetica pro synod. Dor- 
drac. judicio de objecto prxdestinationis ; 
secundum Dissert, tlieol. de peccato in Spi- 
ritum Sanctum, Gron., 1660, in-4°. — Ces 
deux derniers opuscules ont été mention- 
nés sous les nos i^ et lv. 

LXXXI V. Fasciculus myrrhte, continens 
varios tractatus theologicos maxime pole- 
micos, Gron., 1660, in-4o. 

LXXXV. Responsi et judicii theologici 
de canonicis Ultrajectinis viiidicise, Gron., 
1660, in-4o. 

LXXX VI. Institutionum juris canonici 
lib. IV, M.-Ant. Ciiccho authore, cumscho- 
liis et animadversionibus, quibus prsefigi- 
tur dissert, theologica de jure canonico, 
Gron., 1660, in-4°. 

LXXXVII. Dissertaliuncula historico- 
theologicade Waldensibus, Gron., 1660, 4o. 

LXXXVIII. Reflexiones brèves ad con- 
ceptum M. Netheni circà reformationem 
quinque capitulorum Ultrajectinorum , 
Gron., 1660, in-4o. 

LXXXIX. Sermon sur le pseaume V, 
verset 8, prononcé chez M. l'ambassadeur 
de MM. des Estais et Provinces-Unies, le 
3 aoust 1659, par Sam. Des Marets, min 
de la P. de Dieu et prof, de théol. à Gro 
ningen. Charenton, 5 fév. 1660, 36 p. in-8<» 

XG. Sylloge disputationum selectiorum 
Gron., 1660, in-4o ; Gen., 1662, in-4o 
— Ces dissertations roulent sur Melchisé 
dec, la manne, la robe sans couture 
l'Éden, l'arbre de la vie, l'enlèvement 
d'Élie, les synagogues, etc. Trois ans plus 
tard. Des Marets y ajouta une suite sous le 
titre de Sylloge disputationum aliquot se- 
lectiorum, Gron., 1663, 2 vol. in-4o. 

XCI. Epistola ad amicum de reconcilia- 
tione inter se et Voëtiuin, Gron., 1661, 4°. 

XCII. Relatio coUoquii inter theologos 
Marpurgenses et Ri^itelenses, cum observât., 
Gron., 1663, in-4°. 

XCIII. Defensio fidei catholiciv et ortho- 
doxse de SS. Trinitate, peccato originali, 
salute per solum Christum et justificatione 
ex illius fide, opposita Quaternioni Steph. 
Curcellœi sociniani, Gron., 1662, in-4o. 



331 



DES MARETS 



332 



XCIV. Disputatio de origine et condi- 
tione festi communionis romanœ de sancto, 
ut loquuntur, sacramento, Gron., 1663, 4°. 

XCV. Chiliasmus enervatus, sive disput. 
theologica de conjimctione omnium plane- 
tarum in Sagittario, fada an. 1662, et de 
eis qiise per illam portendi dicimtur ; et 
Vindiciiie de conversione universali et res- 
titutione Judseorum, nec-non de abolitione 
Anti-Christi, Gron., 1664, in-4°. — Con- 
tre le millénaire Pierre Serariiis. 

XCVI. Epistola ad J. Coccéium de suis 
responsionibus ad lxxxiii quœstiones sibi 
prœpositas, Gron., 1665, in^". — Selon 
Nicéron, la première édit. parut en 1663. 

XCVII. De abusu philosophiœ cartesianx 
surrepente et vita7ido in rébus theologicis 
et fidei, Gron., 1667;, in-l°. 

XCVIII. La Sainte Bible françoise, édit. 
nouv., Amst., 1669, 2 vol. in-fol. — Des 
Marets, qui fut aidé dans ce travail par 
son fils Henri, se contenta de réimp. la 
version de Genève sans changement; il y 
joignit seulement des remarques tirées de 
Diodati et d'autres, mais avec peu de dis- 
cernement. Au lieu de se borner à de cour- 
tes notes, il se jeta dans de longues disser- 
tations et, dans le choix des remarques, 
il adopta toujours, sans aucune critique, 
celles qui favorisaient si^s opinions. « Tout 
ce grand ouvrage de remarques sur la ver- 
sion de Genève, dit Richard Simon, a été 
extrêmement gâté par les additions peu 
judicieuses de celui qui les a recueillies, 
outre qu'il n'a pas eu assez de capacité 
pour en faire un bon choix. » Quoique 
sortie des presses des EIzevir, cette édition 
est pleine d'ailleurs de fautes d'impression. 
Le Pentateuque avait déjà paru séparé- 
ment à Gron., 1663, in-fol. 

XCIX. De crucifixione Messise contra 
Jîidwos, Gen., 1669, in-4°. 

G. Audi altérant partent S. Maresii et 
J. Altingii, Amst., 1669, 2 vol. in-12. 

CI. Histoire curieuse de la vie, de la 
conduite et des vrais sentimens du sieur 
J. de Lahbadie, La Haye, 1670, in-12. 

CH. Vindiciie dissertationis de abusu 
philosophix cartesianee, adv. Petruni de 
Andlo [Régner de Mansfeld], Gron., 1671, 
in-4°. — Réponse véhémente à une attaque 
violente. A la réplique il opposa : 

CHI. Clypeus orthodoœise, sive Vindicia- 
rum priorum Vindiciie posteriores, Gron., 
1671, in-4o. 



CIV. Catechesis publica, sive porismata 
theologica ad singulas dominicas, Gron., 
1672,"in-8°. 

CY . Brevis discursus de féliciter soluta 
Groningœ obsidio, Groning., 1672, in-4°. 

Paquot mentionne encore, sans autre in- 
dication, Indieulus priecipuarum contro- 
versiarum contra Ch. Wittichii Theologiam 
pacificam, et Tractatiis de afflicto statu stu- 
dii theologici in Belgio. A ces ouvrages 
nous ajouterons, d'après le Cat. de la bibl. 
de Williams, Oratio funebris in obitum 
Abdiœ Widmarii, Gron., in-4°. 

Des Marets a mis, en outre, une petite 
préface à la Réponse de R. de La Ruelle 
(Théodore Maimbourg), au livre du cardi- 
nal de Richelieu (Gron., 1664, in-4o), et 
les Thèses sedanenses contiennent un cer- 
tain nombre de ses dissertations. On trouve- 
aussi, au Rritish Muséum, quelques-unes 
de ses lettres, Riblioth. harléienne, n° 7012. 

Samuel Des Marets laissa de son mariage 
avec Abigaïl Legrand, deux fils qui reçu- 
rent au baptême les noms de Henri et de 
Daniel, plus trois filles. 

Né pendant le séjour de son père à Se- 
dan, Henri eut pour marraine la duchesse 
de Bouillon, Elisabeth de Nassau. Ayant 
embrassé la carrière du barreau, il se ren- 
dit à Paris où son oncle Charles Des Marets 
exerçait la profession d'avocat, prit le gra- 
de de licencié et plaida même avec succès; 
mais renonçant tout d'un coup à la juris- 
prudence, il se mit à étudier la théologie 
et se fit recevoir ministre en 1652. Après 
avoir desservi pendant quelques mois seu- 
lement les églises de Groningue et de Cas- 
sel, il fut appelé, en 16o3, comme pasteur, 
à Bois-le-Duc. En 1662, il passa à Delft, 
où il exerçait encore son ministère en 
1696. 

Son frère, né à Maëstricht en 1635, se 
voua dès sa jeunesse au service de l'Église. 
Collègue de son père à Groningue jusqu'en 
1656, il fut placé ensuite à Middelbourg, 
puis à la Haye, en 1662. Son esprit, son 
éloquence, son habileté, en un mot son 
mérite éminent, relevèrent dans la faveur 
du prince et de la princesse d'Orange qui 
lui offrirent une agréable retraite dans un 
de leurs châteaux, lorsque sa santé ne lui 
permit plus de continuer ses fonctions. 

2. DES MARETS, moine qui se conver- 
tit à Annonay, en 1608. Sa conversion oc- 
casionna des troubles qui l'obligèrent à 



n 



333 



DES MARETS 



DES MARTINS 



334 



quitter précipitamment la ville. L'église 
d'Annonay le recommanda à celle de Nî- 
mes comme ayant « surmonté toutes ten- 
tations et danger de vie, » et huit jours 
après, le 31 décembre 1608, il reçut la 
cène à Nîmes des mains du pasteur Fer- 
rier. Peu de temps ensuite, « il entra en 
condition » chez M. de Moussac pour in- 
struire les enfants et le 11 août 1610, ceux- 
ci ayant quitté la maison, il se livra en- 
tièrement à la théologie comme étudiant 
de la faculté. Le 6 mars 1613, il fut admis 
aux séances du Consistoire. En 1637, on 
le trouve pasteur à Chamborigaud ; il vi- 
vait encore en 16i4 et touchait du Consis- 
toire une pension de 50 I. (Archiv. du C. 
de Nîmes). — (Daniel), de Saintonge, étu- 
diant en théol. à Genève, vers 1670 [IV 
257 note] ; (Jacques) « de Xaintonge, 57 

ans, » assisté à Londres, 1705. — ( ) 

pasteur dans les Ce venues, réfugié à Ve- 
vey et député par ses coreligionnaires et 
compatriotes habitant cette ville à l'as- 
semblée réunie à Lausanne, 26 fév. 1688, 
pour rédiger une adresse à l'Électeur 

de Brandebourg. — ( ) marchand de 

dentelles à Paris, fugitif pour cause de re- 
ligion, avec Dumas son associé, 1686 [IV 
257]. — (Adrien), de Lille en France, ré- 
fugié avec sa femme et 4 enfants k Burg en 
Prusse, 1 698. — George des Marestz de la 
Malher bière, gentilhomme de Normandie, 
52 ans, assisté h Cambridge (10 1.) en 
1702. — (Claude), directeur de l'hôpital 
français de Londres en 1732, sous-gouver- 
neur en 1759. — (François), directeur du 
même hôpital en 1760. — ( ) empri- 
sonné au fort de Brescou, 1744 ; puis à la 
citadelle de Montpellier. — Seigneurs des 
Marets, voy. Hatte. 

DES MARGUERITES, délégué de Cas- 
tres à l'assemblée de Pamiers, en 1614. — 
Jacques Des Maries « natif de Boucachard 
en Normandye, » cordonnier, reçu habi- 
tant de Genève, oct. 1557. — Marguerite 
Desmarins, du Dauphiné, réfugiée à Colo- 
gne, 1700. — Anthoine Desmarques, « ru- 
bentier, natif de Bayenvillier en Picar- 
die, » habit, de Genève, juin 1557. — 
Augustin Desmars, du Vivarais, tailleur, 
réfugié à Magdebourg, 1700. 

1. DES MARTINS (Honoré), baron des 
Baux et de Vaquières [Haag, IV 258], 
conseiller et gentilhomme ordinaire du roi, 
sénéchal de Nîmes et de Beaucaire, célè- 



bre dans l'histoire des guerres civiles du 
Languedoc sous le nom de capitaine Grille. 
C'était le nom de sa mère, dont il prenait 
aussi les Armes = de gueules à la bande 
d'argent chargée d'un grillon de sable. 

En maintes circonstances, le capitaine 
Grille avait donné des preuves de sa va- 
leur pendant les guerres du règne de 
Henri II, notamment au siège de Thérou- 
anne, en 1553. II se trouvait à Paris, lors- 
que Condé fut obligé d'en sortir, et le 
prince l'envoya à Lyon, avec Moreau et 
Daisse, en les chargeant d'y soulever les 
protestants (Voy. t. II, col. 95). La ville 
prise, il partit pour le Languedoc, et se 
mit sous les ordres de Beaudiné qui l'en- 
voya avec Boidllargues faire le siège de 
Frontignan. Le gouverneur de Pézenas es- 
saya de secourir la ville ; mais il fut défait 
et obligé de battre en retraite. Toutefois 
son but fut atteint, car en l'absence de 
Grille, tant de Provençaux se glissèrent 
dans la place à travers les étangs, que les 
huguenots, désespérant de la prendre, se 
retirèrent à Montpellier. 

Peu de jours après, on apprit qu'une 
armée de Provençaux, sous les ordres de 
Sommerive, était entrée dans le Langue- 
doc et assiégeait Saint-Gilles. A cette nou- 
velle. Grille se hâta d'assembler les arque- 
busiers de Du Bar, de Sénas et d'Arbaut, 
l'infanterie de Rapin, les escadrons de 
Bouillargues, de Car lot et d'Albenas, et à 
la tête de ce corps, formant en tout 1500 
hommes, il marcha à la rencontre de l'en- 
nemi, dont il était important d'empêcher 
la jonction avec l'armée qui assiégeait 
Montpellier. La rencontre 'eut lieu le 27 
sept. 1562. Malgré l'infériorité de ses for- 
ces. Grille remporta une brillante victoire '. 
L'artillerie, les bagages, dix-sept enseignes 
tombèrent en son pouvoir, et Sommerive 
dut regagner honteusement la Provence, 
laissant sur le champ de bataille la moitié 
de son armée. Le vainqueur, de son côté, 
reprit le chemin de Montpellier. Il apprit 
en route qu'une embuscade lui était dres- 

^ Une relation anonyme de cette victoire, écrite 
par un huguenot, a été publiée dans le t. III des 
Mémoires de Condé, et dans le t. V des Archives 
curieuses de Leber, 1" série, sous ce titre : 
Brief et véritable discours de la deffaite des Pro- 
vençaux, appelée la bataille de Saint-Gilles. On 
l'a aussi chantée en vers. Voj. Le Chansonnier 
huguenot, p. 236. 



335 



DES MARTINS 



DES MASURES 



336 



sée aux Arenasses par Joyeuse ; mais fier 
de sa récente victoire, il ne voulut point 
se détourner, et il s'exposa ainsi à un 
échec qui coûta la vie au vaillant capitaine 
provençal Merle et à environ 200 de ses 
meilleurs soldats. L'arrivée de Beaudiné, 
qui était accouru à son secours, sauva sa 
petite troupe d'une destruction complète, 
et lui permit de rentrer dans Monlpellier. 

Après la levée du siège par les catho- 
liques, Grille fut chargé avec Baisse de 
s'emparer d'Aigues-Mortes. Il crut devoir 
en commencer le siège par celui de la Tour- 
Carbonnières, située à un quart de lieue 
de la ville au milieu des marais delà plage. 
Il s'en rendit bientôt maître; mais ayant 
appris que Des Adrets était serré de près 
par Nemours, il ne poussa pas plus loin 
son entreprise et vola au secours du baron 
avec trois cornettes de cavalerie. 

Nommé, en 1556, sénéchal deBeaucaire 
et de Nîmes, Grille, qui était, dit Ménard, 
un des plus zélés partisans de la nouvelle 
religion, éprouva de grandes difficultés à 
se faire recevoir en cette charge par le 
parlement de Toulouse. Il parvint cepen- 
dant à les aplanir, et fut installé à Nîmes, 
le 4 novembre. Les catholiques n'eurent 
qu'à s'applaudir de sa nomination, car 
lors du malheureux massacre de La Mi- 
chelade, il employa toute son influence, 
toute son autorité pour sauver l'évêque et 
d'autres malheureux qui attendaient la 
mort dans les prisons et ses efforts joints 
à ceux du Consistoire réussirent. L'année 
suivante, il ne déploya pas moins d'éner- 
gie pour faire publier à Nîmes l'édit de 
pacification et força le peuple, qui n'en 
voulait pas, à s'y soumettre. Quoique les 
catholiques se fussent montrés ingrats en- 
vers lui en le destituant la même année et 
en donnant sa charge à Joyeuse, il n'en 
persista pas moins à suivre la ligne de 
modération qu'il s'était tracée, et ce fut 
encore lui qui, le 28 août 1570, fit procla- 
mer l'édit de Saint-Germain dans un con- 
seil extraordinaire tenu à Nîmes sous la 
présidence de Pierre de Malmont, conseil- 
ler au présidial. 

S'il faut en croire le père Bougerel, 
Grille se convertit, k la Saint-Barthélémy, 
avec Gérente-Montelar, Saint-Martin et 
plusieurs autres gentilshommes de la Pro- 
vence. Ménard, dans son Histoire de Nî- 
mes, dit seulement « qu'il paraît qu'il se 



fit catholique. » Ce qui est certain, c'est 
qu'il n'était pas converti le 6 oct. 1572, 
puisqu'à cette date, Charles IX écrivait à 
Damville (Bib. nat., Fontanieu, \\° 324) : 
« Je désire que vous employés tous les 
moyens possibles à luy faire reprendre le 
chemyn de l'antienne religion catholique, 
et toutesfois ou vous ne pourries si tost 
l'y acheminer, et qu'il fust besoing de 
temps pour l'y laisser penser, je veulx et 
entends que pour cela vous ne laissiés à 
vous servyr de luy et l'employer ez choses 
qui se présenteront de là » Grille resta 
donc sénéchal de Beaucaire. Il mourut à 
Paris, le 13 nov. 1581, âgé de 58 ans, et 
fut enseveli dans l'église de Saint-Eusta- 
che. Il n'eut pas d'enfant de sa femme 
Jeanne de Quiqueran, fille d'Antoine, ba- 
ron de Beaujeu. 

2. On trouve dans les registres d'inhu- 
mation au cimetière des SS. Pères, en mai 
1651, la mention d'un enfant de Jacques 
Des Martins, maître peintre à Paris et Re- 
née Forestier sa femme. 

DES MASURES (Louis), poète et théo- 
logien [Ilaag, IV 260], naquit à Tournay 
d'Adrien des Masures et Catherine Mar- 
cand, vers l'an 1515. Il fut d'abord un 
favori delà maison de Lorraine. Son talent 
pour la poésie lui gagna les bonnes grâces 
du cardinal Jean de Lorraine, qui l'attacha 
à sa personne en qualité de secrétaire. Ce 
fut pendant qu'il était à son service (1533- 
47), qu'il entreprit de traduire l'Enéide en 
vers français. Ce travail plut tellement à 
son Éminence, qu'elle en donna lecture au 
roi. François le'' y applaudit et l'on doit 
croire qu'il protégea efficacement le poète, 
car à peine eut-il cessé d'exister que Des 
Masures fut forcé de s'éloigner. 

Le sort, l'envie et le malheur, 
Sans cause ou mérite, en souffrance 
Me firent traverser grand'erre 
Meinte mer, meinte estrange terre ; 
Fuyant la furieuse envie 
Des malins, poursuivant ma vie 
Aux cours emplis de fiel amer. 
La source et fond de ma souffrance 
Me vit premier partir de France, 
Quand du bon Roy trop en effet 
La Majesté fut indignée, 
t'o fut malheur ou destinée ; 
Non sa rigueur, ni mon forfait. 

C'est ainsi, qu'il exhale sa plainte, en 
termes discrets, car la discrétion lui était 
commandée par la prudence. En effet : il 



337 



DES MASURES 



338 



était de bonne famille et portait l'épée ; 
son oncle maternel, Toussaint de Hocédi, 
qui devint évêque de Toul en 1543, avait 
été lui aussi, secrétaire du cardinal de 
Lorraine, et ce fut peut-être lui que son 
neveu remplaça dans ce poste ; mais de 
plus, Claude Garnier nous apprend, dans 
ses commentaires sur Ronsard, que Louis 
des Masures était « capitaine de chevaux 
« durant les guerres du roi Henri II contre 
« l'empereur Charles-Quint, et fut en quel- 
aï que peine ce disoit-on, pour avoir intelli- 
« gence avec l'ennemi, dont il se purgea ». 
Le soupçon^ paraît-il, était resté. La per- 
sistance avec laquelle il revient ' sur sa 
fidélité au roi dans la guerre, accentue la 
cause de son exil *. 

Après avoir erré quelque temps en 
Suisse et en Italie, il se rendit à Rome, 
où il arriva en 1549. Le cardinal Du Bel- 
lay l'accueillit favorablement et le logea 
dans son hôtel. Des Masures devint ainsi 
le commensal du célèbre Rabelais, et se lia 
avec lui. Leur liaison cependant dura peu. 
Calvin ayant flétri Rabelais dans son traité 
Ds Scandalis (voy. t. III, col. 596 note), 
Rabelais y répondit (1553) en traitant 
Calvin de démoniacle et d'impostetir de Ge- 
nève. Des Masures qui paraît avoir pro- 
fessé dès ce temps, au moins secrètement, 
les principes de la Réforme, prenant fait 
et cause pour le réformateur, décocha con- 
tre l'auteur du Pantagruel cette épigramme 
bien tournée : 

Qui Rabelœsus oras placidus modo, jam quia fiiudens 
Verba furis, Rabie tu mihi lœsus eris. 

Des Masures passa un peu plus d'une 
année à Rome. Pendant ce temps, son 
protecteur, Jean de Lorraine, s'employait 
auprès de Henri II pour obtenir son par- 
don. Déjà notre poète entrevoyait la lin 
prochaine de sa disgrâce, lorsque la mort 
inopinée du prélat vint jeter le découra- 
gement dans son âme. « Quoique son aage 
encore ne fust trop avancé, il n'eut plus 
en pensée qu'un exil misérable et perpé- 
tuel en Asie, où il délibéroit aller passer 
le surplus de ses jours. » Mais cette idée 
de s'ensevelir, nouvel anachorète, dans 
les déserts de la Thébaïde n'était que le 

1 Notamment dans son épître (en vers latins) 
adressée au cardinal de Lorraine en 1552. 
^Lecouvet, Tournay litt. p. 8. 



rêve d'un poète, qui, au premier rayon de 
soleil, s'évanouit. La duchesse douairière 
de Lorraine, Christine de Danemark, n'eut 
pas de peine à le faire renoncer à son pro- 
jet, en le choisissant pour conseiller et 
premier secrétaire de son fils Charles III. 
En 1551, Des Masures se trouvait à Nancy 
<à la cour du jeune duc. Il fut anobli le 6 
juin 1553. = Armes: d'azur à 3 griffes 
d'or, 2 et 1, au chef d'argent. Encouragé 
par les applaudissements de ses amis, et 
entre autres par Salmon Macrin et Joa- 
chim Du Bellay, il reprit sa traduction de 
l'Enéide. Ses publications se succédèrent 
à de courts intervalles. Les devoirs de sa 
charge ne l'astreignant pas à la résidence, 
car le jeune duc âgé seulement de 8 ans 
avait plus besoin d'un maître d'écriture 
que d'un secrétaire. Des Masures s'était 
retiré à Saint-Nicolas, lieu fameux de pè- 
lerinage, à deux lieues de Nancy, où il se 
livrait à loisir à ses études littéraires. Il 
s'était marié en 1553 avec Diane Baiidoire 
(Baldoria), d'une famille noble de Luné- 
ville, qui mourut en couches de son pre- 
mier enfant, nommé Claude '. Il épousa 
en secondes noces, avant 1557, Anne Ur- 
sin, de S^-Nicolas du Port près Nancy. 

A l'époqne de son premier mariage, Des 
Masures était déjà imbu des idées de la 
Réforme. En revenant d'Italie il on avait 
visité, à Genève, les principaux défen- 
seurs, il s'était entretenu avec Calvin, 
Viret, de Bèze, et à S^-Nicolas du Port en 
1559, il se mit à pratiquer ouvertement le 
nouveau culte. Bientôt il chercha à répandre 
les doctrines évangéliques autour de lui et 
il y réussit. Déjà, par ses soins', une petite 
église s'était constituée à S^-Nicolas. Les 
pasteurs de Melz venaient la d>^sservir et 
elle semblait devoir prospérer lorsque sur- 
vinrent des événements que Crespin ra- 
conte ainsi : La femme d'un nommé Nicolas 
Simon étant accouchée, on s'adressa à Des 
Masures pour savoir ce qu'il y avait à faire 
pour le baptême. Des Masures qui se trou- 
vait alors à Nancy pour les devoirs de sa 
charge, conseilla de porter l'enfant à Metz, 
de crainte d'éveiller les soupçons. Le con- 

1 Ce Claude, dont on n'entend plus parler, est 
peut-être le même qui fut « Claude des Mazures, 
licencié ôs loix. Bailli de Fères en Tardenois... 
pour messire Henry duc de Montmorency, sei- 
gneur et baron de Fore, » en 1592. (Bibliot. nat. 
pièces orig.) 



339 



DES MASURES 



340 



seil était sage, mais le père ne se rendit 
pas à cet avis, et sur ces entrefaites, le 
pasteur François Christophe étant arrivé 
de Metz, il eut recours à son ministère. 
On choisit pour le lieu de la cérémonie 
une maison neuve qui n'était pas encore 
habitée. Si le but était d'attirer l'attention, 
l'attente ne fut pas trompée. Une troupe 
d'enfants, ameutée dans la rue, ne cessa 
d'accompagner le chant des psaumes de 
clameurs et de huées. Dès le jour même, 
les autorités furent prévenues, et le substi- 
tut du procureur général vint faire une 
enquête. Pendant qu'il procédait à cette 
information, le ministre Christophe prê- 
cha et il y eut foule à son prêche. Le len- 
demain, qui était un dimanche, le pasteur 
monta de nouveau en chaire et « un mer- 
veilleux peuple » se porta à sa prédication, 
de sorte que le curé resta seul, vis-à-vis 
du saint sacrement. Informé de tant d'ou- 
trages à son autorité, le duc fit aussitôt 
partir une troupe de gens à pied et à che- 
val avec ordre de se saisir des principaux 
coupables, morts ou vifs. L'expédition fut 
confiée au bailli de Nancy, Jean de Savi- 
gny, qui, pour sa part, se réserva l'hon- 
neur d'arrêter Des Masures « lequel estoit 
estimé aulheur et chef de tout le maléfice. » 
Comme il y avait entre eux des liaisons 
d'amitié, la charge en était d'autant plus 
méritoire. Le ministre Christophe, l'apo- 
thicaire Du Pasquier, et le bourgeois Ja- 
quemin Maillote, à qui appartenait la n)ai- 
son où l'on avait prêché, furent surtout 
signalés à la vindicte publique. Mais on 
avait eu vent à Si-Nicolas de l'expédition 
ducale, et tous ceux qui étaient compro- 
mis, avaient eu hâte de s'enfuir. Un seul 
malheureux, nommé Florentin, resté au- 
près de sa femme en couches, fut arrêté 
sur la dénonciation d'un de ses voisins, 
et comme il eut l'irrévérence de répopdre 
que sa foi était un bien sur lequel le duc 
n'avait aucun droit, et dont il ne devait 
compte qu'à Dieu, il fut pendu incontinent 
par ordre du bailli. Il mourut avec une 
constance et une résignation dignes des 
premiers chrétiens. Crespin raconte que le 
bailli, retournant de son expédition, passa 
auprès du gibet où était pendu le malheu- 
reux Florentin, et qu'à cette vue, à la- 
quelle il ne s'attendait pas, il fut pris d'un 
tremblement nerveux qui ne le quitta plus 
et le conduisit en moins d'un an au tom- 



beau. En expiation de son arrêt, il légua 
par son testament une rente à l'enfant de 
sa victime. A la suite de cette persécution, 
environ 70 ménages de St-Nicolas se dis- 
persèrent en divers lieux. Des Masures se 
réfugia d'abord dans le duché de Deux- 
Ponts, puis il revint à Metz. Il était l'un 
des 8 diacres de cette église en 156i et 
l'un des 20 anciens en 1565. Il y avait 
déjà prêché dès 1562 et en juillet 1566, 
Pierre de Cologne étant malade et Jean 
Tafpn appelé aux Pays-Bas, le Consistoire 
« choisit Des Masures, tournisien, homme 
« fort éloquent, pour subvenir aux besoins 
« de l'église. » (Chron. prot.). Au retour 
de Tatfin, mai 1567, il alla s'établir dans 
la vallée où s'élevait l'église de S'e-Marie- 
aux-Mines, c'est-à-dire dans la seigneurie 
de Ribaupierre dont il se fit recevoir bour- 
geois et termina en ce lieu sa paisible car- 
rière en continuant à prêcher pour soula- 
ger dans leurs travaux les pasteurs de 
Metz et de S^e-Marie. Il mourut au village 
d'Eschery en 1574 {Bull. 1, 163 et Muhlen- 
beck, Une église calviniste (S^e-Marie-aux- 
Mines) au XVI<i siècle ; Paris, in 8°, 1882). 
L'habile graveur lorrain Pierre Woeiriot 
(lo32-'J9) a gravé son portrait. 

Voici la liste de ses écrits : 

I. Les deux p7'emiers livres de l'Enéide de 
Virgile, traduicts en vers françois par Loys 
des Masures Tournisien ; Paris, Chr. We- 
chel, in-4o ; dédicace adressée au cardinal 
Jean de Lorraine, datée « de la chambre 
de son Éminenee à l'Isle-Adam » 26 avril 
1547; nouv. édit. augm. des deux livres 
suivants, et accomp. d'un petit poème latin 
Carmen de exilio sua à Galliarum finibus 
Parisiis, Paris, 1554, in-12, dédiée à 
Charles de Lorraine, sous la date du 
1er mai 1551 ; nouv. édit. complétée, 
comprenant les douze livres de l'Enéide, 
sous le titre L'Enéide de Virgile, prince 
des poètes latins, translatée de latin en 
françois par Louis Des Masures, Tourni- 
sien, Lion, Jan de Tournes, 1560, in-4«, 
pp. 666, très belle édition ; caract. ital. ; 
le texte latin en marge. Le privilège, daté 
du 22 juillet 1557, ne concernait encore 
que les 8 premiers livres, mais était déli- 
vré par avance pour les livres suivants ; 
les éloges qui y sont donnés à l'auteur au 
nom du souverain, prouvent que Henri II 
était tout à fait revenu de ses préventions. 
Chaque livre est précédé d'un sonnet qui 



« 



341 



DES MASURES 



342 



sert d'argument, et au bas duquel se lit la 
devise de l'auteur : Quanto siiperat discri- 
mine virtiis ? L'œuvre de Des Masures a 
eu plusieurs éditions ; en comparant les 
indications de La Monnoye avec celles de 
Paquot, on n'en compte pas moins de huit, 
jusqu'en 1606. Si nous comparons cette 
traduction avec les traductions en vers de 
la même époque, celle d'Homère par Salel 
par exemple, et même avec les poésies 
originales du temps, nous nous rapproche- 
rons du sentiment des écrivains contem- 
porains de l'auteur, en faisant toutefois la 
part de la camaraderie pour ce qu'il peut y 
avoir de trop flatteur dans leurs éloges. 
C'est ainsi que Joachim Du Bellay exagère, 
lorsqu'il dit au traducteur : 

Autant comme Ion penlt en un antre langage 
TTne langue exprimer, autant que la nature 
Par l'art se penlt monstrer, et que par la peinture 
On peult tirer au vif un naturel visage : 
Autant exprimes-tu et encor' d'avantage 
Aveeques le pinceau de ta docte escriture 
La grâce, la façon, le port et la statnre 
De celny qui d'Enée ha descrit le voyage. 

Mais tout n'est pas flatterie dans cette 
appréciation. Pour donner un échantillon 
du style de Des Masures^ nous en)prunte- 
rons au Vie livre le portrait du nauton- 
nier Cnron. On dirait une parodie ; mais à 
défaut d'élégance, la traduction est au 
moins fidèle aux mots : c'est même là son 
principal mérite. 

Le nantonnier Charon qui fait horreur. 
Et qui d'ordure empli donne terreur, 
Est là pour garde aux fleuves ordonné : 
Un poil chenu, rude et mal festonné 
A grand planté lui kcuvre le menton : 
Les yeux en flamme estincolans voit-on : 
Dessus l'espaule un neud serre et cntoid 
L'habit qui pend, salle et grandement ord : 
Il pousse doncq'à la perche en ceste eau. 
Et à la voile il conduit son bateau. 
Ainsi les corps à l'autre bord il parque, 
Les conduisant sur l'enrouillèe barque, 
Desjà tout vieil, mais son aage pourtant 
Ce Dieu vieiUart, verd et cru va portant. 

Des Masures usait de la liberté qu'avait 
chacun de ses contemporains de rendre le 
mot par le mot dans une langue qui n'était 
pas encore fixée. Son vieillard verà et cru 
n'est que la traduction littérale de l'expres- 
sion latine cruda Deo viridisqtie senectus. 

IL Le Jeu des Échecs ou la Guerre 
cruelle du roi blanc et du roi maure, 
translaté en francois du latin de Hiérome 
Vida, Crémonnois ; Lyon, Jean de Tournes, 



1557, in-4o ; dédié au comte de Vaude- 
mont. Si le poème original est, en réalité, 
un chef d'œuvre, la traduction n'en donne 
qu'une bien faible idée. 

III. Œuvres poétiques, Lyon, Jean de 
Tournes, 1557, pet. in-4o. On trouve à la 
fin de ce recueil : Vingt pseaumes de Da- 
vid, trad. en rimes françoises selon la vé- 
rité hébraïque (aussi impr. séparém.), que 
l'auteur adresse à l'évêque de Tout, en lui 
faisant espérer la traduction entière du 
psautier. Dans l'épitre en vers qui ouvre 
le recueil. Des Masures, alors exilé, solli- 
cite la protection du cardinal Charles de 
Lorraine, dont il fait le panégyrique. 

IV. Liidovici Masurii Nervii Carmina, 
avec cette épigraphe Quanto superat dis- 
crimine virtus? Lugd., ap. Jpan. Tornae- 
sium et Gui. Gazeium, 1557, in-4'', pp. 76^ 
2^6 édition : Lud. Masurii Nervii Pœmata, 
secundo édita, ab aulhore ipso recognita 
et novis aucta, Basilese, 1574, in-16 de 128 
feuill.; nouv. édit. revue et augm. par 
l'auteur, Basilea;, 1579, in-16. 

V. Hymne sur la justice de Metz, de la 
prise de S^-Quentin et de la conqueste de 
Calais, au /ioj/;imp.à Tholose par G. Bou- 
deville ', 1558, in-4° ; Paris, 1559, in-4o. 
— Citée par Du Verdier. 

VI. Chant pastoral sur le parlement de 
France et la bien-venue en Lorraine de 
monseigneur Charles, duc de Lorraine, et 
de mad. Claude de France, son espouse, 
St-Nicolasdu Port en Lorraine, 1559, in-8o, 
par Didier Guillemin, imprimeur de M^ le 
duc * ; autre, Lyon, J. de Tournes, 155'.). 
in-8o. 

VIL Bref traitté des Sacremens en géné- 
ral, fait en latin par M. Théod. de Bèze, 
et nouvellement trad. en français par Louis 
Des Masures; Lyon, Jan d'Ogerolles, 1564, 
in-12, impr. à la suite d'un traité de Tho- 
mas Erastus sur la Cène, trad. par Pierre 
de Cologne, p. 90-112. 

VIII. Vraye et droite intelligence de ces 
paroles : Ceci est mon corps, trad. du latin 
de Théod. de Bèze, par L. Demasures, 
1564. (Catalog. de Méon, n» 4003.) 

IX. Épistre à ilf^e la duchesse de Lor- 
raine pour la défense des fidèles serviteurs 
de N. S. J.-C. en l'église de Si-Nicolas, 

1 Brûlé en 1562, t. n, col. 969. 

* On ne connaît pas d'autre ouvrage sorti des 
presses de ce Guillemin, probablement protestant 
lui-même (Dannreuther). 



343 



DES MASURES 



344 



contre leurs calomniateurs en la cause de 
l'Évangile; 1059, in-S»; autre édit. Lyon, 
de Tournes, 15G4, in-8o. — En vers fran- 
çais. 

X. Tragédies sainctes : David comba- 
tant, David triomphant, David fugitif, 
Paris, Rob. Estienne, 1565, in-12 ; Genève, 
François Perrin, 1566, in^"* ; et à la suite 
du Jephté de Florent Chrestien, Paris, Ma- 
mert Patison, 1587, in-12, 112 feuillets et 
1595; autres éditions : Anvers, 1552; Gab. 
Cartier pour Clauded'Augy [Genève], 1534. 
Les vers d'inégale mesure, la plupart de dix 
syllabes. Trilogie avec prologues, chœurs 
et épilogues ; les actes et les scènes n'étant 
indiqués que par des pauses. Beaucoup de 
longueurs, défaut qui n'est pas racheté par 
les agréments du style. Des discours et peu 
d'action. Mais ce qui est digne de remar- 
que, on n'y trouve pas d'allusions aux af- 
faires du temps, pas de digressions sur les 
controverses du jour. Lorsque Satan est en 
scène, il se renferme strictement dans son 
rôle, c'est un mérite dont nous devons te- 
nir compte à l'auteur. 

XI. Eclogue sur l'enfance de Henry, mar- 
quis du Pont, fils premier nay de Charles, 
duc de Lorraine, Genève, Franc. Perrin, 
1586, in-i°. — Citée par Du Verdier. 

XII. Lud. Masurii Nervii Babylon, sice 
Babylonica' tyrannidis eversio, Gallicè ante 
aliquot annos in lucem édita, nune primùm 
verà ab authore ipso in latinum conversa. 
Avec cette épigraphe tirée de l'Apoca- 
lypse : Cecidit, cecidit Babylon, urbs illa 
magna, quià vinum irœ scortationis suse 
j)otandwn prœbuit omnibus gentibus, [Ge- 
nevœ] ap. F. Perrinum, 1569, in-4o, 35 
pag. dédié à Odoard Biset (II col. 579), 
sous la date de Strasbourg, môme année. 
Voici le début de ce petit poème qui n'est 
pas sans mérite. On y trouve d'heureuses 
réminiscences des classiques latins. 

Hacteuùs arma ducum et rigidi certamina Martis, 
Hactenùs instiuctas acies, animis que furentum 
Conatus regnm, gladiosque, manusque ferooos, 
Et clypeos, et lenta micanti hastilia terro, 
Qnseque inalis homines agitant deliria vanos : 
Nuno altiim superans audaeibns aethera cœptis, 
Te regnm Rex aime tanam, te eonditor orbis 
Immensi, te suuime Deûm, qui fulmina torques, 
<iuo victore cadunt hostes, agmenque profanum 
Funditar, exultatque pia Victoria dextra. 

Mais quelle est cette composition « gal- 
licè antè aliquot annos in lucem édita » ? 
Evidemment la suivante, aujourd'hui pres- 



que introuvable : Babylone ou La ruine de 
la grande cité et du règne tyrannique de la, 
grande paillarde Babylonienne par L. Pa- 
lercée, avec cette épigraphe ; Elle est cheute, 
elle est cheute Babylone ceste grande cité 
pour tant qu'elle a abbreuvé toutes les na- 
tions du vin de l'ire de sa paillardise ; 
(imprimé) à Genève, par François Perrin, 
1563 ; 28 p. non chifT. C'est une longue et 
brûlante invective en 730 vers, dont voici 
les premiers : 

Jusqu'ici les combats et guerres Martiales 
Jusqu'ici j'ay chanté, les bandes partiales 
Dos puissants Rois armez, leurs violentes mains, 
Lances, glaives, eseuz; vanité des humains! 
J'entrepren désormais (plus hardi) en mes vers 
Chanter le Roi dos Rois, le Dieu de l'univers, 
Lo Dieu vaillant et fort, qui tonne, qui foudroyé, 
Qui aux siens, delà sus pleine victoire ottroye 

C'est un chant de triomphe, écrit, la date 
d'impression l'indique, au moment oii les 
huguenots, après le massacre de Vassy 
(ler mars 1562), avaient enfin pris les ar- 
mes pour venger 40 ans d'oppression souf- 
ferte en silence. Mais quel est ce L. Paler- 
cée ? ce nom bizarre, d'une physionomie 
grecque transparente? et qui paraît signifier 
«Renverse-prisons», Trà/Xw â'f-csx? C'est 
Des Masures lui-même, qui n'avait en effet 
chanté jusqu'ici que les combats des an- 
ciens Romains, dans son Enéide, et qui 
par prudence ne mit que la première lettre 
de son prénom en tète de ce poème, furi- 
bond du commencement à la fin. Cette Ba- 
bylone enflammée qui parut en 1563 me 
semble l'inspirateur direct des Tragiques de 
d'Aubigné, commencés en 1577. D'Aubi- 
gné ne fit imprimer son poème, exubérant 
de la même furie, qu'en 1616; et cepen- 
dant lui aussi commença par cacher son 
nom. 

XII. L. Mas. Nerv. Borboniades, sive de 
bello civili ob religionis causam in Gallia 
gestolibri XIL — Poème dont on ne con- 
naît qu'une reproduction insérée dans les 
Poemata (éditions de 1574 et 1579) ; plus 
un manuscrit, conservé à la Biblioth. de 
Genève. C'est une chronique versifiée rela- 
tant les événements arrivés depuis l'an 
1549. L'auteur avertit qu'il a été inter- 
rompu au commencement du Vlme livre 
par le cruel massacre de Paris. Il n'en a 
pas moins dédié l'ouvrage à l'amiral Coli- 
gny. — Voy. Foppens, dom Calmet et Sé- 
nebier. 



345 



DES MASURES 



DESMIER 



346 



On a, en outre, attribué à Des Masures, 
mais, selon nous, sans raison suffisante, 
les quatre ouvrages suivants : 

1. Josias, trag. trad. de l'italien, en vers; 
Genève, François Perrin, 1356, in-8o; 
réimpr. sous ce titre : Josias, trag. de Mes- 
ser Philone, vrai miroir des choses ave- 
nues de notre tems,. sans nom de lieu, par 
Gabriel Cartier, pour Claude d'Augy, 1583, 
in-8°. D'après une autre indication, cette 
dernière édition porterait pour titre : Tra- 
gédies saintes par Louis Dos Masures. 

2. Le triomphe de Jésus-Christ, comédie 
apocalyptique, trad. du latin de Jean 
Foxus, anglois, en rithme françoise, et 
augmentée d'un petit discours de la mala- 
die de la messe, par Jaques Bienvenu, ci- 
toyen de Genève. Par Jean Bonnefoypour 
Jaq. Bienvenu, 1562, in-io, non paginé. 

3. Bergerie spirituelle, où sont interlo- 
cuteurs. Vérité, Religion, Erreur, Provi- 
dence divine, Paris (?), Franr. Perrin, 
1566. in-4''; avec la musique, sans nom de 
ville, Gabriel d'Augy (?), 1583, in-8o. 

4. Adonias, tragédie, vrai miroir ou ta- 
bleau et patron de l'état des choses pré- 
sentes par Philone, en cinq actes et en 
vers, Lausanne, 1586, in-8o. — Cette 
pièce n'est indiquée que par Barbier. Ne 
serait-ce pas une réimpression du Josias, 
sous un titre modifié? 

On trouve aussi quelques poésies latines 
de Des Masures dans les Schediasmata poe- 
tica de Paulus Melissus. M. L^ouvet donne 
(p. 46-68) une liste d'ouvrages contempo- 
rains où sont insérés quelques autres pro- 
duits de la plume de notre poète. 

2. Nous ignorons si Jacques Des Masures, 
ministre de Martin's Lane, en 1727, et de 
l'église wallonne de Londres en 1730, et 
qui plus tard quitta l'Angleterre, était un 
descendant de Louis. — On a de Jean-Jac- 
ques Des Mazures, pasteur de l'église wal- 
lonne d'Amsterdam : L'excellente grandeur 
de Dieu on Sermon sur le ps. 145, pro- 
noncé \e 24 avril 1771 pour le jubilé de la 
maison des orphelins wallons, avec quel- 
ques notes historiques; Amsterd. 1771. — 
Noter aussi André des Masures, ministre 
dans l'ouest de la France, au XVIe siècle, 
mentionné par Florimond de Rémond 
comme se faisant appeler, par sobriquet, 
La Place. 

Leçon vet. Tourna^ littéraire; Gand, Hebbe- 
lynck, 1861. in-8». 



DESMIER ou Dexmier. très ancienne 
famille du Poitou [Haag, IV 265]. Son 
nom ofïre l'exemple, bien rare, d'une ori- 
gine latine que le judicieux généalogiste 
Claude Le Laboureur (1630-90) indique 
en ces termes prudents : « Comme le ha- 
sard autant que la raison ont servi à la 
première imposition des noms, j'appré- 
henderais qu'on me reprochât d'avoir em- 
ployé trop d'art pour faire valoir celui de 
Besmier i'wé de Decimarius, sur de sim- 
ples conjectures. > Ici la conjecture est de 
toute vraisemblance; seulement il y avait 
encore des decimarii, ou receveurs de dî- 
mes, en fonction au XVI^ siècle. = Armes 
des Desmiers poitevins : écartelé d'azur et 
d'argent à. 4 fleurs de lys de l'un dans l'au- 
tre. 

Cette famille a fourni un grand nombre 
de branches : les Desmier de l'Obroire ', 
du Breuil, de Chenon et de Mirande, de 
Domezac, du Roc, deSt-Simon, d'Olbreuse. 
La branche d'Olbreuse fut dévouée à la 
Réforme à partir de Louis, fils aine de 
François Desmier, écuyer, seigr d'Olbreuse. 
Louis prit une part active aux guerres de 
religion dans les armées des princes de 
Navarre et de Condé et y trouva la ruine 
de ses terres et immeubles qui furent pil- 
lés et brûlés. Il épousa en 1577 Jeanne 
fille de Jacques de Mathefélon, seig'' d'Or- 
feuille et de La Charrièro, qui lui donna 
un fils, Alexandre, et une fille, Jacque- 
line. Alexandre prit les armes et suivit le 
même parti que son père. Il seryit sous le 
duc de Rohan, devint mestre de camp et 
arrivé au grade de lieutenant-général dans 
l'armée de Soubise, il fut tué dans une 
embuscade qu'on avait dressée contre lui, 
au pays de Médoe. Son fils aîné, Jean, 
était avec lui, et tous deux aimèrent mieux 
périr, les armes à la main, que se rendre. 
Il avait épousé, en 1605, Marie Baudouin 
du Peux (voy. t. I col. 1010) dont il avait 
deux autres fils Alexandre et Charles, 
Cet Alexandre eut à son tour de sa femme 
Jacquette Poussard de Vandré, qu'il avait 
épousée en 1632 : 1° Alexandre, si" d'Ol- 
breuse, marié avec Marie de La Rochefou- 

1 Ceux-ci vivaient dès le XI°" siècle, mais il 
n'y a pas la moindre preuve qu'ils fussent de la 
même famille que ceux du XVI°". Beaucbet-Filleau 
(Fam. du Poitou) donne le fait pour fondé seule- 
ment sur des « mémoires de la maison. » Ces 
sortes de mémoires n'ont qu'une mince valeur. 



347 



DESMIER 



348 



caut de Roissac ; 2o Charles, seigr du Parc ; 
3° Éléonore. 

Cette dernière est une personne célèbre 
et digne de l'être. Elle est cette belle et 
sage demoiselle du Poitou qu'on a compa- 
rée à Mme de Maintenon, parce qu'elle était 
sa compatriote, son égale par la naissance, 
et qu'elle parvint de même, par le charme 
qu'elle répandait autour d'elle et par l'es- 
prit de conduite qu'elle sut toujours gar- 
der, à s'asseoir aussi sur un trône. C'était 
un bien petit trône auprès de celui du 
grand roi Louis XIV, mais elle y parvint 
par des voies presque droites; elle s'y as- 
sit ostensiblement et légalement au lieu 
d'y rester dans la pénombre ; elle n'y 
exerça qu'une action bienfaisante et pure, 
dont la dignité lui valut l'estime, même 
de ses ennemis ; elle paya chèrement son 
mariage par le dédain des princesses de 
son temps et les haines qu'elle trouva dans 
la famille de son époux ; enfin elle expia 
sa grandeur par le malheur qui empoi- 
sonna la fin de sa longue carrière ; mais 
ses deux petites -filles furent, l'une reine 
d'Angleterre, l'autre reine de Prusse, et 
un peu de son sang coule encore aujour- 
d'hui dans les veines de la reine Victoria 
et de l'empereur Guillaume. 

Éléonore Desmier naquit le 3 janvier 
1639 au château d'Olbreuse, paroisse d'Us- 
seau, entre Niort et La Rochelle. Ses pre- 
mières années s'y passèrent dans une pai- 
sible obscurité. « Ses parents voyans bril- 
« 1er en elle une naissante beauté prirent 
« un soin extraordinaire de luy donner 
toute éducation dont elle estoit capable, 
« se flattant toujours que sa beauté et son 
« esprit luy présentoient une grande for- 
« tune. » C'est une biographie complai- 
sante ' qui s'exprime ainsi. On verra tout 
à l'heure que ses parents lui avaient à 
peine fait apprendre à écrire. La famille 
vivait sur la terre d'Olbreuse et était sans 
doute absorbée par le soin de la faire va- 
loir '■'. C'était le sort de toute la petite no- 



1 Aventure historique écrite par ordre de Ma- 
dame ***, à Paris, l'an 1679, mense augusto, 
84 p. in-12 ; réédité dans les Archives histor. de 
la Saintonge et de l'Aunis, p. 72. 

2 Voy. dans l'ouvrage de M. Horric de Beau- 
caire (p. 255 et suiv.) la peine que cette terre 
donnait encore à la duchesse Eléonore au comble 
de la fortune et l'empressement de ses parents et 
voisins à dévorer les miettes qu'elle leur en lais- 



blesse de ce temps, fondée sur la propriété 
territoriale. Suivant l'usage aussi, chaque 
famille cherchait à placer ses enfants dans 
de grandes et riches maisons qui leur of- 
frît l'espoir de quelque avenir avantageux, 
et M'ie d'Olbreuse fut admise dans l'une 
des plus illustres du Poitou, chez Mme la 
duchesse de Thouars, femme de Henri de La 
Trémouille duc de Thouars et fille de Henri 
de La Tour duc de Bouillon. En 1662, 
lorsqu'elle avait déjà 23 ans, sa maîtresse 
la céda à sa bru Mme Emilie fille du land- 
grave de Hesse-Cassel et femme de Henri- 
Charles de La Trémouille prince de Ta- 
rente. 

On prend un soin bien superflu à vou- 
loir dissimuler sous les prétextes de loin- 
taine parenté, d'afl'ection, de rapports du 
monde, la situation des pages et des sui- 
vantes qui remplissaient les grandes mai- 
sons d'autrefois. N'oublions pas le joli 
passage oti S'-Simon raconte que dans sa 
jeunesse les sonnettes d'appartement 
n'étaient pas encore inventées et que 
c'étaient « les parents pauvres, » à plus 
forte raison les demoiselles d'honneur, qui 
en tenaient lien. L'histoire de Ml>e d'Ol- 
breuse a été esquissée souvent et tout ré- 
cemment elle a fourni le sujet d'un beau et 
très estimable volume ^ composé par un allié 
de la famille, M. Horric de Beaucaire, qui 
voulant dépeindre avec les plus illustres 
couleurs tout ce qui touche son héroïne, 
s'efl"orce d'arranger ses humbles commen- 
cements de demoiselle de compagnie aussi 
bien que sa haute généalogie qu'il fait re- 
monter, par-dessus Alexandre Desmier et 
Jaquette Poussard, à la personne, tout 
simplement, de Charlemagne *. L'halluci- 

sait. La biographie que j'ai citée dit encore que 
lorsqu'elle était dans la maison de La Trémouille, 
Eléonore « divertissoit souvent la princesse et la 
a compagnie par ses danses poitevines et cham- 
a pêtres qu'elle avoit apprises de sa tendre jeu- 
K nesse. » 

' Une me'salliance de la maison de ^runswiek 
(1665-1725). — Eléonore Desmier d'Olbreuze 
duchesse de Zell, par le vicomte Horric de £eau- 
catVe. Paris, Oudin; Fischbacher, 1884; in-S" de 
VIII et 320 p. avec un beau portrait de la du- 
chesse, gravé par Gaujean. 

2 Du moins a-t-il le mérite de ne pas cacher 
ses autorités. Ce sont principalement une chro- 
nique de Lunebourg qui qualifie « comme elle le 
mérite » dit-il (p. 2) la famille d'Eléonore en la 
déclarant : einer uralten vornehmen Geschlechts 
des hohen Adels ans der Grafschaft Poitou (je 



349 



DESMIER 



350 



nation nobiliaire a empêché l'auteur de 
voir combien de telles escapades histori- 
ques nuisent à un travail rempli, sur d'au- 
tres points, de renseignements sérieux. 

La princesse de Tarente alla passer l'hi- 
ver de 1663-1664 à la cour du landgrave 
de Hesse. C'est là que M"e d'Olbreuse ren- 
contra le duc Georges Guillaume de Bruns- 
wiek-Zell h qui son esprit et sa beauté fi- 
rent concevoir pour elle un attachement 
profond. Elle avait 26 ans et lui 40. Il mit 
tout en œuvre pour obtenir d'elle et de sa 
famille qu'elle consentît à une simple 
union de conscience: et il y réussit. Au 
commencement de novembre 1665, il lui 
signa une simple promesse, également si- 
gnée par son frère le duc Ernest-Auguste^ 
de ne la quitter jamais et de lui constituer 
un douaire. En effet, un acte ducal, en 
date du 15 nov., lui assura un douaire de 
5000 écus et une autre décision lui conféra 
le nom de Madame de Harbourg, nom 
d'une ville du duché qu'avaient porté des 
membres de la maison de Brunswick. Elle 
accoucha, 15 septemb. 1666, d'une fille 
qu'on appela Sophie-Dorothée. Dès lors, 
le duc Georges-Guillaume, dont la jeunesse 
avait été fort dissipée, devint un modèle 
de constance et de sagesse, tandis que son 
« amie, » fortifiant peu à peu sa position, 
était admise en août 1671 à la table ducale, 
décorée en 1675 du titre de comtesse de 
Wilhelmsbourg, enfin, en avril 1676, re- 
connue solennellement et mariée, de l'aveu 
de l'empereur d'Allemagne. Elle était du- 
chesse de Brunswick. C'est alors surtout 
qu'on la vit à la hauteur de sa fortune qui 
devait grandir encore par le mariage de 
Sophie-Dorothée, sa fille, 2 déc. 1682, 
avec le prince Georges -Louis de Hano- 
vre '. Elle fut admirable comme conseil- 
lère de son mari au milieu des questions 
politiques dont elle avait quelquefois à 
traiter avec des souverains, même avec 
Louis XIV, qui l'appelait dans ses letlres 



souligne les mots trompeurs) ; et 2° M. de Greif- 
fencrantz « le plus grand généalogiste de l'Alle- 
magne! i) lequel apporta (â Leibnitz historiogra- 
phe de la maison des Guelfes) « une généalogie 
« faisant descendre Eléonore, par les femmes 
« il est vrai, en droite ligne de Charlemagne » 
(p. 8). 

* Sa jeune sœur, appuyée sur son exemple, 
épousa aussi un prince allemand, le comte de 
Reuss. 



« Ma cousine, » et admirable aussi par sa 
générosité pieuse envers les protestants 
persécutés qui s'échappaient de France 
pour chercher asile soit dans ses États, 
soit dans les États voisins. 

Voici, d'après les recherches de M. Hor- 
ric, les principaux personnages français 
qui vivaient soit à sa cour, soit à Zell, de 
son temps : 

Le pasteur de Casaucau, réfugié du Béarn, 
ministre de l'église française de Zell. (Conf. 
ci-dessus t. III col. 827). — Gabriel de Ma- 
lortie, seig'' de Villars en Normandie, che- 
valier d'honneur de la duchesse, marié 1"^ 
Marie-Julienne de Guets ; 2° h Charlotte- 
Renée Gourgeaiilt de Vinours. — Charles 
du Vergier seig"" de Monroy maiùé à Anne 
Gourgeaiilt de la Millière, gentilhomme 
de la duchesse, mort k Ratzebourg, 1718. 
Leur fils Louis-Auguste du Vergier de 
Mouroy seig"^ de Paisay, major dans les 
troupes ducales, maître de la Cour de la 
duchesse, marié h Zell, 5 mars 1715, avec 
Eléonore-Charlotte fille d'Olivier de Mar- 
connay, seig"' de Beaulieu, grand veneur du 
roi George l" d'Angleterre. — David de 
Vaux seig'' du dit lieu, gentilhomme de la 
duchesse, marié 1" en 1712, à Judith de 
Barraud, 2° en mars 1732 h Françoise Es- 
cot : mort au mois de septemb. suivant. — 
Madeleine-Sylvie de S. Hermine, marquise 
d'Olbreuse, femme d'un frère de la duchesse 
et sa première dame d'honneur. — M""^' de 
La Motte- Fouqué, de Beauregard et àe La 
Roche-Giffard, dames d'honneur. — M"" de 
La Motte, de Charriard, de Maxuel de La 
Fortière et de Melville. — Chappuzeau 
(le fils) secrétaire encore en 1723 de la prin- 
cesse Sophie-Dorothée. 

Sophie-Dorothée eut un fils, 30 oct. 
1683, qu'on nomma Georges-Auguste et 
qui fut le roi d'Angleterre Georges IL Le 
16 mars 1687 elle eut une fille qui épousa 
en 1706 Guillaume-Frédéric, prince royal 
de Prusse et fut la mère du grand Frédé- 
ric. Mais cette princesse n'avait pas les 
vertus de sa mère. Elle fut soupçonnée 
d'une intrigue amoureuse avec un jeune et 
hrillant ofllcier de sa cour, le comte de 
Kœnigsmark, et sur ce simple soupçon, le 
mari (George ler, roi d'Angleterre en 1714) 
fit impitoyablement disparaître le comte 
(dont le corps ne fut jamais retrouvé) ; il 
fit en même temps (juillet 1694) clôturer 
sa femme dans un château du Brunswick, 



351 



DESMIER — DES MINIÈRES 



352 



le château d'Ahiden, où il la retint sans 
rémission 32 ans prisonnière. Elle y 
mourut le 13 noverab. 1726 sans avoir ja- 
mais obtenu de lui un mot, un signe de 
compassion. Son père le duc Georges- 
Guillaume était mort en 1705. La triste 
Éléonore, h la suite du désastre de sa fdle, 
passa comme elle le reste de sa vie dans 
les larmes et la précéda de peu de temps 
au tombeau ; elle était morte, honorée et 
regrettée, le 5 février 1722. La haine que 
leur noble entourage allemand avait por- 
tée à ces deux femmes, trop haut parve- 
nues, fut alors peat-être satisfaite. 

Un dernier mot pour l'honneur de la vé- 
rité. M. Horric de Beaucaire a terminé son 
volume par la publication d'une quarantaine 
de billets écrits par la duchesse Éléonore, 
studieusement tirés par lui de différents 
dépôts d'archives de l'Allemagne. Quoi qu'il 
en ait un peu corrigé et amélioré la forme, 
elles sont d'une rare insignifiance. Mais en 
voici une autre, dans toute sa pureté, qui 
fera mieux apprécier les doutes émis ci- 
dessns au sujet de la belle éducation que 
Mi'e d'Olbreuso avait dit-on reçue. Ses 
petits-neveux conservent avec soin un por- 
tefeuille qu'elle avait brodé de ses mains et 
qui renferme 18 lettres écrites par elle en 
divers temps à sa famille. Ces lettres ont 
été publiées textuellement et fidèlement 
dans les Archiv. histor. du Poitou, t. IV 
(1875). Voici l'une des plus intéressantes; 
c'est une letlre de félicitations adressée 
par la duchesse à l'un de ses frères qui se 
remariait et auquel elle ne trouva rien de 
plus spirituel à écrire que ce qui suit : 

A Cell le 16" mai's 168.5. De la maniera 
don jay ouy parler de M"° de la Laigne 
elle me parois for propre à consoller un 
homme afiige et a faire oublier tous les 
chagrain du monde il faut ce rejouir avec 
vous mon frère du chois que vous en aves 
fait et du, bonheur que vous alay avoir de 
la poseder vous ne pouvies mieus faire ny 
mieus choisir car son mérite mes connu et 
je say depuis lontant comme elle a résiste 
au avantage qui luy ont este ofer par M" de 
Mintenon moyenan quelle quitas sa reli- 
gion la fermeté quelle a témoigne en sette 
rancontre luy a atire lestime de tous sens 
qui on su la chause pour moy je luy e 
donne la miene des se tant la et je leme 
san la connoistre je vous souaitte mon frère 
toute sorte de félicite et de satisfaction en 



se segon mariage et je vous prie de croire 
que Ion ne peut vous estre plus aquisse que 
je vous la suis. 

Eleonor 
duchesse de Bronshwyc e Lunebourg. 

Monsieur le duc a qui jay fait vos com- 
pliment ma charge de vous en remersieret 
de vous dii*e quil vous souaitte tous les 
bonheurs du ciel et de la teri-e. 

La famille Desmier du Poitou n'est pa-s 
éteinte. Elle est aujourd'hui représentée 
par M. le marquis et M. le comte Desmier 
de Chenon (catholiques). 

Nous ne savons où rattacher un membre, 
peut-être de la même famille, inscrit sur 
le registre des étudiants de Genève en 
ces termes : « Philippus Decimator Meldu- 
nensis, 16i7. » 

DES MINIÈRES (Joseph-Auguste), gen- 
tilhomme du Poitou [Haag, IV 265]. Ei\ 
révoquant l'édit de Nantes, Louis XIV 
avait au moins laissé aux protestants la 
liberté de conscience. L'art. XI de l'édit 
révocatoire portait : « Pourront lesdils de 
la R. P. R., en attendant qu'il plaise à 
Dieu les éclairer comme les autres, demeu- 
rer dans les villes et lieux de notre royau- 
me... sans pouvoir être troublez ni empê- 
chez sous prétexte de la dite R. P. R., à 
condition de ne point faire d'exercice ny 
de s'assembler. » Cette tolérance indigna 
le fameux Foucault qui écrivit à Louvois 
pour lui représenter le tort que cette clause 
faisait aux convertisseurs. La réponse ne 
se fit pas attendre. Dès le 8 nov., le mi- 
nistre lui manda que l'intention du roi 
était que les religionnaires qui ne s'étaient 
pas encore convertis y fussent contraints 
par logements de gens de guerre, et le 17, 
une nouvelle dépêche recommanda à l'in- 
tendant, à qui pareille permission n'était 
guère nécessaire, de laisser faire aux sol- 
dats le plus de désordres qu'il se pourroit. 
Les protestants devaient être avertis en 
même temps qu'ils n'auraient ni paix ni 
trêve jusqu'à ce qu'ils eussent donné des 
marques d'une vraie conversion. Foucault, 
qui nous apprend lui-même ces curieux 
détails dans ses Mémoires, se conforma à 
ces instructions, et les dragonnades conti- 
nuèrent. La noblesse du Poitou, qui ne se 
doutait guère que c'était par ordre du roi, 
chargea Des Minières de porter, au sujet 
de cette violation de l'édit, ses plaintes au 
pied du trône ; mais Vérac le fit arrêter 



353 



DES MINIÈRES 



DES NOUHES 



354 



en route et conduire à Angoulême. Relâché 
quelque temps après, il continua « à tenir 
une mauvaise conduite, » ce qui, dans le 
style de l'intendant, signifie qu'il persévé- 
rait dans la profession de sa religion. On 
l'arrêta donc une seconde fois, mai 1687, 
et on l'enferma dans le château de Saumur 
(E 3373). Espérant qu'on lui rendrait ses 
enfants, qui avaient été enlevés pour être 
convertis, il finit par promettre de se faire 
instruire et recouvra la liberté. Son attente 
toutefois fut déçue. Non seulement il resta 
séparé de ses enfants qu'on ne lui permit 
pas même de voir, ses sentiments ne pa- 
raissant pas assez atïermis, mais on le jeta 
à la Bastille, parce qu'il refusa sans doute 
de tenir une promesse peu sincère. Il y 
était encore en 1692, toujours ferme dans 
sa foi. On le transféra, cette année, au 
château de Loches, avec Hudel et La Gail- 
larderie (E 3378). En 1694, on l'en tira 
pour l'enfermer dans l'abbaye des béné- 
dictins de Loroux en Anjou près de Baugé 
(E 3380 et Ravaisson, Arch. do la Bast. 
IX 181). Il est inscrit en 1700, l'un des 
premiers, parmi les religionnaires réfugiés 
à Berlin (Dieterici). Sa femme réussit à le 
suivre. Leur fils aîné qui était né en 1676, 
mis de force au collège des jésuites de Poi- 
tiers en 1693 (E 3379), finit par entrer 
dans leur ordre, et se fit donner, en 1700, 
une pension sur les biens de sa mère fugi- 
tive (E 3386). — C'est peut-être un autre 
de leurs fils qu'on a signalé {Bull. IX, 22o) 
comme vivant au refuge, en Angleterre, 
avec sa femme, vers 1718-1720. 

Depuis longtemps, au reste. Des Miniè- 
res était mal noté auprès du gouverne- 
ment. Dès 16o9, son beau-frère La Rous- 
selière l'ayant nommé tuteur de ses fils, 
on avait annulé le testament à cet égard, 
et les jeunes orphelins avaient été remis 
entre les mains de bons catholiques char- 
gés de les ramener dans le giron de l'Église 
romaine. 

DES MONTIS, famille saintongeoise. 
Claude des Montis sieur de la Tour, gou- 
verneur de Taillebourg, condamné à mort 
par le parlem. de Bordeaux, 1569. — Jo- 
sias fils de Benjamin, écuyer, sf de la Gua- 
rennière et d'Elisabeth Jullien, baptisé à 
Saintes par le ministre Patrut, 1619 ; par- 
rain et marr. .losias de Robillard sr des 
Fontenelles et Françoise Rangeard. 

DES MOULINS (René), pasteur à Sé- 



sanne en Brie, 1679-85 ; réfugié en Hol- 
lande à la Révocation; pasteur à Gronin- 
gue en 1686 ; mort en 1720. — (Pierre), de 
La Mure en Dauphiné, avec sa femme et 2 
enfants, assisté d'un viatique à Genève, 
1709. — (Alexandre) de Trièves, id. 1710. 
— (M">e veuve), mise aux Nouvelles cath. 
de Blois, 1700. — (Mi'e), de Blois, enfer- 
mée aux Nouv. cath. de celte ville, puis 
transférée au château de Loches, 1701. 

DES NOIS (Philippe), peintre, marié au 
temple de Charenton, déc. 1651, avec 
Françoise Mayeux. Inhumé au cimetière 
des SS. Pères, 26 juin 1674. 

DES NOUHES (Jacques), seigneur de La 
Tabarière et de Sain le -Hermine, gouver- 
neur de Fontenay [Haag, IV 266]. La vie 
de ce gentilhomme est peu connue. En sa 
qualité de gouverneur d'une place de sû- 
reté, il se présenta, en même temps que le 
baron de La Tabarière-le-Fief, à l'assem- 
blée politique de Loudun pour jurer l'union. 
En 1605, il fut député par le Poitou à celle 
de Châtellerault. Voilà tout ce que nos re- 
cherches nous ont appris sur Jacques Des 
Nouhes, dont la vie s'écoula vraisembla- 
blement eu dehors des intrigues politiques. 
Il mourut le 24 jui let 1632. 

Jacques des Nouhes avait épousé, en 
1603, Annexe Mornay, fille du célèbre i)u- 
Plesxis-Mornay, qui demeurée veuve, se 
remaria avec le duc de La Force. De cette 
alliance naquirent : 1° Philippe,. baron de 
Lande, né à Bodet, le 10 déc. 1604, bap- 
tisé par Papin, et tué au siège de Bois- le - 
Duc, en 1629; — 2^ Charlotte, née à Bo- 
det, le 2 mars 1608, baptisée par Boisjolin, 
ministre de Chantonay, présentée au bap- 
tême par de Bessay et M'^e de Thenie, et 
mariée à Louis de Dangeau ; — 3° Anne, 
née à Bodet, le 25 mars 1609, présentée 
au baptême par La Lardière et sa tante 
des Nouhes, et morte quelques semaines 
après ; — 4° Catherine, née à Bodet, le 
1 sept. 1610, présentée au baptême par La 
Nau-Ponet et Mme Du Chastelier-Portau, 
morte le 15 mai 1627 ; — 5° François, sei- 
gneur de Sainte-Hermine, né à Bodet, le 
30 juin 1613, présenté au baptême par La 
Cressonnière et M'ne de Saint- Germain - 
Monroy; c'est en vue de lui que Daillé com- 
posa son traité De l'emploi des Pères (ci- 
dessus col. 28), « cà cause des propos qu'on 
lui tenoit à la Cour pour le dégoûter de la 
religion réformée. » II fut tué par mégarde, 

V. 12 



355 



DES NOUHES 



DESPEISSES 



356 



et en lui s'éteignit cette famille ; — 6° Eli- 
sabeth, née k Saumur, le 5 juillet 1613, 
présentée au baptême par Villamoul et 
Jflme de Fontenay, mariée, en 1633, à 
Georges Le Clerc de Juigné ; — 7» Fran- 
çoise, née, le 16 mai 1621, à Sainte-Her- 
mine, présentée au baptême par La Boutte- 
tière et sa sœur aînée, et mariée à Jacques 
Le Vasseur. 

DESNOYEUS, pasteur à Tonnay-Clia- 
rente en 1674. — (Pierre), de Normandie, 
Esther sa femme et Judith leur fille, assis- 
tés à Londres en 1699 ; la mère mourut en 
1701 et le père le 1er janvier 1702. — Eli- 
sabeth des Oiseaux, de Remorantin, 84 
ans, assistée à Londres, de 14 shell. pour 
sa nourriture du 12 avril au 10 mai 1707. 

— Daniel Desombs, de Saverdun, capitaine 
au service du Roi, mort au refuge à Berlin 
en 1726 (Erman). — « Jehan et Ponce des 
Olches, frères, natifs de Mailhac au dioc. 
de Clermont en Auvergne, chaussetiers, 
reçus habitants de Genève, septerab. 1350. 

— La veuve de Jacques Des Oches, de Ro- 
mans, assistée à Genève, 1703. — Des Ou- 
ches, ministre à Montargis en 1568, chez 
M. de Laval, 1377 ; dans le Berry, 1382 
(voy. II col. 244). Des Ouches, colonel 
d'un régiment d'arquebusiers à l'expédition 
d'Angers en 1585 [IV, 231]. Famille Desou- 
ches, orfèvres à Orléans ; l'un de ses mem- 
bres massacré à la S'-Barthélemy (Crespin), 
François Desouches surnommé Bizard, 
moine jacobin à Paris, assisté à Genève 
après y avoirabjuré, 1700. — iedndesOr- 
meaux, pasteur à Compiègne en 1669; à 
Herly en Picardie, 1677-83 ; réfugié àHaar- 
lem, 1686-1712; puis à Amsterdam où il 
prêcha souvent jusqu'au 14 fév. 171'7 et où 
il mourut, 5 juin 1718 ; sa veuve, Anne 
Maillard, vécut dans la même ville jus- 
qu'au 8 sept. 1723. Voy. sur les Collin des 
Ormeaux, t. IV, col. 320. — Gaspardus 
Desoubz-Moullins aquitanus, étudiant à Ge- 
nève, en 1359. 

DESPAGNE (Martin) • fils de Jehan, de 
Chausseau en Dauphiné », reçu habit, de 
Genève, janv. 1360. Voyez plus loin, Es- 
pagne {d'). — Jérôme Des Pechels. minis- 
tre, d'abord à Bruniquel [VIII 163 a], puis 
à Milhau, est inscrit en ces termes dans 
les Manuaux de Lausanne : « Cy devant 
ministre en l'église de Millau en Rouer- 
gue, apostat à cause de la persécution, se 
présente le 24 avril 1688 devant la Direc- 



tion, qui l'exhorte ». Il passa en Brande- 
bourg et fut placé aumônier dans le corps 
des Grands -mousquetaires; mais il n'y 
resta pas longtemps ayant été appelé, 1690, 
à succéder à La Gacherie comme pasteur 
d'Emmerick. — Catherine, 21 ans, femme 
d'Abraham Despernay,à.e Pragelas en Dau- 
phiné, soldat, réfugiée avec son enfant, 
d'un an, et assistée à Londres, 1706. 

DESPEISSES (Antoine), savant juris- 
consulte [Haag, IV 267], né dans les envi- 
rons d'Alais vers 1394. Despeisses em- 
brassa la profession d'avocat qu'il exerça 
d'abord au parlement de Paris, où il eut 
pour confrère Charles ou Jean de Banques, 
son compatriote. Unis d'une étroite ami- 
tié, les deux jeunes avocats résolurent 
de mettre leurs efforts en commun pour dé- 
brouiller le chaos du droit civil, et ils 
commencèrent l'exécution de ce vaste pro- 
jet par la publication d'un Traité des suc- 
cessions testamentaires et ab intestat (Paris, 
1623, in-fol.). La mort précoce de son ami 
jeta bientôt sur Despeisses tout le poids de 
ce travail : il venait de l'achever, après 
40 années de labeur, et il était sur !e point 
de le livrer à l'impression, lorsqu'il mou- 
rut presque subitement à Montpellier, 
1638, à l'âge de 64 ans. L'ouvrage, publié 
après sa mort, a eu plusieurs éditions. On 
a cité comme étant la première celle qui 
parut à Lyon, 1677, 4 t. en 2 vol. in-fol. ; 
mais c'est une erreur évidente, car elle 
porte sur le titre : Dernière édition nou- 
vellement revue et corrigée. L'ouvrage 
fut imprimé d'abord à Lyon, en 1660, 
3 vol. in-fol. On en donna dans la même 
ville, en 1726, 4 vol. in-fol., sous le titre : 
Les œuvres d'Antoine Despeisses, où toutes 
les matières les plus importantes du droit 
romain sont expliquées et accommodées au 
droit français, une édit. moins estimée que 
celle qui a été publiée dans la même ville, 
1730, 3 vol. in-fol., revue, corrigée et 
augm. par Gui Du Rousseauddela Combe, 
avocat au parlement de Paris. La dernière 
édit. qui ait été faite, à notre connais- 
sance, de l'ouvrage de Despeisses, est celle 
de Toulouse, 1778, 3 vol. in-4o; elle est 
moins recherchée que celle de 175D. Le 1er 
vol. traite des contrats de toute sorte et de 
ce que l'auteur appelle les accidents des 
contrats, comme servitudes, cautions, hy- 
pothèques. Dans le 2e, Despeisses expose 
la manière d'exécuter ceux qui refusent de 



357 



DESPEISSES — DES PERIERS 



358 



remplir un contrat et les moyens par les- 
■quels les obligations des contractants ces- 
sent. Le 3e comprend la partie civile et 
criminelle, et un traité des droits seigneu- 
riaux. Toutes les matières du droit civil, 
«riminel, canonique sont successivement 
passées en revue, expliquées avec clarté, 
accommodées au droit français, et l'auteur 
base toujours ses décisions sur les lois, les 
<;anons, les ordonnances des rois, les arrêts 
des cours souveraines, les sentiments des 
plus célèbres jurisconsultes. Dans son Re- 
cueil des principales questions de droit, 
Bretonnier lui reproche de ne pas citer 
toujours fidèlement et avec exactitude ; ce- 
pendant, ajoute-t-il, c'est un bon réper- 
toire. Selon le Journal des savants, l'ou- 
vrage de Despeisses est un de nos meil- 
leurs livres de jurisprudence. — Jacques 
Despeisses, d'Alais, soldat, assisté à Ge- 
nève, 1699. 

DES PÉRIERS (Jean-Bonaventure), 
excellent prosateur français [Haag, IV 267] 
versificateur correct et élégant, conteur 
agréable, mais fort libertin, naquit à Ar- 
nay-le-Duc en Bourgogne et mourut avant 
1544 dans la force de l'âge. 

ISous pensons qu'on doitle ranger parmi 
les partisans de la Réforme, ou tout au 
moins dans cette classe de libres penseurs 
qui favorisèrent le schisme sanss'yrallier ; 
mais nous devons reconnaître en même 
temps qu'il laissa peu de traces de ses opi- 
nions religieuses dans ses écrits où il s'oc- 
cupe plus d'amuser que de dogmatiser. 
Quelques traits satiriques à l'adresse du 
clergé ne suffisent pas pour en faire un 
hérétique ; non plus que la part qu'il peut 
avoir prise à la version de la Bible par Oli- 
vétan K Et pour ce qui est des « grands 
abus et hérésies » que le parlement de Pa- 
ris signala dans un de ses livres, le Cyra- 
balum mundi, nous ferons remarquer que 
ces grandes hérésies se réduisent à peu de 
; chose, et qu'au fond, on doit bien plutôt 
' voir dans ce livre la critique que l'apologie 
de l'œuvre des Réformateurs. Aussi Henri 
Estienne, très zélé protestant, l'appelle-t-il 
un livre détestable, et Calvin ne manque 

1 A la fin de cette traduction se trouve une 
« Table de tous les mots ébrieux, chaldées, grecs, 
etc., » suivie de deux distiques latins sous le titre 
Concinnatores tabulai ad lectorem. Le second de 
ces distiques porte le nom d'Eutjchus Deperius, 
noms latinisés de notre auteur. 



pas d'en flétrir l'auteur dans une phrase de 
son traité De scandalisqae nous avons rap- 
portée ci-dessus (III, col. 596 note) et qui 
ne laisse aucun doute au sujet des tendan- 
ces antireligieuses de Des Périers, dont le 
grand réformateur avait pu faire la con- 
naissance personnelle à la cour de Nérac. 
Des Périers vécut, en effet, à la cour élé- 
gante et polie de Marguerite de Navarre, 
où il avait peut-être succédé à son ami 
Clément Marot dans la charge de valet de 
chambre. Son office spécial était de tenir 
la plume pour la princesse et de mettre 
au net les œuvres qu'elle composait. La 
nourriture et l'habillement furent, d'abord 
tous ses gages, comme il le dit avec esprit 
dans cette petite pièce : 

A la royne de Navarre, 

Ce m'est assez, en vous très bien servant, 
Si j'acqniera nom de fidèle servant 
Plustot d'eflfect que non pas de langage. 
Achevez moi l'évangélique gage 
Qui est d'avoir la vesture, en vivant. 
Ce m'est assez. 

Jà vestu m'a, pour son propre écrivant, 
Vostre bonté que je vais observant. 
Donnez moy lieu pour vaquer à l'ouvrage ; 
Ce m'est assez. 

Ayant servy plusieurs par cy devant 
Où j'ai esté indigence esprouvaut 
Tant qu'on disoit : < Cestuy là perd son aage », 
Dieu maintenant d'un royal personnage 
Face que sois la grâce desservant !• 
Ce m'est assez. 

On ne sait rien de ses commencements 
bien qu'on montre encore ou qu'on mon- 
trât il y a quelques années à Arnay-le-Duc, 
une maison qu'on dit avoir été celle de sa 
noble famille (Lavirotte ; annales d'Arnay- 
le-Duc, 1837, 8o). Il passa ses jeunes an- 
nées et fit ses études dans une abbaye du 
nom de St-Martin, probablement celle de 
l'Ile Barbe près de Lyon. Il en sortit pour 
entrer en condition dans plusieurs mai- 
sons dont il n'eut pas à louer la générosité^ 
comme le témoignent ses vers à Margue- 
rite, et qui sans doute étaient lyonnaises. 
Du moins c'est à des Lyonnais, tous in- 
connus, y compris Antoine du Moulin, 
qu'il appelle son professeur et fut plus 
tard son éditeur, que sont adressées un 
grand nombre de ses poésies diverses. Ami 
dévoué, il prit la défense de Marot con- 
tre l'austère abbé Sagon, et en 1534, étant 
à Paris, il aida Dolet dans la publication 
de ses Commentaires, en mettant au net 



359 



DES PERIERS 



360 



(describendo) tout le manuscrit de son 
premier volume, tâche ingrate, où l'amitié 
seule pouvait le soutenir. En 1537, parut 
son Cymbalum mundi. Le moment était 
mal choisi pour cette publication. Depuis 
l'affaire des Placards (oct. 1534), les persé- 
cutions s'étaient à peine ralenties, et les 
bûchers fumaient toujours. Des Périers ne 
pouvait compter beaucoup sur le voile dont 
il s'entourait. L'arrêt de la cour du Parle- 
ment ne se fit pas attendre (19 mai 1538). 
Le livre hérétique fut supprimé S mais 
l'auteur, dont le libraire, Jean Morin, jeté 
en prison, avait révélé le nom, eut le temps 
de prendre la fuite. Le Parlement déféra le 
livre (19 juillet) à la Faculté de théologie, 
qui en prononça de même la suppression, 
bien qu'il ne contînt pas, est-il dit dans 
son jugement, d'erreurs expresses en ma- 
tière de foi, mais parce qu'il est perni- 
cieux : quamvis liber ille non contineat er- 
rores expresses in fide, tamen quia perni- 
ciosus est. Il est impossible d'admettre que 
la justice de ce temps ait été satisfaite pour 
si peu qu'une suppression de livre ; cela 
n'était pas dans ses habitudes. L'interven- 
tion de la reine Marguerite parvint-elle à 
assoupir cette atïaire ? On l'ignore. Ce qui 
est certain, c'est qu'à l'exemple de son ami 
Marot, Des Périers abandonna la cour de 
Nérac et se réfugia à Lyon, en attendant 
le résultat des démarches faites en sa fa- 
veur. Au mois de mai 1539, il était encore 
dans cette ville, d'où il adressait à la reine 
Marguerite son gracieux petit poème sur 
le Voyage de Lyon à Notre-Dame de l'isle. 
Est-ce ta la suite de la publication du Cym- 
balum mundi, ou, comme d'autres le di- 
sent, pour des propos tenus à la cour de 
Marguerite, au château d'Alençon, qu'il 
fut dénoncé comme athéiste, par Sagon. 
abbé de Saint-Evroul, le même contre 
lequel il avait défendu son ami Marot ? 
C'est ce qu'il nous a pas été possible d'é- 
claircir. 'fout ce qu'on sait de certain c'est 
que les ennuis et les inquiétudes que lui 
causa cette affaire agirent sur son moral et 
finirent par le jeter dans le désespoir. 
Henri Estienne, parlant des homicides de 
son temps, raconte que, dans un moment 
de fièvre chaude, Des Périers se perça de 
son épée (en 1544). 

* Si bien qu'on n'en connaît qu'un exemplaire, 
â la Bibliothèque de Versailles. 



Les écrits de Des Périers sont : 
L L'apologie de Marot absent par Bona- 
ventitre, valet de chambre de la roxjne de 
Navarre, pièce de 170 vers, insérée dans 
le recueil des Disciples et amis de Clément 
Marot contre Sagon, la Huëterie et leurs 
adhérans, Lyon, [1537] in-8o. — On 
trouve de plus, dans ce recueil, une épi- 
gramme latine de Des Périers. Ch. Nodier 
lui attribue aussi, peut-être à tort : Le va- 
let de Marot contre Sagon, « petit chef- 
d'œuvre de verve satirique et bouffonne. 

II. L'Ândrie, première comédie de Tè- 
rence, nouv. trad. et mise en rime fran- 
çaise ; plus, les Quatre princesses de la vie 
humaine, c'est à sçavoir : les quatre vertus 
cardinales selon Sénèque, translatées du la- 
tin en rime françoise, Lion, 1537, 1555, 
in-8o. Ce dernier poème est seul reproduit 
dans les OEuvres de Des Périers. — Dans 
sa préface, l'auteur promettait la traduc- 
tion complète des œuvres du comique la- 
tin. 

III. La pronostication des pronostications 
non seulement de cette présente année 1537, 
mais aussi des aultres à venir, voire de tou- 
tes celles qui sont passées, composée par 
M. Sarcomoros, natif de Tartarie et secré- 
taire du roy de Cathay, serf des vertus. — 
Reprod. dans les OEuvres. Boutade pleine 
de sel et de philosophie, au jugement de 
Ch. Nodier, mais que l'abbé Goujet trou- 
vait la plus insipide du monde. In medio 
tutissimus ibis. 

IV. Cyinbalum mundi, en français, con- 
tenant IV dialogues poétiques, fort anti- 
ques, jaieux et facétieux, avec cette épi- 
graphe de Juvénal : Probitas laudatur et 
alget, Paris, Jehan Morin, 1537, pet. in-S» 
de 32 ff". ; Lyon, Benoist Bonyn, 1538, 
in-8o ; avec une lettre critique dans la- 
quelle on fait l'histoire, l'analyse et l'apo- 
logie de cet ouvrage par Prosper Marchand, 
Amst., 1711, pet. in-12; augm. des remar- 
ques critiques de Falconet et de Lancelot, 
Amst. [Paris], 1732, in-12; accomp. de 
notes par Paul Lacroix, avec une lettre à 
M. Schonen, contenant une clé du Cymba- 
lum par M. Eloi Johanneau, Paris, 1842, gr. 
in-18. — L'auteur de cette satire l'a publiée, 
comme étant la trad. d'un vieux mss. la- 
tin trouvé dans un monastère. Elle est 
adressée par Thomas Du Clénier (c'est-à- 
dire l'incrédw/e) à Pierre Tryocant(croî/ant). 
L'estimable antiquaire Johanneau a, le 



361 



DES PERIERS 



362 



premier, déchiffré ces anagrammes, et plu- 
sieurs autres, mais sans parvenir à jeter 
beaucoup plus de lumière sur l'ouvrage. 
Des Périers voile sous la plaisanterie bur- 
lesque, et souvent fort spirituelle, l'ef- 
frayante hardiesse de sa pensée. Il est à la 
fois plus délicat et plus radical qne Rabe- 
lais. Il vous fait descendre de l'Olympe, 
les dieux du paganisme, uniquement pour 
vous amuser, à ce qu'il semble ; mais bien- 
tôt il vous semble aussi que c'est un léger 
voile derrière lequel il se rit du christia- 
nisme. Le titre bizarre qu'il a choisi ex- 
prime bien sa prétention philosophique, 
à savoir que les conceptions les plus sages 
et les plus pieuses de l'homme valent au- 
tant que le son de la cymbale. Ce lettré pé- 
tri de verve gauloise et bourré de littéra- 
ture grecque et latine a su, dès la pre- 
mière moitié du XVI^ siècle, en se jouant 
et sans effort, devancer les plus hardis né- 
gateurs qui scandalisent aujourd'hui le 
monde. 

V. Recueil des Œuvres de feu Bonaven- 
ture Des Périers, vallet de chambre de très- 
chrestienne princesse Marguerite de France, 
Royne de Navarre ; Lyon, Jean de Tour- 
nes, 1344, pet. in-S", pp. 196. Dédicace 
adressée k la reine Marguerite par Antoine 
Du Moulin, l'éditeur de ce recueil, sous la 
date du dernier jour d'août. « J'espère qu'à 
vostre faveur, dit l'éditeur à la reine, nous 
recouvrerons encores partie de ces nobles 
reliques, desquelles aussi (à ce que j'ay ouy 
dire au deffunct) avez bonne quantité rière 
vous : et partie en y ha d'un myen con- 
gneu à Montpelier. » Il avait déjà recouvré 
plusieurs pièces inédites, mais trop tard 
pour les placer dans son recueil. lien ren- 
voya la publication à une seconde édit. 
qui n'a pas paru. Dans ce recueil, on trouve 
plusieurs morceaux en prose, et entre au- 
tres, le Discours de la Queste d'ainytié, 
dict Lysis de Platon, envoyé à la Royne de 
Navarre, p. 1-41, très bonne traduction 
du dialogue où Socrate cherche à définir 
l'amitié. Une des meilleures pièces de 
vers. Les Roses, est adressée à la princesse 
Jane. Dans une autre de ses poésies. Des 
Périers dit à la reine qu'il l'a vue au mi- 
lieu de l'église 

Où qnelqne jour faolt qu'on évangélise. 

ce qui semblerait établir quelque tendance 
vers les doctrines évangéliques. Mais 



comme nous l'avons dit, soit que Des Pé- 
riers n'ait eu aucun goût pour les matières 
de controverse, soit que son éditeur ait 
craint de réveiller les susceptibilités de la 
Sorbonne contre la mémoire de son ami et 
ait fait un choix de ses oeuvres, on ne 
trouve rien, ou presque rien^ dans ce re- 
cueil qui puisse faire suspecter l'ortho- 
doxie de l'auteur au point de vue de 
l'Église catholique. 

VI. Le Cantique de Moyse, (trad. en 
français) à la suite des Psalmes [les cent 
non trad. par Marot] par Jean Poictevin, 
Poitiers, lool, in-S», et plusieurs fois de- 
puis. 

VII. Nouvelles récréations et joyeux de- 
vis, Lyon, loo8, pet. in-4o ; 90 contes con- 
tenus dans 107 feuillets ; caract. cursifs ; 
plusieurs fois réimpr. et augm.; l'édit. la 
plus complète a paru sous le titre : Les 
Contes ou les Nouvelles Récréations et joyeux 
devis de Bonaventure Des Périers, varlet 
de chambre de la royne de Navarre, nouv. 
édit. augm. et corrigée avec des notes his- 
toriques et critiques par M. de La Mon- 
noye, Amst., Z. Châtelain, 1733, 3 vol. 
pet. in-12. Dans un avis au lecteur, sous 
la date de Lyon, 25 janv. 1538, l'éditeur 
de ce recueil, qu'on suppose être Antoine 
Du Moulin, nous apprend qu'il n'a d'autre 
but que de nous faire rire, à quoi il ne 
réussit pas toujours. Dans ce livre, de 
même que dans le Gymbalum mundi, la 
forme l'emporte de beaucoup sur le fond. 
La plupart de ces contes sont des modèles 
de narration. Tout n'y appartient pas à 
Des Périers. Plusieurs d'entre eux ont été 
restitués à ses amis Nicolas Denisot (ci- 
dessus col. 237) et Jacques Pelletier, qui 
avaient vécu avec lui à la cour de Margue- 
rite de Navarre. 

M. Louis Lacour * a donné en 1856 une 
nouvelle édition des œuvres intitulées : 
Œuvres françaises de B. Des Périers, re- 
vues sur les éditions originales, et aimotées. 
Tome I, Œuvres diverses; L'Andrie; Le 
Cymbalum mundi; T. II, Nouvelles révé- 
lations et joyeux devis. Dédié à J. Quiche- 
rat ; PariSj Jannet, 1836, in-16. 

Charles Nodier (1783-1844), élégant ro- 
mancier et auteur de divers ouvrages d'his- 

1 Appelé aujourd'hui, par jugement du tri- 
bunal de la Seine, M. de la Pijardière et archi- 
viste du dép. de l'Hérault, éditeur des Chroniques 
du Languedoc et autres bonnes publications. 



363 



DES PERIERS 



DESPERON 



364 



toire et de critique « aussi romanesques 
que ses romans », a-t-on dit avec raison 
(Lud. Lalanne, Dictionn. hist.), s'était 
épris du spirituel poète et conteur. Il a fait 
un aimable tableau de la cour de Navarre 
s'assemblant le soir autour de la reine 
Marguerite pour deviser, chanter et lire 
des vers, au son du luth, et se livrant avec 
délices, comme dans un conte de Boccace, 
à des joules d'esprit où certainement notre 
Bonaventure devait tenir le sceptre. C'est 
encore du roman ; et quand Nodier attri- 
bue péremptoirement à. son favori la pa- 
ternité des deux pièces humoristiques ano- 
nymes : Le valet de Marot contre Sagon et 
les Discours non plus mélancoliques que di- 
vers ou qu'il le regarde comme le vérita- 
ble auteur des meilleurs contes compris 
dans l'Heptameron de Marguerite de Na- 
varre, on peut lui accorder que ces suppo- 
sitions ont de la vraisemblance ; mais ce 
ne sont que des suppositions. 

DES PÉBIEZ, ministre à Tonneins, 
1634. 

DES FEUILLES ou d'Espueilles, [Haag, 
IV 273] un des meilleurs officiers du roi de 
Navarre, servit en 1385. sons les ordres de 
Turenne. L'année suivante, il défendit 
Saint- Bazeille contre Mayenne. Cette place^ 
qui n'était protégée que par un mur en 
briques et cinq bastions de terre construits 
à la hâte, n'avait pour garnison que 800 
hommes, la plupart de milice bourgeoise. 
Néanmoins la belle contenance du gouver- 
neur lui fit accorder des conditions très 
honorables. La même année, Des Pueilles 
servit à la levée du siège de Maranspar les 
catholiques. En 1587, au siège de Fonte- 
nay, il emporta le fort des Dames. Cette 
expédition terminée, il fut cantonné avec 
sa compagnie à Croix-Chapeau, à deux 
lieues de La Rochelle. Maître de Tonnai - 
Charente, Joyeuse alla l'y attaquer avec 
une armée. Cernés de tous côtés dans un 
poste qui n'était pas susceptible de dé- 
fense, les Huguenots furent culbutés en 
moins d'une demi-heure. Les uns furent 
brûlés avec des fagots dans leur principal 
retranchement oti ils combattaient en dé- 
sespérés ; les autres furent poignardés de 
sang-froid ou jetés vivants dans le brasier 
qui consumait leurs compagnons. Un petit 
nombre se rendirent à discrétion ; mais 
ils furent hachés en pièces par les soldats 
de Joyeuse qui, voulaient, disaient-ils. 



éprouver le tranchant de leurs sabres. De 
cette compagnie de 80 hommes, pas un 
seul n'échappa. 

DESPERON, marchand à la Rochelle,. 
se plaint d'être ruiné par les taxes arbi- 
traires mises sur les religionnaires, 1697 
(Tourlet). — Jean Despin, prêtre de la ville 
de Canourge en Rouergue, admis (20 mai 
1644) dans l'église chrétienne et réformée 
de Roquecourbe, (reg. de cette église au 
greffe de Castres). — Jean Desplanches, de 
Rouen, établi à Amsterdam, 1670 (E 3353). 

— Desplanes, ministre ii Montredon, 1651. 

— Desplans, général en la Cour des aydes 
de Languedoc, 1620 (Filleau^ Dec. cath. 
p. 660) ; Pierre Desplans dit des Moulins, 
de Milhau, 50 ans, assisté à Londres, 
1703. — Le sr Desplantiers, gentilhomme 
d'Alais, nouveau converti, 1686 {BulL 
XXIX 355) ; Denis-Pellegrin Desplantier, 
de Montelus près Bagnols, assisté à Genève 
avec sa femme valétudinaire et 2 petits en- 
fants. Barthélemi et Jean Desplantiers, du 
Pont-de-VesIe, abjurent à Dijon, 1687. — 
Pierre Desplas, de Milhau, id. 1694. Des- 
plas, de Revel, octogénaire, demande 
comme converti un secours de 200 livres, 
1734. — François Despluche, de Tonneins, 
assisté à Lausanne d'un viatique pour 
l'Allemagne, juin 1700. — Despolette, mi- 
nistre à Baigts, colloque d'Orthez, 1620. 
Despolette et sa femme, de Paris, assistés 
à Genève, 1683. — • Marie Des Pomares, de 
Fécamp, 39 ans, fdle d'un marchand, as- 
sistée à Londres (6 1. 9 sh.), 1703. Marie- 
Charlotte Despomarre, veuve de Pierre 
Le Moine sr de Goy, se plaint de ne pou- 
voir recevoir un remboursement de 3600 1. 
parce qu'on craint qu'elle n'en profite pour 
sortir du royaume, 1720 {Tourlet). — Des 
Ponchès, député du colloque d'Uzès, 1610. 
Le sr Des Ponchès, gentilhomme habitant 
Chamborigaud, « afi'ecte de paroitre bien 
converty ; est à craindre », 1686 (note de 
l'Intendant). — Jehan des Portes « venu 
de Darnetal », assisté à Genève, 1332 ; 
(Guillaume) natif de Neufchastel au dioc. 
de Rouen, du mestier de taffetatier, reçu 
habitant de Genève, août 1537; — (Jean) 
« de Clermont en Dauphiné, escolier », id. 
12 fév. 1573; — (Abraham) ministre à La 
Chaise, 1616-34. — Jean Desportes et Ca- 
therine Laborde sa femme, originaires 
d'Orthès, libraires à Montauban ; Isaac, 
leur fils, libraire, portier de l'académie. 



n 



365 



DESPERON 



DES ROCHES 



366 



épouse Marguerite Begon, avril 1660. — 
Henry Despois, s"" de Castillan, capitaine 
au régim. de Navarre, 1614. Messire 
Henry Des Poets, chevalier s"" de Castil- 
lan, capitaine de grenadiers au régim. de 
Navarre, fils du feu M^e Henry Despoey, 
vivant baron du dit lieu et de Catherine 
de Montant, 36 ans, épouse à Courcelles, 
18 janv. 1683, Anne Coûet du Vivier, 
veuve de Chenevix conseiller au parlera, 
de Metz, 40 ans. Jean Despois sr des Bor- 
des, capit. au régim. de Navarre, Metz, 
1684. — Daniel Despotz, de Paris, étu- 
diant en théologie à Montauban ; un des 
argumentateurs de la thèse d'André Mar- 
te/ intitulée : De Concordia prsecepti divini 
et humani ; ministre à Claye près Meaux, 
1660-69. 

DES PRÉAUX (Pierre), ministre à 
Versoy, 1603; à Gex, 1609-10; à Collon- 
ges, 1619; an Grand-Saconnex près Ge- 
nève, 1620 ; — noble Pierre fils du précé- 
dent, ministre au Gr.-Sac, 1611-33 (P. de 
Villette notaire, VIII 173 et J. S. de Mon- 
thouz, VI 106) ; il avait épousé Gabrielle 
de Saconnex (P. Jovenon, XVI 476), sœur 
d'Estienna de Saconnex ' femme de nob. 
J.-Fr. de Charrière seignr de Pentaz (S. 
Lenieps, VIII 72) ; il engage son fils, Paul, 
comme apprenti moulinier de soie, 1615 
{id. XI 264). — (Autre Pierre) pasteur de 
Croset, c'est-à-dire des églises de Croset^ 
Chevry et Pouilly au pays de Gex, vers 
1620-1635 ; — (Jean) étudiant en théologie 
à Genève (Job. de Prealdus gayensis), 
1625 ; plus tard pasteur à Lyon ; — (no- 
ble Jacob) demeurant au G. -Sac, s'engage 
avec nob. Esaye Dansse, frère du colonel 
Dansse en garnison à Bergame, à conduire 
à celui-ci un groupe de soldats moyennant 
6 flor. par jour, 1653 (J. Comparet, VII 
213) ; — (Antoine fils de nob. Jacob) dem. 
au G. -Sac, s'engage avec J.-P. Violier, ge- 
nevois, maître borlogeiir à Constantinople 
à partir pour cette ville comme apprenti 
et ouvrier de celui-ci, 1661 (id. XXIV 63) ; 
— (Louis fils de nob. Jacob) épouse Ju- 
dith fille de Jean Bontissier, maître maré- 
chal à Genève, 1670 (S. Lenieps, XIV 68). 

DESPREZ (Jehan), « sargier, natifz de 

^ Elles étaient proches parentes du fougueux 
polémiste catholique Gabriel de Saconnay ou Sa- 
connex, dignitaire de la cathédrale de Lyon, qui 
eut maille à partir avec Calvin, et dont il a été 
parlé ci-dessus, III, col. 613. 



Meaux en Brie », habit, de Genève, nov. 
1558. Pieri-e Desprez sieur de La Court de 
Chiré, dit « le curé de Chiré », soldat et 
prédicant qui avait été ministre à Poitiers 
en 1562, nommé gouverneur de Fonte - 
nay-le-Comte par le prince de Condé en 
oct. 1568, poste qu'il occupa jusqu'au 11 
oct. 1569; tuéenl570. — Veuve IsaacD^s- 
prés, d'Alençon, assistée à Genève, 1700. 

Des Réaux, voy. Tallemant. 

DESRENEAUX (Jean), vieillard de 70 
ans, natif de Turcoing [Haag, IV 273], 
martyr à Lille en 1566. Son âge avancé 
ne l'empêcha pas de montrer une grande 
énergie, lorsqu'il fut appelé à rendre té- 
moignage de sa foi en Jésus-Christ. En 
vain prêtres et moines s'efforcèrent-ils de 
de regagner cet homme simple et sans let- 
tres. « Vous perdez votre temps, leur ré- 
pondit-il ; pensez-voug que pour un sayon 
plus ou moins queje pourroy encore user, 
je veuille renier mon Sauveur? • Con- 
damné, le 21 fév. 1566, à être brûlé vif 
sur le marché de Lille, il souffrit cette 
mort affreuse avec le courage habituel de 
nos martyrs. La même année, le H mars, 
un Baudoin Dommissents, d'Armentières, 
expira également dans les flammes, à Bru- 
ges. Lorsqu'il sortit de la prison pour 
marcher au supplice, on vit sa femme et 
ses enfants, incarcérés pour le même crime, 
lui tendre leurs mains chargées de fers à 
travers les barreaux de leurs cachots, en 
l'encourageant h la persévérance (Cï'espm). 
— La veuve de des Reneaux, de Strasbourg, 
laboureur, réfugiée avec deux enfants, en 
Uckermark, 1698. 

DES REZ, protestant de la Moth'e Si-Hé- 
raye en Poitou, qui pour échapper aux 
dragons envoyés dans cette ville par les 
ordres du roi, sauta en bas d'un mur et se 
cassa une cuisse ; les dragons le pendirent 
par l'autre jambe, la tête en bas, 1686 ; 
Lettre d'un prot. de Fr. réfugié à Londres, 
1686, p. 6 [VII, ,89]. — Abraham Des- 
riaus, 63 ans, assisté à Londres, 1702. — 
Pierre Desrieux « drappier, natifz de 
Troyesen Champaygne », habitant de Ge- 
nève, déc. 1558 ; — (Isaac), de S^-Germain 
en Périgord, assisté d'un viatique à Ge- 
nève, 1706. 

1. DES ROCHES, famille ancienne et 
distinguée du Poitou (voy. l'ouvrage des 
MM. Filleau), ou plutôt familles diverses 
du Poitou dont ces auteurs judicieux n'ont 



367 



DES ROCHES 



368 



pu distinguer clairement les diverses bran- 
ches. Les Des Roches de Chassay portaient 
pour = Armes : d'azur à la lance lirisée, 
d'or. D'autres : d'azur au rocher d'or. 

Des Roches, carme du couvent de Poi- 
tiers, converti au protestantisme [Haag, 
IV 273] . Dans son Histoire de ïhouars, 
Berthe de Rourniseaux nous peint Des 
Roches comme & un prédicant forcené qui 
venait d'épouser une femme dont le mari 
vivait encore, et se distinguait entre tous 
les autres par l'impiété de ses maximes, 
la fureur de ses déclamations et la conta- 
gion d'un libertinage effréné ». Chaque 
jour, continue-t-il, « du haut d'une chaire 
placée sous les halles, il exhalait le poison 
de la plus dangereuse doctrine, et cher- 
chait à faire des adeptes parmi les hommes 
de la populace ». Tout ce que l'on peut in- 
duire de ces déclamations dénuées de preu- 
ve, c'est que le zèle de l'ancien carme n'é- 
tait pas accompagné d'assez de prudence. 
Ainsi, un jour, étant entré dans une église 
catholique, il se mit à y prêcher, ou pour 
parler comme M. Bourniseaux, « à vomir 
ses blasphèmes ordinaires contre les plus 
augustes mystères; » mais il paya cher sa 
hardiesse : il fut arraché de la chaire, 
traîné par les cheveux hors de l'église et 
pendu, le 31 septembre 1561. 

Ce Des Roches ne serait-il pas, comme 
nous le soupçonnons, le même que Des 
Roches, ministre de Rouen, qui desservit 
pendant quelque temps l'église de Dieppe? 
Averti que le cardinal deBourbcui avait don- 
né ordre de l'arrêter, parce qu'au mois de 
mai 1359, les Dieppois protestants s'étaient 
donné le malin plaisir d'aller chanter les 
psaumes de Marot sous les fenêtres du 
grand vicaire du diocèse, qui avait été en- 
voyé dans leurs murs pour informer contre 
les Huguenots, et qui avait eu une si belle 
peur qu'il s'était enfui dès le lendemain. 
Des Roches avait cru prudent de s'éloigner 
au plus vite. 

2. DES ROCHES (Jean-Baptiste), dit de 
Parthenay, littérateur laborieux [Haag, IV 
274], né à La Rochelle à la fin du xviie 
siècle, et qui revendiquait hautement l'an- 
cienne noblesse de sa famille. Après avoir 
terminé ses études de jurisprudence, il fut 
nommé conseiller et avocat général au bu- 
reau des finances de La Rochelle : mais 
par scrupule de conscience, il se démit 
bientôt de sa charge et se retira en Hol- 



lande. Il y publia un assez grand nombre 
d'ouvrages en collaboration avec La Mar- 
linière et La Barre de Beaumarchais, jus- 
qu'en 1748 qu'il alla s'établir à Copenha- 
gue où il continua à s'occuper de travaux 
littéraires. Nous ignorons la date de sa 
mort. On a de lui : 

I. Mémoires historiques pour le siècle 
courant, avec des réflexions, depuis juillet 
1728 jusqu'au mois d'avril 1740; Amst., 
1728 et suiv. 36 vol. in-12. 

II. Traité de la situation du paradis ter- 
restre, trad. du latin du P. Hardouin et 
publié dans le t. I des Traités géographi- 
ques et historiques pour faciliter l'intelli- 
gence de l'Écriture sainte, par Bruzen de 
La Martinière (La Haye, 1730, 2 vol. 
in-12). 

III. Commentaire sur les navigations de 
Salomon, trad. du lat. de Huet et publié 
dans le t. II du même recueil. 

IV. Histoire de Danemark, 2e édit., La 
Haye, 1732, 9 vol. in-12. Nous ne con- 
naissons pas la Ire. — C'est la première 
hist. de Danemark qui ait été publiée en 
franc., mais elle abonde en erreurs. 

V. Histoire de Suède, par S. Pufendorff 
{trad. de l'allein. par Roussel, reime et con- 
tinuée par Des Hoches de Pa^'thenay jus- 
qu'en 1730), La Haye, 1732, 3 vol. in-12. 

— Selon M. VVeiss (Biogr. univ.), cette 
édit. appartient à La Martinière, mais Des 
Boches en donna une nouvelle, continuée 
jusqu'en 1748. 

VI. Histoire de Pologne sous le roi Au- 
guste II, par l'abbé de Parthenay, La Haye, 
1733, 4 vol. in-12. 

VII. Pensées morales par Holberg, trad. 
du danois, Copenh., 1749, 1754, 2 vol. 
in-12; réimp. sous des titres un peu diffé- 
rents, Copenh., 1751, 2 vol. in 12 ; Lond., 
1753, in 8o. 

VIH. Mercure danois, 1753-60, in-S». 

— Des Roches en fut un des rédacteurs 
(Barbier, Dictionn.). 

IX. Voyage d'Egypte et de Nubie par 
Norden, revu par Des Roches de Parthe- 
nay, Copenh., 1755, 2 vol. in-fot. ; nouv. 
édit. avec des notes de Langlès, Paris, 
1795, 3 vol. in-4o. 

X. Description et histoire naturelle du 
Groenland par Eggéde, trad. en franc., 
Copenh., 1763, in-8o. 

3. Jean Papillon dit des Roches, minis- 
tre à Châtillon-sur-Loire, 1559 [X 53] ; 



369 



DES ROCHES 



DES SALLES 



370 



Etienne des Roches, ancien de la même 
ville, 1610 [VIII 42 a]. — Abraham des 
Roches, ministre à La Chaize et à Burne- 
zeau, 1620-26. 

DES ROQUETTES, ancien de Caen au 
synode de Dieppe, mai 1660 (Tt 242) ; 
ancien de Bernières au syn. de Quévilly, 
1682 (Tt 2o8). — Noé Desroseaux, de 
St-Jean-d'Angely, assisté en passant cà Lau- 
sanne pour gagner la Hollande ; déc. 1698. 
— Mi'e des Roussets enfermée aux JN'ouv. 
cath. d'Auxerre, 1713. — Isaac Desrous- 
seaux et sa femme, assistés à Londres, 
1705. — Marie Desruisseaux, 18 ans, id. 
1706 ; voy. Mulot. — Pierre Desroy, de 
Barsy-le-château (Aisne), habit, de Genève, 
21 mai 1573. — Des Rois sieur de Ledi- 
gnan près Mmes, 1600 [VIII 459]. — Je- 
han fds de Michel Desrues, chaussetier, 
natif de Rouen, id. nov. 1559. — Marie 
des Rumeaux, de Chalons, 60 ans, veuve 
d'undrapier, assistée à Londres (81. 15 sh.), 
1705. — Sureau Des Rosiers ou du Rosier, 
ministre, 1572, voy. Sureau. 

DESSAGNE (David) de Veyne en Dau- 
phiné, assisté à Genève avec sa femme, sa 
belle-mère et 2 enfants, 1700. — J. des 
Saignes, ministre à Beaufort, colloque de 
Diois, 1620. — Pierre Piffard des Sagnes, 
ministre à Vercheny en Dauphiné, 1668 
(Tt 289). 

DES SALLES, maison originaire de 
Béarn et dont une branche, vers la fin du 
XV'G siècle, se transporta dans le Barrois 
et la Champagne. = Armes : d'argent à la 
tour donjonnée de sable, posée sur une 
motte de sinople. 

Les seigneurs des Salles ou de Salles 
remplirent d'importantes fonctions au ser- 
vice des rois de JN'avarre. L'un d'eux cham- 
bellan et grand maître de l'artillerie, fut 
gouverneur de JNavarreinx pour Jeanne 
d'Albret (voy. ci-dessus I 391). Son fds 
Bertrand, fut le dernier de son nom en 
Béarn. « Il remit, en 1620, sous l'obéis- 
sance du Roy la ville de Navarreinx dont 
il étoit gouverneur pour les religionnaires » 
(d'Hozier). 

En 1490, Pierre des Salles avait épousé 
Nicole dame de Vernancourt, Gombervaux 
et 32 autres seigneuries de (Champagne et 
de Barrois. Son fils, Philippe, épousa en 
2es noces Renée d'Haussonville sœur d'Af- 
frican d'Haussonville baron d'Ornes, ma- 
riage d'où sont issus : 



1° Jean des Salles seigr de Gombervaux, 
Girauvilliers, Badonvilliers, Ugny, Rigny- 
la-Salle, Broussey en Blois, Pargny sur 
Meuse, La petite Woivre, etc. Il fut gou- 
verneur de Vaucouleurs pour le roi de 
France. « L'hérésie le saisit depuis et il en 
devint le protecteur déclaré. Charles IX, 
pour le ramener à la foy, le dépouilla de 
ses charges, 13 oct. 1570. Sa femme, Mar- 
guerite du Hautoy, aussi hérétique et plus 
entêtée que luy, le fortifia dans le party, 
malgré les disgrâces qu'il luy attiroit » 
(Hist. de la maison des Salles). Il fut tué 
en duel à Nancy, ou plutôt assassiné, par 
Jean comte de Salm, 18 septemb. 1575, et 
sa veuve n'obtint d'autre satisfaction, après 
de longues poursuites, qu'une indemnité 
de 10,000 francs barrois. Le défunt fut en- 
terré au tombeau de ses pères, dans l'église 
d'Ugny, ne laissant que deux filles : Guil- 
LEMETTE, née en 1558 morte en 1607, et 
Antoinette née en 1575. La première 
épousa René de Beauvau, baron de Rorté, 
seigr de Mérigny, dont elle eut deux fils, 
Philippe et René, qui moururent sans 
postérité, pins une fille, Marguerite. Elle 
était veuve lorsqu'elle soutint dans son 
i:hàteau de Rorté, un siège en règle contre 
les troupes lorraines. < Le calvinisme dont 
cette dame faisoit alors profession lui fit 
donner asile aux Protestants et à* leur tête 
elle se présenta à la brèche et se défendit 
courageusement. » Néanmoins le château 
fut emporté malgré sa résistance et le duc 
de Lorraine y établit garnison catholique. 
Guillemette des Salles en fut chassée et 
n'en obtint la restitution que par de gran- 
des soumissions qu'elle fit à Charles III le 
15 juin. 1592. L'un des articles de cet acte 
porte : « La dite dame fera nourrir ses en- 
fans en la R. G. A. et R. tant et si lon- 
guement qu'ils seront avec elle ; comme 
au semblable la dite dame fera pour son 
égard, sans permettre ny recevoir autres 
personnes au chasteau du dit Rortey fai- 
sant profession de la nouvelle opinion, 
qui s'enlend pour y résider ou y introni- 
ser la dite Religion nouvelle. » Guillemette 
se remaria, 28 juin 1596, avec Jean de La- 
vardin. Elle mourut en 1607 à Abainville 
et fut inhumée à Ugny. 

2° Claude des Salles, frère du précé- 
dent, baron de Mercy et de Gouhécourt, 
seigr de Coussey, des Vouthons, de Dain- 
ville, de Longchamps etc. maréchal des 



371 



DES SALLES 



DES SAREGES 



372 



camps et armées de Henri IV, épousa, 28 
août 1572, Catherine de Rivière, fille de 
Claude de Rivière (seig"" d'Essey, Vati- 
montetc, et gouverneur de Dun, bailli de 
S'-Michel, sénéchal du Barrois) et de Mar- 
guerite de Mercy. Le contrat fut signé au 
Pont-à-Mousson, où l'arrivée du marié à 
la tête d'un groupe nombreux de cavaliers 
huguenots ne fut pas sans jeter un certain 
émoi (Arch. de la Meuse, B 1006). Un duel 
qu'il eut quelques années après, 1578, le 
contraignit à fuir en France auprès de 
Henri de Navarre, qu'il servit avec zèle. 
Sa femme étant morte, il lui érigea dans 
l'église des Vouthons, un monument au- 
dessus duquel on grava, sur une plaque de 
cuivre, cette inscription qui n'a rien d'é- 
légant, mais rien non plus de catholique : 

Arrête-toi, Passant. 
Contemple cette lame 
Qui t'assure que comme 
La girouette au vent 
De ce mondain manoir 
Le cours est inconstant, 
Puisqu'indifféremment 
De grand seigneur ou Dame 
Comme du peuple bas, 
La mort sépare l'âme 
Par lo vouloir secret 
D'un Dieu altitonnant 
D'avec le corps sujet 
A des maux tant et tant 
Par le péché premier 
D'Adam et de sa femme. 
Car ici gist lu corps 
D'une Dame de nom 
Qui, tant qu'elle a vécu, 
Des vertus du renom 
De la foi, a suivi 
La trace remarquable 
De ses prédécesseurs 
D'un saint zèle et non feint. 
Or ayant tout au plus 
Vingt et sept ans atteint, 
L'Eternel l'a admis 
Au repos perdurable 
Et mourut 
Le 15 febvrier 1583. 

Claude des Salles eut trois enfants : 
lo Henry qui suit ; 2o Sara mariée à Jean 
de Beauvau seigr de Rorté et d'EpRuse, 
fils d'Alof de Beauvau et de Madeleine 
d'Epense*, par contrat du 14 avril 1594, 
passé par devant Ch. Sartorius et Aaron 
de Marsal notaires à Metz ; 3° Louise ma- 

^ D'où suit que MM. Haag, en donnant [II, 
137 a] Claude de Baudoche comme femme d'Alof 
de Beauvau, ont commis une erreur que nous 
avons reproduite t. II, col. 158. 



riée à Claude de Verrières seigr d'Amanty, 
le 14 mai 1596 et morte sans postérité. 

Henry, fils aîné du précédent, eut le roi 
Henri III pour parrain (au dire de l'Hist. 
de la maison des Salles) et Henri IV sui- 
vant d'Hozier. Il fit ses premières armes 
sous ce dernier prince, avec le grade de 
guidon des gendarmes du duc de Bouillon. 
Il était baron de Rorté et de Mont-SWean, 
seigr de Coussey, de Laudaville etc. et fut 
émancipé, 31 mars 1595, peu avant sa ma- 
jorité. Le 20 novembre suivant, il épousa 
Elisabeth de Mérode, fille d'Evrard baron 
de Merode et de La Vaulse et d'Anne de 
Schauenbourg ; au contrat de mariage as- 
sista Elisabeth de Mérode, veuve du baron 
de Malberg et d'Hauteville, tante de l'épou- 
sée qu'elle institua son héritière univer- 
selle. Henry des Salles s'occupait en 1615 
de préparer dans la chapelle du château de 
Rorté son tombeau et celui de sa femme 
qui mourut vers 1622. Mais à partir de ce 
moment se perdent les traces du protestan- 
tisme dans la maison (Dannereuther). 

Archives du dép. de la Meuse. — Hist. de la 
maison des Salles, depuis son établissement en 
Lorraine par le ?• Hugo, religieux prémontré, 
in-4». Nancy 1716. 

DES SARÈGES (La dame épouse de M.), 
du Poitou, lieutenant-colonel au service de 
l'Électeur de Brandebourg, réfugiée à Ber- 
lin avec ses deux fils et deux domestiques, 
1698. — Jehan Dessars, « natifz de Chy- 
non en Tourraine », habit, de Genève, 
janv. 1555; — (Jacques) « gentilhomme 
de Sedan », assisté à Genève, 1698 ; réfu- 
gié en 1700 à Berlin. — Dessebas dit Co- 
queriomont, ministre en Normandie, 1601- 
160i. — Desessas, famille de peintres, voy. 
Desessarts. — Jacques des Sept-granges, 
marchand de Lyon, reçu habitant de Ge- 
nève, 11 septemb. 1572. — Abjuration de 
Jean des Serpents (mss. Guichenon, à la 
fac. de Montpellier, XH no 35). -- Cons- 
tantin Desserre, sieur du Pradet, somme 
par acte notarié le directeur du séminaire 
de Viviers de lui rendre son fils aîné âgé 
de 14 ans suborné par un capucin, 1678 ; 
arrêt du Conseil faisant droit à la plainte 
sauf enquête sur l'âge de l'enfant et son 
droit à choisir sa religion (Tt, Tourlet) ; 
. — (la veuve de Charles) de Montelimar, 
manœuvre, réfugiée à Halle, 1700. — 
Marie Dessertine, du Dauphiné, assistée 



373 



DES SAREGES 



DES VAUX 



374 



d'un viatique à Genève, 1703. — Jacques 
Dessière, du Languedoc, mort à Lausanne, 
1718. — Jean Dessineuz, marchand, réfu- 
gié à Magdebourg avec sa femme, 4 enfants 
et 10 domestiques, 1698. — Dessinges, 
famille réfugiée à Avenches (Suisse), 1735. 

— Etienne Dessiou, des Cévennes, mule- 
tier, réfugié à Berlin, 1700. — Louis 
Dessiray, de la Champagne, vigneron, 
réfugié avec sa femme et un enfant dans 
le pays de Vaud, 1740. — Dessostelle, 
ministre à S^-Félin-de-Palière délégué au 
synode des Cévennes, tenu à Sauve, août 
1671. 

DESSUS (Jacques) bourgeois de Tou- 
louse et de Lucas d'Urdes, docteur, furent 
blâmés par les Capitouls, dans un conseil 
de ville du 31 juill. 1561, pour avoir osé 
se dire délégués du Conseil général à cette 
fin de prendre la défense de « certains prê- 
cheurs ». On voit d'après une autre délibé- 
ration consulaire, du 4 août suivant, que 
Lucas d'Urdes avait fait circuler une péti- 
tion « en faveur de quelque ministre » et 
l'avait portée au roi (Pradel). 

DES TAMPES (LKONARD)«deGhampngné 
en Poictou, ministre de la parole de Dieu», 
admis à l'habitation à Genève, 1er janv. 
1573. — Isaac Desteil, deMilhaud en Rouer- 
gue, chaudronnier, ayant servi en Flan- 
dres dans les armées alliées et allant en 
Allemagne, demande à Lausanne une at- 
testation de sa foi, 1698. — Des Teilles, 
capitaine, 1574 [¥111472]. — iean Desteur 
« du lieu de Colommiés, diof,. de ïholose », 
habit, de Genève, juin 1557. — « A Jehan 
Destomme, faiseur de fontaines de la conté 
d'Ertelois [Rhetelois] pour secourir à sa 
nécessité, 10 flor. » (Bourse fr. de Genève). 

— Baptiste Des Touches ministre déposé 
en 1607 [X 279]. — Josias Destournelles, 
de Paris, assisté h Londres avec sa femme 
et 4 enf., 1705 et années suiv. — Jean 
Destremeau sieur de la Broquère, ministre 
de Bellocq en Béarn, contraint d'abjurer à 
la Révocation, puis réfugié en Hollande et 
reçu à la paix de l'église par le consistoire 
d'Amsterdam, le 10 août 1687. Il avait 
emmené avec lui sa femme, Percide de Sé- 
riac, trois enfants et sa nièce Olympe de 
Macé. Il mourut vers la fin de l'an 1696. 
Daniel Destremeau son fils fut pasteur à son 
tour. — Desubas, sobriquet du martyr IVIa- 
thieu Majal. — Desuge, étudiant à Genève 
(Paulus Lud. DeSiigecastrensis)en 1680. — 



« Nous voyons dans les registres du parle- 
ment de Bordeaux qu'un hérétique nommé 
François Desuz, convaincu d'avoir donné 
deux ou trois coups de dague contre une 
image représentant le crucifix, fut con- 
damné d'avoir la main coupée et ensuite 
la teste tranchée, en quoy ce docte et très 
pieux sénat a suivy l'exemple de ce qui 
est rapporté par Ancharanus, en son con- 
seil 15, touchant un Juif qui avoit jette 
par la fenestre un plein pot d'urine sur une 

croix que l'on portait à la procession 

(Filleau, Décisions cathol. p. 69, sans 
date). — Des Vallons, mis à la Bastille puis 
banni, 1691 ; Bull. IV 122, 205. 

DES VAUX, maison noble du IVIaine, 
dont une branche professa la religion ré- 
formée [Haag, IV 275]. 

Selon Le Paige (Dicfionn. du Maine, 
1777), ce fut seulement dans le xvii^ siè- 
cle que Gui des Vaux, fils puîné de Fran- 
çois Des Vaux et d'Urbaine de Quincé, et 
seigneur de Loresse du chef de sa femme, 
abjura la religion catholique. Resté veuf 
sans enfant, il se remaria avec Judith de 
hausserai qui le rendit père de Gui, sei- 
gneur de Saint-Victor et de Loresse, et de 
Jacques, sieur de Durcy. Ce dernier 
épousa, en 1651, Marie, fille de René de 
La Chevallerie et de Susanne d'A^idigné, 
dont il eut des enfans. Le dernier de ses 
descendants mâles mourut en 1747. 

Gui Des Vaux s'allia, en 1652, à Marie 
Pandin, fille du sieurde LaHamilière, qui 
ne lui donna qu'un tils, nommé Samuel. En 
secondes noces, il prit pour femme Marie 
de Madaillan de Lespare, fille du comte de 
Chauvigny, dont il eut Gui-Philippe, sieur 
Du Boulay, comte de Loresse, qui abjura 
la religion réformée et mourut, en 1753, 
sans laisser d'enfant. 

Samuel Des Vaux, seigneur de Loresse, 
né en 1656, était resté fidèle à la foi évan- 
gélique. Arrêté à Paimbœuf, en 1687, 
comme il allait s'embarquer pour les pays 
étrangers, il fut condamné aux galères, et 
sa femme, qui l'accompagnai t, fut enfer- 
mée dans un hôpital (M 671). En même 
temps qu'eux, sur le même navire, furent 
arrêtés : 

Gabriel Robin, sieur de Chambrun, âgé 
de 22 ans ; Jacq. Du Moustier, marchand 
de Loudun, 20 ans; Henri de La Barre, 
g-entilhomme du Poitou, 21 ans; Renée 
Buor, veuve de Henri de La Varenne, 



375 



DES VAUX — DES VŒUX 



376 



sieur de La Chalonnière; Esther Verger, 
60 ans ; Josué Robineau, sieur de La Chau- 
vinière, du Poitou, 40 ans, avec sa femme 
Charlotte Gentil, 26 ans, ses deux belles- 
sœurs, Isabelle-Marie, 25 ans, et Gabrielle, 
24 ans, et une femme de chambre, Anne 
Le Gagneux ; Jacques Saoulet, sieur de 
Lambraies, 30 ans ; Charles Béjarry, sieur 
de La Grignonnière, 21 ans; Charles-Daniel 
Demont-Sorhier , 18 ans ; Marie de Cailhaut 
de La Groizardière et Marguerite de Cail- 
haut, 17 ans, du Poitou (M 67(3). 

Dans cette difficile situation, il eut un 
instant de faiblesse et il feignit d'abjurer; 
des lettres de rémission lui furent accor- 
dées, au mois de janvier 1688 ; mais dès 
qu'il eut recouvré sa liberté, il réussit, plus 
heureux cette fois que la première, à pas- 
ser en Hollande. Après avoir combattu 
quelque temps dans les armées de la répu- 
blique, il entra au service du roi de 
Prusse et mourut de ses blessures, en 1714. 
I! avait épousé Elisabeth Courault Du Por- 
tail et en avait eu un fils, nommé Samuel, 
qui, à peine sorti de l'abbaye dePontlevoi 
où on l'avait enfermé, en 1699 (E 3385), 
pour l'instruire dans la religion romaine, 
l'était allé rejoindre en Hollande où il mou- 
rut sans alliance ; et deux filles : Marie, 
femme du sieur de Létard en Poitou, et 
Judith, morte fille, qui avaient été toutes 
deux enlevées à leur mère, en 1699, et éle- 
vées dans le couvent de Menetou. 

DES VIEUX (.Jean), gentilhomme de 
Trièves en Dauphiné [Haag IV 275], a 
joué un rôle important dans la première 
guerre civile, en 1562. Il fut l'un des pre- 
miers du pays à prendre les armes pour la 
cause protestante. Après s'être assuré de 
Grenoble avec le concours des conseillers 
André Ponat et Paul Remy, Des Vieux fa- 
vorisa l'entreprise des prolestants sur 
Lyon. En partant pour son expédition 
contre Vienne, Des Adrets lui confia la dé- 
fense de Grenoble avec une garnison de 
200 hommes commandés par de Coct et La 
Coche. Maugiron s'étant présenté devant 
les murs, le chef huguenot qui savait fort 
bien qu'il ne pouvait compter sur les sym- 
pathies de la majorité des habitants, et qui 
se sentait trop faible pour se défendre avec 
quelque chance de succès, se décida à ca- 
pituler. Maugiron promit qu'aucun excès 
ne serait fait contre les habitants protes- 
tants ; mais cette promesse fut mal tenue, 



et ceux qui n'avaient pas été assez pru- 
dents pour fuir furent exposés à toutes 
sortes de violences. Selon Ghorier, Des 
Vieux était « un fort honnête homme ». 

Il est habituellement désigné par les 
historiens sous le nom desaterredeBrion, 
baronnie du Vivarais dont le titulaire était 
membre des Étals du Languedoc. Sa des- 
cendance s'éteignit avant la révocation de 
l'édit de Nantes et sa terre passa dans la 
famille d'Armand (t. I col. 350). Dès l'an 
1682, Alexandre d'Armand de Biion fut 
nommé gentilhomme de la cour de l'Élec- 
teur de Brandebourg. En 1685, Frédéric- 
Guillaume avait Adhémar de Brion au 
nombre de ses pages. Une demoi.^elle d'Ar- 
mand de Brion fut dame d'honneur de 
l'Électrice de Hanovre. Enfin, sous le rè- 
gne de Frédéric 1er, Charles de Brion ba- 
ron de Lux remplit à Memel les fonctions 
de commandant de place. 

DES VIGNES (Antoine), de Mâcon, 
reçu habitant de Genève, 11 septemb. 
1572. Une famille Desvignes était réfugiée 
à Nyon (Vaud) avant 1570. — Des Vi- 
gnolles, famille noble de Languedoc. Voy. 
VignoUes (de). — J.-B. Desvoix, du Viva- 
r:iis, orfèvre, réfugié à Lausanne avec sa 
femme et 3 enf., 1739. 

DES VOEUX (A-V.) pasteur de l'église 
française de Dublin [Haag, IV 276] et cha- 
pelain du régiment des carabiniers du roi 
d'Angleterre. Il était né catholique et se 
montra zélé janséniste jusqu'au moment 
où les miracles du diacre Paris com- 
mencèrent à jeter du ridicule sur son 
parti. 

Il fit alors imprimer une Dissertation 
sur les miracles (1732) dans laquelle il s'éle- 
vait contre ceux qui voyaient l'interven- 
tion divine dans les faits extraordinaires 
dont le tombeau du fameux diacre (mort 
en 1727) était devenu le théâtre. Les jan- 
sénistes lui répondirent vertement et il 
répliqua par des Lettres (datées de Botter- 
dam juillet et août 1734) qui parurent sous 
ce titre : 

Lettres sur les miracles où l'on établit 
les caractères distinctifs des Vrais Miracles 
en général et en particulier de ceux qui 
s'opèrent sur le Corps-Humain ; et l'on fait 
voir que sans entrer dans l'examen de la 
Doctrine, on a droit de rejeter les il/iracie* 
que les Jansénistes attribuent aux Beliques 
de M. l'abbé de Paris. Par Mr Des Vœux, 



377 



DES VŒUX 



DETAYSE 



378 



pour servir de Réponse au Discours sur 
les Miracles dans lequel M. de Maupas l'a 
combattu ; Rotterdam, J.-R. Reman, 1735, 
14 et :]50 p. in-12. — Petit ouvrage com- 
posé avec talent et marqué au coin d'un 
persiflage acéré. Par exemple (p. 16), en 
parlant des Albigeois : 

Vous prouvez votre catholicisme en disant 
du mal des hérétiques ; mais approuver 
qu'on les tue, cela est encore beaucoup plus 
orthodoxe. D'ailleurs ces hérétiques d'Al- 
bigeois, prédécesseurs des Huguenots, 
n'avoient d'auti'e règle de foi que les Ecri- 
tures divinement inspirées ; ils nioient réel- 
lement les dogmes que les ennemis des 
jansénistes vous accusent d'ébranler : la 
Transsubstantiation, l'utilité du culte des 
Saints, le Purgatoire, etc. Qu'y a-t-il donc 
de plus catholique que d'approuver qu'on 
leur fasse la guerre? Respecter l'autorité 
de l'Eglise, c'est quelque chose; mais révé- 
rer jusqu'aux crimes qu'elle prescrit, c'est 
le plus haut point de perfection ou un esprit 
catholique puisse atteindre. 

Pleinement protestant, Des Vœux passa 
en Angleterre et de là publia contre l'apostat 
Des Mahis une Défense de la religion ré for- 
mée^ Am»ter(i.i73é,^\o\.in-8o.Ceton\rage 
n'est pas sans mérite et l'on parle égale- 
ment avec éloge de sa Critique générale du 
livre de M. Mo7itgeron sur les miracles de 
M. l'abbé de Paris ou Nouvelles lettres sur 
les miracles, Amst. 1740, 2 vol. 8». Six an 
nées plus tard, il fit paraître à Dublin en 
un vol. 8°. J'rois sermons, 1° Sur la véri- 
table patrie des François réfugiés ; 2° sur la 
révolution de 1638 ; sur l'obligation indis- 
pensable de soutenir les droits du roi contre 
les rebelles. Cependant c'est surtout par 
son Commentaire sur l'Ecclésiaste que Des 
Vœux a conquis une place éminente dans 
la littérature protestante. Ce travail remar- 
quable parut à Londres, 1762 in-4o, sous 
le titre de Philosophical and critical Essatj 
on Ecclesiastes, et fut traduit en allem. par 
Ramberger, Halle, 1764 in-4o. L'Ecclé- 
siaste est le seul livre de la Rible où soient 
exposées les idées philosophiques des an- 
ciens Juifs ; à ce titre il méritait assuré- 
ment d'être l'objet des études d'un philo- 
sophe. Des Vœux montre d'abord le but 
de l'auteur, qui était selon lui d'éprouver 
l'immortalité de l'âme ou plutôt la néces- 
sité d'une vie future ; puis il défend ses 



doctrines et explique sa méthode dans une 
paraphrase qui accompagne une traduc- 
tion nouvelle. Quant au travail philologi- 
que proprement dit, il est un éclatant té- 
moignage de l'érudition et de la sagacité 
du pasteur de Dublin ; aussi regarde-t-on 
avec justice son ouvrage comme le meil- 
leur commentaire qui ait été publié sur 
l'Ecclésiaste. 

Après la mort de Droz, qui avait fondé, 
en 1744, le premier journal littéraire qui 
eut paru à Dublin, Des Vœux se chargea 
d'en continuer la publication. On ignore 
l'époque de sa mort. 

Le Rev. Agnew mentionne, dans ses 
French protest, exiles, Vinchow Desvœux 
pasteur de l'église française de Dublin en 
173o et Marianne Robillard de Champagne 
devenue lady Des Vœux vers 177S. 

DETAN, famille originaire de Réziers, 
réfugiée en Prusse [Haag, IV 277]. Trois 
frères de ce nom, Pierre Paul, Jean et 
Emmanuel, tous trois architectes, sorti- 
rent de France à la révocation et allèrent 
demander un asile au Rrandebourg. L'ainé 
fut contrôleur des bâtiments en Prusse. 
On lit dans les notes de Dieterici : que 
Emmanuel Deltan, de Paris, et la femme 
de Jean Dettan, conducteur de fortifica- 
tions, étaient réfugiés avec leurs enfants, 
en 1698 à Wezel. Une des filles d'Emma- 
nuel épousa Salomon Géry, de Sedan, pre- 
mier bourgmestre et conseiller au magis- 
trat de la Dorotheestadt (Rerlin). Parmi 
les réfugiés de la môme profession, on peut 
citer encore Pierre Boijnet et surtout Abra- 
ham Quesney, mort à Rerlin en 1726, à 
qui cette ville est redevable de la Maison 
des orphelins et du temple de la Friederichs- 
stadt, construit sur le plan de l'église de 
Charenton et formant un rectangle de 128 
pieds de long sur 76 de large. 

DETAYSE (Jeanne), de Grenoble, assis- 
tée à Genève d'un viatique pour l'Allema- 
gne, 1693. — a Nobilis Julius Dethiensis à 
Clesleo, trievensis », étudiant à l'acad. de 
Genève, 1665. — Daniel de Thau seigneur 
de Renivin ou Renevins (probablement le 
même nom que Benivent ci-dessus t. II col. 
260), du Dauphiné, était réfugié en Prusse 
avant la révocation et conseiller d'ambas- 
sade en 1683 (Erman) ; sa femme était 
Claudine de Durant et il épousa en 2es no- 
ces Geneviève Rigot de Monrioux. Il mou- 
rut en 1697, laissant une fille qui fut M™e 



379 



DETAYSE 



DE VAUX 



380 



d'Hélix. — De Toit, descendant de hugue- 
nots français réfugiés en Hollande à l'épo- 
que de la révocation et l'un des trois chefs 
desBoers, colonie hollandaisedu Transwaal 
(Afrique du sud), qui vinrent en Europe en 
1884 au sujet de leurs démêlés avec les An- 
glais du cap de Bonne-Espérance et furent 
accueillis avec enthousiasme. — Détroit, 
descendant de huguenots français réfugiés 
en Prusse à la révocation et qui venu très 
jeune en Turquie s'y fit mahométan et de- 
vint de notre temps, sous le nom de Mé- 
hemet-Ali un officier distingué (J^^i Le 
Temps, 2 août 1877). — La veuve de Da- 
niel Detroy, de Picardie, venant du Pala- 
tinat, reçoit un viatique pour y retourner, 
ijlenève 1699. — Detroye, cordelier arrêté 
en 1333 avec Gérard de l'Espée à Fontenay- 
le-Comte et probablement le même que 
« frère de Troia ou Troja qui prêcha la Ré- 
forme cà Poitiers et à S'-Maixent en 1536 
et 1537 (Benj. Fillon). — Pierre Detury, 
d'Epence en Champagne, reçoit à Genève 
un viatique pour l'Allemagne, 1708. — 
« Abdenago Deubiseus chaumontianus has- 
siginacus », étudiant à Genève, 1567. — 
Jaquet Deval, de Chalençon en Vivarais, 
assisté à Lausanne, 1688. La femme et la 
fille de M. Deval apothicaire de Couvisson 
(Calvisson?) « malades et sans secours de 
leurs parents », id. 1690. — Daniel Déva- 
lées, de S'-Martin-de-Rhé, 24 ans, assisté à 
Londres, 1705. — « Denys fils de feu Jac- 
ques De Valloux, de Parys, verrier », reçu 
habitant de Genève, mai 1559. — David 
Devanne, du bas Poitou qui revient d'Al- 
lemagne malade, assisté à Genève, 1700. 

1. DE VAUX (Gilbert) fut le deuxième 
pasteur de l'église de Milhau [Haag, IV 
277]. Il y arriva le 4 décembre 1561. 
Comme son prédécesseur Malet, décédé 
quelques semaines après (janvier 1562), il 
venait de Genève où il avait été « dédié 
pour Milhau », c'est-à-dire que la Vénér. 
compagnie de Genève lui avait assigné ce 
poste, où il amena « famé et famille » {Mss 
d'un calviniste de Milhau). Le 5 avril 1562, 
il rendit compte à Calvin de son installa- 
tion ' et tout en se plaignant des obstacles 
que rencontrait encore l'Évangile, il rend 

* Dans une lettre conservée au vol. 102 de la 
collection Du Puy et publiée par le £idl. XIV, 
321 et les éditeurs des Opéra Calvini, Brunsw. 
XIX, 381. 



grâce au Seigneur de ce que son Église 
croît et augmente chaque jour, « et je puis 
dire rondement, ajoute-t-il que je reçoy 
pins de consolation en une heure que n'ay 
faict tout le temps qu'ay demeuré au pays 
dont suis sorti [?], auquel la prédication 
de l'Évangile estoit odieuse» [haïe]. C'est 
précisément à la même époque que se rap- 
porte ce passage du Mss d'un calviste : 
« Le premier dimanche après Noël 1561, 
à Milhau firent la première Cène qui feut 
célébrée à la forme apostolique, y estant 
toute la noblesse de la Religion et autres 
personnes des environs et mesme de Vil- 
lefranche en Rouergue, St-Affrique, Com- 
peyre et autres lieux circonvoisins » '. 

Pour se conformer à l'édit de janvier 
(1562) les protestants de Milhau abandon- 
nèrent les églises de la ville dont ils étaient 
en possession et s'assemblèrent dans un 
pré appartenant à sire Broses, à côté du 
portail de Manderous. A ce culte assistaient 
chaque jour les Consuls « et alors les pres- 
tres et papistes feurent estonnés et bonne- 
ment ne ausèrent faire leur ofllce divin, 
sinon en cacheté ». De Vaux subit, l'an- 
née suivante l'affront d'une accusation de 
concubinage qui fut longement débattue en 
Consistoire et son accusateur, un habitant 
de Milhau nommé Durand, bien que con- 
damné comme calomniateur ayant per- 
sisté dans ses dires et les ayant soutenus de 
nouveau, en appel, devant le synode (tenu 
au Vigan, 16 et 17 juin 1563) où se trou- 
vaient 34 ministres, finit par être excom- 
munié et retranché de l'église. 

Nous n'avons plus aucun renseignement 
sur De Vaux jusqu'en l'année 1573. Aver- 
tis par la St-Barthélemy, les protestants 
éprouvaient le besoin de se garder eux-mê- 
mes et s'occupaient de l'organisation de 
ces assemblées politiques qui purent deve- 
nir un danger pour l'État, mais qui étaient 
pour eux une nécessité. A Milhau comme 
dans d'autres lieux il se forma des réu- 
nions pour préparer l'assemblée importante 
qui eut lieu dans cette ville le 4 décemb. 
1573. Le 6 février, ceux de Milhau se réu- 
nirent pour nommer leurs délégués aux 
États protestants du Languedoc convoqués 
à Nîmes; M. de Panât gouverneur de la 



1 Note de M. le pasteur Ph. Corbière, qui a 
revu et complété l'article. 



381 



DE VAUX — DE VAULX 



382 



ville, le ministre De Vaux et John Benoist 
marchand, furent nommés et se mirent 
immédiatement en route ; mais ils ne pu- 
rent dépasser Anduze attendu que tous les 
défilés étaient gardés par les troupes de 
Dampville. L'assemblée se tint à Anduze, 
où l'on décida qu'une fédération serait éta- 
blie entre les églises du pays et celles de 
Milhau et de ses environs bien que celles- 
ci n'appartinsent pas au Languedoc. Cette 
alliance fut renouvelée, 26 avril 1574, 
dans une nouvelle assemblée où De Vaux 
et Guillaume Calviè^-e, sieur de St-Cézaire, 
docteur en droit, reçurent la mission d'al- 
ler en Allemagne pour les affaires de la 
religion. En 1577, il signa le traité de Ber- 
gerac, et en 1579, avec Yolet, celui de Né- 
rac, comme député de Rouergue. En 1588, 
il assista, en la même qualité avec le sieur 
de Lusençon, à l'assemblée politique de 
La Rochelle. Il parait qu'en 1593, il se 
trouva aussi à la conférence de Mantes, 
soit qu'il y eut été envoyé par sa province, 
soit qu'il s'y fût rendu de son propre 
chef; mais au lieu d'y défendre les princi- 
pes du protestantisme, il se laissa séduire 
par Du Perron. • Après les belles pro- 
messes qu'il avoit faites à M. d'Evreux, 
lit-on dans la confession de Sancy, et ar- 
gent reçu pour les exécuter, il lui prit une 
fièvre poltronne, et s'en alla en son pays 
criant et braillant que la cause de Dieu 
était trahie par lui et cinq de ses compa- 
gnons. » Selon Cayet, dans son Discours 
de la vra'ye église, Devaux, après son apos- 
tasie, « eut cet honneur de servir aux lieux 
où il pouvoit profiter beaucoup et n'y a 
pas manqué. • D'Aubigné, qui vit l'an- 
cien ministre sur son lit de mort, rapporte 
que De Vaux lui avoua qu'il s'était vendu 
à la Cour ; il affirme même qu'il lui remit 
trois brevets, l'un de 2,500 écus, les deux 
autres un peu moindres. Mais d'Aubigné 
ajoute que le ministre infidèle mourut dans 
les sentiments d'un repentir amer. 

2. DE VAULX (Nicolas), pasteur de 
Guise délégué au synode national de Gap, 
1603. — (Nicolas) probablement fils du 
précédent, né à Geromont, étudiant à Se- 
dan en 1607 et 1608, puis à Genève, janv. 
1611, pasteur à Laon en 1620. — (Jac- 
ques) fils du précédent [Haag, IV 277], né 
à Laon en 1616 ou 17, fit ses études en 
théologie à Sedan en 1638 où il soutint 
sous la présidence de Du Moulin, une thèse 



De missâ et transsubstantiatione. Il fut pas- 
teur à Compiègne, 1650-67 ; à Oisemont, 
1667-71 ; il était mort en 1675, après 
36 années de ministère. C'est à lui qu'on 
doit le recueil précieux des Thèses de Se- 
dan, ouvrage devenu si rare que l'on nous 
saura gré d'entrer à son sujet dans quel- 
ques détails. En voici le titre exact : 
ÎD"':npn ^:nD l^'iN hoc est. Thé- 
saurus disputa tionum theologicarum in 
aima Sedanensi academiâ variis tempori- 
bus habitarum à reverendis celeberrimisque 
pastoribus et SS. theologise professoribus, 
Petro Molinxo, Jacobo Cappello, Abra- 
hamo Ramburtio, Samuele Maresio, Alexan- 
dro Colvino [Scoto], Ludovico Le Blanc, 
Josuâ Le Vasseur, Jacobo Alpeeo de S. Mau- 
rice, nunc primum collectus et in lucem 
emissus, Gen., J. A. et Sam. de Tournes, 
1661, 2 vol. in-4o. — Ce recueil, cité sou- 
vent sous le nom de Thésaurus theologise Se- 
danensis, peut être regardé comme un 
traité complet de théologie calviniste or- 
thodoxe. Devaux y a joint une Epitre dé- 
dicatoire à Jean Mettayer, pasteur de Saint- 
Quentin, et plusieurs index. Le l^r vol. 
contient le discours par Du Moulin, De lau- 
dibus theologise, cent onze thèses de l'infa- 
tigable pasteur, quatorze thèses d^ Cappel, 
ses notes Sur l'Apocalyspe, ses Epocharumil- 
/MsfnMw0£(j.aTKT{Acî,plus un court extrait de 
la dissertation de Saumaise intitulé Deepis- 
copis et presbyteris. Le second vol. est 
rempli par soixante et une thèses de Ram- 
bours, quatre de Des Marets, six de Col- 
vin, dix-huit de Le Blanc, deux de Le 
Vasseur et une d'Alpée deS^-Maurice. 

Voici les noms des élèves répondants 
qui sont d'origine française. Plusieurs d'en- 
tre eux se sont fait, dans la suite, un nom 
par leurs travaux. 

1608. Pierre Licques de Saumur. — 1619. 
Samuel Duvicqiiet de Sedan. — 1620. Daniel 
Sauvage de Sedan, André Pelloquin de 
Blois, Paul Georges de Chartres, Pierre 
Guérard normand, Robert Cottin picard, 
François Becude qui, quoique belge d'ori- 
gine, fut pasteur en France ; Cyprien Hen- 
riquet de Sedan, Paul Madrat de Sedan. — 
1621. Jean Ramet de Sedan. — 1622. Ben- 
jamin Tricotel de Beauvais, Jean if«wdoMin 
normand, Gédéon Chéron de Houdan, Jean 
Mettayer de Dammartin, Jacques Girom 
de Paris, Etienne Chamaillart de Châtillon, 
Pierre Gantois de Sedan. — 1623. Louis 



383 



DE VAULX — DEVERIA 



384 



Hérault, Etienne Vacher de La Rochelle, 
François Boutet de Casteljaloux, David De- 
rodon de Die, Samuel Bochart de Rouen. 

— 1624. Luc Pouquet de Caen. — 1626. 
Jeau Le Marchand de Condé-sur-Noireau, 
Pierre Duprat du Béarn, Jean Le Sueur de 
Clei'inont en Beauvoisis, Pierre Berchet de 
Sedan, Michel Loride de Bélesme, Antoine 
Vidal du Béarn. — 1627. Pierre Pinet 
d'Oi'léans, Jacques Lohier d'Aussy de Saint- 
Lô. — 1628. Arnaud Casaniajor du Béarn, 
Isaac Marchand de Sedan, Isaac d'Huis- 
seaii de Paris, Cyrus Du Moulin de Paris, 
Charles Des Champs, Abraham Jaquelot 
de Vitry, Arnaud Du Bourdieu d'Izeste. 

— 1629. Philippe iScaZèergte, Claude Sonnet 
de Sedan. — 1630. Abel Dargent, Henri 
Sanegon, Nicolas Vaumesle, Jacques Rou- 
veau de Paris, Lucas Jansse de Rouen, 
David Hébert de Dieppe, Michel Carvé de 
Caen. — 1631. Pierre Coignard de Saumur, 
Abel de Combles de Metz, A. Basnage de 
Carentan, A. Bontat de La Tour de Mar- 
seille, Henri Clignet. — 1632. Jean Chanet, 
Siméon Gascher d'Auvergne, Second Chatif- 
fepié de Niort. — 1633. Jean Bonnelle de 
Méhun. — 1634. Paul Le Nepveu, normand, 
Paul Du Soûl de Chinon, Jean Bouvier 
de Caen. — 1635. Pierre Allix d'Alençon, 
Dominique de Losse de Beauvais, Nicolas 
de La Bassecour de Mulheim, Da,vidBlan- 
chard-Servanière de Condé, Laurent de 
Bures de Dieppe, Pierre Fleury de Lou- 
dun, Samuel Papin du Poitou. — 1636. 
Jacques Gantois de Sedan, Philippe Cattier 
de Paris, Pierre Bilot de Champagne. — 
1637. J. -Jacques Le Telier de Saint-Lô, 
Jean Bilot de Champagne. — 1638.T. iîosse^ 
de Saintonge, Jacques Devaux de Laon. — 
1639. Pierre Trouillart de Sedan. — 1641. 
Daniel Bilot de Champagne. — 1645. Jean 
Baillehache de Beaumont de Caen. — 1646. 
Etienne Morin de Caen. — 1650. François 
de Limoges de Boulogne. — 1651. Jacques 
de Prez de Fontainebleau, Abraham War- 
land de Vitry. — 1652. Joseph Pithoys de 
Sedan. — 1653. Daniel d'Ozanne de Metz. 

— 1654. Isaac Chevillette de Sedan. — 
1655. Abraham Chéron de Sedan. — 1656. 
Antoine Giiérinde Sedan, Pierre Verchand 
de Montpellier, Philippe Tricotel, norina.nd, 
Daniel Cottin de Laon. — 1657. Abraham 
Colleville de Sedan. — 1658. François Gri- 
maudet de Blois, Pierre Jurieu de Mer. — 
1660. Pierre Tetel de Troyes. 

3. DEVAULX (Etienne), ministre à 
Villemande ; à St-Hippolyte, 1568 ; à Gan- 



ges, 1539-72; à St-Hippolyte, 1574; à 
Vezenobres, 1581. — (Godefroid) ministre 
à Bourdeaux en Dauphiné, 1593-95 ; des- 
titué pour adultère, 1595 ; apostat, 1596. 

— (Simon) pasteur k Calais, 1681-85; ré- 
fugié en Hollande ; nommé pasteur à 
Grave où il exerça de 1682 à 1692; à 
Haarlem, de 1692 à 1705 année de sa mort. 

— Autres pasteurs du même nom : à Pau, 
1577 ; cà Gignan, 1583 ; à La Barre, 1647 ; 
h St-Loup, 1669-71; à Bacqueville, 1675- 
1682. 

4. DEVAUX (Blaise), lapidaire de Di- 
jon, reçu habitant de Genève, 29 nov. 
1572. — (Jean), de Si-Just-en-Forest, me- 
nuisier, id. 9 fév. 1573. — (George), du 
Dauptiiné, id. 19oct. 1573. — (Suzanne), 
53 ans, veuve d'un marchand de soie de 
Tours, avec sa fdle, 14 ans, infirme ; assis- 
tée à Londres, 1706. — Autre Suzanne, 22 
ans, femme d'Etienne absent au service 
de la reine, id. 1706. — (Jacques) l'un 
des directeurs de l'hôpital français de Lon- 
dres, 1718. 

DEVÉRIA (Eugène), entré (ou rentré) 
dans le protestantisme par accident, s'y 
est trouvé d'emblée, par l'élévation, la droi- 
ture et l'énergie de son caractère, un admi- 
rable protestant. Il naquit à Paris le 22 
avril 1805, troisième tils d'une famille ori- 
ginaire de Suisse, mais qui descendait par 
le père, de réfugiés italiens et par la mère 
de réfugiés français. Il dut à son frère, 
Achille Devéria, artiste connu surtout par 
ses élégants dessins et ses nombreuses li- 
thographies, de suivre la carrière des beaux- 
arts. Une strophe de Béranger lui inspira 
sa première composition : le vieux sergent 

Près du rouet de sa fille chérie, 
Le vieux sergent se distrait de ses maux ; 
Et d'une main que la balle a meurtrie 
Berce en riant deux petits-fils jumeaux. 

Après avoir travaillé dans l'atelier de 
son frère, il passa dans celui de Girodet et 
bientôt (il n'avait que 19 ans) il se fit con- 
naître par un coup d'éclat : la naissance 
de Henri IV, grand tableau qui le plaça 
au premier rang des jeunes peintres, c'est- 
à-dire à la tête de l'école romantique. Il re- 
çut dès lors des commandes importantes 
pour le Louvre et le Musée de Versailles : 
Le Puget présentant à Louis XIV son Mi- 
Ion de Crotone mourant; le Serment de 
Louis - Philippe ; Botsaris à Missolonghi ;l3i 
mort des fils de Chlodomir. 



385 



DEVERIA 



386 



Jeune, plein de feu et d'aspirations am- 
bitieuses, l'un des bien doués parmi celte 
ardente génération de 1830, au sein de la- 
quelle on vit éclore tant de talents dans 
tous les genres, Devéria se laissa emporter 
au tourbillon mondain, et comme tant 
d'autres dissipa follement de belles années. 

Il avait été chargé par le gouvernement 
d'orner de fresques la cathédrale d'Avi- 
gnon, l'ancien séjour des papes. Il se mit 
à, l'œuvre avec ardeur ; mais, dans l'air hu- 
mide et malsain du vieux monument qui 
devait bientôt effacer en partie son grand 
travail, il se sentit lui-même atteint dans 
sa forte santé ; une maladie de poitrine se 
déclara; en quelques mois il fut comme 
brisé et les médecins l'envoyèrent aux 
Eaux-Bonnes pour réparer ses forces épui- 
sées ; lui-même nous a dépeint dans quel- 
ques strophes d'une poésie réaliste ce 
voyage pénible, son passage à Pau par un 
jour sombre, son arrivée à la source ther- 
male, l'impression qu'il fit sur ceux qui 
virent cette figure jeune encore (il avait 
35 ans) à longues moustaches noires, sous 
son costume d'alpaga vert, si pâle qu'il 
semblait un fantôme venu pour s'éva- 
nouir aux Eaux-Bonnes. Cependant le mé- 
decin des eaux le rassura en lui disant que 
moyennant l'eau prise à forte dose et deux 
ans de séjour en Béarn, il pouvait obtenir 
sa guérison. 

Rendu à l'espérance et sous l'impression 
religieuse de sa fragilité, Devéria com- 
mença de penser à son âme. Sous l'empire 
de cette préoccupation, il s'adressa succes- 
sivement à deux curés puis à un évêque 
qui, étonnés, lui répondirent froidement. 
Il eut alors l'idée d'écrire à un pasteur de 
Paris. Celui-ci répondit avec chaleur et 
d'une manière intelligente, l'engageant à 
lire, à étudier, à méditer l'Evangile ; il sui- 
vit ce conseil ; un ami catholique lui ayant 
remis une Bible, il la lut avec ardeur. 

Bientôt, convaincu que la forme protes- 
tante réalisait mieux que le catholicisme la 
pensée chrétienne^ il s'unit à la petite 
Église réformée de Pau dont le pasteur fit 
comprendre à « ce grand pécheur », comme 
il s'appela lui-même, la gratuité du salut. 

Convaincu de son indignité devant 
Dieu, Devéria saisit cette doctrine avec son 
cœur ; dès lors son ardent désir fut de se 
mettre au service de son Dieu Sauveur et 
de ses frères en la foi : Une curieuse cir- 



constance mérite d'être signalée : Un jour, 
un pasteur étant entré dans la cathédrale 
d'Avignon, avait trouvé le jeune artiste 
qui déballait avec colère une caisse sans 
doute mal conditionnée ; la vue de ce jeune 
homme si fier et si impatient lui fit dire à 
sou compagnon : « Si la conversion chré- 
« tienne est toujours un miracle, elle sera 
<i sans doute un double miracle pour celui- 
« ci. > Un an après, Devéria frappait à la 
porte de ce même pasteur (M. Em. Fros- 
sard) à Bagnères et venait lui demander 
ses conseils. Le lion était transformé en 
agneau. 

Dès lors, Devéria fixé à Pau, dut re- 
noncer à la gloire qui ne sourit guère qu'à 
ceux qui la cherchent et à la brillante car- 
rière qu'il aurait pu poursuivre à Paris, 
mais il continua ce qu'il appelait son ?/ié- 
tier, se mit à faire des portraits, ouvrit un 
modeste cours de dessin, ne se livrant plu» 
que de temps en temps à des compositions 
où son génie débordait, et son talent de 
coloriste trouvait encore à se montrer ; 
mais la grande peinture avait fait place à 
un plus petit genre, le gracieux et le déli- 
cat. Sa vie tout entière prit une direction 
nouvelle. 

Après avoir suivi des réunions fraternel- 
les où s'éclairaient ses convictions, il ac- 
cepta la direction d'une École du Diman- 
che et cette fonction devint une de ses 
tâches les plus douces et des plus fidèle- 
ment accomplies. Pendant vingt ans il pré- 
sida cette École du Dimanche avec une 
conscience et une application infatigables ; 
la Bible devint la règle de sa vie. Le style 
si simple et si grand de l'Écriture sainte 
convenait à sa mâle nature. 

Il en était si fortement pénétré qu'il put 
remplir durant bien des années l'office de 
prédicateur dans l'église de Pau, à l'édifi- 
cation de tous les fidèles et avec l'approba- 
tion unanime. Le pasteur en titre était sou- 
vent malade et pendant que Devéria pré- 
sidait à la salle d'école, on l'avertissait 
fréquemment que le pasteur le priait de le 
remplacer dans sa chaire. « Devéria mon- 
d trait alors une admirable facilité d'im- 
« provisation. Venu pour écouter, n'ayant 
« pas même de sujet choisi, il ouvrait la 
« Bible, la feuilletait quelques instants, 
« s'arrêtait sur unchapitre, le lisait, priait, 
« puis développait le sujet du fragment sa- 
it cré qu'il venait de lire, avec une richesse 

V. 13 



387 



DEVERIA 



388 



« d'arguments, un plan suivi, une liaison 
« claire et logique de la pensée qui se trou- 
« vent rarement, même dans les discours 
« préparés avec le plus de soin. Le di- 
ï manche aussi lorsque le pasteur était 
« souffrant, il faisait prier M. Devéria de prê- 
« cher à sa place. Celui-ci montait en chaire 
« et faisait alors de vrais sermons. Un tel 
« ordre de choses était très nouveau pour 
« moi * et pour bien d'autres ; mais la fer- 
« veur, la solennité, le talent du peintre- 
« orateur donnaient bien vite une toute 
« autre impression que celle de l'étonne- 
« ment. » 

Eugène Devéria avait renoncé à tout ce 
que l'on appelle plaisirs mondains, se per- 
mettant à peine ces soirées religieuses qui, 
finissant tard, l'empêchaient de se lever à 
5 heures du matin, heure qu'il s'était fixée 
pour commencer sa journée. Le dimanche 
était son jour de prédilection et de vrai 
repos, saint repos qu'il a célébré dans des 
vers touchants. Cette piété qui remplissait 
son cœur était communicative ; il en par- 
lait dans son atelier et souvent les séances 
de portraits étaient accompagnées de con- 
versations instructives. Les pauvres, les 
petits devinrent les objets de sa sollici- 
tude ; après son travail du jour, qui durait 
de 10 heures jusqu'à 4, il visitait les ma- 
lades, les aftïligés, leur portant souvent 
avec le secours matériel, la parole de con- 
solation et de paix. Combien de malheu- 
reux ont béni sa présence ; cet homme à 
l'œil fier, à l'aspect si imposant était doux 
comme une mère pour les déshérités du 
monde; que de fois on le surprenait au- 
près du lit d'un malade ; c'étaient là ses 
joies et quand il avait pu apporter quelque 
soulagement dans un cœur, il « rendait 
grâce à son Dieu. » 

Il aimait les enfants, qui le lui rendaient 
par leur confiance et leur abandon ; ses 
élèves n'ont point oublié ses bonnes leçons 
et plusieurs sont aujourd'hui des servi- 
teurs ou des servantes du Seiarneur. 



1 Nous empruntons ce passage à un petit ou- 
vrage plein de tendresse et de piété, qu'une jeune 
admiratrice (Mlle Oallot ; depuis, M™° la baronne 
de Garreau) du beau caractère de Devéria, de 
ses talents et de ses vertus a consacré à la mé- 
moire de son ami. C'est un vol. in-12 de 240 pag. 
imprimé à Tarbes, chez J.-A. Lescamela en 1868, 
sous ce simple titre : Souvenirs d'Eugène De- 
véria. 



Cependant un incident survint qui trou- 
bla un instant sa quiétude religieuse : il 
vit l'Église de Pau se diviser en trois frac- 
tions pour des questions qui lui parais- 
saient secondaires; il ne put suivre ses frè- 
res dans la voie étroite où ils paraissaient 
entrer et à ceux qui l'engageaient à se sé- 
parer, il répondait : • Je ne me crois pas 
encore assez saint pour me séparer du com- 
mun des pécheurs. » Il resta dans l'Église 
établie et devint l'aide du pasteur que le 
consistoire d'Orthez fit venir à Pau, heu- 
reux de lui prêter son concours non seu- 
lement pour l'École du Dimanche, qu'il 
continua de diriger, mais aussi pour les pré- 
dications soit à Pau, soit aux eaux ther- 
males; humble et soumis malgré son indé- 
pendance spirituelle il avait coutume de 
dire : « Obéissons au chef de file. » 

Nous avons dit qu'à partir de 1840, il 
resta à Pau ; ajoutons cependant qu'il n'y 
fut pas complètement inconnu et que son art 
lui attira quelques illustres pratiques. 11 
fut appelé en Ecosse pour y faire des por- 
traits de personnages de distinction et y 
resta deux ans. Il alla aussi passer un hi- 
ver en Hollande, y fit le portrait du roi et 
de la reine ; c'est là qu'il fit la connais- 
sance du D'' Cappadose, juif converti, qui 
conçut pour lui une grande estime. Il vou- 
lut essayer une autre année de retrempera 
Paris son talent dans le mouvement artis- 
tique, mais il y fut pris de rhumatismes 
articulaires qui le retinrent des mois en- 
tiers dans sa chambre, sinon dans son lit ; 
il fut soigné avec amour par d'anciens élè- 
ves. Il guérit, mais il lui fallut renoncer à 
cette passagère fumée de gloire ; il quitta 
Paris et vint reprendre sa vie tranquille en 
Béarn. 

En 1856 il passa par la plus cruelle 
épreuve : sa fille unique, sa Marie, son 
élève, presque son émule dans l'art, lui fut 
enlevée au retour d'un voyage et cela si 
subitement qu'il n'eut pas même la conso- 
lation de la voir une dernière fois. Mais il 
était de ceux chez qui le malheur élève 
l'âme et la rapproche de Dieu en rendant 
l'homme éprouvé plus humble, plus chari- 
table, plus actif pour le bien. II est mort 
à l'âge de 59 ans et pour ainsi dire tout 
d'un coup. Il travaillait à un portrait de 
femme quand il fut saisi de vives douleurs 
d'entrailles qui l'obligèrent à interrompre 
la séance; le mal augmenta le soir, c'était 



I 



389 



DEVERIA — DE VILLIERS 



390 



une rupture dans les intestins; trois doc- 
teurs arrivèrent pour le soigner. Nous ap- 
prîmes dans la soirée qu'il était au plus 
mal et le lendemain à notre réveil, la fu- 
neste nouvelle de sa mort courait déjà par 
les rues de Pau. Devéria avait succombé à 
une attaque de miserere qui fut terrible. 
Il supporta la douleur avec un courage 
chrétien en se soutenant par la prière. C'é- 
tait le 3 février 1865. 

Eugène Devéria a laissé une foule de ta- 
bleaux qui n'ont pas tous été appréciés à 
leur juste valeur. Il avait peint plusieurs 
grandes toiles outre celles que nous avons 
indiquées : la mort de Jane Seymour, Les 
quatre Henri S le retour de Christophe Co- 
lomb à la cour d'Isabelle de CastiUe, les 
adieux de Calvin (c'est son dernier ou- 
vrage), une scène touchante de la S'-Bar- 
thélemy : deux frères tués par le pistolet 
d'un assassin ; il a peint admirablement 
nos Paysannes de la vallée d'Ossau, les mu- 
letiers espagnols^ etc. Parmi les nombreux 
portraits qu'il a laissés, mentionnons ceux 
de sa fille Marie et du maréchal Bosquet 
qu'il a légués au musée de la ville de Pau; 
des cartons contenant des ébauches de va- 
leur ont été légués à sa chère belle-sœur, 
M'ne Achille Devéria, qui était devenue 
veuve en 1857. 

Eugène était artiste en plus d'un genre; 
il avait la taille et le port vraiment majes- 
tueux, une voix pleine et magnifique, une 
éloquence naturelle qui savait exciter l'ad- 
miration ou l'émotion. Il a composé une 
quantité de poésies ; son vers toujours bien 
frappé, parfois un peu cru, coulait sans ef- 
fort de sa plume. Un homme de goût pour- 
rait en élaguant, faire de ses vers un choix 
intéressant car la mine est abondante. 
Donnons au moins une de ses strophes : 

Oh que je suis heureux! que la nature est belle! 
Que doux est le sommeil plein do songes légers! 
Que le Seigneur est bon dont la main paternelle 
Sur la terre et les flots garde les étrangers. 
Aux premiers feux du jour qiiandj'ouvre la paupière, 
Joyeux je fais monter l'encens de la prière 

Devant le trône du Dieu fort, 
Et quand purifié dans la chair et dans l'âme 

1 Marqués tous quatre pour une mort violente : 
Henri IIl jette nn cornet de dés sur la table; les 
dés font des marques de sang ; le joueur est épou- 
vanté. Henri IV prend un air moqueur; Henri de 
Guise reste froid et hautain; Henri de Condé, 
celui qui devait être empoisonné par sa femme, 
est le plus rêveur et le plus triste. 



Sur l'autel du travail je rallume la flamme, 
C'est sans contrainte et sans effort. 

Il a traduit tous les psaumes d(î David 
dans un* style qui, parfois rappelle de loin 
la douceur ou la majesté de la Bible. En 
prose il a écrit des Proverbes médités et 
des leçons de l'École du Dimanche sur tout 
l'ancien et le nouveau Testament, c'était là 
son travail de prédilection. On a enfin 
son Journal qu'il a légué à la ville de Pau, 
journal qui comprend les années 1848 à 
1855, mais que desscrupules peut-être exa- 
gérés ont fait mettre sous scellés pour 
n'être ouvert que 30 ans après sa mort. 

(A. Gadier, past' de Pau.) 

DE VERNAG (Deux frères), deNérac, re- 
çoivent à Genève un viatique pour Berlin, 
1706.— MileDeFmK^s.delaBastiedeGrus- 
solenVivaraiSjassistée del4flor. par mois, 
à Genève 1696. — Louise Deveye, de Gha- 
lençon en Vivarais «assistée d'un écupour 
s'acheter une jupe;. Genève, 1690; Jeanne 
Deveye, dame noble, assistée avec sa fille 
à Londres, 1702. — Guillaume Devêse, 
du Golet, dioc. de Mende en Languedoc, 
reçu habitant de Genève, avril 1555. De 
Vèze, ancien notaire à Sauve, converti en 
1686, Bull. XXIX 360. Etienne Devèse, 
jeune garçon d'Alais, assisté à Lausanne, 
1689. — Elizabeth Devirq, de Fonlenay- 
le-Comte, 41 ans, assistée à Londres, 1706. 

— Mathieu Devilla, d'Orange, étud. à Ge- 
nève en 1562 ; ministre à Orange, 1563- 
64; déposé en 1564. — Deville, famille de 
Bergerac ; (.Jean), de Grenoble, assisté à Ge- 
nève d'un viatique pour l'.^llemagne, 1693 ; 
(Louis), d'Orange, avec sa femme et son 
iils, id. 1703 ; (Olympe), de Die, id. 1710. 

— Escardde Villène, chanoine d'Esay près 
Bourges, venu à Genève pour abjurer, y 
re;oit assistance pour se rendre en Suisse, 
1702. 

DE VILLIERS. Les trois frères Pierre, 
Abraham et .facoh de Villiers, natifs des 
environs de La Rochelle se réfugièrent en 
Hollande à la Révocation ; à Delft proba- 
blement. Ils arrivèrent à la colonie du 
Cap, avec les émigrants hollandais en mai 
1689 et étaient désignés comme « cultiva- 
teurs de vigne » des environs de La Ro- 
chelle. La dépêche de la chambre de Delft 
annonçant leur embarquement, est datée 
du 16 décembre 1688. Dans le contrat de 
mariage de Jacob de Villiers, et de sa 



391 



DE VILLIERS 



DE VISME 



392 



femme Margarelha Gardiol, passé le 11 
janvier 1719^ Jacob est inscrit comme 
étant né à « Borgondieu > et étant âgé de 
58 ans ; sa femme, âgée de 45ans^était née 
en Provence. 

Celte famille existe encore à Cape-Town, 
capitale de la colonie du cap de Bonne - 
Espérance. Elle est représentée de nos 
jours, par M. deVilliers, employé au Volks- 
lend-Ofïice, à Cape-Town (De Fraxce). 

DE VISME ou DEVISME. Il existe dans 
le nord de la France deux villages d'où ce 
nom de famille peut tirer son origine, l'un 
près d'Abbeville (Somme), l'autre près de 
S'-Omer (Pas-de-Calais). Le premier, qui 
fut autrefois important, car il donna son 
nom au petit pays dont il était le centre, 
le Vimen, formait une prévoté ressortis- 
sant au comté de Ponlliieu. La seigneu- 
rie de Vismes appartint primitivement à 
une famille qui en portait le nom et qui 
paraît l'avoir gardée pendant plusieurs siè- 
cles. Du moins est-ce là le résultat des re- 
cherches faites par un érudit qui appar- 
tient lui-même par une longue suite d'an- 
cêtres à la même province, M. le M'^René 
de Belle val, dont les travaux sérieux et 
persévérants méritent la confiance *. Cet 
auteur établit ainsi la filiation des sei- 
gneurs de Vismes dont il a pu avoir con- 
naissance soit par les chartes, carlulaires 
ou autres documents anciens, conservés 
dans sa province, soit par ceux que ren- 
ferment les dépôts de Paris * : 

I. Roger de Visme, chevalier sire de 
Visme, en 1084 ; — puis, de fils en fils : 
II. Barthelemi ; 111 Richard qui signa une 
charte du comte de Ponthieu en faveur de 
l'abbaye de Séry en 1162 ; IV. Barthelemi, 
bienfaiteur des abbayes de Séry et de S'- 
Riquier en 1191 et 1199; V. Enguerran, 
qui consentit un amortissement à l'abb. de 
Séry en 1256 ; VI. Robert dont on a deux 
actes de 1299 et 1302, ce dernier pour 
avouer l'obligation de passer chaque année 

1 Nobiliaire de Ponthieu et de Vimeu ; Amiens, 
Lemer, 2 vol, in-80, 1861 et 1864, avec 26 
planches de blason; 2"° édit. Paris, Bachelin, 
1871, un vol, in-l° de 396 col. — Les fiefs et 
les seigneuries du Ponthieu et du Vimeu ; essai 
sur leur transmission depuis l'an 1000 jusqu'en 
1789 ; Paris, Dumoulin, 1870, in^" 352 p. 

* On peut reprocher à M. de Belleval de n'a- 
voir pas dit un mot, dans ses quatre volumes, sur 
les sources où il a puisé. 



40 jours à Abbeville afin d'y siéger comme 
pair du Ponthieu ; VII. Jean, témoin d'une 
vente en la vicomte d'Abbeville faite au roi 
d'Angleterre le 3 avril 1307 ; VIII. Jeanne, 
fille unique de Jean, héi'itière de la sei- 
gneurie, qu'elle apporta à Mathieu, sei- 
gneur de Cayeu, lorsque vers 1330, il de- 
vint son mari. — Une autre Jeanne petite- 
tille de celle-ci et comme elle, unique 
héritière h son tour, transporta la seigneu- 
rie de Vismes, avec ses autres biens, d'a- 
bord à Guillaume Martel seig'' de Bacque- 
ville son premier mari, puis eu 1418 à Jean 
de Monchy son second mari, dans la fa- 
mille duquel la seigneurie resta. 

Il ne faut pas se laisser leurrer par l'ap- 
parente précision d'une telle généalogie : 
elle a été composée au moyen d'une dou- 
zaine de chartes qui mentionnant, par 
exemple une charte de l'an 1162 un Ri- 
chard, une de 1191 un Barthelemi, une de 
12o6 un Enguerran, etc., ont permis de 
supposer que ces trois individus furent le 
père, le fils et le petit-fils ; mais le fait est 
très incertain, car d'une date à l'autre la 
terre avait le temps de voir plusieurs fois 
changer la famille de ses propriétaires ; ce 
n'est que dans des lignées plus touffues et 
plus importantes qu'on peut être sûr de la 
fixité de la propriété, comme nous avons vu 
précédemment pour la famille de Coligny 
(t. IV col. 146) où les actes et les personnes 
se pressent en foule pour affirmer que les 
Coligny étaient bien de père en fils les 
protecteurs de l'abbaye du Miroir. Toute- 
fois cette généalogie des de Vismes peut 
être acceptée, malgré sa faible trame, faute 
de mieux, c'est-à-dire faute d'un plus grand 
nombre d'actes. 

Mais en arrivant aux de Monchy nous 
nous trouvons sur un terrain plus ample et 
plus solide. On lit dans l'histoire généalo- 
gique de la Maison de France par le Père 
Anselme (VII, 553) : 

€ Jean Ile du nom, seigneur de Monchy 
» et de Planques, servoit en qualité de 
<i chevalier bachelier avec huit écuyers de 
<i sa compagnie sur les frontières de la Pi- 
« cardie, d'Artois et de Flandres en 1386, 
< suivant une quittance qu'il donna le 10 
« nov. de la même année au trésorier des 
« guerres ; elle est scellée d'un sceau en 
ï cire rouge sur lequel sont 3 maillets. Il 
« servoit encore en la même qualité en 
« 140i et fut retenu pour être auprès de la 



n 



393 



DE VISME 



394 



« p3rsonne du Roy au mois de juill. 1411, 
« p lis établi capitaine de la ville de Fa- 
« luise le 11 nov. suivant. — Femme 
« Jeanne de Cayeu, dame de Vismes, Do- 
« liiinois et Senarpont, fille de Jean de 
« (j lyeu seig. des mêmes terres et de Jacque- 
« line d'Ailly. » 

Les nombreux enfants de Jean de Mon- 
chy et Jeanne de Cayeu continuèrent glo- 
rieusement cette noble lignée qui remon- 
tait des deux côtés au Xllme siècle ; ils 
étaient tous chevaliers ; ils occupaient ha- 
bituellement les charges de gouverneurs 
des places fortes de Picardie ; Abbeville, 
Boulogne, Péronne, Montdidier, Corbie, 
Roye et de gouverneurs de Ponthieu ; ils 
augmentèrent considérablement le nombre 
de leurs seigneuries, devinrent barons de 
Vismes, marquis de Montravrel, de Senar- 
pont, d'Hocquincourt, s'allièrent aux meil- 
leures familles de leur voisinage, enfin ils 
marquèrent de leur sang, quelquefois dans 
les plus hauts grades (Charles de Monchy, 
marquis d'Hocquincourt, maréchal de 
France, tué de cinq coups de feu au siège 
de Dunkerque, 1658), presque toutes les 
batailles de la France depuis Ravenne jus- 
qu'à Marsala et finirent par s'éteindre vers 
la fin du XVIIIme siècle. Le domaine de 
Vismes passa en 1785, par voie d'achat, 
à une famille Le Blond du Plouy qui le 
possède encore. Ce n'était plus il y a quel- 
ques années (voy. Darsy, Hisl. de Gama- 
ches) qu'une enceinte elliptique garnie à 
son intérieur de deux hauts massifs de rui- 
nes et commandant sur environ 300 jour- 
naux de terres contiguës. Le nom de Sé- 
NARPO.XT étant parmi les divers noms de 
la maison de Monchy celui qui a le plus 
marqué dans l'histoire de la Réforme, 
c'est ta cet article de la lettre S que MM. 
Haag [Vn, 440] en ont traité. J'y renvoie 
de même. 

Dans la même province qui avait donné 
le jour aux trois familles dont je viens 
de rappeler brièvement l'histoire, les de 
Vismes ou Devismes, villageois et bour- 
geois ont foisonné ; bien naturellement, 
car c'étaient des cultivateurs ou des arti- 
sans originaires de l'un des deux villages 
que j'ai notés en commençant, et c'est le 
fait le plus vulgaire et le plus répandu 
dans tous les pays et dans tous les temps, 
que des noms de famille provenant de ce 
que l'on dénomme un ouvrier ou autre 



par le nom de la ville ou du village d'où il 
vient. Nos départements du nord sont rem- 
plis de Devisme, sans compter l'armurier 
parisien François Devisme (1804-66) qui est 
jusqu'à présent le plus notable personnage 
de ce nom (voy. Vapereau, Dictionn. des 
contemporains). On aura donc de la peine 
à comprendre l'erreur d'une famille de 
cette catégorie qui, malgré la triple extinc- 
tion des premiers sires de Vismes dans la 
maison de Cayeu en 1330, des Cayeu de 
Vismes dans la maison de Monchy en 
1418 et des de Monchy totalement morts 
de mort naturelle avant 1785, convoite 
l'héritage des plus anciens de Vismes, 
ceux qui remontent à l'an 1084. Je suis 
bien obligé de parler de cette prétention 
extraordinaire, puisqu'elle s'est affichée 
publiquement dans un recueil très répan- 
du parmi les amateurs de noblesse. Sur 
quoi est-elle fondée? sur quels titres? Sur 
aucun titre quelconque. Voici les faits : 

Cette famille a fait récemment des re- 
cherches pour constituer son arbre généa- 
logique et elle a pris le soin, bien superflu 
au point de vue nobiliaire ', de faire cons- 
tater par trois jugements des tribunaux de 
Valenciennes, Mons et Amiens (de 1871 à 
1874) son droit à s'écrire uniformément 
de Visme. Il ne sert pas à gr^d'chose 
qn'un tribunal déclare que les gens appe- 
lés du nom d'un village sont de ce village. 
L'arbre généalogique, lecfuel m'a été un 
instant communiqué, mais non pas les ac- 
tes sur lesquels il se fonde, comprend jus- 
qu'à nos jours sept ou huit générations de 
personnes, toutes dans des conditions mo- 
destes, des agriculteurs et de petits bour- 
geois ; pas un seul militaire n'y figure. Je 
ne sais par quels côtés s'y rattachent un 
de Vismes, de la Normandie, qui aurait été 
décoré des litres de Comte et de Prince 
en Angleterre, au milieu du siècle dernier* 
et Jean-Fr.-Laur. de Vismes (catholique) 
député du Tiers État en 1789. Ce qui est 
le plus à remarquer dans ce tableau, c'est 
son commencement puisque c'est là que doit 
se trouver le fil, ou filament quelconque, 
par où rattacher MM. de Visme aux anciens 

1 Voyez ci-dessus, col. 180, l'article De, Dd, 
Des. 

2 .le l'ai dit moi-même, t. I col. 585, dans un 
article Auriol ou d'Auriol, qui commence par 
des protestations contre les fables dont cette fa- 
mille s'était entichée. 



DE VISME 



396 



sires de Vismes. Or ce tableau commence par 
les mentions contenues dans un ou plusieurs 
actes des registres de l'église réformée d'A- 
miens, desquels il résulte que trois frères, 
Jean^ Marin et David de Visme naquirent, 
les deux derniers en 1605 et 1607, au vil- 
lage de Gouy près Amiens, de parents qui 
habitaient ce village et qui se nommaient 
Jean de Visme et Marie Thierry ; tous 
d'ailleurs parfaitement inconnus'. On se 
demande alors quel est le lien entre ces 
personnages de 1605 et ceux de 1330? Il 
n'y en a pas. « Il n'y a pas de titres en 
forme signés et scellés, répond-on, mais il 
y a la tradition de famille qui affirme que 
nous descendons des anciens de Vismes ; 
nous portons le même nom, nous sommes 
de la même province ; Jeanne de Vismes 
épouse de Mathieu de Cayeu avait des cou- 
sins ou arrière-cousins qui ont dû laisser 
une descendance et c'est nous qui la repré- 
sentons [par privilège spécial, à l'exclusion 
de toutes les autres familles du même nom]; 
nous avons, il est vrai, déchu de nos gran- 
deurs passées, mais est-il défendu de per- 
dre sa fortune et ne sait-on pas d'ailleurs 
que les huguenots étaient parqués forcé- 
ment dans les conditions inférieures; no- 
tre tradition de famille enfin est tellement 
vraie que vous ne pouvez prouver qu'elle 
est fausse. » Je n'affaiblis rien et je présente 
l'argumentation dans toute son étendue. 
Je vais faire plus et laisser pleinement la 
parole aux défenseurs de cette thèse, qu'en 
effet je rougirais de paraître discuter sé- 
rieusement. 

Les premiers de Visme, protestants con- 
nus étant nés en 1605 et 1607, on en a 
conclu sans peine que leurs père et mère, 
les Jean de Visme et Marie Thierry du vil- 
lage de Gouy, avaient dû vivre « vers l'an 
1580. » C'est par cette voie simple que la 
famille en question s'est établie dans le 
XVI"ie siècle. Une fois en possession de 
ce terrain, quelque peu reculé, elle a pro- 
jeté au loin les regards d'une ambition im- 
mense. C'était trop peu de se mettre à la 
recherche d'introuvables cousins du XV'ne 
siècle; elle remonta vers des époques plus 
obscures, elle dépassa dédaigneusement la 
borne de 1084 posée par M. de Belleval et 
marchant toujours, avec une intrépidité 

1 Sauf que le fils aîné, Jean, est indiqué 
comme « Receveur général du duché d'Aumale », 
mais il faudrait voir sur quelle autorité. 



rare, elle alla côtoyer familièrement Hugues 
Capet, elle pénétra jusque dans le giron 
de Charlemagne et vint enfin se reposer 
aux pieds du roi Clovis 1er chef des Franks, 
après avoir massacré sur son passage les 

Normands, les Bavarois, les Huns les 

Huns eux-mêmes ! et d'autres encore. Cer- 
tes, l'on croira que je plaisante si je ne cite 
textuellement quelques morceaux de ce 
curieux plaidoyer : 

Notice historique sur la maison de Vis- 
mes, cotntes et princes de Vistnes, de la 
■>naison de Ponthieu. = Armes [ce sont 
les armes dites de Vismes, un chevroa ac- 
compagné de 2 étoiles et d'un croissant, 
modestement écarletées avec celles des 
comtes de Ponthieu et des seigneurs de S*- 
Valery-sur-Somme ; cimier une aigle ; sup- 
ports deux anges; devise : J' aspire \']. — 
La maison de Vismes et de Ponthieu qui a 
donné à ces deux pays des comtes hérédi- 
taires depuis le huitième siècle, est issue, 
selon plusieurs historiens, d'Alcaire fils de 
Ragnacliaire, prince frank de la race de 
Clovis, mort en 509 (Malbrancq deil/orm/s 
et Notice généal. des princes et comtes de 
Vismes par M. Schayes, premier commis 
aux Archiv. gén. de Belgique). L'art de vé- 
ritier les dates ne commence la filiation de 
ces comtes qu'à Angilbert, gendi-e de Char- 
lemagne, dont il avait été le secrétaire et 
le confident. En 788 il marcha à la tête 
de l'armée de ce prince contre les Huns 
qui avaient envahi le Frioul et la Bavière 
et qui furent complèt-ment défaits. Trois 
ans après, les Normands firent une des- 
cente dans le Boulonais et le Ponthieu où 

ils firent d'horribles ravages, etc Il 

mourut le 18 fév. 814, trois semaines après 
Charlemagne qui l'avait nommé son exécu- 
teur testamentaire et qui lui avait donné 
en mariage sa fille Berthe. De cette union 
naquirent deux fils, Harnid et Nithard 
un des plus puissants seigneurs de la cour de 
Charles le Chauve. Helgaud P"' que les uns 
disent fils de Harnid, les autres de Nithard, 
donna en 859 à ses vassaux de Ponthieu 
des lois encore en vigueur au XII""" siècle. 
Il fut bisaïeul d'Herluin II, l'un des prin- 
cipaux capitaines du règne de Louis d'Ou- 
tremer. Les successeurs d'Herluin devin- 
rent très puissants. Tour à tour alliés ou 
ennemis de nos rois, ils jouèrent un grand 
rôle sous les premiers Capétiens. Guillaume 
I" petit-fils d'Herluin II et gendre du 
comte de Boulogne eut quatre fils 1" Her- 
luin III qui épousa Gisèle fille de Hugues 



*l 



397 



DE VISME 



398 



Capet, etc.. — Guillaume de Vismes fi'ère 
puîné de Jean II de Monchy fut pèi'e de 

HiifJTues qui forma la branche cadette 

Celle-ci avait, depuis plusieurs générations, 
embrassé la Réforme lorsque Gérard de 
Vismes fils de Philippe l" établi en Nor- 
mandie se vit forcé par la révocation de 
l'édit de Nantes k chercher un asile en An- 
gleterre pour ne pas renier sa foi, etc., etc. 

Ces assertions étonnantes se lisent à la 
page 223 de l'Annuaire de la noblesse pour 
186o, publié par M. André Borel, recueil 
commode où chacun^ moyennant certains 
arrangements, peut généalogiser à sa guise. 
Un certain nombre d'années plus tard, 
dans l'Annuaire de 1883 (p. 216), l'article 
précédent est rappelé, confirmé, et surtout 
étendu en faveur de « la branche française 
protestante de la maisonde Vismes. » L'au- 
teur recommence et complète ses alléga- 
tions : 

« .Jehan de Visme, né vers 1580, était 
« un descendant de ces sires de Visme dont 
« la terre seigneuriale avait passé à lamai- 

< son de Cayeux, vers 1330, par le ma- 
« riage de .teanne de Visme héritière du 
' fief avec Mathieu de Cayeux, chevalier 

< seigneur de Sénarpont. Jehan de Visme 

< suivit l'exemple d'une grande partie de 
'( la noblesse de Picardie : il embrassa la 
X religion réformée. Mais il fut bientôt 
( obligé pour sauvegarder sa foi protestan- 
( te de se retirer à Guy, aujourd'hui Gouy- 
« l'Hôpital, petit village des environs d'A- 
'< miens. C'est là que lui et ses descendants 

< vécurent dans l'obscurité pendant de lon- 
« gués années. Le rang et les titres des de 

< Vismes n'étaient repris que par ceux 
« d'entre eux qui quittaient leur patrie. > 
[c'est-à-dire le de Visme normand comte 
et prince en Angleterre] » ou retournaient 
au catholicisme • [c'est-à-dire le député du 
Tiers]. Etc., etc. 

Laissons dans l'Annuaire de M. Borel, 
où il est bien à sa place, ce roman burles- 
que et revenons à la vérité toute simple 
dans laquelle il y a, comme on va le voir, 
plus d'honneur que dans les fadaises par 
lesquelles on vient d'être obligé de passer. 

Jean dk Visme né à Vraignes (Somme) 
en 1760 et descendant, suivant toute appa- 
rence, de Jean de Visme, cultivateur à 
Gouy avant l'an 1600 et de Marie Thierry, 
alla étudier la ttiéologie à Lausanne en 
1.783 et fut appelé comme pasteur en 1787 



à Quiévy (Nord). Son église était bien res- 
treinte, mais il répandait avec un zèle ar- 
dent les soins du ministère sacré dans tous 
les lieux environnants et même jusqu'en 
Beauvoisis d'une part, jusqu'en Hainaut 
de l'autre. Dans cette dernière province, à 
Dour, en 1789, il fut emprisonné pendant 
six semaines à Tinstigation du curé et près 
de Dour, à Ellouges, il fut maltraité par 
une bande de mauvais sujets lancés contre 
lui par le maire du lieu. Son œuvre de 
missionnaire fut suspendue pendant le 
temps de la Terreur, mais l'orage passé, il 
reprit le cours de son évangélisation et il 
écrivait en 1810 : « Dans les dép. du Nord, 
de Jemmapes, du Pas-de Calais et de la 
Somme, il y a près de 5000 âmes faisant 
profession de la religion réformée. A l'ex- 
ception de 5 à 600, reste précieux de la ré- 
vocation de l'édit de Nantes, tous sont des 
prosélytes, au moins en la personne de 
leurs pères. Le nombre en a tou'ours aug- 
menté, même en ces temps critiques. 
Depuis 1786, je l'ai vu grossir d'une bonne 
moitié. Dieu m'a donné la satisfaction de 
fonder dix ou douze petites églises; c'est 
la moitié de celles qui existent actuelle- 
ment. » Ce digne pasteur, marié en 1790 
à Marie-Josèphe Davai^ie, mourut à Va- 
lenciennes en 1819 '. De son mariage na- 
quirent plusieurs enfants dont quatre fils 
qui sont : L Jonathan, né à Quiévy, 
2 fév. 1792, pasteur à Dour en Belgi- 
que, marié en 1826 à Louise-Sara-Cath. de 
Félice, mort à Dour en 1866. Il a laissé 
deux fils : Paui.-Jékémie, né à Dour en 1829, 
professeur à Cambridge depuis 1859, et 
Jean-Daniel, né à Dour en 1841, pasteur, 
directeur de l'École préparatoire libre de 
théologie des Batignolles (Paris). — On a 
de ce dernier : Essai exégétique sur Rom. 
VII, 7-12, thèse de bachelier ; Strasbourg, 
janv. 1867, in-8'' 58 pages. — II. Casimir, 
né à Valenciennes en 1801, marié en 1832 
à Olympe. -Steph. -A. Delaporte et pasteur 
en 1831 de l'église de St-Amand des Eaux, 
où il exerça les fonctions pastorales durant 
cinquante années consécutives, événement 
touchant et rare dont on a consacré le sou- 
venir par une brochure intitulée Cinquan- 
tenaire pastoral de M. Casimir de Visme. 

* Voy. Rossier, Histoire dts protestants de Pi- 
cardie ; 1861, in-12, page 306, et Bxdl. VIII, 
569. 



399 



DE VISME — DEZIMBERG 



400 



Allocutions prononcées à cette fête chré- 
tienne 26 juin 1881; Paris, 1881, 40 p. 
in-8o. On n'a de ce vénérable pasteur 
qu'une thèse de bachelier en théologie in- 
titulée : Thèse critique sur l'épitre de S'- 
Jacques par Devisme (Casimir), de Valen- 
ciennes (Nord), dédiée à son frère (le pas- 
teur Jonathan Devisme) ; Montauban, 
décemb. 1829, in-8° 20 pages. De son ma- 
riage est né un fils, Jean-Casimir-ÉDouARD, 
né en 1840, marié en 1872 à M'ieE.-J.-Ju- 
lie Tattet, banquier à Paris; III. Onési- 
PHORE, né à Valenciennes en 1807, pro- 
priétaire à Eaubonne, marié en 1831, avec 
miss Maria Cood, père de Armand-LouIs 
né, 1855, à S^-Amand, avocat à Paris, et 
de GASTON-Thomasnéà Si-Amanden 1857; 
IV. Jean-Théophile, né à Valenciennes en 
1809. — Le pasteur Jean de Visme, de 
Quiévy, avait un frère cadet, .Ieax-Louis, 
né à Vraignes, en 1766, dont le petit-fils, 
Nathan de Visme, né à Vraignes en 1846, 
aujourd'hui pasteur à La Rochelle, est 
auteur d'une thèse de bachelier intitulée : 
Du sort des méchants dans V éternité ; 
Montauban, juill. 1869, in-8o 46 pages. 

DEVORT (Claudk), de Montélimar, as- 
sisté à Genève, 1709. — M"e Devory, de 
Blois, transférée de la prison du château 
de Loches au couvent des Nouv. cath. de 
Blois, 1698. — Jehan Devra, de Gruchet 
au bailliage de Caux, reçu habitant de Ge- 
nève, mai 1557. — Baptiste Deydier. de 
Sollier en Provence, id. juill. 1558. — 
Dezard, ancien de Nîmes en 1612. — Jac- 
ques Dezebry et Abraham Dezombre réfu- 
giés de Picardie, 1686 (Tt 235). — Dézerit, 
pasteur en Poitou, 1763 {Bull. V 260) ; 
— (Marie-Louise), de Sigornay en Poitou, 
37 ans, très infirme, lille d'un marchand 
de drap, assistée à Londres, 1706. — Jac- 
ques Dezières, capitaine au service d'An- 
gleterre, 1749. — Pierre Dezille, réfugié 
et mort à Lausanne, 1710. — Jacques Dey- 
nas, ministre à La Cabarède, 1572. — 
François Dèzes, né à La Guépie, admis au 
ministère évangélique en 1676 ; pasteur à 
Campagnac, 1676 78 ; à Verlhac, 1679 ; à 
Garmaing près Toulouse, 1682. Le véné- 
rable Du Puy, dans son récit intitulé La 
juste reconnaissance, p. 41 (édit. de Tou- 
louse) rend de lui ce témoignage : « Je fus 
chez M. Dèze notre ministre pour lui dire 
adieu, parce que je savais qu'il devait par- 
tir le lendemain ; il avoit bien fait son de- 



voir et il ne quitta jamais son troupeau 
qu'après que son troupeau l'eût aban- 
donné. » Le pasteur Dèze obtient à Lau- 
sanne, 2 nov. 1685, un certificat pour se 
retirer en Angleterre avec Marie de Custe 
sa femme et leurs trois fils. — Josias Dezy, 
écuyer, s"" de la Bouchardière, notable de 
Mougon en Poitou, 1634 (Filleau, p. 273). 

DEYMIER (Pierre), capitaine protes- 
tant, de Roquecourbe : « Le 13 juin 1614 
« est décédé P. Deymier pour avoir receu 
« une arquebusade à travers le corps du 
« costé droit soubs le tétin, et ce, le 25 
" may, en l'alarme qui fut donnée sur 
« l'heure de minuict, à l'effort qu'on fesoit 
« de pétarder la porte du Pont-de-la- 
« Pierre de la présente ville de Roque- 
« courbe; le d. Deymier y estant accouru, 
« comme estant de garde, pour empes- 
« cher la violence de ceux du dehors. r> 
(Greffe du palais de justice de Castres.) — 
Son fils, David, commandait les soldats 
que Roquecourbe envoyait au secours de 
Lombers. Il fut tué dans une escarmouche, 
près de Réalmont, le 30 juillet 1622, et 
Lombers fut abandonné la nuit suivante 
par les protestants. (Pradel) 

DEZIMBERG (Nicodé.me), de Grenoble 
[Haag, IV 279], capitaine au régiment de 
Picardie. La compagnie qu'il commandait 
et à la tête de laquelle il s'était signalé en 
plusieurs rencontres, ayant été presque en- 
tièrement détruite au siège de Namur, où 
il reçut lui-même une dangereuse blessure, 
Dezimberg sollicita du ministre les moyens 
de la remettre sur pied ; mais au lieu de le 
récompenser comme il le méritait, on le 
cassa. En vain des officiers-généraux qui 
l'estimaient non moins pour sa probité 
que pour son courage, intercédèrent-ils en 
sa faveur ; il ne put rien obtenir à cause 
de sa qualité de protestant. Exaspéré par 
cette injustice, il conçut le projet de se 
venger sur Louis XIV lui-môme, et s'étant 
rendu secrètement en Angleterre, il pro- 
posa à Guillaume de le débarrasser de son 
implacable ennemi. Le roi d'Angleterre ne 
se contenta pas de rejeter avec horreur 
l'offre du régicide ; il le fit arrêter et le ren- 
voya en France avec une exposition dé- 
taillée de ses projets. Dès qu'il se vit em- 
barqué, Dezimberg fut frappé d'une telle 
terreur qu'il en perdit la raison. Après 
s'être convaincu que sa folie n'était pas 
feinte, le gouvernement français le fit en- 



401 



DEZIMBERG — DHOMBRES 



402 



fermer dans un cachot de la Bastille. Par 
degré, sa raison se rétablit. Au bout de dix 
ou douze ans, on lui fit espérer sa grâce 
s'il abjurait. Il y consentit ; mais ce n'é- 
tait qu'un piège. Il est vrai qu'on le fit sor- 
tir de la Bastille, mais pour l'envoyer dans 
un château fort des Pyrénées où il mourut 
dans des accès de délire et de désespoir. 

D'HARBES. Elisabeth -Julie d'Harbes 
veuve de David de la Tessonnière, réfu- 
giée à l'étranger obtient la permission de 
vendre ses biens laissés en France, 1708 
(E 3394). — Marie-Madeleine d' Mariette, 
femme de Jean Desbois, avocat à La Ro- 
chelle, obtient ainsi que son mari la même 
faveur, 1719 (E 3405). — D'Herbin, fa- 
mille de Metz ; Jacques d'Herbin sr de la 
Bresle, né en 1620, fils de Daniel sr de 
Décourt membre du Conseil souverain de 
Sedan, fut avocat et conseiller maître d'hô- 
tel du roi, puis conseiller au parlem. de 
Metz (1659) ; il abjura à la Révocation et 
mourut en 1697 ; l'année suivante on 
trouve deux demoiselles d'Herbin, sœurs, 
réfugiées à Wezel (Dieterici). — MUejDfté- 
risson, enfermée aux Nouv. cath. de Mire- 
poix^ 1742 (E 3503). — Dhermas, réfng. à 
Morges, 1688. — Jean Dhillaire conseiller 
à la chambre des comptes de Montpellier, 
1634. — Nicolas Dhirson, « natif de Bo- 
han en Picardie, » reçu habitant de Genève, 
octob. 1557. 

1. DHOMBRES et Dombres \ Famille 
Dombres, artisans à Genève de 1634 à 1684 
(notaires de G.). — Dombres, ancien de 
CassagnoUes dans les Cévennes, 1678. — 
Autre, ancien de Si-Paul-de-la-Cosle (Cé- 
vennes) délégué au synode du Vigan, 1681 ; 

— (Jean fils de Joseph) de S'-Paul en Cé- 
vennes, mort au refuge à Lausanne, 1693. 

— Jean Dombre, surveillant dans l'église 
de Marvejols, 1685. — Dombre, pasteur 
mis à mort à Nîmes le 15 novemb. 1689. 
On lit dans les manuaux de Lausanne : 
« Jean Dombres de S'-Paul-de-Ia-Coste en 
«Cévennes, confesseur (c'est-à-dire qu'il 

' Il y a plusieurs villages de ce nom : trois 
Ombre en Savoie, Ombres dans la Gironde, Hom- 
bres dans la Lozère. Autrement, on pourrait 
croire que c'est la forme méridionale du nom 
Anx-Epaules (homme à large carrure) qui appar- 
tient entre autres à une ancienne et noble famille 
de Normandie. En effet, la fusion des liquides l 
et r avec m produit un 6 : De humeris Dhombres, 
comme caméra chambre, humilis humble, nM7/ierMa 
nombre. 



« avait déjà été en prison) est assisté d'un 
Cl écu le 13 juill. et d'un écu le 28 août 
« 1688 ». Puis : « La d'ie Dombres, dont 
le mary, prédicant, vient d'être exécuté 
en France comme il exhortait ses frères, 
reçoit 30 sols pour l'aider ; elle a un fils 
qu'elle met en apprentissage chez un fabri- 
cant de bas ; elle reçoit une pension de 
MM. de Berne, 1691-96 ; assistée de nou- 
veau à Lausanne, 1702. » — Jean Dom- 
bres, d'Aigremont, emprisonné en 1699. 
— Jeanne, fille de maître Dhombre, pen- 
sionnaire forcée au couvent de la Visita- 
tion Sainte-Marie de Nîmes, 1700. — Jean 
Dhombres, d'Alais, assisté d'un viatique 
en passant à Genève, 1703. — Paul, fils 
d'Antoine Dombres et de Magdeleine Hu- 
guet, baptisé au Désert par le pasteur 
Viala ; parrains Paul Rabaut et Pierre 
Peirot ministres, 10 avril 1744. — David 
Dhombre, décédé à Nîmes le 2 nov. 1799 : 
« sa mort excita les regrets de tous les fidè- 
les, car pendant 15 ans il s'était entière- 
ment dévoué aux intérêts de cette église en 
prenant part à la gestion de toutes les af- 
faires ; administrateur zélé et prudent, à la 
première lueur d'espérance du rétablisse- 
ment des cultes, il avait travaillé ardem- 
ment à relever l'église, où sa mort laissa 
un vide considérable» (regist. du Consist.). 
2. DHOMBRES, famille originaire du 
Mas Hue, commune de S'-Martin-de-Bou- 
baux (Lozère). Ellea donné, dans notre siè- 
cle, deux pasteurs distingués : Louis-Léon 
Dhombres, admis au ministère évangéli- 
que en 1821, d'abord pasteur à Brignon, 
marié à d"e Gabrielle-Marguerite Deléa- 
mont, puis pasteur au Vigan jusqu'en 1856, 
année où il mourut le 4 octobre. Jean-An - 
dré-ERNEST Dhombres, fils du précédent, 
né au Vigan (16 mars 1824), étudiant en 
théologie à Genève (1842) et à Strasbourg, 
consacré le 24 juin 1847 et pasteur à Alais 
(1847-57), à Montpellier (1857-60), et de- 
puis lors à Paris. Il a publié : I. Sermons 
et homélies ; Paris, 1867, in-12 ; 2e édit. 
1868. — H. Foi et Patrie ; recueil de dis- 
cours prononcés pendant le siège de Paris, 
avec une préface et des notes explicatives 
résumant l'histoire de ce siège mémorable ; 
Paris, Grassart, 1871, in-12. — HI. Le 
comte Pelet de la Lozère ; pensées morales 
et politiques, précédées d'une notice sur sa 
vie et ses écrits; Paris, Lévy, 1873, in-8o. 
Le même auteur a aussi publié quelques 



403 



DHOMBIIES — DIDIER 



404 



sermons à part (L'Église et ses synodes ; 
La famille protestante, etc.) et travaillé à 
la rédaction d'un grand nombre de publica- 
tions religieuses : L'Espérance, le Christia- 
nisme flMXLY'iie siècle, la Revue chrétienne, 
la Vie chrétienne, La Croix, l'Encyclopédie 
des sciences religieuses. De son mariage 
avec M'ie Mathilde Barafort (Voy. ci-des- 
sus t. III col. 1091) sont nés : 1» Georges, 
2° ÉlisabetHj mariée k M. Jules Gastam- 
bide. M. le pr Ernest Dhombres a deux 
frères : MM. Léon Dhombres, ancien géné- 
ral du génie, aujourd'hui contrôleur-géné- 
ral à Paris, et Philippe, conservateur des 
forêts à Mmes. 

DHUISSEAU (IsAAc) de Saumur,étudiant 
en théologie à l'acad. de Genève (Isaac 
Dhuissens salmuriensis) en 1665. Peut- 
être est-il le même Dhuisseau qui fit impri- 
mer en 1670 (sans nom de lieu) un livret 
portant ce titre : Remarques sur les remar- 
ques faites depuis peu sur le livre intitulé : 
La mission du christianisme (73 pag. in-12). 
— Boisseau, famille protestante de Loudun, 
au XVIme siècle (Tt 232).- David D'Hur- 
tautz, de Montauban, prêcha, pour la pre- 
mière fois en l'égl. de Montpellier en nov. 
1669, y fut installé pasteur au mois de fév. 
suivant et mourut le 1er août 1677. 

DIABAT (ou Tabart?) l'un des pre- 
miers pasteurs de Toulouse. On trouve à 
son sujet le passage suivant dans le Regis- 
tre du Consistoire de la maison de ville de 
Tholose, 1561-lô'62 : • Du 14e jour de 
« mars, par-devant Mess. Dampmartin vi- 
« guier, Mandinelli, de Lapta, Assezat, 
« Dareau, Du Cèdre, Vignes et Pastoreau, 
« capitouls, a esté receu pour ministre, 
« Maistre François Diabat, ministre de l'é- 
« glise d'Agen, pour prescher la parole de 
« Dieu en Tholose. » — Ce curieux frag- 
ment prouve que les Capitouls avaient 
un secret penchant pour la Réforme, 
ainsi qu'on les en accusa. Ils furent en 
effet condamnés à mort quelques mois 
plus tard par le Parlement de Toulouse 
et figurent en tête des listes de proscrip- 
tion que nous avons données ci-dessus^ 
t. II, col. 46. Un autre arrêt du parlement 
de Toulouse contre ce pasteur, l'appelle 
Tabart. C'est aussi le nom que lui donne 
Théodore de Bèze qui de plus le qualifie 
de « notable avocat, » non de ministre 
(Pradel). 

DIACAN (IsAAc) d'Annonay, assisté à 



Genève d'un viatique pour TAIlemagne, 
1699. — Sarah Diacre, id. 1693. — Pierre 
Diaque, de Bourdinsau, étudiant à Genève 
(Petrus Diay veus delphinensis Grationopo- 
lit. dioc.) nov. 1598, admis au saint minis- 
tère en 1600, pasteur au Collet de Dèze, 
1600-1601 ; à Brenoux, 1603-4; à St-Privat, 
1604-8 ; il était mort en 1609. — Jean 
Diaque, de Monteran en Dauphiné, id. 
1699 ; autre, du bourg d'Oisans, venant 
du Wiirtemberg, viatique pour y retour- 
ner. — Marie Dibon, lille d'un marchand 
d'Alençon, 43 ans, assistée à Londres 
(3 1. iÔ s.), 1706. — Henry de Dibon, de 
France, torturé à plusieurs reprises dans 
sa prison au moyen de tresses de paille 
qu'on enroulait autour de ses jambes et 
auxquelles on mettait le feu {Agnew, II 
228) ; il eut le courage de ne point se ren- 
dre, malgré ce supplice, et parvint ensuite 
à fuir en Angleterre, oti il mourut peu 
après 1720. — Jacques Dictelin, de Gou- 
tances, habit, de Genève, mai 1559 — 
M"e Dicq, mise à la Bastille en 1691, 
transférée au château de Guise ; libérée 
avec une pension de 450 I. en 1712 (E 
3377, 3398). — Jean Didelot, marchand de 
Metz réfugié à Cologne avec sa femme, 
3 enf. et une servante, 1698. 

1. DIDIER (Paul), seigneur de Box- 
couRT [Haag, IV 279], s'était élevé par sa 
valeur au grade de lieutenant-colonel du 
régiment de cavalerie de Montcavrel, et 
venait d'obtenir, en récompense de trente 
années de services signalés, des lettres 
d'annoblissement datées du mois de fév. 
1657, lorsqu'il épousa, 25 fév. 1658, Mar- 
the Dw Cormier, fille d'Esaïe Dm Cormier, 
sieur de La Haye, et de Judith Du Pré, 
dont il eut plusieurs enfants : Esaie, Anne, 
Jeanne, Judith, etc. A la révocation de 
l'édit de Nantes, Paul Didier se réfugia en 
Hollande avec une partie de sa famille; un 
de ses fils, qui servait comme lieutenant, 
demeura en France, converti, et postulait 
dès 1686 les biens qu'y avaient laissé son 
père, sa mère et ses deux frères (Tt 252). 
Le père, malgré son grand âge, offrit ses 
services à Guillaume d'Orange qui le créa 
colonel d'un régiment de cavalerie pres- 
qu'entièrement composé de réfugiés fran- 
çais, et fort de quatre escadrons comman- 
dés parEsaïe Didier, Du Bac, Marsilly et 
Falantin. Ce régiment fut un de ceux que 
le stathouder emmena avec lui dans son 



405 



DIDIER — DIETERICI 



406 



expédition d'Angleterre (voy. Agneiv, II 
181) ; mais il parait que les Boncourt re- 
passèrent plus tard en Hollande. En effet 
on trouve Philippe Didier de Boncourt of- 
ficier dans l'armée hollandaise de 1713 à 
1736; Mme de Boncourt née de Rivery, 
pensionnaire des États-gén. à Leyde en 
1746 et une d"e Anne-Charlotte Didier de 
Boncourt, née à Gravenhaag en 1748, qui 
devint une artiste de talent. Restée orphe- 
line de bonne heure, elle put s'abandonner 
sans contrainte à sa passion pour la pein- 
ture, et sous la direction d'un maître ha- 
bile, Dirk Kuyiiers, elle devint elle-même 
un très bon peintre. On a d'elle beaucoup 
de dessins, quelques portraits fort ressem- 
blants et des copies de tableaux d'histoire. 
En 1775, elle épousa Van der Haer, et re- 
nonça dès lors à son art. Elle mourut à 
Leuwarden en 1802. 

2. DIDIER (Pikrre), natif de Romans en 
Dauphiné, reçu habit, à Genève, loo7 ; 
(Jehan)^ de La Grave dioc. de Grenoble, 
id. 1359 ; — (Charles) pasteur à Mondou- 
bleau, 1602-1603. — (Simon) d'Orange, 
étudiant à Genève, 1608. — (Marguerite), 
de Grenoble, assistée à Genève, 1683. — 
(Madeleine) orpheline de père et mère, 
« amenée à Genève depuis Chantemerle en 
Briançonnais par Lucrèce de Mars qui ne 
peut plus l'entretenir; on lui fait un écu 
par mois, » 1690 ; la Bourse française la 
place comme servante, 1696. — (Pierre), de 
Vitry en Champagne, perruquier, réfugié 
à Konigsberg, 1698. — (Villion), de Beau- 
repère en Dauphiné, drapier, réfugié à 
Spandau, 1698. — (Pierre), « vieillard de 
Die, » assisté à Genève, 1704. 

3.DiSDIER, famille noble des baronnies 
dauphinoises qui a fourni plusieurs capi- 
taines huguenots. = Armes : d'or au tau- 
reau bondissant de gueules, à l'étoile d'ar- 
gent au canton senestre. Louis Disdier 
seigr d'Allons vivait en 1567. Son fils, 
Alexajcdre, mari de Marguerite Bouvard, 
mourut en 1589 laissant deux fils : 1° 
Louis S"" d'Allons, capitaine sous les or- 
dres de Lesdiguières dans toutes les expé- 
ditions de celui-ci contre le duc de Savoye ; 
il fut gouverneur de Serres, l'une des pla- 
ces de sûreté des protestants dans le Dau- 
phiné, de 1588 à 1593, et mourut sans 
avoir eu d'enfants de sa femme Marguerite 
de Beauchasteau ; il laissa ses biens à son 
frère, Alexandre, qui fut aussi gouverneur 



de Serres, de 1398 à 1600. Arel. fils de 
ce dernier, seigneur d'Allons et de Mereuil 
épousa Isabeau de Sarrazin ; il était mort 
vers 1660. Son fils François Disdier, 
épousa (1692) Anne de Revillon, et leur 
fille unique devint la femme de Jacques 
Pompée de Bardel ; voy. t. I, col. 810. 
(Roman). — Disdier sieur de la Grandmai- 
son, ministre en Bourgogne, 1578. 

DIDIL (le sieur et la d"e) réfugiés k Lau- 
sanne, 1688. — Guyot Dieppedale de Rouen, 
reçu habitant de Genève, janv. 1559. — 
Arrestation de Moïse de Diète, nouveau 
converti, accusé d'avoir contrevenu aux 
déclarations de S. M. sur le fait de la reli- 
gion, taxé à 24 liv. pour les faits de sa 
conduite de Bellocq aux prisons de Pau, 
11 juin. 1689 (Arch. des B.-Pyr. B 
3999). 

DIETERICI (Charles-Fréd.-Guill.), 
quoique n'appartenant pas à la France, a 
droit à une mention, à cause des études 
qu'il lui a consacrées. Les documents qu'il 
avait réunis sur l'histoire du protestan- 
tisme français forment une de nos princi- 
pales sources pour celles de nos familles 
qui se réfugièrent en Brandebourg. Né à 
Berlin le 23 août 1790, décédé le 30 juillet 
1859, docteur en philosophie, professeur 
d'économie nationale à l'université de Ber- 
lin et, depuis 1818, directeur du bureau de 
statistique avec le titre de conseiller in- 
time supérieur, il avait conçu, dès son en- 
trée au ministère des cultes et de l'instruc- 
tion publique en 1826, le projet d'écrire 
une histoire complète des « Immigrations 
« qui eurent lieu pour cause de religion de 
« France et de Piémont dans les États 
« brandebourgeois-prussiens. » Il en ren- 
dait compte en ces termes aux ministres 
d'État, en sollicitant l'autorisation de pour- 
suivre ses recherches aux Archives: «L'his- 
toire d'Erman et de Réclam ne me suffi- 
sant pas, je désirerais embrasser le sujet à 
un point de vue historique et statistique, 
suivre les colonies de leur lieu de départ 
à leur lieu d'arrivée et d'installation, éta- 
blir par des chillres le nombre des immi- 
grants, leur provenance des diverses pro- 
vinces de France^ leurs établissements res- 
pectifs, leurs différents iriétiers ; étudier 
quelle a été leur infiuence sur l'industrie, 
radministration,le régime ecclésiastique. les 
institutions charitables, et en général toute 
la civilisation du pays qui les a reçus. » 



407 



DIETERICI — DIETRICH 



408 



Il publia en 1831 la partie concernant 
l'immigration vaudoise sous le titre : Die 
Waldenser und ihre Verhseltnisse zu den 
Branderburgisch- Preussischen staaten, ou- 
vrage étendu et consciencieux qui fait en- 
core autorité; mais il ne put jamais qu'é- 
baucher la suite beaucoup plus importante 
qui l'avait si longtemps préoccupé. Ses 
travaux préparatoires, cédés en 1868 par sa 
famille à la Société de l'Histoire du protes- 
tantisme français et conservés dans sa bi- 
bliothèque, forment 6 volumes manuscrits: 
deux renferment ses correspondances et 
recherches diverses; les quatre autres les 
listes nominatives des réfugiés en 1698 et 
1700 et des tableaux statistiques les répar- 
tissant par provenances et par professions. 
Dieterici évaluait à 11748 civils, 223i mi- 
litaires et 871 Orangeois, soit ta un total de 
14851 personnes, l'immigration française 
en Prusse par suite de la révocation de 
l'édit de Nantes (Schickler). 

DIETRICH, famille originaire de la Lor- 
raine, où elle portait le nom de Didier, et 
qui alla s'établir, au XVIe siècle, à Stras- 
bourg en la personne de Dominique Die- 
trich, né en lo49 [Haag, IV 279]. Ce Do- 
minique épousa Anne Heller, fille d'un am- 
meister (consul plébéien) de la ville et eut 
d'elle, en lo82, Jean, qui fut membre du 
Conseil des XV '. .lean eut, à son tour, de 
sa femme Agnès Mayer, fille de Jean Mayer 
ammeister et scolarque, un fils nommé 
Dominique, né en 1620, qui devint juris- 
consulte et prit part en 1681 à l'acte de 
la réunion de Strasbourg à la France. Son 
amour pour les libertés de sa patrie et pour 
sa religion le rendit aussi cher à ses com- 
tatriotes qu'odieux au gouvernement de 
Louis XIV. Mandé à Paris, en 1685, et 
sommé impérativement de se convertir, 
il refusa et fut exilé au centre de la France 
dans la petite ville de Guéret, puis en 
1687 à Vesoul, Ce fut seulement en 1689 
que les instances du magistrat de Stras- 
bourg et les prières de sa famille lui obtin- 

1 L'ammeister était le chef des sénateurs plé- 
béiens. Vingt plébéiens et dix nobles formaient le 
Sénat. Le Conseil ou Collège des XIII, composé 
de 5 nobles et 8 plébéiens, avait le département 
de la guerre et tout ce qui en dépendait. Le Con- 
seil ou collège des XV composé de 5 nobles et 10 
plébéiens était le gardien des lois et le surveillant 
de leur exécution. L'instruction publique était 
sous la direction d'un comité de trois personnes 
appelées Scolarques. 



rent la permission de retourner dans sa 
ville natale, où il resta soumis à la surveil- 
lance jusqu'à sa mort, arrivée le 9 mars 
1694. De son mariage avec Ursule Heneker 
étaient nés huit enfants. L'un de ses fils, 
Daniel, jurisconsulte, publia à Strasbourg, 
en 1682, l'ouvrage suivant : Testator cau- 
tus, id est Expositio succincta scitu obser- 
vatuque necessariorum Us quitus curx est 
ultimas volmitates libéras, firmas etc. red- 
deve et servare. 

Un petit-fils de l'ammeister Dominique 
fut le membre le plus remarquable de la 
famille. Il se nommait Philippe-Frédéric 
baron de Dietrich. 

Il fit d'excellentes études et manifesta de 
bonne heure un goût décidé pour la minéra- 
logie. A l'époque où la révolution éclata, il 
était membre de l'acad. des sciences, de la 
Société des Curieux de la nature et de la So- 
ciété de Gottingue, commissaire du roi à 
la visite des mines, des bouches à feu et 
des forêts du royaume, secrétaire général 
des Suisses et des Grisons dont le comte 
d'Artois était colonel, interprète de l'ordre 
du Mérite militaire, membre du corps de 
la noblesse immédiate de la basse Alsace 
et conseiller noble au magistrat de Stras- 
bourg ; il s'était, en outre, fait déjà con- 
naîlre dans les lettres par de savants mé- 
moires sur diverses branches des sciences 
naturelles et par la traduction de quelques 
ouvrages allemands. L'enlhousiasme avec 
lequel il salua l'aurore de la liberté, le fit 
nommer, en 1790, maire de sa ville na- 
tale ; mais durant tout le cours de son ad- 
ministration, on remarqua tant de varia- 
tions dans sa conduite que peu d'hommes 
ont été jugés plus diversement. Après la 
journée du 10 août, il fit voter par le con- 
seil municipal une adresse contre-révolu- 
tionnaire qui irrita la Convention. Mandé 
à la barre de l'assemblée, il se sauva en 
Suisse ; mais bientôt il revint de son pro- 
pre mouvement se constituer prisonnier à 
l'Abbaye. Le 20 nov. 1792, il fut traduit 
devant le tribunal de Strasbourg, puis ren- 
voyé devant celui de Besançon qui l'acquitta 
le7 mars 1793; mais sesennemis prévinrent 
sa mise en liberté, en le faisant inscrire 
sur la liste des émigrés. Il ne sortit donc 
des prisons du Doubs que pour comparaî- 
tre devant le tribunal révolutionnaire qui 
le condamna à mort, le 28 déc. 1793. Die- 
trich subit son sort avec la résignation la 



409 



DIETRICH 



DIEU 



410 



plus courageuse. Avant de marcher au 
supplice, il envoya à son fils plusieurs 
morceaux de musique qu'il avait composés 
pour charmer les ennuis de sa longue cap- 
tivité. On a de lui : 

I. Vindiciœ dogmatis Gratiani de res- 
criptione, Argent., 1767, in-S». 

II. Lettres de Ferher sur la minéralogie 
et sur divers autres sujets d'histoire natu- 
relle, trad. en franc., et enrichies d'un 
grand nombre de notes savantes et d'ob- 
servations curieuses, Strasb., 1776, in-S". 

III. Traité chimique de l'air et du feu, 
trad. del'allem. de Scheele, Paris, 1781, 
in-8o. 

IV. Supplément au traité de l'air et du 
feu, Paris, 1785, in-12. 

V. Description des gites de minerai et 
des bouches à feu de France, Paris, 1786- 
1800, 6 parties en 3 vol. in-4°, avec pi. et 
fig. color. Le 1er vol. est intitulé Descrip- 
tion des gîtes de minerai, des forges et des 
salines des Pyrénées, suivie d'Observations 
sur le fer mazé et sur les mines de sards en 
Poitou. Le 2e et le 3e portent pour titre : 
Description des gîtes de minerai, forges, 
salines, verreries, tréfileries, fabriques de 
fer -blanc, porcelaine, fayence de la Lor- 
raine méridionale. — Les troubles politi- 
ques et la mort de l'auteur empêchèrent la 
suite de la publication de ce grand ouvrage 
qui devait embrasser toute la France. 

VI. Observations sur l'intérieur des mon- 
tagnes, trad. de M. de Trebra; Paris, 1787, 
in-fol., avec cartes et fig. color. 

VII. Mémoires sur les arbres qni peuvent 
être employés aux plantations le long des 
routes; Strasb. et Paris, 1805, in-8"'. 

Dietrich a publié, en outre, dans les 
Mémoires de la Société des Curieux de la 
nature, plusieurs Dissertations sur la mi- 
néralogie ; dans le Bergbaukunde, recueil 
publié en 1781), un Mémoire relatif aux 
exploitations du Berry; dans le Recueil 
des savants étrangers de l'acad. des scien- 
ces (T. X), une Description des volcans dé- 
couverts en 1774 dans le Brisgau ; dans 
les Mémoires de l'acad. des sciences (1787), 
un Mémoire sur les ocres et un Procédé 
particulier usité en Limousin et en Péri- 
gord pour fabriquer du fer dur. Il a laissé 
aussi une Description des mines de France 
dont son fils fit hommage au Corps législa- 
tif, en 1796. 

DIETTERLIN (Wendel), peintre et ar- 



chitecte [Haag, IV 281], quia joui, de son 
temps, d'une grande réputation, était né à 
Strasbourg en 1540. On conjecture qu'a- 
près avoir étudié dans les écoles de sa ville 
natale les premiers principes du dessin, il 
alla se perfectionner en Allemagne; ce qui 
est certain, c'est qu'il composa ses pre- 
miers ouvrages dans ce pays. Leduc Louis 
de Wurtemberg l'appela à Stuttgard, et le 
chargea de lui construire une maison de 
plaisance qui fut achevée en 1591. C'est 
aussi à Stuttgard que Dietterlin composa 
son grand ouvrage sur les difiërents ordres 
d'architecture et en grava les nombreuses 
planches. Cet ouvrage parut à Strasbourg 
en 1593, in-fol., sous le titre de : Archi- 
tectura und Austheilung der V Seulen. Le 
2e vol., qui traite spécialement des portails 
et des jambages de portes, ne fut imprimé 
que l'année suivante. Il fut trad., 1594, 
en latin et en franc. L'édit. allemande fut 
reproduite, avec des augmentations et le 
portrait de l'auteur, àNuremberg en 1598 ; 
nouv. édit. dans la même ville en 1655. 
On ne connaît aucun tableau de Wendel 
Dietterlin ; mais on possède encore son 
Portrait du duc de Wiirtemberg, eau-forte. 
Greuther a gravé, d'après lui, une Ascen- 
sion, un Elie montant au ciel et une Chute 
de Pha'éton ; et Barthélémy Dietterlin, un 
Paysage. 

Wendel Dietterlin mourut en 1599. Son 
fils, nommé Hilaire, soutint la réputation 
de son père. Il peignit, vers 1620, pour le 
collège des Frères-Prêcheurs de Strasbourg 
[Temple-Neuf], un Christ à la montagne 
des Oliviers que son fils Barthélémy, alors 
âgé de 11 ans, dessina et grava en 1621. 
Outre le Paysage dont nous avons parlé 
plus haut, on connaît encore de Barthélémy 
Dietterlin une gravure allégorique repré- 
sentant le Triomphe de la vérité. 

DIEU (Claude de) « cordonnier, natifz de 
la ville de Salve en Languedoc », reçu habi- 
tant de Genève, septemb. 1558 ; — (Jean) 
étudiant en théologie à Genève (Joannes 
Dedeus salviensis), juin 1613 ; était encore 
ministre à Sauve en 1623 lorsqu'il aposta- 
sia moyennant une pension de 500 liv. — 
Louis de Dieu, français d'origine, comme 
son nom l'indique, était fils d'un pasteur 
qui occupa la chaire de Bruxelles pendant 
22 ans (1563-85) et neveu de Daniel de Co- 
logne (ci-dessus IV, col. 532-33); ce Louis 
(1590-1642) fut un savant orientaliste qui 



411 



DIEU 



DIEUFOL 



412 



possédait surtout le persan, l'hébreu, le 
syriaque, le chaldéen et se distingua parle 
judicieux usage qu'il fit de ses vastes con- 
naissances philologiques pour l'interpréta- 
tion de la Bible. — (Charles) auteur d'un 
livre intitulé : Consolation de la conscience 
troublée du pauvre pécheur par vray re- 
pentance vers son Dieu, mise en françois 
par Charles de Dieu ; à Franckental, pour 
Roland Pape, 1608 in-12. — Jacques Diew, 
ministre à Lyon, 1582. — (Jean) ministre 
à Saint-Julien en Cévennes, 1616-1620. — 
(Pierre) ministre à Aumessas, en 1637, 
passa en 1638 à Bréau où il resta jusqu'à 

sa mort en 16iO. — ( ) ancien ministre, 

reçoit des États du Languedoc une gratifi- 
cation de 2000 liv. pour son ouvrage : 
Uâme généreuse, 16i8 (Arch. du Tarn, C 
64). — Jacques Dieu, enfermé aux Nouv. 
convertis de Caen, 1688 (Tt 317). 

DIEUDONNÉ (Claude) ou Deouatus, 
moine du couvent des Célestins de Metz, 
était un religieux instruit et pieux. Cor- 
neille Agrippa de JNettesbeim ayant pro- 
fessé dans cette ville de 1518 à 1520, fré- 
quenta le couvent des Célestins et y donna 
même une conférence théologique. Au prin- 
temps de l'an 1519, Dieudonné ayant été 
envoyé à Paris pour les affaires de son or- 
dre, fut chargé par Agrippa de lettres pour 
Lefèvre d'Etaples (Herminjard, Corresp. des 
Réf. t. I n" 21). Il ne parait pas être ja- 
mais revenu à Metz. On le trouve en juin 
1521 au couvent des Célestins d'Annecy 
où sans doute l'avaient envoyé ses supé- 
rieurs afin de rompre ses relations avec les 
Messins favorables à la Réforme. Mais de là 
il correspondait avec Agrippa alors à Ge- 
nève (Herminj., n'' 40). Il est proboble qu'il 
quitta peu après le couvent d'Annecy, en 
fugitif, pour se rendre à Strasbourg où il 
connut Capiton, puis à Bâle où il étudia 
la théologie évangélique. En 1528, OEco- 
lampade adressait àFarel,qui commençait 
à prêcher dans le district d'Aigle d'après 
les ordres du gouvernement bernois, « un 
Messin » qui l'assistait dans sa prédication 
et qui vraisemblablement était Dieudonné. 
Celui-ci prêcha donc à Aigle, à Bex, aux 
Ormonts ; enfin il se fixa à Ollon où il était 
pasteur dès 1528 et où on le retrouve en 
fonctions au courant de 1532 et 1535. Il 
avait épousé une neuchâteloise de La Neu- 
ville, dont les amis du mari ne louent 
pas la bonté (Voy. Herminj., II, 451). A 



partir de 1535 on perd toute tracede Dieu- 
donné. 

DIEUFOL (Jacques) • notaire du mande- 
ment de Chalançon en Vivarès, » mort au 
refuge à Lausanne, 1698. — Jean et Fran- 
çois Dieu-le-fès, marchands de Nîmes, réfu- 
giés à Konigsberg, 1698. — Dieu-le-fit, fa- 
mille saintongeoise : (Michel) admis dans 
l'église de DieuàLa Rochelle, 19 fév. 1582; 
(Paul) id. 1er déc. 1591; (Henry), procu- 
reur fiscal de la baronnie de Soubise, nom- 
mé prévôt des maréchaux, en 1585, par le 
roi de Navarre, nomination que le corps 
de ville de La Rochelle repoussa comme 
contraire à ses privilèges ; (Elisée) s^de la 
Brosse, ancien de l'église de Soubise, pro- 
cureur fiscal de la baronnie ; (François) 
condamné à Châtellerault comme usurpa- 
teur de noblesse, 1667 ; (François) si" de 
Beauregard abjure, 22 oct. 1685, « pour 
se conformer aux ordres du roi ; » (Cathe- 
rine), de Chatelleraud, assistée à Genève 
d'un viatique de 3 écus pour l'aider à ga- 
gner l'Allemagne, 1692. — Dieu-me-gard, 
ancien de Champdeniers au synode de Si- 
Maixent, 1598 (Tt 313) ; (Raphaël), ancien 
de S'-Maixent, vers 1660 (Fi//?aM, p. 439). 
— « Nicolas Dieu-si-soyt, de Metz en Lor- 
raine, masson, » reçu habitant de Genève, 
4 novemb. 1572. — Dieusse, voy. Cotelier, 
IV col. 739. — Philippe Dieu-te-gard, de 
Sedan, laboureur, et sa fille, réfugiés à 
Wezel, 1698. — Olinipe Diévé, d'Anduze, 
32 ans, infirme d'esprit, assistée à Lon- 
dres, 1702. — M"e Digaud, enfermée à 
l'hôtel Dieu de Noyon, 1700. — Digeon de 
Boisverdun, colonel au service de Prusse, 
vers 1710; (Jean-Jacques), son neveu ba- 
ron de Montelon en Guyenne né en 1699, 
s'expatria en 1715 pour aller rejoindre son 
oncle auquel il succéda dans son grade 
(Erman). — Anthoine Digne, de « Barge- 
mont » en Provence, reçu habitant de Ge- 
nève, mars 1556; (Honorât), de « Berge- 
mont » en Provence, id. 18 nov. 1572; 
(Etienne) dit Bargemont, prêcha la Ré- 
forme à Périgueux en 1566, à Cognac en 
1576 ; il était ministre de Segonzac en 1590 
et resta à Cognac depuis 1590 jusqu'à 1607 
{Aymon, l, 188; Bull. IV, 323; VIH, 75; 
XII, 129). — De Digoine, voy. Loriol. — 
Joseph Digoris sieur de la Fage, membre 
de l'assemblée de Lunel 1613 (Tt 232). — 
Jean Dijon, du duché de Bar, maçon, réfu- 
gié à Duisbourg, 1700. — Pierre Dillon, de 



4 



413 



DIEUFOL — DIONNEUIL 



414 



Boisancy (Baugenci), assisté à Genève d'un 
viatique pour l'Angleterre, 1693. — Jean 
Dilly, de Sedan, condamné pour s'être ma- 
rié à l'étranger, 1736 (M 669). — Jacques 
Dilot, orphelin, 12 ans, très infirme, de 
Ste-Souline en Saintonge, assisté à Lon- 
dres, 1706; payé 3 liv. 18 sh. à la veuve 
I^>ançois Giraiid, sa tante, pour 13 mois 
de pension, plus 41. 6 sh. pour son entre- 
tien. — Jean Din, de St-Lô en Normandie, 
escolier en médecine, habit, de Genève, dé- 
cemb. 1373. — Henri Dmdault, pasteur à 
Nieul (Saintonge), déposé en 1609. — « M'' 
Maistre Nicolas Dines, ministre à Chalon 
ayant été régent delà Ire classe au collège 
de la dite ville, » réfugié à Lausanne, sep- 
temb. 1570. 

ÇINOT (RiCHARo), né àCoutances [Haag, 
IV 282]. Chassé de France par les persé- 
cutions, Dinot se réfugia en Angleterre 
d'où il passa à Strasbourg, puis à Bâle où 
il séjourna jusqu'en 1574. Il fut alors ap- 
pelé à Montbéliard comme pasteur de l'é- 
glise française, en remplacement de Floret. 
Cette église déjà nombreuse s'augmenta 
considérablement par l'arrivée successive 
de beaucoup de réfugiés des différentes 
parties de la France, surtout lorsque le 
traité de Nemours (juin. 1585) eut pros- 
crit le culte réformé. Tous furent accueillis 
avec bienveillance, et plusieurs prirent 
part à un colloque théologique tenu au 
mois de mars 1586, à Montbéliard, par les 
ordres du comte Frédéric, pour pacifier les 
dissensions qui s'élevaient dans ses États 
entre les luthériens et les calvinistes, prin- 
cipalement au sujet de la Cène. ïhéod. de 
Bèze portait la parole pour ces derniers et 
le docteur de Tubingue, Jacques Andréa; 
pour les luthériens. Cette conférence n'eut 
d'autre résultat que d'accroître les préten- 
tions des réfugiés français et d'augmenter 
les discordes, en sorte que le comte n'y vit 
d'autre remède que de chasser du pays 
tous ceux qui ne voulurent pas signer la 
confession de foi luthérienne. Cependant 
comme on était à la veille de Pâques lors- 
que le colloque prit fin, les deux ministres 
de Montbéliard, savoir Dinot et Sam. Cu- 
cuel s'empressèrent d'admettre les français 
à la Cène, après avoir calmé leurs scrupu- 
les exagérés, mais honorables, en leur as- 
surant qu'ils ne croyaient ni à la trans- 
substantiation ni même à la consubstantia- 
tion {Collect. Du Puy, vol. 503), exemple 



admirable de tolérance donné pour la pre- 
mière fois et à une époque où les deux 
confessions évangéliques continuaient à se 
combattre avec acharnement. Le colloque 
donna lieu à nombre d'écrits. Voici les 
deux principaux que nous ayons trouvés : 

L Les actes du colloque de Montbeliardt 
qui s'est tenu l'an de Christ 1586, avec l'aide 
du Seigneur Dieu tout jmissant ; y présidant 
le Tresillustre Prince... ; entre très renom- 
mez personnages le docteur Jacques André, 
Préposé et Chancelier de l'université de 
Tubingue et le sieur T. de Bèze Professeur 
et Ministre k Genève, lesq. ont esté nouvel- 
lement publiez l'an de Christ 1587 et tra- 
duitz de Latin en François par l'autorité 
du Prince Frédéric. Ces actes lesq. ont esté 
sincèrement et k la bonne foy rédigez par 
escript, réfuteront suffisamment les faux 
bruitz qui ont esté semez touchant ce col- 
loque... Imp. à Montbeliardt par Jacques 
Foillet, impr. de son Excellence : 1587, 8 
feuill. prél. et 557 p. in-8°. — IL Brief 
recueil du colloque de Mombeliard tenu au 
mois de mars 1586 entre Jacques André D. 
et M. Théodore de Bèze. Auquel l'église de 
Christ est fidèlement admonestée de se 
donner garde des horribles erreurs des Cal- 
vinistes... par Jacques André D. et prési- 
dent de l'acad. de Tubingue. Traduit du 
latin en françois. 1588, 10 feuill. prélim. 
et 155 p. in-12. 

Dinot mourut peu de temps après le col- 
loque. Il a laissé des ouvrages historiques 
que leur impartialité rend utiles. 

I. De rébus factis memorabilibus loci 
communes historici, Basileœ, 1580, in-8°. 

II. Sententix historicorum, Basil., 1580, 
in-8o. 

III. Advei'saria historica, Basil., 1581, 
in-4o. 

IV. De bello civili gallico, religionis causa 
suscepto, lib. VI, Basil. [Perna], 1582, 
in-4<». — Celte histoire s'étend de 1555 à 
1577. L'auteur annonce, dans sa préface, 
qu'il n'a fait que resserrer ce que d'autres, 
principalement Bèze et La Popelinière, ont 
raconté avec plus d'étendue. 

V. De bello civili belgico lib. VI, Basil., 
1586, in-4o. — Dédié au sénat et à l'aca- 
démie de Strasbourg. 

Un Dinot était régent au collège de Nî- 
mes, en 1615 (regist. du Consist.) 

DIONNEUIL (Le sieur), de Colombiers 
dans la juridiction de Montbazillac en 



415 



DIONNEUIL 



DIVOY 



416 



basse Guyenne, réfugié en Hollande de- 
puis onze ans. est à Lausanne et ctierche 
de l'ouvrage ; on lui donne un secours, 
aoftt 1697 ; il obtient d'être régent de l'école 
à Froideville; assisté de nouveau, en avril 
1698 (tiré des nianuaux de Lausanne). — 
Pierre Dioiiville, arrivé à Genève avec sa 
femme folle furieuse^ y reçoit un secours, 
1683. — Isaac Dlonneville, de Bergerac, 
assisté à Genève, 1698. — Louis Dioré, 
de famille rocheloise ; (Clauda) épouse au 
temple de la Rochelle, 1586, Jean Avril 
et Hélie Dioré, en 1590, Magdeleine Marot ; 
Elie filsde ces derniers épouse, 1668, Jeanne 
de Huisse. — Dioschon, de Bagnos en Poi- 
tou, réfug. à Genève, 1704. — Pâques Di- 
ratit, sergier, et sa femme, id. à Staargardt, 
1698. — Guillaume Dirnier, emprisonné à 
Bourges, 1690 (M 670). — Baptiste Disant 
sr de Castanet, présent àl'assemb. politique 
de Lunel, 1613. — Lucrèce Dise, de Die, 
assistée à Genève, 1693. 

DISEROTTE (Jean), natif du Béarn, 
è'udiant en théologie à Genève (J. Disero- 
tus bearnensis) inscrit le 15 avril 1581, 
pasteur à Is sur-Tille en 1582, h Oloron de 
1586 à 1626; il épousa dans cette ville, 
1585, Annette de Minoielle. — Autre Jean 
de Diserotte, d'Oloron, ministre après avoir 
fait ses études à Saumur ; il épouse en 
1613 Catherine d'Angàis, de Moneins;il 
se remarie avec Françoise de Sauguis en 
1625 ; on le trouve ministre à Moneins en 
1615, à Oloron de 1635 à 1660. — Jean 
Mis du précédent, étud. à Saumur, 16i7-49, 
pasteur à Oloron^ 1656-59. — (Isaac) frère 
du précédent né vers 1625 à Moneins, étu- 
diant en philosophie (1647-48) et en théo- 
logie (1648-51) à l'acad. de Montanban ; mi- 
nistre de l'église de Jasses dans le colloque 
deNavarrenx, à partir de 1656 ; reçoit à ce 
titre, en 1662, une somme de 400 fr. borde- 
lais que Pierre de Casamajor avait léguée à 
Jean baron de Jasses, son fils, pour l'entre- 
tien du ministre (Arch. des B.-Pyr. E 
1695). — Un pasteur Diserotte se trouve 
encore à Arros en 165i), à Osse en 1660. — 
Une famille du même nom vivait à La 
Rochelle, 1600-60. 

DISMIER. « Anthoine fils de feu Pierre», 
taffetatier de Lyon, reçu habitant de Ge- 
nève, mai 1559. — Jean Disnematin, pair 
de la commune de La Rochelle en 1565 ; 
(Joseph), époux de Marie Boyer, fut le pre- 
mier juge consulaire, 1567 ; membre du 



corps de ville en 1574, pair en 1589, éche- 
vin en 1594; la famille continue au XVIIe 
siècle. — « Noble Anthoine Disque a pré- 
senté supplique (pour être admis à l'ha- 
bitation à Genève) et a juré, et est fils de 
noble homme Philippe Disque escuyer seigr 
de Verncul-sur-Marne en Champaigne ou 
bailliage de Victry, » févr. 1554. — Dis- 
sarlines, ancien de l'église du Vigan, 1666. 
— Louis Dissantouan, de Vernoux en Vi- 
varais, secouru à Genève de 2 écus pour 
s'acheter un juste au corps, 1691. — Jean- 
Philippe Dissiion sr de Campan, fait son 
testament à La Cabarède, oct. 1650, et 
laisse deux filles : Françoise, mariée à 
Jean de Boyne seigr d'Eseroux et Berlats, 
et Marquise \^uve, en 1652, de Guillaume 
de Saïx s"" de Polignan. — Dioes, ministre 
à Chalon-sur-Saône, massacré en 1572. 

DIVOY, ou d'Yvoy (Je.\n), fils d'un 
marchand de Metz, fut baptisé dans cette 
ville, 14 oct. 1568, et y épousa, 1599, 
Elisabeth fille d'un autre marchand, Gas- 
pard Juste. 

Après avoir été étudier à Genève en 
1592 (J. Divoyanus metensis) aux frais de 
l'Église de Metz, il fut appelé en 1597 pour 
prêcher aux gens des villages circonvoisins 
et succéda au ministre De la Chasse. Il re- 
çut l'imposition des mains le 20 sept. 1597. 
Durant son ministère, « il fit quelques 
voyages à Nancy *, en service, par prêt de 
ceste Église, de Madame sœur unique du 
Roy, duchesse de Bar et aussi M. Mozet. 
Il fit avec la duchesse un voyage à Paris, 
et prescha dans le Louvre. Dieu le retira à 
soi le mercredi 3 déc. 1608. Homme docte 
et bien versé en langue hébraïque, ayant 
langui longtemps et fust conduit en terre 
par une grande et noble compagnie, re- 
grettant la mort d'un si savant et pieux 
personnage. » 

Jean, l'aîné de ses fils étudia la théologie 
à Genève (J. Divoy metensis, 1621). Un 
affaiblissement d'esprit, suite de son appli- 
cation à l'étude, ne lui permit pas d'exer- 
cer le saint ministère. Il mourut en 1676 
à 74 ans laissant 2 enfants de sa femme Ju- 
dith Dablin. — Isaac, frère du précédent, 
né en 1606 épousa, 1630, Marie fille de Jé- 

1 L'église de Madame ne s'assemblait pas à 
Nancy, les princes étant trop fanatiques, mais au 
château de la Malgrange, à peu de distance de la 
ville. Voy. au £uU. t. V, quelques extraits des 
registres du consistoire de l'église de Madame. 



417 



DIVOY — DOCOK 



418 



rémie Ferry dont il eut : 1° Isaac (1631- 
1679) marchand à Metz ; sa veuve Anne 
Bourgeois se réfugia à Berlin avec sa fille 
Olympe (née en 1670, qui épousa dans cette 
ville David Bertrand) et y mourut en 1699 ; 
2° Elisabeth, née en 1632, mariée à Metz, 
1648, avec Jean Grasset sr de Failly, avo- 
cat (Guvier). 

DIVRÉ (Marthe), de la Tremblade, 
veuve d'un apothicaire, 62 ans, assistée à 
Londres, 1702. — Pierre Dizier, de Cor- 
nillon prêche d'Uzès, mort à l'hôpital de 
l'évêché de Lausanne, avril 1 705 ; Joseph 
Dizier, de Cornillon près Uzès, assisté à Ge- 
nève d'un viatique pour l'Allemagne, 1709. 

DizE, pasteur de Grenoble, voy. Ise (d'). 

DOBRÉ DE RoBiGNY, enseigne de vais- 
seau; huguenot opiniâtre; Brest, i&Sb{Bull. 
VI 17o) ; emprisonné au château de Saumur 
jusqu'en 1694, et alors expulsé du royaume 
(E 3380). 

DOBT (Michel) ou Doubté, en latin 
Dubitatus, l'un des premiers apôtres de la 
Réforme dans le pays de Vaud. Étant mi- 
nistre aux Ormonts, il tenta par deux fois, 
dans le cours de l'année 1533, de prêcher 
la Réforme à Lausanne : une première 
fois, parait-il, à la demande de quelques 
particuliers ; puis, un mois plus tard, 
muni d'une lettre de recommandation des 
seigneurs de Berne à leurs « combour- 
geois B de Lausanne. Mais ces tentatives 
n'aboutirent pas plus que celles que Farel 
avait déjà faites, depuis Aigle, vers la fin 
de 1529. Le Conseil de Lausanne, moins 
par attachement pour le vieux culte ou par 
déférence envers l'évêque, que par égard 
pour ses i combourgeois » de Fribourg, fit 
repartir le prédicant après avoir payé tous 
ses frais de roule (V. Ern. Chavannes, 
Extr. des Manuaux de Laus. II). Deux ans 
plus tard, en 1533, revenant de Genève et 
passant à Lutry, Michel Dobt fut insulté 
et battu par des prêtres et moines ; il resta 
demi-mort. On trouvera dans Herminjard 
(Gorresp. des Réf. III, 421-423) le récit de 
cet épisode tel que Dobt lui-même le fit de- 
vant notaire, par ordre du gouverneur ber- 
nois d'Aigle. Lors de la conquête du Pays 
de Vaud en 1536, les Bernois firent payer 
cher à ceux de Lutry les violences commi- 
ses chez eux sur l'un des sujets de la puis- 
sante République. Du pays d'Aigle, Dobt 
passa dan.s celui de Neuchâtel, puis, en 
1540, dans celui de Montbéliard où il des- 



servit l'église d'Exincourt. On ignore com- 
bien de temps il y demeura ; mais on voit 
par plusieurs lettres des Réformateurs 
{Calv. o|jera Brunsw. XI, 522, 679; XIII, 
255) qu'il cherchait dès 1544 à rentrer dans 
le pays de Vaud. Viret songeait à lui pour 
remplacer Zébédée à Orbe (Vuilleumier). 

DOC^jOK (Louis) ou Dococh, ou d'Ocoy, 
sieur de Couvrelles [Haag, IV 282], se- 
cond fils de Claude Docok et d'Éléonore de 
Jugny, fut chambellan de Henri I prince 
de Condé et son émissaire en Allemagne, 
en 1588. De son mariage avec Susanne 
Poussart, fille du seigneur de Fors, et de 
Marguerite Girard, dame de Bazauges, 
qu'il épousa en 1582, naquirent Jean -Ca- 
simir, sieur de Couvrelles, et deux filles : 
Elisabeth, femme d'Abel Barbarin, sieur 
de Fonteiron, et Marguerite. 

Jean-Casimir Docok fut député à diver- 
ses assemblées par la Saintonge, entre au- 
tres à l'assemblée politique de Loudun, en 
1619. Il le fut encore à celle de La Rochelle 
qui lui témoigna beaucoup de considéra- 
tion et de confiance en plusieurs circon- 
stances difficiles. Il fut membre, avec Fa- 
vier, La Chapelliè7-e, Despinay, La Mille - 
Hère et La Tour-Geneste, de la commission 
qui dressa les remontrances au roi, et plus 
tard, avec Châteauneuf, Hespérien, Bony, 
La Milletière du Poitou et Malleray, de 
celle qui rédigea le cahier des demandes. 
Quelque temps après, il fut député avec 
Basnage en Angleterre. A son retour, lors- 
qu'il eut rendu compte de sa mission à 
l'assemblée, il en fut président, 23 juin 
1622 ; La Chapellière, La Goutte, et Malle- 
ray prirent place avec lui a« bureau. 

Le mois de présidence de Couvrelles fut 
agité par la querelle de l'assemblée avec le 
maire de La Rochelle, querelle qui datait 
de loin, mais qui s'envenimait de jour en 
jour, et qui menaçait d'éclater en une rup- 
ture ouverte, l'assemblée refusant d'avouer 
des prises faites par quelques corsaires ro- 
chellois, qui n'étaient pas munis de lettres 
de marques délivrées par elle. L'irritation 
du conseil municipal se manifesta par le 
maintien de Favas dans son poste de lieu- 
tenant du maire, bien que l'assemblée l'eût 
déposé de tous ses emplois, après l'avoir 
déjà suspendu par un décret, du 19 mai. 
Cette fâcheuse dissension n'était pas apai- 
sée lorsque Couvrelles quitta le fauteuil 
de la présidence. 

V. 14 



419 



DOCOK — DOLET 



420 



Jean-Casimir Docok épousa Jeanne de 
La Rochefoucauld, fille de Pierre, seigneur 
du Parc d'Archiac, et de Marie de Barri. 

C'est probablement son fils qu'on signa- 
lait en ces termes, en déc. 1643, dans des 
instructions données par le gouvernement 
au mis d'Aumont pour apaiser une certaine 
agitation du Poitou : « Le sr de Couvrelles 
est de la religion réformée et beaucoup 
considéré parmi ceux qui en font profes- ' 
sion. Il avait habitude en Angleterre et y 
a fait un voyage il y a deux ans pour visi- 
ter le s"" de Soubise, qui a toujours paru 
pendant les guerres de religion comme un 
des auteurs des mouvements. Il s'est fait 
députer par brigue » aune assemblée delà 
noblesse tenue (8 déc. 1642) à Montignac 
près Angouléme (Ms fr. 4169 fo 65). 

En 16ol un Jean-Casimir d'Ocoy pré- 
sentait au baptême, avec Marie Jousselin, 
dans la chapelle du château de Saint- 
Brice : François-Casimir d'Ocoy, fils de 
François s"" de Saint-Trojan et d'Anne de 
Gombaud, lequel sieur de S^-Trojan était 
ancien de l'église de Cognac en 16o9. 

DOCHE (Arnaud et Marthe), d'auprès 
de Bergerac, assistés à Genève d'un viati- 
que pour l'Allemagne, 1692. — Jean Do- 
court, licencié en droit, aide Farel dans la 
prédication de la Réforme à Bâle et à 
Montbéliard, 1556-62 {Bull. XII 23). — 
Jeanne veuve d'Antoine Doctoville, de Pa- 
ris, 79 ans, assistée à Londres, 1708. — 
Guillaume Dodat et sa femme « chargés 
d'enfants, s assistés à Genève, 1693. — 
Paul Dodé, pasteur à S^-Jean-de-Gardonen- 
que. — Jean Dodin, de Vassy en Champa- 
gne, ouvrier en jDas, réfugié à Berlin avec 
sa famille, 1698. — ( ) déposé par le sy- 
node national d'Alais, déc. 1620; ( ) an- 
cien de l'église de Soyons, député au sy- 
node du Vivarais, août 1671; ( ) dé- 
porté aux colonies, 1687. — Jean Dodin, 
imprimeur, fils de Philibert Dodin, gou- 
verneur d'Allassac, et de Marie Dumont, 
épouse au temple de Charenton, oct. 1626, 
Sarah Bareille, fille d'un chirurgien des 
chevaux légers du roi et de Marie LeMaçon. 
— Jean-Dohain, maître de musique au col- 
lège de Montauban, épouse, 6 fév. 1609, 
Isabelle Coderc, belle-sœur de l'imprimeur 
Jean Haultin et fille de Pierre Coderc ou 
Couderc, imprimeur et de Peyronne Ex- 
pert. — Claude et Anastase Doisseau, à 
Loudun, 1566; testament de Mathurine 



Cupif, d'Angers (v. t. IV col. 978) femme 
de Gilles Doysseau habitant à Genève (Ra- 
gueau not. II 161) ; sire Gilles Doysseau, 
apothicaire d'Angers, bourgeois de Genè- 
ve, 1563 ; de retour à Angers, il y est 
massacré, septemb. 1572 (i enlevé de son 
lict, ne voulut jamais abjurer la Religion, » 
Crespin 797 a) ; mariage, à Genève, en 
1574, de Charlotte Doiceau fille de feu 
Gilles, avec François, fils de Fr. Marcel et 
de Marguerite Lecour, de Meaux en Brie ; 
la même se remarie, Genève 1589, avec 
Olivier Leforbeur, d'Orléans, maître tein- 
turier de draps ; elle est belle-mère de Phi- 
lippe Puérari, Genève 1604 (Revilliod not. 
V 284); règlement de compte de dame 
Charlotte Doysseau, femme d'Obvier Lefor- 
beur avec le sr Cupif, de Paris (F. Dunant 
not. V 255), Genève 1614. — Elie Doit, 
de Chastillon-sur-Loire, assisté à Genève, 
1691. — Doizay, commissaire pour infor- 
mer sur les infract. à l'édit de Nantes en 
ïouraine, 1661. — Jacques Doize, d'O- 
range, assisté à Lausanne, 1688. — Lance- 
lot Dolbeau « du pays d'Anjou, » reçu ha- 
bitant de Genève, octob. 1556; étudiant 
à Genève (Lanc. Dolbœus de Jarzé en An- 
jou) nov. 1559 ; mariage à Genève, l'année 
précédente, de maître Lanc. Dolbeau avec 
Anne Lepelletier, veuve de maître Fran- 
çois Lelarge. — Ludovicus Dolbetius ru- 
pellensis, inscrit sur le Livre du recteur 
de l'acad. de Genève, 1618. 

DOLÉ ou DoLLÉ. « La demJ'e veuve de 
M. Dollé, major de Beaune en Bourgogne 
et le sr Jacques Dollé son fils, » inscrits en 
tête des français réfugiés à Kœpenick en 
1698 {Dieterici). Un Dollé était conseiller 
d'État attaché au service du maréchal d'An- 
cre, 1611. Le major de Beaune est proba- 
blement le même que citent Erman et Re- 
clam, comme se nommant Isaac ,Norville 
de Dollé. Un « colonel Pierre Dolé de Bel- 
legard, écuyer, natif de Picardie, » beau- 
frère du pasteur F orner et, mourut à Ber- 
lin en 1693 ; un autre y mourut en 1713 
à l'âge de 71 ans, c'était Daniel Dollé, ori- 
ginaire deCarlepont prèsNoyon, capitaine. 
— En 1651 naquit à Geissmar dans la 
Hesse, d'une famille de réfugiés, Jean 
Dolé [Haag, IV 283], savant médecin qui 
mourut à Cassel en 1707. 

1. DOLET (Etienne), poète latin et fran- 
çais, helléniste, savant imprimeur [Haag, 
IV 284] et libre penseur modéré, paya de sa 



421 



DOLET 



422 



vie, jeune encore, le mépris qu'il profes- 
sait pour les superstitions. On ne sait rien 
sur sa famille, non plus que sur sa première 
éducation. Il naquit à Orléans le 3 août 
1509 et à seize ans il suivait à Paris un 
cours d'éloquence latine fait par son docte 
compatriote, l'orléanais Nicolas Béraud. Il 
partit l'année suivante, 1526, pour Padoue 
et y resta trois ans à compléter ses études. 
L'ambassadeur de France à Venise, Jean 
du Bellay, l'emmena ensuite avec lui, 
1528, en qualité de secrétaire. La mission 
terminée, Dolet, sur les conseils de son pa- 
tron, se rendit à Toulouse, vers 1530, 
pour y faire des études de droit. Il arriva 
peu de jours après qu'un notable de la 
ville, Bunel, savant latiniste, en eut été 
banni comme suspect de l'hérésie luthé- 
rienne et il y trouva, parmi les étudiants 
comme parmi les professeurs, un grand 
nombre d'esprits déjà imbus d'idées criti- 
ques à rencontre de l'église romaine. Mais 
il fut loin de céder à cette pente. Selon 
l'usage du temps, les étudiants de l'univer- 
sité de Toulouse s'étaient constitués en na- 
tions : les français, les gascons, les bre- 
tons, les italiens, formaient chacun une 
nation à part. Chaque nation se choisissait 
un président, des questeurs et un orateur 
chargé de prendre la parole dans les occa- 
sions solennelles. Des désordres éclataient 
souvent par suite de l'abus que ces jeunes 
gens faisaient de cette organisation et l'au- 
torité, c'est-à-dire le parlement de Tou- 
louse, avait souvent à les réprimer. Dolet, 
élu orateur de la nation française, adressa, 
le 9 oet. 1532, à ses camarades une haran- 
gue pleine de révolte contre les Toulou- 
sains et leurs magistrats : « Qu'est-ce, di- 
sait-il, que les superstitions de cette ville, 
qu'on peut comparer à celles des Turcs? 
Comment appeler cette cérémonie an- 
nuelle, le jour de S'-Georges, consistant 
à faire neuf fois le tour de l'église sur des 
chevaux au galop? Que penser de cette 
croix qu'on plonge dans la Garonne à cer- 
tains jours comme pour apaiser le fleuve 
ou le vieux père Océan ? Et que signifient 
en été ces statues de saints, ces magots de 
bois pourri que des enfants promènent par 
la ville en temps de sécheresse pour faire 
tomber la pluie ? Et cette ville ignorante 
prétendrait imposer son christianisme à 
elle, traitant d'hérétiques les libres esprits 
qui le rejettent !» Et il allait plus loin ; 



il défendait ouvertement des gens que la 
justice avait condamnés : « Le parlement a 
persécuté, s'écriait-il, Jean Boissoné le 
plus intègre des hommes *, Mathieu Pacus, 
Pierre Bunel, Jean de Pins si respectable 
par sa vertu, Je n'en finirais pas si je vou- 
lais rapporter tous les exemples de cruauté 
donnés publiquement à Toulouse. » Puis, 
l'orateur rappelait le bûcher du martyr 
Jean Cadurque (t. III col. 433), en ajou- 
tant : « Je conviens qu'il avait confessé des 
hérésies, mais n'y avait-il plus d'espoir de 
le ramener ? devait-on lui fermer le che- 
min du repentir? » 

On voit donc que si Dolet censurait li- 
brement les fables religieuses et l'intolé- 
rance, il ne prenait cependant point parti 
pour l'hérésie. L'orateur des étudiants gas- 
cons lui répondit par une harangue contra- 
dictoire et ne manqua pas de l'accuser d'être 
hérétique. Dolet repartit vivement dans un 
second discours, qu'il n'était « rien moins 
« que sectateur de l'obstination erronée et 
< impie des hérétiques, mais qu'au contraire 
« il acceptait la religion traditionnelle telle 
que les siècles l'avaient faite * > 

On ne saurait être plus affirmativement 
opposé à la Réforme ; et cependant, il n'y 
avait pas moins un grand courage à blâ- 
mer publiquement un supplice qui datait 
seulement de quelques mois. Aussi l'ora- 
teur fut-il mis en prison, 25 mars 1533 ; 
on le relâcha peu après, à la prière de Jean 
de Pins, évêque de Rieux. et de Boissoné, 
mais on le bannit de la ville. Il se retira à 
Lyon, où l'imprimeur allemand Gryphius 
l'admit parmi ses correcteurs et là il put 
travailler à loisir à un grand ouvrage dont 
il s'occupait déjà depuis plusieurs années, 
les Commentaires de la langue latine, tou- 
tefois après s'être donné le plaisir de faire 
imprimer ses harangues contre Toulouse '. 

' Condamné â l'amende honorable comme lu- 
thérien ; ci-dessus t. II col. 731. 

* Sic vobis de me persuadete nihil me minus 
quam iniqiiam et impiam hœreticorum pertina- 
ciam sequi, nihil me acerbiûs ac pejùs isto quorum- 
dam novarum disciplinarum studio cnpiditateque 

odisse, nihil apud me omni ex parte damnatius 

Nempô ita ego sum ut raultis jam seculis in- 
ductam, et quasi per manus nobis a sanctissimis 
religiosissimisque persuasionis nostrœ heroïbus 
traditam, atque jure moreque majorum ad hune 
usquô diem usurpatam et receptam sacrorum ins- 
titutionem eam unam, prœterea nullam, obser— 
vem et colam... (Orationes duse in Tholosam.) 

8 Stephani Doleti orationes duœ in Tholosam; 



423 



DOLET 



424 



L'année suivante, il se rendit à Paris (15 
oct. 1534) où il arriva pour être témoin de 
l'affaire des placards affichés sur la porte 
de la chambre de François 1er (17-18 oct.) 
et de ses terribles suites. Le 18 nov. il 
écrivait à un de ses amis de Lyon, Guill. 
de Scève : « Il n'est bruit dans le public 
que des offenses faites au Christ par les 
Luthériens... C'est pourquoi beaucoup de 
personnes^ non seulement du bas peuple, 
mais du corps respectable des marchands, 
soupçonnés de partager l'erreur luthérienne, 
ont été jetés en prison. J'assiste à ces dra- 
mes comme simple spectateur, ayant pitié 
du malheur des uns et riant de la folie des 
autres, quand je les vois braver la mort 
par une sotte persévérance et une intoléra- 
ble obstination. » 

Il revint bientôt à Lyon et publia dans 
le cours de l'année suivante un écrit con- 
tre Erasme : Dialogus de imitatione cice- 
roniana, advenus Desiderium Erasmum... 
Lugd. 1535 in-4o, 192 p. dédié à Jean du 
Bellay, évêque de Limoges. Il y trouva 
prétexte à déchirer encore la Réforme : 
« Quel bien, dit-il, ont apporté à la chré- 
tienté, par leurs commentaires sur la Bi- 
ble, Luther, Zwingle, OEcolampade, Bu- 
cer, Erasme, Melanchton, Lambert, Farel 
et cette tourbe de théologiens plus moder- 
nes? Ils voulaient détruire la superstition 
et faire revivre la religion dans sa pri- 
mitive pureté ? Mais l'événement n'a pas 
tout à fait répondu à leurs espérances. En 
scrutant au fond des mystères, plusieurs 
en sont venus à rejeter des choses qu'ils 
révéraient auparavant, à mépriser l'insti- 
tution du Christ, à nier que Dieu s'occupe 
des affaires de ce monde, à affirmer que 
tout finit avec cette vie. Telle est la peste 
qui ravage notre siècle et qu'a suscitée la 
damnable curiosité des Luthériens. • 

On le retrouve à Paris dans les premiers 
jours de 1537 ; il y est venu en toute hâte 
implorer des lettres de rémission pour un 
crime involontaire : attaqué par un nom- 
mé Henri Gillot dit Compaing, peintre, il 
l'avait tué (31 déc. 1536). Le roi lui ac- 
corda sa grâce, 19 février 1537. Ce voyage 
lui fut d'un merveilleux profit, car il ob- 
tint du roi peu de temps après un privilège 
des plus étendus, daté de Moulins 6 mars 

suivi de poésies et de lettres de l'auteur, le tout 
publié par son ami Simon Finet. Sans 1. ni d. 
[Lyon, 1533], 246 p. in-8o. 



1538, pour l'exploitation d'une imprime- 
rie. C'était probablement la récompense 
accordée à ses Commentaires, qu'il avait 
achevés à Lyon l'année précédente * et 
qu'on avait dû faire admirer au roi protec- 
teur des lettres. Il pouvait dès lors, en 
vertu de cette concession royale, faire im- 
primer dix ans durant : « touts livres par 
« luy composés et traduicts : et touts aul- 
t très œuvres des autheurs modernes et 
« antiques qui par luy seroient duement 
ï reveus, amendés, illustrés ou annotés, 
1 soit par forme d'interprétation, scholies 
« ou aultre déclaration : tant en lettres la- 
« tines, grecques, italiennes, que françoy- 
« ses. ï Muni d'une si large autorisation, 
comment Dolet n'aurait-il pas donné car- 
rière à ses fantaisies personnelles, à ses 
idées de tolérance et risqué de travailler à 
l'épuration du catholicisme de la façon 
dont il l'entendait ? Revenu à Lyon, il par- 
vint à monter une imprimerie, et cette 
même année 1538 vit paraître chez lui un 
petit livre de sa composition dont le titre, 
le Caton chrétien *, montre bien cette âme 
littéraire, préoccupée avant tout de sagesse 
antique, mais essayant aussi, par obéis- 
sance aux exigences de son temps, d'une 
certaine dose de christianisme raisonnable. 
C'était une brève explication du Credo, du 
Pater et du Décalogue, à l'instar des caté- 
chismes protestants, réunie à des vers en 
l'honneur de la vierge Marie. Il avait com- 
posé cet opuscule précisément pour répon- 
dre aux accusations d'hérésie et d'athéisme 
qu'on semait contre lui. Ses allures et ses 
discours lui avaient probablement attiré, 
plus encore que ses livres, de violentes 
animosités *. En tête du Cato il avait inséré 
ces vers d'un ami : 

' Commentariorum linguœ latinœ tomus prinms 
(1708 col.), tomus secundus (1716 col.), Ste- 
phano Doleto auielio autore; Lugd., Seb. Grj- 
phius, in-folio, caractère italique ; privilège du 21 
mars 1535. Dédié à François 1" et à Guill. Budé. 
Compilation magnifique, comparable au Thésau- 
rus grec d'Henri Estienne. L'auteur v détermine 
par les meilleurs exemples l'acception de tous les 
mots latins et a fourni là aux lexicographes posté- 
rieurs une base pour leurs travauj, 

* Cato ehristianus, id est Deo^logi expositio, 
accessio ad praecepta legis ex Christi doctrina; 
Symbolum Christianse et apostolicse persnasionis 
cum ejus expositione Prajcatio Dominica et ejus 
interpretatio. Odœ de laudibus Virginis Marise ; 
Lugd., Steph. Doletus, 1538, in-S" 38 p. 

3 Ses livres portent pour marque d'imprimeur 



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DOLET 



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Cessate, crêpantes invidift, obtrecta tores, 
Cesaate dioere Doletnm relligione 
Vacuum : et nt relligionis eit doctns doctor, 
Hoc libro ab eo discite, iniqni obtrectatores, 
Hoo discite libro christiane vivcre. 

Sa vie, d'ailleurs, était pure et sans re- 
proche '. Mais en vain y avait-il chanté 
les louanges de la Vierge, il fut mandé de- 
vant le vicaire général de l'archevêque de 
Lyon et menacé de poursuites pour diver- 
ses hérésies de fait et d'omission ; la prin- 
cipale était d'avoir séparé en deux un des 
commandements et fait ainsi un comman- 
dement spécial de celui qui proscrit « les 
images taillées. > 

Son mariage date de cette époque. Il lui 
naquit un fils qui fut appelé Claude, du 
nom de son parrain, le jurisconsulte Clau- 
de Cottereau '. La fortune lui souriait, son 
imprimerie prospérait; mais il avait de 
nombreux ennemis et des jaloux que ses 
succès même excitaient contre lui. Ses liai- 
sons avec des hérétiques reconnus, son 
scepticisme qu'il ne dissimulait pas et sur- 
tout les publications pour le moins sus- 
pectes auxquelles il employait ses presses 
et consacrait son privilège, fournirent bien- 
tôt des armes pour le perdre. 

De 1539 à 1541 il fit paraître un Nou- 
veau Testament en français et un autre en 
latin; plus, diverses explications de l'orai- 
son dominicale, du Décalogue et du Credo, 
accompagnées d'extraits de Savonarole et 
de Melanchton. En 1542, enhardi sans 
doute par l'impunité, il publie plus de 
trente ouvrages tels que Le chevalier chres- 
tien et Le moyen de bien et catholiquement 
se confesser, composés par Erasme et tra- 



une haclie on doloire dont uno main, issant des 
nuages, menace un tronc d'arbre avec ces mots : 
Préservez-moi, Seigneur, des calomnies des hom- 
mes (pour les livres Trançais) et pour les latins : 
Durior est spectatce virtutis quatn incognilœ eon- 
ditio. 

^ Il avait dit de lui-même sans être contredit : 
Omnium quos tnlit anteà natura, vel quos nuno 
etiam fert , vixit vivitque planô nemo me vel 
oibi, vel potus, vel somni abstinentior : nemo la- 
boris et vigiliarum patientior, nemo rei susceptae 
persequentior. 

* Cette naissance fut célébrée par la publica- 
tion d'un poème de circonstance que le père com- 
posa : Oenet/diaeum Claudii Doleti, Stephani Do- 
le H Jiîii. Liber vitœ eommuni imprimis utilis et 
neeessarius, autore pâtre; Lugd. apud eumdem 
Doletum, 1539, in-4». C'est un très moral recueil 
de bons conseils. 



dnits par Louis de Berquin, c'est-à-dire 
déjà condamnés (en 1529) et brûlés avec leur 
traducteur, tous précédés d'une préface 
élogieuse écrite par l'éditeur. Voici par 
exemple, comment il s'exprime dans la 
dernière de ces préfaces, celle de VEnfer 
de Marot qu'on n'avait pas encore osé im- 
primer en France : « J'ai trouvé son Enfer 
non encore imprimé, sinon dans la ville 
d'Anvers. Et pour ce qu'en lisant, l'ai 
trouvé sans scandale envers Dieu et la re- 
ligion, et sans toucher aucunement la ma- 
jesté des princes, j'ai conclu que la publi- 
cation de ce gentil œuvre étoit licite et 
permise, et me suis mis après pour l'im- 
primer en la plus belle forn)e et avec le 
plus bel ornement qu'il m'a été possible. » 
Mais en ce faisant, il avait négligé d'obéir 
à la clause la plus importante du privilège 
que le roi lui avait accordé, à savoir de 
soumettre chaque ouvrage au prévôt de 
Paris ou au sénéchal de Lyon, avant de 
commencer l'impression. Vers le mois de 
juillet 1542, à la requête et poursuite du 
procureur et promoteur des causes de l'In- 
quisition de la foi, il fut arrêté et mis dans 
les prisons de l'archevêché de Lyon. Son 
procès ne fut pas long. Mathieu Orsy in- 
quisiteur général, assisté d'Etienne Paye 
officiai de l'archevêque, le déclara, par sen- 
tence rendue le 2 oct. 1542, « mauvais, 
scandaleux, schismatique, hérétique, fau- 
teur et défenseur des hérétiques et erreurs, 
et pernicieuxà la religion chrestienne.»Do- 
let appela de cette sentence au parlem. de 
Paris et ses amis ayant intercédé pour lui, 
notamment Pierre du Chastel alors évêque 
de Tulle, le roi lui accorda encore une fois 
sa grâce (juin 1543) à condition qu'il abju- 
rât par-devant l'autorité ecclésiastique tou- 
tes les erreurs qu'on lui imputait et que ses 
livres incriminés fussent brûlés sur la 
place publique. Dolet se retracta sans hési- 
ter aussi complètement qu'ont put le dési- 
rer et vit, sans doute avec joie, brûler à sa 
place quinze ouvrages que le parlement 
avait désignés en français, dans son arrêt 
sous les titres suivants : 

1. Les gestes du Roy. — Plus exacte- 
ment : Les gestes de Françoys de Valois 
roy de France, dedans lequel œuvre on peut 
cognoistre tout ce qui a esté faict par les 
Françoys depuis l'an 1513 jusques en l'an 
1539. Premièrement composé eu latin par 
Est. Dolet, et après par luy mesmes trans- 



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DOLET 



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laté en langue françoise ; Lyon, Dolet, 1540, 
78 p. in-4"'; le poème original en latin 
(Francisci Valesii Gallorum régis fata) 
avait paru en 1539. C'est un panégyrique, 
sans valeur comme morceau d'histoire, 
mais élégamment versifié. Les théologiens 
du parlement incriminèrent spécialement le 
mot i^afa, disant que l'auteur lui avait donné 
le sens payen de prédestination fatale. 

2. Epigarammes de Dolet. 

3. Catonchrestien; \oj. ci-dessus col. 424. 

4. Lexhortation à la lecture de lasaincte 
escripture. — Exactement : « Exhortation 
à la lecture des sainctes lettj'es avec sufli- 
sante probation des docteurs de l'Église 
qu'il est licite et nécessaire icelles estre 
translatées en langue vulgaire et mesme- 
ment en la françoise » (avec préface par 
Dolet); Lyon, 1542, in-16. 

5. La fontayne de vie. Ajoutez « et de 
vertu extraicte de toute la saincte Escrip- 
ture, » Lyon, 1542, in-16, avec une épître 
de Dolet exhortatoire à, la lecture. Les théo- 
logiens dirent n'avoir condamné ce livre 
qu'à cause d'une confession de foi de Lu- 
ther qui se trouve à la fin. 

6. Les 52 dimanches composez par Fa- 
bre Stapulense. — Exactement : Les Epis- 
tres et Evangiles des cinquante et deux 
dimenches, de Lefèvre d'Etaples. Déjà 
condamnés au feu en 1525. Réimpr. h Lyon, 
1542 in-16, par Dolet avec une préface dans 
laquelle il promet au lecteur « de rendre 
parfaicte la Bible en petite forme dedans 
troys ou quatre moys et en grand' forme 
dedans huict. Et désormais, ajoute-t-il, ne 
tiendra qu'en toy si tu n'as continuelle- 
ment la paroUe de Dieu devant les yeulx. 
Laquelle tu doibs recevoir en toute révé- 
rence comme la vraye nourriture de ton 
âme. » 

7. Les heures de la compaignie des pé- 
nitents. — Exactement : Livre de la com- 
paignie des pénitens contenant l'ordre de 
recepvoir un novice, matines de la Vierge 
Marie, l'office du dimanche etc ; Lyon, 
1542, in-16 (avec préface de Dolet). 

8. Le chevalier chrestien ; par Erasme ; 
traduit et augmenté d'une préface par Do- 
let ; Lyon, 1542, in-16. Cet ouvrage avait 
été déjà brûlé en 1529, avec son traducteur 
Louis de Berquin. 

9. La manière de soy confesser, de 
Erastne. — Exactement : Le vray moyen 
de bien et catholiquement se confesser, par 
Erasme ; avec préface de Dolet ; Lyon, 
1542, in-16. Comme le précédent, traduit 
par L. de Berquin et brûlé avec lui. 



10. Le Sujnmaire du Vieil et Nouveau 
Testament im.primé par le dict Dollet. 

1 1 . Le nouveau Testament imprimé par 
iceluy Dollet en français. Probablement 
en 1539 (voy. Th. -A. Dufour, préf. du Ca- 
téchisme de Calvin (1878), page cclxvj). 

12. Loci communes de Melanthon; avait 
été condamné au feu en 1523. 

13. XJnio discidentium. — Livre censuré 
en 1523 et dont une traduct. imp. à Genève 
en 1539 est intitulée : L'union de plusieurs 
passaiges de l'escriture saincte ; livre très 
utile à tous amateurs de paix, extraict des au- 
thenticques docteurs de l'église chrestienne 
par vénérable docteur Herman Bodium. 

14. La bible de Genefve. 

15. Institution de la Religion chres- 
tienne per Calvinum. 

Etienne Dolet était donc encore une fois 
échappé des mains de la justice ; mais il 
avait snbi cette fois quinze mois de prison, 
il ne fut « élargi » qne le 13 octobre 1543. 
L'animositéavec laquelle on l'avait pour- 
suivi et les rigueurs subies auraient dû le 
rendre plus circonspect ; il n'en fut rien. 
A peine deux mois s'étaient-ils écoulés de- 
puis son retour à Lyon qu'il fut arrêté de 
nouveau, 6 janvier 1544, sous le soupçon 
d'avoir expédié à Paris deux ballots conte- 
nant : l'un, des livres de son imprimerie 
précédemment condamnés, l'autre des livres 
prohibés venant de Genève. Il réussit à 
s'évader le troisième jour de son empri- 
sonnement et gagna le Piémont, d'où il 
écrivit diverses suppliques* et une au roi 
d'abord pour recourir encore à sa miséri- 
corde, assurant que la nouvelle accusation 
portée contre lui était une machination de 
ses ennemis, imaginée 

Ponr donner ombre à leur faict cantelenx 
£t l'enrôler au ranc des scandaleux, 

' En vers : an roi, au duc d'Orléans, au cardi- 
nal de Lorraine, à la duchesse d'Etampes, à la 
Cour du parlem. de Paris, aux chefs de la justice 
de Lyon, à la reine de Navarre et au cardinal de 
Tournon. Ce sont ces huit suppliques, augmen- 
tées de quelques épîtres à. ses amis, qu'il rassem- 
bla sons ce titre : Le second Enfer d'Estiennt 
Dolet, natif d'Orléans. Qui sont certaines com- 
positions /aides par luy mesmes sur la justifica- 
tion de son second emprisonnement ; Lyon, 1544, 
in-16. Dans une des épîtres, 1" mai 1544, il 
avertit que ce second Enfer est « pour le respect 
du premier, lequel courreroit desja par le monde 
sans la fascherie qui lui est dernièrement adve- 
nue. Mais avec le temps il aura sa publication ; > 
dessein qu'il n'a pu réaliser. 



429 



DO